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Bâtir la Cité de Dieu ou la Renaissance carolingienne

Article paru dans Nouvelle Solidarité, le 29 septembre 1986


Introduction

Charlemagne (742-814) occupe une place unique dans l’histoire universelle : face à la décomposition de l’Empire romain, il fut le premier à rebâtir. Sa renaissance augustinienne, intellectuelle, économique, technologique et morale, son grand dessein d’élévation des individus, doivent nous servir aujourd’hui d’exemple, alors que, dans notre propre crise comme dans celle qu’il dut lui-même affronter, s’accentuent les diverses formes de culte de l’irrationnel, et que nos concitoyens s’enfoncent dans ces magies de notre temps que sont les jeux du hasard, la drogue, l’astrologie, les jeux-vidéo, la pornographie, et « l’écologisme ».

Nous avons d’autant plus à apprendre de lui que son « art de gouverner » n’était pas fondé sur des formules figées, sur le rituel paralysant des institutions de droit romain, mais sur une constante volonté de découverte, sur une innovation continue rendant « plus grands qu’eux-mêmes » chacun de ceux qui y participaient. Cet optimisme culturel est précisément ce qui nous est le plus nécessaire aujourd’hui, tout particulièrement en Europe.

Aussi, laissons éclater les rires de Charlemagne et de ses co-conspirateurs, rires qui, d’après les historiens de l’époque, résonnaient constamment à travers les couloirs du palais d’Aix-la-Chapelle, gaieté apparemment aussi répandue chez les serviteurs et les fonctionnaires que chez les hauts dignitaires.

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Augustin (354-430)
maître à penser de Charlemagne

Et ils auraient raison de se moquer de nos faiblesses dans toute leur grandeur, ceux dont le projet était le grand dessein de Charlemagne : établir l’empire de raison et d’humanisme sur terre, réaliser cette république décrite par saint Augustin (354-430) dans sa Cité de Dieu.

Établir le royaume de Dieu sur terre par la Pax Concordia en prônant éducation, progrès et raison fut effectivement, avec l’aide déterminante de son entourage, le projet de Charlemagne. Pour eux, « le cosmos était un système ordonné », et « la terre devait être le miroir des cieux ». Son administration fut un complot organisé par des humanistes pour sortir l’Europe de l’arriération, où elle était plongée depuis l’écroulement de l’empire romain, et plus particulièrement après les multiples invasions barbares sous le règne des rois « fainéants » mérovingiens, au pouvoir jusqu’en 751.

Mais Charlemagne ne fut pas un Deus ex machina intervenant miraculeusement pour sortir l’Europe de la barbarie, et lui donnant l’impulsion qui, malgré bien des déboires, devait amener la renaissance médiévale (XIIe et XIIIe siècles), puis celle du XVe.

Il fut l’aboutissement, ou plutôt le produit, de deux développements historiques reliés. D’abord le grand projet religieux, culturel et politique lancé par saint Augustin au début du Ve siècle, qui affirme la cohérence totale entre foi et raison, et de là, la nécessité que l’homme, « petit aide de Dieu », accomplisse le commandement de la Genèse de se multiplier, fructifier, d’emplir la terre et de la soumettre. Ce projet fut repris par le philosophe latin Boèce (480-525) et Cassiodore (485-580) en Italie ; ils établirent le programme éducationnel de base : trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) et quadrivium (arithmétique, géométrie, musique, astronomie), ainsi que l’innovation des scriptoria où l’on recopiait les écrits sacrés et profanes, seuls éditeurs de l’époque et embryons des abbaye-écoles. Le monachisme fut ainsi transformé en outil d’éducation et devint le modèle de la renaissance carolingienne et des écoles-cathédrales.

Par la suite, l’Espagne devint la base des humanistes, surtout à la fin du VIe siècle avec Isidore de Séville (560-636), qui fit de l’évangélisation chrétienne un moyen d’éducation puissant ; ce grand savant, qui écrivait sur tous les sujets, astronomie, architecture, littérature, et même art de la guerre, déploya ses hommes dans tout le continent pour fonder des abbayes-écoles. Puis Angleterre et Irlande prirent la relève et devinrent le centre européen de l’éducation et du déploiement d’éducateurs, vers le milieu du VIIe siècle.

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Bède (672-735)
appelé "le vénérable" par Alcuin de York, son disciple

De ce centre vint Bède le Vénérable (672-735), évêque de Cantorbery ; célèbre pour son De natura Rerum, un livre de sciences naturelles, et son histoire de l’Angleterre. De son école vint aussi le savant et religieux Alcuin de York (730-804), principal collaborateur de Charlemagne. Une base commune de toute cette tradition est l’œuvre du philosophe grec Platon (427-347 avant J.C.)

Le deuxième processus ayant amené Charlemagne fut le renversement de la dynastie mérovingienne par Charles Martel (690-741), maire du palais, qui enleva le pouvoir aux rois dégénérés, arrêta les invasions, consolida un pouvoir central déstabilisé par les luttes intestines, et plaça en 751 son fils Pépin le Bref (715-768), premier roi carolingien et père de Charlemagne, sur le trône franc. Ces développements sont liés à la vie de l’Église, car aux côtés de Charles Martel, on trouve Boniface (680-755), missionnaire irlandais et évangélisateur des Saxons, qui crée un réseau de prêtres et de monastères-écoles dans la partie orientale du royaume. C’est lui qui couronnera Pépin et ralliera Rome aux rois carolingiens, car jusque-là, l’empereur grec était le garant séculaire de la papauté. En échange, Pépin défendra Rome contre Lombards et Aquitains et s’alliera à Alphonse le Catholique (693-757), roi d’Espagne, pour chasser les Sarrasins. Donc, en 768, quand Charlemagne devient roi des Francs à l’âge de 26 ans, les autorités civiles, royales, et religieuses ont déjà été restaurées et il est déjà le plus puissant souverain d’Occident. Mais ce ne sera que le point de départ du projet, car l’Europe est encore très arriérée.

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Jean Cassien (360-435) a introduit en France le monachisme le plus obscurantiste, modèle pour l’ordre des Bénédictins

Cette arriération n’était cependant pas « objective ». Elle avait été soigneusement entretenue depuis longtemps par toute une faction religieuse. Les premiers monastères européens, avant Cassiodore, étaient totalement cénobitiques, mystiques et obscurantistes. Ce mouvement réactionnaire, originaire de Bulgarie, fut fondé par Jean Cassien (360-435), qui fit un séjour en Égypte auprès des « pères du désert », connus depuis le XIIe siècle comme des ermites fous. En 415, il fonda l’abbaye de Saint-Victor de Marseille et le Sud de la France servira dès lors assez souvent comme base des forces réactionnaires de l’Église. Il promeut l’élévation spirituelle par la Lectio Divina qui, sous couvert d’être une lecture priante des Écritures, se réduira à une répétition orale incessante des paroles sacrées, et incantation à la Hare Krishna d’où la raison est totalement exclue.

On apprenait dans ces monastères les apophtegmes des pères du désert, et citait avec admiration des cas d’obéissance comme celui du moine arrosant deux fois par jour pendant un an une branche morte pour apprendre à fuir sa volonté propre. C’est cette tradition qui inspirera en 525 à saint Benoît de Nursie (480-547) la fondation de l’ordre bénédictin, tradition que combattit Charlemagne et qui incarne encore aujourd’hui la faction obscurantiste de l’Eglise et très investie dans la promotion de l’écologisme.

Entre ceci et les rois dégénérés, la situation en Gaule est terrible. L’évêque Grégoire de Tours (539-594), dira vers 580 dans son Histoire des Francs : « Le culte des belles-lettres est moribond et même il se meurt dans les villes des Gaules. ( ... ) On ne peut trouver un seul lettré assez versé dans l’art de la dialectique pour décrire tout cela en prose ou en vers métrique. ( ... ) On ne trouve personne dans le peuple qui soit capable de consigner par écrit les événements présents. »

Dans ce contexte déplorable, les premiers carolingiens se lancèrent dans une bataille qui durait déjà depuis quelques siècles, mais qui est en fait la bataille de toute l’histoire de l’humanité ; d’un côté se range la tradition républicaine voulant que l’homme à l’image de Dieu soit créateur, embellisse et construise l’univers ; de l’autre la tradition oligarchique ne voulant que manipuler l’homme en le gardant arriéré, ne voyant pas de nécessité à son existence dans un univers irrationnel.

Charlemagne incarne un moment de ce projet, résultat d’un long moment, mais s’il n’avait pas saisi l’occasion, nous ne serions peut-être même pas là aujourd’hui.

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Le savant et religieux Alcuin de York (730-804), précepteur de Charlemagne

Le moment décisif pour Charlemagne fut sa rencontre avec Alcuin, en 781 ; complètement séduit, il le fit venir auprès de lui pour diriger son royaume et la plus grande école de l’Empire carolingien, l’Académie palatine. Alcuin fit alors venir bien d’autres humanistes à la cour : le lettré Clément d’Irlande (750-818), le diacre et grammairien Pierre de Pise (744-799), l’érudit Théodulf d’Orléans (750-821), etc. Ce fut tout un complot humaniste international, allant d’Angleterre à la Russie, de Scandinavie au Proche Orient. Il mena bataille contre paganisme, arriération, barbares, oligarques féodaux, et encouragea tous les citoyens à participer à son projet de Res Publica Christiana (République chrétienne).

Ce fut une époque de lumière, sans féodalisme, car il était interdit aux seigneurs de bâtir des châteaux forts, de voyager armés, de céder leurs titres à leurs enfants sans autorisation. Pendant ce temps, le niveau d’alphabétisation et l’espérance de vie monteront considérablement, et on assistera à un progrès scientifique et économique certain. Ce fut le premier gouvernement républicain d’une grande partie de l’Europe. Comme il nous incombe de recréer ce projet, voyons comment il fut accompli.

Église et religion

L’Eglise fut centrale au projet de Charlemagne. Vecteur de l’éducation des masses, elle devait former l’élite intellectuelle capable de diriger et développer la société pour remplacer l’élite oligarchique héréditaire. Charlemagne dirige cette élite nécessaire à l’organisation du royaume en se nommant episcopus episcoporum (surveillant des surveillants), se concevant comme vicaire du Christ, celui qui gère l’Eglise ; pas un prêtre, mais l’assistant du prêtre. Tout comme son père Pépin, il dut pour cela mener une rude bataille au sein de l’Eglise. Il refusa la nomination d’un patriarche de l’Eglise franque, comme cela se pratiquait en Orient, car cela ressemblait trop à une théocratie. Pour faciliter le travail éducationnel de l’Eglise, saint Chodegang (712-766) de Metz, ministre de Pépin, avait créé comme contrepoids aux moines cénobitiques les chanoines, clergé séculier, une simple communauté de travail non astreinte aux rituels dont les chapitres seront au douzième siècle responsables de la construction des cathédrales. Charlemagne commença par vouloir fermer beaucoup de monastères, les trouvant inutiles, avant de se mettre à les transformer systématiquement en écoles. Et peu à peu, les évêques ne viendront plus, comme le voulait la tradition, des rangs seigneuriaux, la royauté acquérant ainsi un pouvoir centralisé plus apte à transformer le pays.

La bataille religieuse dut être menée non seulement contre l’obscurantisme à l’intérieur de l’Eglise franque, mais tout autant, politiquement et théologiquement, contre Byzance qui jusqu’à récemment contrôlait Rome. Là, sévissait un christianisme qui n’en était pas un, soit sous la forme du « culte des images » païen ou de sa contrepartie anarchiste, les iconoclastes. Les premiers vénéraient les images saintes, croyant qu’elles contenaient vraiment Dieu ou les saints, et mangeaient des bouts d’icônes pour, à défaut de comprendre Dieu, pouvoir le digérer, tandis que les iconoclastes, eux, bannissaient et détruisaient toute représentation sainte ; l’un et l’autre alternaient au pouvoir.

Une grande partie de l’histoire militaire de Charlemagne, ainsi que des humanistes postérieurs, consista à lutter contre l’Église d’Orient qui eut toujours le dessein de rebâtir une autre Rome impériale à partir de Byzance, puis de Moscou. Elle était impériale en son essence, on retrouvait chez les Grecs le faste guindé et pompeux des Césars ; l’empereur était de nature divine alors que ses sujets n’étaient que de vulgaires mortels.

Filioque et République

Charlemagne, suivant le message augustinien que lui transmettait Alcuin, se fit au contraire le défenseur du principe de l’égalité de chaque homme vis-à-vis de la loi divine, du droit pour chaque être humain en tant qu’individu-créateur de connaître la loi naturelle. C’est de cette conception du monde que dérive notre idée même de République. La question fondamentale est ici celle du filioque.

De quoi s’agissait-il ? Défini au Concile de Nicée, en 325, le filioque établissait que l’Esprit Saint procède du Père et du Fils, comme le répète toujours, dans la liturgie catholique, le Credo, et non du Père seul. Le Christ étant venu parmi les hommes, chaque homme porte en lui — en puissance — l’étincelle divine. Le devoir de toute forme humaine de gouvernement est d’aider cette étincelle divine à se réaliser. Suivant cette conception, Dieu existant sous forme humaine, chaque homme peut agir à l’image de Dieu (être « consubstantiel » à Dieu) : il n’y a pas contradiction entre l’être humain et Dieu, l’existence agissante de l’homme est bonne et nécessaire à l’accomplissement de l’œuvre divine. Reprenant donc le filioque, et le plaçant à la base de son principe de gouvernement, Charlemagne n’agissait pas en « Empereur-vicaire de Dieu », situé au-dessus des hommes, mais en « Empereur-éducateur », jetant les bases d’une société fondée sur le droit naturel et non l’arbitraire féodal de liens familiaux « endogames » ou de « fiefs ».

Byzance, comme tous les despotismes mondiaux, rejetait le filioque, et décrétait que l’Esprit Saint émane du seul Père, même s’il parvient aux hommes « à travers le Fils ». L’être humain se trouve donc, dans cette conception, coupé d’un Dieu auquel il ne peut avoir accès par la raison agissante. L’homme ne pouvant ainsi comprendre Dieu, il ne fait qu’attendre qu’il se manifeste à lui par une « révélation ». Ainsi, se trouvent justifiés tous les mysticismes et toutes les superstitions, et définie l’autorité arbitraire d’un Empereur et de Grands prêtres supposés représenter Dieu sur terre, unis à lui par des liens nécessairement incompréhensibles au commun des mortels. Là se trouve le fondement « totalitaire » de l’Église orthodoxe — qui fit scission avec l’Église catholique romaine sur ce point - mais aussi des Bénédictins, et de la plupart des sectes gnostiques comme les Cathares. Dans cette conception du monde, l’individu humain n’existe pas, mais l’homme se définit par sa participation à une « âme collective » dont le Chef a le privilège de mieux incarner la volonté, compte tenu de ses relations privilégiées avec Dieu. Ici, il y a coupure totale entre l’univers matériel et spirituel, entre vita activa et vita contemplativa.

L’importance fondamentale de la Renaissance carolingienne se mesure à sa tentative de sortir de la barbarie en donnant une forme politique, sociale, à la conception du filioque augustinien, rétablissant la vie humaine individuelle dans toute sa dignité contre l’arbitraire féodal et l’irrationalisme religieux de Byzance, qui réduisent au contraire l’homme à être une simple particule du tout, c’est-à-dire en termes politiques, au servage.

En 787, Charlemagne publiera les Libri Carolini (Livres carolins) attaquant Byzance tout autant pour le culte des images que pour les iconoclastes : « Ni le concile de Nicée (787), qui contraint à adorer les images, ni celui de Constantinople (753) qui ne permet même pas de les regarder. ( ... ) Ni briser les images avec les uns, ni les adorer avec les autres. » Il qualifie ces conciles d’« ineptes et infâmes » et les arguments de « dérisoires et bouffons », précisant que les livres carolingiens sont entrepris « par amour de Dieu et goût de la vérité ».

En 783, dès que Rome eut brisé avec Byzance pour s’allier aux carolingiens, les Lombards, tribus arriérées d’Italie où était répandue la doctrine aryenne, attaquèrent Rome, si bien que les papes accuseront Byzance de travailler avec les barbares contre la Chrétienté et le pape lui-même. Confirmant cette accusation, l’empereur grec mettra une armée au service du roi des Lombards pour combattre Charlemagne. Les alliances byzantines sont de plus en plus explicites, le comble en étant le commencement des grandes invasions vikings en Francie (Francia en Latin) dès le début du IXe siècle.

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Couronnement de Charlemagne à Rome en 800

En 800, Charlemagne est couronné à Rome empereur au grand dam des Grecs, alors que les Danois ont été « évangélisés » par l’Église orientale, relativement hégémonique dans cette région au septième siècle. La cible principale des Vikings lors de leurs incursions furent bien sûr monastères et églises qu’ils détruisaient de fond en comble.

Byzance déploya ainsi tribus et peuples manipulables contre Charlemagne, sans jamais oser l’attaquer eux-mêmes militairement. Charlemagne espéra toujours pouvoir les ramener à la raison, se contentant de combattre les tribus déployées et de reprendre leurs territoires.

Cette bataille d’influence s’étendit jusqu’en Russie où se fit vers 810 la course pour s’allier au puissant duc de Kiev ; Charlemagne proposa même d’épouser sa fille, mais hélas ! Le duc prit le parti des Grecs et la rupture totale des deux Églises eut lieu vers ce moment-là. Charlemagne avait même proposé d’épouser Irène, l’impératrice grecque pour établir une concorde.

Les Livres carolins de Charlemagne, développent clairement la doctrine occidentale par rapport à celle de Constantinople, sans l’aval du pape qui hésitait à trancher aussi nettement. Entre autre, il y fit ajouter la déclaration du filioque dans la prière quotidienne du Credo (acte de foi). Sa conception politique est entièrement définie par sa conception théologique ; l’homme doit agir selon les commandements divins.

Les Livres carolins précisent que : « Le Créateur est appelé Créateur par rapport à ses créatures comme le maître est appelé maître par rapport à ses serviteurs. La puissance des serviteurs de Dieu est augmentée et non diminuée quand ils se soumettent à son pouvoir. » Pensée inspirée directement de saint Augustin. Dieu aime l’homme et a besoin de lui, le souverain aime ses sujets et a besoin d’eux ; leur intérêt est mutuel. L’« Admonition générale » affirme qu’il faut appliquer la loi de Dieu sur terre : il rappelle l’exemple du roi Josias qui, selon le livre des Rois, faisait la guerre aux superstitions, pour ramener le culte du vrai Dieu. Charlemagne veut bâtir un concordat de l’empire autour de ces principes : « Que la paix, la concorde et l’unanimité règnent entre tout le peuple chrétien et les évêques, les abbés, les comtes et nos autres représentants ; entre tous, grands et petits ; car sans la paix, on ne saurait plaire à Dieu. » Il se réfère ensuite aux passages de l’écriture où l’amour du prochain et la concorde sont donnés comme la condition du salut commun.

Cette idée d’unanimité est constamment reprise, comme dans les serments de fidélité que les missi dominici (les envoyés du seigneur) exigeront des sujets, car il n’y a « point de gouvernement possible sans le concours de toutes les bonnes volontés » ; Tous doivent « se maintenir unanimes quand ils s’acquittent de leurs obligations et de leurs fonctions ». Ceci suppose que chacun « se maintiendra pleinement au service de Dieu », afin de sauvegarder cette foi sans laquelle périssent les peuples, car il serait impossible à l’empereur de « dispenser lui-même à chacun en particulier tous les soins et les enseignements nécessaires ». Il veut la Concordia Pacis (la concorde de la paix) de la Cité de Dieu, qui était, affirme son biographe Eginhard (775-840), sa lecture favorite. Et comme Augustin disait que « les royaumes ne sont, sans la justice, que des entreprises de brigandages », Charlemagne s’efforce d’assurer le règne de la justice : « Que ceux à qui a été donné le pouvoir de juger jugent justement, car il est écrit : jugez justement et jugez selon la justice, car le jugement est de Dieu. » L’empereur dit aux missi dominici que chacun doit pouvoir se sentir protégé contre l’arbitraire et que le jugement est sacré.

L’éducation était aussi au centre de ses préoccupations religieuses, il avait dit à Alcuin : « Je voudrais avoir douze clercs aussi savants et intelligents que le furent Jérôme et Augustin. » Et un capitulaire de 790 établit : « Il nous a semblé d’une souveraine utilité que les évêchés et les monastères dont le Christ a bien voulu nous confier le gouvernement ne se contentent pas de mener une vie régulière et pieuse, mais s’acquittent aussi de leur fonction d’enseigner. ( ... ) Sans doute il est préférable de bien agir que de beaucoup savoir, encore faut-il savoir pour bien faire. » Ou encore : « C’est notre devoir d’assurer les progrès de notre Eglise. »

Aussi fallait-il interpréter correctement la liturgie, réformer le chant, connaître l’astronomie pour calculer les dates des fêtes mobiles du calendrier liturgique, connaître la géométrie et l’architecture pour construire les églises, développer la langue pour mieux prêcher ; il fallait donc maîtriser les arts libéraux. De plus, on encouragea l’utilisation par les prêtres des rustica romana lingua et de la theotisca lingua, les deux types de langues vernaculaires de l’empire, romane et alémanique. Un congrès de l’Église à Tours en 813 publia un document montrant que l’on obligeait les prêtres à utiliser le vernaculaire, le latin restant la langue de tout l’Empire.

Puis il s’attaqua aux sectes et aux hérésies qui s’étaient répandues durant l’époque mérovingienne comme dans toute époque de décadence ou d’obscurantisme. Il s’en prit tout d’abord aux superstitions et au « miraculisme » qui florissaient dans les populations illettrées, et ensuite aux sectes, comme celle de « l’adoptianisme », variante de l’arianisme, qui maintenait que Dieu avait adopté le Christ, lequel était donc un simple mortel, non divin.

Cette secte, qui rejetait le filioque, était répandue en Espagne ; aussi Charlemagne convoqua l’évêque d’Urgel devant le Concile de Francfort (794) pour répondre aux accusations d’hérésie. Ce furent les Espagnols du palais, comme Théodulf, qui menèrent la bataille contre l’adoptianisme, utilisant Charlemagne pour combattre les hérésies chez eux. Théodulf écrivit d’ailleurs un traité sur la Trinité. Or, ces discussions ne relevaient jamais de jugements d’orthodoxie où l’accusé risque la mort, comme ce sera le cas par la suite avec l’inquisition espagnole, mais il s’agissait surtout de débattre les implications épistémologiques de telle ou telle croyance, dans la tradition augustinienne qui, veut que la véritable grâce et révélation soit celle de la raison.

Charlemagne fit aussi changer le sacramentaire (liturgie) de l’Église établi par Grégoire Ier « Le Grand » (540-604), ce dont se chargea Alcuin. Il rétablit les impératifs d’action : tu feras, tu ne feras pas ; ainsi devient primordial l’acte extérieur, auparavant considéré comme totalement secondaire à la spiritualité. Il mit fin à l’habitude établie de crier des acclamations pour les remplacer par le chant polyphonique, remplaçant et changeant ainsi la psalmodie monotone des prières personnelles. De plus, un capitulaire fut publié en 769 interdisant les rituels païens tels qu’amulettes et augures, pour limiter le plus possible la vénération des objets.

Hélas, à la fin de sa vie, en 810, en raison de son âge avancé, de la maladie, et d’un découragement suite à la mort de ses deux fils aînés, Charlemagne laissa revenir à la cour les Bénédictins prêcheurs d’obscurantisme autour de Benoît d’Aniane (750-821). Ce dernier était pourtant connu, sous ses dehors de pauvre frère prêcheur, comme voleur de biens séculiers et manipulateur, et il avait été pour cela expulsé de la cour.

Charlemagne finit par se laisser posséder aussi, sans doute parce que Benoît contrôlait son héritier Louis le Pieux (778-840), et il accepta de jeûner alors qu’il avait toujours détesté ce type de rituel. Il mourra lors d’un de ces jeûnes. Benoît prendra alors le contrôle du palais et de l’Église, rétablissant rituels et chassant les humanistes mais sans jamais, heureusement, pouvoir effacer vraiment l’impulsion donnée par les près de cinquante ans de règne de Charlemagne.

Culture et éducation

Le projet éducatif est énorme, car une barbarie assez généralisée règne parmi les Francs ; l’éducation y est principalement guerrière, les superstitions abondent et la culture est essentiellement orale.

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Alcuin de York enseignant la lecture

Alcuin commencera par créer l’Académie palatine, une école du palais, afin d’éduquer Charlemagne et son entourage, puis il encourage la multiplication des abbayes-écoles où, pour la première fois, on pousse les enfants de toutes catégories sociales à venir s’éduquer, y compris les serfs. Une fois éduqués, ils ne pourront plus être serfs, car il devient interdit d’avoir comme serf toute personne ayant un minimum de savoir : Abbon (mort vers 922) fut ainsi le premier fils de serf à devenir directeur de l’école de Reims et évêque, à la grande horreur des oligarques qui se détournèrent de la vocation ecclésiastique.

Déjà sous Charles Martel et Pépin, avaient été encouragés les scriptoria comme Saint Denis, Saint Martin de Tour, etc. Mais avec Alcuin démarra le grand projet d’instruction publique obligatoire, et Eginhard dira dans sa Vita Karoli : « Charles avec l’aide de Dieu rendit son royaume qui, quand Dieu lui confia, était sombre et presque aveugle, irradiant de la lumière d’un nouveau savoir. »

Le programme scolaire était le trivium et quadrivium, mais un problème d’arriération culturelle empêcha que cela se fît systématiquement à cause du manque d’enseignants compétents. De nombreuses abbayes furent poussées à enseigner autre chose que les seules écritures saintes.

Charlemagne devra maintes fois répéter par capitulaires ses recommandations sur l’enseignement public, les nobles y résistant beaucoup. L’Admonitio Generalis de 789 ordonne : « Que les prêtres attirent vers eux non seulement les enfants de condition servile, mais aussi les fils d’hommes libres. Nous voulons que des écoles soient créées pour apprendre à lire aux enfants. Dans tous les monastères et les évêchés, enseignez les psaumes, les notes, le chant, le comput, la grammaire et corrigez soigneusement les livres religieux, car souvent, alors que certains désirent bien prier Dieu, ils y arrivent mal à cause de l’imperfection et des fautes des livres. »

Le comput est l’ensemble nécessaire à déterminer le calendrier ecclésiastique, impliquant l’astronomie, la géométrie et le calcul. Sous Charlemagne, on développe un système pour écrire des notes de musique et paroles sur une partition.

Il répète encore ses instructions aux missi dominici : « Des lectures du chant, des scribes pour qu’ils n’écrivent pas de travers, des notaires des autres disciplines, du comput, de l’art de la médecine. » Il ordonne aux évêques d’établir « des écoles où l’on puisse étudier l’écriture et les lettres profanes ».

Ainsi, en 789, Charlemagne met en vigueur le capitulaire Exhortation générale, donnant ordre à chaque évêché de créer une école élémentaire à même de dispenser l’enseignement du latin, de la lecture, du chant, de l’écriture et du calcul. Si cette Exhortation générale ne resta pas littéralement lettre morte, elle ne s’étendit pas comme le voulait son initiateur à l’ensemble des évêchés.

Les plus remarquables furent celle d’Orléans avec Theodulf et celle de Metz. S’il y avait innovation, ce n’était pas dans le principe même de l’école, qui existait depuis fort longtemps, mais dans les classes sociales concernées par cet enseignement, jusqu’alors privilège des nobles, et désormais accessible aux couches sociales moins fortunées.

De cette activité intellectuelle - très axée sur la copie des textes anciens - nous viendra le beau caractère d’écriture qu’est la Caroline, plus facile à écrire et dont la lisibilité et l’élégance supplanteront la lettre majuscule gothique. Le passage à l’imprimerie la débaptisera pour la nommer : caractère romain. Il s’agissait surtout de faciliter le travail du copiste et d’économiser le parchemin. L’alphabet que nous appelons romain est en réalité celui d’Alcuin. Aussi, le livre remplace le rouleau de parchemin, très malcommode, et la plume d’oie remplace le calame, roseau à graver pas très pratique.

Quant à la cour, Charlemagne la fit transporter à Aix-la-Chapelle, ville plus centrale où il fit construire son palais et dépendances, voulant faire d’Aix la nouvelle Athènes.

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Construction du palais d’Aachen [Aix-la-Chapelle], miniature de Jean Fouquet.

Art et science étant la responsabilité du souverain, pensait-il, il créa une académie se réunissant plusieurs fois par semaine pour discuter différents sujets, comme par exemple pourquoi la Lune était apparue plus petite le 18 mars 799.

L’astronomie était le sujet favori de Charlemagne ; on raconte qu’en pleine batail1e contre les Saxons, il envoya un messager à Paris pour savoir si Mars avait accéléré sa course et atteint la constellation du Cancer. Il a été traité d’astrologue par les historiens, mais il mena au contraire une bataille féroce contre ce genre de superstition.

La médecine aussi fit son entrée, amenée par des docteurs juifs. En effet, Charlemagne protégeait spécialement la communauté juive qui avait un très haut niveau culturel, et des connaissances de l’Orient.

Grammaire et rhétorique, non pas basées sur des règles fixes ou des effets de style, mais sur la dialectique, étaient très étudiées. Elles étaient liées à l’étude des textes religieux car Alcuin fut chargé de mettre au point une version adéquate de la Bible. L’étude de la pagina divina fut un important moyen d’éducation, on lisait et discutait textes bibliques et pères de l’Église.

Charlemagne fit étudier de vieux chants allemands afin de faire écrire une grammaire et développer la langue, car on dit que sa langue maternelle (tudesque) était pour cette raison sa favorite, bien qu’il parlât aussi grec et latin. Au palais, on parlait tudesque et roman dont les langues en étaient multiples. La raison spéciale de l’utilisation du latin était d’en faire une langue unificatrice de l’empire puisque c’était la langue de l’Eglise. Il fut néanmoins très différent du latin « classique ». Déjà Boèce avait effectué des transformations importantes de la langue, Alcuin et les lettrés de la cour en firent autant, créant une langue nouvelle : le latin médiéval qui servira pendant plusieurs siècles de langue internationale.

Quand Alcuin décida de relancer le latin, il était tombé pratiquement en désuétude depuis deux siècles, et seulement les lettrés ici et là le connaissaient. Mais même si le latin servait de langue de communication à travers l’empire, on enseignait dans le vernaculaire de la région, afin, d’y développer la langue, comme le voulait la tradition anglo-irlandaise de l’enseignement, utilisant la versification en vernaculaire comme outil pédagogique. En même temps se développa le chant, la technique étant celle de la rhinophonie grecque : le chant nasal, qui fut aussi un des principaux outils pédagogiques.

L’architecture connut aussi un essor important, s’appuyant sur le théoricien et architecte romain Vitruve, entre autres pour la construction du palais et de la cathédrale d’Aix, travaux que Charlemagne dirigea en personne.

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Cathédrale d’Aachen [Aix-la-Chapelle]

La coupole était une percée technique pour l’époque ; atteignant 33 mètres de hauteur à la voûte (ce record ne sera dépassé qu’en 1194 avec la cathédrale de Chartres, plus haute de trois mètres). Tout l’empire vécut une renaissance architecturale, car on construisit sous son règne 16 cathédrales, 235 monastères, et 65 résidences palatines, ainsi que des ponts magnifiques tel que celui de Mayence, mesurant 500 mètres de long au-dessus du, Rhin.

La peinture carolingienne est magnifique, tant par les couleurs qu’elle utilise que les thèmes qu’elle choisit. Ce sont généralement des peintures religieuses ou scientifiques, sinon les deux à la fois, les thèmes religieux montrent toujours des saints lisant ou écrivant, le Christ enseignant, les 24 vieux sages, l’agneau divin, le Jugement dernier et la fontaine de vie, et non ces scènes de souffrance qui seront de mise plus tard ; même dans les représentations de la crucifixion, qui n’étaient cependant pas communs, le Christ a l’air de sourire, et n’est pas un être biologique, un simple corps crucifié. D’autres tableaux évoquaient la forme des constellations stellaires, en peignant les figures qui leur donnent un nom, ou encore ils représentaient des animaux, des sujets de science naturelle, etc.

L’Art est ici avant tout un outil d’élévation de l’individu, ce qui permet de caractériser sans hésitation cette période la Renaissance carolingienne.

Politique intérieure et économie

Le projet politique de Charlemagne est celui de Platon : un « roi philosophe » et des citoyens prenant part à tous les aspects de la vie de la cité, arts, sciences, et politique. Outre l’éducation, il reste donc la création de structures administratives et un programme économique permettant le développement de la nation et le bien-être des citoyens. Mais le premier ennemi de cela est l’oligarchie terrienne ; seigneurs incontestés de leurs territoires, ils ont tous les droits, y compris de haute justice, et ils sont censés être les « conseillers naturels » du roi, malgré leur arriération.

Charlemagne mise donc sur le clergé et tente d’organiser un gouvernement à la fois centralisé et garant des droits fondamentaux des citoyens. La pièce maîtresse en est les missi dominici, littéralement « les envoyés du seigneur ».

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Les missi dominici (envoyés du seigneur)

Le missus dominicus était un évêque ou un comte, celui-là étant un homme de souche noble chargé d’administrer un territoire. Plus question sous Charlemagne de mener des guerres territoriales entre nobles, ni de léguer son titre sans autorisation du souverain. La vassalité devient d’ailleurs strictement un accord privé entre deux parties échangeant service contre protection, et perd son institution de droit public ; les nobles, fort mécontents, sont ainsi devenus de simples hauts fonctionnaires. Les évêques, eux, étaient nommés par le roi. Le rôle des envoyés fut donc d’aller, deux par deux, généralement un comte et un évêque, deux à quatre fois par an selon les besoins de l’administration, faire une tournée d’inspection sur un territoire éloigné. Leur rôle était multiple : ils devaient publier les capitulaires royaux et en assurer l’exécution (ce qui ne fut pas tâche facile, puisque Charlemagne en publia environ deux par semaine sur tous les sujets), percevoir les impôts, diriger les travaux publics, veiller au maintien de l’ordre, rendre la justice, lever et commander les armées selon les ordres du roi. Comtes et évêques seront donc tour-à-tour ; inspecteurs et inspectés, ils seront les oreilles et la bouche du roi, car ils devront aller dans les territoires d’inspection participer aux assemblées provinciales se tenant au moins une fois l’an pour, donner les consignes royales, mais aussi pour comprendre les problèmes et les besoins de la région, d’en faire part au roi. Ils doivent être présents aux deux assemblées de l’Empire qui se tiennent deux fois l’an à Aix.

Avec ce système Charlemagne arrive non seulement à contrôler les seigneurs, mais encore à les rendre utiles. De même pour les évêques, car ceux-ci pouvaient devenir très puissants ; toute abbaye ayant un domaine et des fermes.

Alcuin fut ainsi responsable de 20 000 hommes. La seule exception à ce système était pour les régions frontalières nommées marches, dirigées par un comte de la marche ou général (dux) ; ceux-ci étaient dans un état d’alerte permanente, toujours en contact avec Charlemagne.

Deux fois par an se tiennent les assemblées générales, la plus importante étant au mois de mars, avant le départ en campagne militaire. Tous les sujets de l’empire sont censés y être représentés par leurs notables, car là se prennent les décisions importantes, liant tous ceux présents. Les clercs et laïcs sont séparés en deux groupes, les, premiers s’occupant plutôt de questions religieuses en une sorte de synode, et les seconds des questions administratives. Puis les deux groupes se réunissaient en séance plénière avec l’empereur pour l’aider à prendre les décisions. Les débats touchaient des sujets très variés qui pouvaient être très profonds, par exemple : « Sur la vie monastique, peut-on être moine sans observer la règle de saint Benoît ? Il faudra rechercher s’il y a eu des moines en Gaule avant qu’elle y parvint. » Suite aux discussions, on établissait les capitulaires, car l’assemblée était consultée sur toutes les questions fondamentales de doctrine, justice, etc. Puis tous les ans, après l’assemblée de mars, l’armée partait en guerre pour quelques mois.

Il n’y avait pratiquement pas d’impôt direct, car l’administration vivait de ses propres revenus, ceux des territoires appartenant, à l’empereur. De temps en temps était imposée une taxe foncière, le cens — le seul impôt systématique étant la dîme de l’Eglise et le don annuel, contribution en nature des grands propriétaires. Mais il y avait douanes, péages et octrois sur le transport des marchandises.

Là, Charlemagne fit l’innovation importante de mettre tout péage sous son contrôle car, auparavant, chaque seigneur ou évêque les mettait où il voulait et au montant qu’il voulait. C’était catastrophique pour le commerce, car on ne savait jamais combien le transport pourrait coûter, souvent beaucoup car les péages étaient trop nombreux.

Reprendre le monopole de la monnaie

II reprit aussi le monopole de la monnaie, et interdit à quiconque de frapper monnaie, stabilisant ainsi le système. De plus il unifia le système monétaire en introduisant le monométallisme, l’utilisation d’un seul métal pour éviter les spéculations entre les différentes monnaies. Il choisit l’argent, car il était produit en Europe et ne nécessitait pas, comme l’or, une dépendance de l’extérieur. Ce monométallisme durera jusqu’au krach de la fin du douzième siècle. Puis il établit une pièce standardisée : le denier d’argent, monnaie forte, car très rapidement sous son règne, le royaume connut un développement économique important. Il imposait aux pays conquis de démonétiser leur monnaie aléatoire et opter pour sa monnaie au métal pur et au poids exact, interdisant l’utilisation des anciennes monnaies. Il standardisa aussi poids et mesures (poids en livres, volumes en muids, etc.), avec étalons originaux conservés au palais.

Aussi pour favoriser le commerce, il déclara sous la sauvegarde royale les biens des étrangers et encouragea la construction de ponts et de routes, faisant circuler un traité inspiré de Vitruve pour expliquer entre autre comment bâtir sous l’eau.

L’autre ressource financière fut le système judiciaire. Là encore il y avait plusieurs lois fondamentales (salique, ripuaire, burgonde, etc.) selon la région où l’on se trouvait. Il tenta d’unifier les différents codes au droit chrétien, ce qui se fit peu à peu pour ne pas brusquer les coutumes, Dans la mesure où les lois anciennes étaient encore en vigueur, il les fit consigner par écrit et appliquer avec tout autant de rigueur et d’équité, De nombreux capitulaires furent écrits à ce sujet, notamment concernant la création dé magistrats professionnels ou échevins, qui devaient assister les comtes à rendre la justice ; il établit des droits de recours judiciaire contre les seigneurs et les fonctionnaires, interdit le port d’armes à l’intérieur du territoire.

Se créent à ce moment-là, avec l’encouragement de Charlemagne, de nombreuses associations de vassaux, d’hommes libres et même de serfs, qui seront malheureusement détruites sous Louis Ier le Pieux, son fils.

Il faut bien noter à cet égard que les politiques appliquées par Charlemagne seront le modèle de ce que feront non seulement Robert Ier (XIe siècle), Louis VI (XIIe siècle), mais aussi Louis XI (XIVe siècle), Sully (XVIe siècle), Colbert (XVIIe siècle) et tous les gouvernements humanistes de France qui eurent à combattre le même problème : une décentralisation chaotique, qui donne le pouvoir aux oligarques soutenus par un clergé intégriste arriéré.

Les mesures prises par Charlemagne permirent aussi le développement des mines en garantissant les droits des mineurs, et c’est d’ailleurs à ce moment-là que se développe l’utilisation de la fonte. Charlemagne avait aussi fait interdire la vente d’une terre sans qu’un représentant de l’empereur soit présent, pour avoir toujours un témoin garantissant que l’on n’avait pas forcé la main du vendeur (pratique courante à l’époque) ; le but était aussi d’éviter l’acculement au servage car un paysan appauvri se vendait souvent comme serf à un seigneur pour pouvoir survivre. L’usure, quant à elle, fut complètement interdite, et tous les moyens furent pris pour assurer paix, progrès et justice.

Pour que les citoyens soient mieux représentés auprès de lui, Charlemagne faisait venir les employés du palais de toutes les parties de l’empire, afin que toute personne, de n’importe où, puisse trouver quelqu’un au palais à qui s’adresser.

Renaissance agricole

Un des points saillants de sa politique économique fut l’essor qu’il donna à l’agriculture et ainsi à la croissance de la démographie et du niveau de vie des Francs. Il fixa des prix maximaux pour les denrées telles que le pain et le grain, « en temps d’abondance comme de cherté », surtout pour éviter les famines et favoriser la consommation. Il publia un capitulaire De villis qui traite de l’économie, particulièrement de la mise au point des procédés de culture et fabrication, de la précision et coordination des travaux, de tout ce qui peut rendre plus efficace et productif.

Deux innovations furent particulièrement cruciales à l’amélioration du rendement de la terre à cette époque, tout comme elles le seront au moment de la renaissance médiévale car elles seront abandonnées entre temps : l’assolement triennal et l’utilisation du collier à armature, pour chevaux permettant de remplacer le bœuf.

Le principe de l’assolement triennal est la division d’une terre en trois parties, la première faisant un blé d’hiver, la deuxième une récolte de printemps et la troisième laissée en friche, ceci la première année. Mais chaque année, on fait une rotation si bien que chaque parcelle est en friche une année sur trois pour se reposer, et alterne deux cultures à deux moments différents les deux autres années, s’enrichissent plus ainsi. Cela a plusieurs avantages. Auparavant, ou bien il n’y avait pas de jachère, et la terre dépérissait, ou bien on pratiquait l’assolement biennal qui laissait la parcelle inutilisée une année sur deux au lieu de une sur trois.

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Pour labourer la terre, Charlemagne facilitait l’utilisation du cheval, plus productif que le boeuf

En un même temps, on facilitait l’utilisation du cheval, plus productif que le bœuf, car ce qui limitait le cheval était que d’abord sa nourriture était plus « chère » que celle du bœuf et ensuite la faiblesse de son cou. Le premier problème était résolu en rentabilisant mieux la terre pour produire de l’avoine, une excellente récolte de printemps, le deuxième en introduisant l’utilisation du collier rigide comme on le faisait en Chine depuis le VIe siècle. Théodose, empereur romain, avait interdit de faire tirer à un cheval plus de 500 kg, car il s’étrangle avec le harnais, donc le bœuf était considéré, plus utile. Mais avec le collier rigide permettant de respirer, le cheval pouvait en fait tirer autant qu’un bœuf avec l’avantage d’aller 50% plus vite, d’être plus résistant et de pouvoir travailler deux heures de plus par jour. On innova aussi le fer à cheval cloué, ce qui facilita le travail sur terrain rocailleux, lourd ou humide.

Les autres avantages de l’assolement triennal étaient de permettre une meilleure répartition des labours dans l’année, utilisant l’étalement des récoltes pour rendre le fermier plus efficace en pouvant travailler toute l’année ; de donner une assurance supplémentaire que le mauvais temps détruisant une récolte ne détruirait pas tous les revenus de l’année, une des principales causes de famine.

Une autre innovation fut le marnage de la terre, c’est-à-dire l’addition de marne (mélange de calcaire et d’argile) pour amender les terrains. Cette pratique, connue autrefois, avait été abandonnée depuis l’antiquité. Cette activité productive accrue permit un accroissement de la densité démographique, amenant en retour un potentiel accru de croissance économique et donc un taux accéléré d’investissements technologiques.

Ainsi, certains historiens affirment que les paysans de France n’ont jamais été des serfs, mais des hommes de condition indécise, sorte de demi-libres, puis de condition vraiment libre, franche, dès la fin des temps carolingiens.

Politique étrangère et militaire

Chaque année Charlemagne partait à la guerre pour mater une rébellion, défendre un allié ou s’installer sur de nouveaux territoires, non pas par rage de se battre, au contraire on l’appelait « le pacifique » car il faisait tout pour éviter la guerre, mais parce que, dans une Europe essentiellement barbare, sa tâche était d’établir la république définie dans la Cité de Dieu.

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Charlemagne en campagne militaire

Il guerroyait non pas anarchiquement, comme cela se faisait à l’époque, mais très méthodiquement, et pratiquait beaucoup la diplomatie. Sa première préoccupation, la guerre, ne devait pas inhiber le développement économique, car pour lui, la guerre n’est pas source de revenus, mais une dépense nécessaire. Chaque année, en prenant décision sur la campagne à mener, il établissait un quota de soldats par région selon la gravité de la situation, mais demandant le moins possible pour ne pas perturber les affaires courantes.

C’est cette même préoccupation qui motiva les progrès dans la stratégie militaire. En général, les campagnes ne duraient que quelques mois à partir de mai, les troupes étant donc de retour, sauf exception, à la fin de l’été, à part bien sûr l’armée permanente. D’après les capitulaires, les mobilisés devaient amener armes, vêtements et nourriture pour trois mois, afin d’éviter le pillage que Charlemagne avait interdit dans son armée. « Tu veilleras qu’en cours de route, et jusqu’au dit lieu, vous ne causiez aucun désordre par quelque partie de notre royaume que votre itinéraire vous fasse passer. Il ne devra être touché à rien, en dehors de l’herbe, du bois et de l’eau ».

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Empire de Charlemagne

Quand Charlemagne prit le pouvoir, son royaume englobait déjà plus ou moins l’équivalent actuel de la France, la Belgique et une partie de l’Allemagne, mais il aura sans cesse affaire non seulement aux ennemis extérieurs, mais aussi intérieurs. Ainsi l’Aquitaine qui se rebelle et où ne pourra s’établir une administration stable qu’en 781. Pour l’amadouer, Charlemagne devra lui donner son fils Louis comme roi, décision dont il se repentira car Louis y sera corrompu.

Charlemagne créa donc un pôle de stabilité politique dans cette Europe dominée par les guerres tribales, où chaque ethnie était susceptible à tout moment de voir déferler le voisin sur ses terres. A de multiples reprises il put développer des alliés tactiques simplement parce que ceux-ci savaient que Charlemagne ne briserait jamais de lui-même un pacte.

De plus, il évitait toujours la brutalité dans les relations avec ses voisins ; ainsi lorsque Tassilon de Bavière (741-794) le trahit et qu’il le captura, Il ne le fit pas tuer, gagnant par là pour toujours l’alliance des Bavarois. C’est une leçon qu’il’ avait apprise d’une erreur grave de jeunesse dans sa guerre contre les Saxons : ceux-ci ayant brisé leur pacte avec lui, il imposa brutalement la loi chrétienne et fit condamner toute personne coupable d’actes de paganisme ou de sentiments anti-royaux, allant jusqu’à détruire leur arbre sacré près de Paderborn en Allemagne, l’Irminsul qui symbolisait pour les païens saxons l’union entre l’homme et le cosmos. Il en résulta une violente rébellion et les Saxons depuis lors furent pour lui le peuple le plus irréductible dont il ne put venir à bout qu’en faisant émigrer les populations de cette région.

II étendit ainsi ses territoires jusqu’à la Baltique et le long de l’Elbe soit par conquête ; soit par alliance, par exemple avec le peuple slave des Abodrites qui faisaient face aux Danois.

Les succès militaires de Charlemagne ne sont pas attribuables à la force brute, mais au développement d’une science militaire inspirée par une politique humaniste.

1) Une connaissance précise de la géographie de la région lui permettait d’amener son ennemi à se battre là où c’était le plus avantageux pour lui, ou bien de l’attaquer sur le flanc et arrivant par un endroit tout à fait inattendu. Il put aussi pratiquer sa tactique favorite qui consistait à arriver de trois endroits à la fois, prenant l’ennemi en étau. Ainsi quand il combattit les Avars, ces peuplades d’Asie centrale ayant envahi la Hongrie ; il envoya une troupe de chaque côté du Danube et une troisième de l’Italie, surprenant totalement ses ennemis.

2) La rapidité de ses déplacements due à des innovations technologiques. Quant au cheval ; il eut jusqu’à 30 000 cavaliers pour 10 000 fantassins, proportion énorme pour l’époque, rendue possible par sa politique agricole. L’introduction de l’étrier aida aussi ce développement en donnant une plus grande stabilité au cavalier. Il introduisit arcs et flèches, utilisés jusque-là seulement par les Byzantins. Il innova le transport par voie fluviale des troupes, développa des systèmes de pontons pour traverser les rivières et, utilisant les rivières comme moyen de pénétration, il fit fabriquer de petits bateaux démontables qu’on pouvait tirer à terre pour aller d’une rivière à une autre, surprenant ainsi l’ennemi par sa mobilité et la rapidité des troupes.

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Creusement du canal Rhin-Danube
dessin du XVIe siècle

Charlemagne commença aussi à faire creuser, dans le sud de Nuremberg, la « Fosse caroline », un canal navigable de 10km de long et 100 mètres de large reliant le bassin du Rhin à celui du Main et du Danube (achevé en 1992 !). Si Alcuin et Charlemagne promouvaient la construction de ponts, de routes et de nombreux canaux pour désenclaver l’intérieur du continent, ils en voyaient également l’utilité militaire.

3) Son ravitaillement et sa logistique furent très bien organisés, car on étudiait les climats, les récoltes, les pâturages de chaque région, et la climatologie aidait à déterminer le type et le moment de l’attaque.

4) Il maintint un réseau de renseignement international grâce au clergé pour savoir où, quand et comment attaquer. En plus, les évangélisateurs lui recrutaient des alliés.

Charlemagne exerça lui-même le commandement militaire presque toute sa vie, mais participa très rarement aux combats. Toujours préoccupé du moral de ses troupes, il fit composer à Alcuin un chant militaire pour « tempérer par la suavité des notes la férocité des esprits », ce qui montre pourquoi, bien qu’il ne passât pas une année de sa vie sans faire la guerre, on le nommait « le Pacifique ». Il n’oubliait jamais que la finalité de toutes ses guerres était de sortir l’Europe de la barbarie, mais il s’opposait, surtout depuis l’affaire des Saxons, à la « christianisation » forcée.

Ainsi Alcuin écrivit une lettre pour exhorter les soldats à la prudence : « prêchez d’abord avant que de baptiser. Ne poussez pas les païens à la cuve baptismale sous la menace du glaive ; usez au contraire de la douceur et de la persuasion ; procédez par étape, montrez-vous d’abord indulgents sur les détails, et surtout remettez à plus tard les obligations d’ordre matériel tel que le paiement des dîmes qui ont bien inutilement exaspéré les Saxons et ont contribué à leur rendre le christianisme insupportable » (Correspondance d’Alcuin).

Ces avis seront écoutés, car en 796, lors d’un conseil de guerre sous le roi Pépin d’Italie, chef du corps expéditionnaire contre les Avars, le patriarche d’Aquilée, Paulin (750-802), plaide cette prudence indispensable quand on a affaire à un « peuple barbare, inaccessible au raisonnement ignorant, sans instruction, d’esprit borné, lent à s’initier aux Saints-Mystères ». A un tel peuple qui n’est pas familier avec le langage de l’évangile, il ne convient pas de conférer aussi vite qu’il est normalement d’usage le sacrement du baptême ; il faut d’abord l’imprégner de foi, en ménageant certains délais, car le Seigneur a dit à ses disciples : Allez et enseignez tous les peuples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit en leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. Il ne leur a pas dit : Allez et baptisez tous les peuples, mais d’abord : « Enseignez, et ensuite seulement baptisez ». Cette démarche portera ses fruits, car les Avars se convertiront en grand nombre et même leur Khagan (chef) deviendra en 805 vassal de Charlemagne. Ce dernier se battit aussi contre les musulmans d’Espagne, obtenant le ralliement de certaines factions, sarrasines et du roi de Galicie.

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Routes commerciales développées par Charlemagne

Sa conception œcuménique l’amenait à collaborer avec toute conception religieuse basée sur l’élévation de l’homme. Ainsi il entretint correspondance, ambassades et dons, avec Haroun-al-Rachid (765-809), calife humaniste de Bagdad. En 802, l’ambassadeur de Charlemagne à Bagdad, le marchand juif Isaac, lui ramène deux précieux cadeaux offert par le calife : une horloge à eau ou clepsydre et un éléphant blanc (albinos) à qui on attribuait des pouvoirs quasi-magiques.

Le plus grave problème militaire se posa à la fin de la vie de Charlemagne : la défense des frontières maritimes. Il se posa surtout à partir de 800 avec les premières invasions nordiques (danoises et norvégiennes), sans doute déployées, ou tout au moins incitées par Byzance, invasions, qui jusque là s’étaient limitées à l’Angleterre, pays relativement ami des Francs.

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Reconstruction contemporaine d’un drakkar, le bateau viking

Les très grandes attaques commencèrent en 810, 200 navires attaquant la Frise (Nord-ouest de l’Allemagne — Hollande). Un capitulaire prescrit alors une mobilisation pour construire une flotte, car il n’y avait presque pas de navires, à part quelques-uns en Provence et en Italie. Deux flottes furent ainsi rapidement bâties : une en Méditerranée, l’autre sur la Manche, Charlemagne se rendit à Boulogne pour visiter le port, inspecter la flotte en construction et faire restaurer des rivières car les drakkars pénétraient à l’intérieur des, terres en remontant les rivières pour attaquer les villes et les mettre à sac. Il arrive pendant ses dernières années (il meurt en 814) à les repousser, mais ils créeront le chaos après sa mort, morcelant l’empire par la crainte et la destruction.

Quand les populations ne pourront plus faire confiance à l’armée nationale pour les défendre, elles devront se reposer sur le seigneur et son château, redonnant ainsi pleins pouvoirs aux oligarques, et détruisant toute idée de politique économique nationale. La société redeviendra arriérée, et le féodalisme deviendra hégémonique en cette sombre période.

Il faut mentionner un dernier point sur le rôle de Venise. En 801 Sicile, Lombardie, et Venise s’associent, et la Sérénissime, qui avait toujours joué alternativement l’Est contre l’Ouest et vice versa, se ligue contre Charlemagne. A ce moment-là, Charlemagne propose d’épouser Irène, impératrice grecque, mais elle est déposée du trône par les iconoclastes. Plus tard ; en 810, Byzance voudra signer un traité de paix avec Pépin, fils de Charlemagne et roi d’Italie, mais Pépin meurt de causes inconnues juste avant que l’ambassade n’arrive. Plus tard encore, à la fin de sa vie, découragé, Charlemagne signe un traité de reconnaissance mutuelle des deux empires, et une des clauses du traité porte sur l’intouchabilité de Venise, qui occupe déjà à l’époque une position stratégique.

Alcuin ou la science de l’éducation républicaine

Venant du monastère d’York, en Angleterre, ce fut le savant et religieux Alcuin qui instruisit Charlemagne dans la tradition augustinienne, et développa sa conception d’un « Empire » fondé non sur l’arbitraire du plus fort ou le hasard de l’hérédité, mais sur le respect du droit naturel. Ce point est essentiel ; car trop d’histoires —et en particulier celles de la « Nouvelle Droite » — tendent aujourd’hui à dénaturer l’Empire carolingien, voulant nous y faire voir une version occidentale des conceptions païennes orientales, un, imperium romain plus ou moins chimérique semblable à celui que Napoléon voulut reconstruire plus tard à son avantage, Outre les réalisations du règne, une lettre d’Alcuin nous permet de remettre clairement les choses à leur place : « La, dignité impériale de Charlemagne, qui émane de Dieu, n’est destinée à rien d’autre qu’à guider et aider le peuple. Le pouvoir et la sagesse sont donnés à ceux que Dieu élit ; le pouvoir afin que le gouvernement, puisse contenir l’orgueilleux et défendre le faible contre l’injustice ; la sagesse afin que le gouvernant, avec sa pieuse attention, puisse guider et enseigner ses sujets ». Dans cette conception, même si les pouvoirs spirituel et temporel sont, et doivent être, séparés en leur forme, ils procèdent des mêmes principes fondamentaux. Elle s’oppose ainsi autant au système théocratique byzantin qu’au « laïcisme » absolu des théoriciens de l’Empire.

En effet, dans le système byzantin, l’Eglise et le pouvoir sont une seule et même chose, le Roi ou l’Empereur se trouvant déifiés — c’est-à-dire, sans contestation possible, « vicaires » de Dieu — et l’individu anéanti face à ce pouvoir absolu.

Dans la « Théorie des deux glaives » (indépendance absolue de l’Eglise et de l’Empire), formulée plus tard par le théologien nominaliste Guillaume d’Ockham (1285-1347), le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel n’ont rien de commun, avec pour conséquence un pouvoir absolu de l’Eglise en matière de foi, ne connaissant d’autre critère qu’elle-même et son dogme incontestable, et un pouvoir séculaire absolu de l’Empereur, ne connaissant que sa propre volonté et la puissance de son « Etat ».

Dans ces deux cas, à l’opposé de la conception d’Alcuin, ou bien l’individu se trouve anéanti dans un « Grand Tout », ou bien il n’est plus le critère universel réglant l’activité humaine, et l’activité quotidienne de l’homme n’a plus de rapport avec sa vie spirituelle. Dans l’un comme dans l’autre cas, l’on tombe nécessairement dans l’arbitraire : impossibilité pour l’individu de demander des comptes à son chef dans le système byzantin, possibilité pour le chef de ne respecter aucun principe spirituel dans les affaires temporelles suivant la Théorie des deux glaives. Face à un porc qui s’arroge les emblèmes du pouvoir, l’individu opprimé n’a pas ici de référence morale lui permettant de faire valoir son droit. Au contraire, pour Alcuin et Charlemagne, toutes les activités humaines sont liées dans le combat continu visant au perfectionnement de l’individu humain fait à l’image du Créateur. Ce combat est la référence absolue accessible à tout homme, au-dessus de la raison d’Etat ou d’Eglise.

Pour rendre cette conception du pouvoir — le « mouvement vers la Cité de Dieu » — possible dans la société de son temps, Alcuin est totalement engagé à éduquer les hommes, à les rendre « dignes ». L’éducation devient ainsi, dans la lignée de Platon et d’Augustin, le fondement de l’œuvre de perfection à accomplir, l’entreprise commune de découverte de la loi naturelle.

C’est cet engagement concret et passionné qui caractérise Alcuin, plus que l’originalité de sa pensée. Elève de Platon, qu’il connaît par Boèce, et disciple de Bede le Vénérable, il applique les leçons de ses maîtres pour ouvrir à un nombre grandissant les chemins de la connaissance. Pour lui, foi et raison ne font qu’un, et il met dans la liturgie l’accent sur les œuvres, non sur une foi et une prière abstraite. Ainsi, il attaque le paganisme non d’abord à cause de ses croyances ; mais en raison de la bassesse des actes qu’il inspire ; et il définit la connaissance du vrai Dieu, pour tout ce qui élève l’humanité.

S’en prenant aux « fondamentalistes » de son temps, qui voulaient limiter la connaissance à la lecture exclusive de la Bible, il écrit dans De Doctrina Christiana : « Il est vrai que tous les enseignements des païens contiennent des inventions variées et idolâtres, inspirant des actes mauvais et tâches inutiles, et que chacun de nous venant du paganisme, le Christ étant notre Moïse, nous devons haïr les premiers et fuir les seconds, Mais il y a également les arts libéraux, bien établis au service de la vérité, et contenant, de plus, des préceptes moraux extrêmement utiles de même que des vérités concernant le culte du seul vrai Dieu ». Ce qui est ici réaffirmé, dans la tradition de Platon et d’Augustin que, plus tard, Nicolas de Cues (1401-1464) et Leibniz (1646-1716) porteront plus avant, c’est que l’action de Dieu dans l’univers est la chose première ; non les objets ou les textes particuliers de connaissance, et que l’organisation de la société et de « l’Empire », a pour but de rendre cette action divine « connaissable » en formant des hommes et en établissant des institutions fondées sur le ce que chacun y accompli réellement et non sur l’arbitraire.

La qualité des hommes nécessaires à l’accomplissement de ce dessein — ou de cette « œuvre » — est définie par Alcuin dans son Traité sur la Grammaire : « Puisse la lumière qui éclaire chaque homme venant à ce monde illuminer vos esprits, afin que progressiez en philosophie qui, comme vous l’avez bien dit, ne déteste jamais celui qui la possède. ( ... )Si vous êtes maître de vous-même, il vous sera donné ce que vous ne regretterez jamais d’avoir perdu, ce qu’aucune calamité jamais ne parviendra à vous arracher : (...) Je pense que vous devez être guidé à travers les étapes de l’érudition des choses les plus basses aux choses les plus hautes jusqu’à ce que vos ailes deviennent plus fortes, jusqu’à ce qu’elles deviennent plus fortes afin que vous puissiez vous confier à dieu pour qu’elles vous portent à la hauteur des visions les plus vastes du pur éther. »

Le propre du vrai bonheur est pour Alcuin dans le mérite du bâtisseur, ce qui appartient à la nature de l’âme lorsqu’elle aime et cherche ce qui est digne de son amour, cette qualité de l’âme qui est la grâce de la sagesse. La grâce devient cohérente – consubstantielle – avec le libre arbitre, parce que l’une ne peut exister sans l’autre : l’homme agissant conformément à la loi naturelle œuvre, à l’image de Dieu, librement.

Pour former des hommes à la mesure de cette œuvre, Alcuin - qui avait été « copiste » au monastère d’York fait revivre les grandes œuvres du passé. Beaucoup d’écrits avaient en effet été alors remaniés pour diverses raisons : interventions du censeur nominaliste pour en expurger ce qui lui semblait hérétique, ignorance, interprétations approximatives. Alcuin, unissant les efforts de véritables ateliers, redonne au copiste — imprimeur et éditeur de son temps — les moyens de retourner aux sources, et de rétablir des versions plus fidèles des écrits originaux. Son intérêt pour la grammaire ; les langues et l’orthographe n’est en rien « scolastique », mais vient précisément de cette nécessité de parvenir à retrouver ou reconstituer des textes plus exacts. Il était d’autant plus important de développer les sciences, qu’en Gaule les textes bibliques étaient, à l’époque d’Alcuin, copiés sans ponctuation et imprégnés d’erreurs.

La « grammaire » n’est pas ainsi un savoir-faire technique enseigné dans un corset de règles arbitraires, mais la capacité de mieux exprimer des concepts : « La grammaire est la science de l’écriture, ce qui permet de bien écrire et bien parler. Elle est fondée en nature, en raison, en autorité et en, coutume ». Alcuin ajoute qu’on ne peut la comprendre en prenant les lettres ou les syllabes une à une ; ou que les lettres ne sont pas de simples lettres, mais que les voyelles sont les âmes des mots, et qu’elles doivent-être chantées ; alors que les consonnes sont les corps des mots. Ainsi, dans cette langue qui est vue comme un instrument vivant de connaissance, il n’y a pas de dichotomie comme dans le français moderne, entre usage écrit basé sur des règles « logiques » formalistes et arbitraires, et usage oral ennuyeux et tout aussi arbitraire dans son incapacité d’exprimer les concepts et les émotions les plus élevées, La langue que tente d’établir Alcuin est « vivante » en ce qu’elle réunit raison et émotion dans sa quête passionnée de la connaissance des amis du passé et de la construction de l’œuvre présente.

Dans ses capitulaires, Charlemagne écrit — reprenant l’impulsion d’Alcuin : « Comme il est de notre désir d’améliorer la condition de l’Eglise, nous entreprenons la tâche de restaurer, avec le zèle le plus attentif, l’étude des lettres, tâche pratiquement tombée en désuétude à cause de la négligence de nos ancêtres. En conséquence, nous enjoignons nos sujets, d’étudier les arts libéraux autant qu’ils le pourront, et nous leur offrons l’exemple. » Il est frappant de voir ici qu’aucune différence fondamentale n’est faite entre art et science : le poète est philosophe et savant, la musique est science, le savant était poète et philosophe — et il ne pouvait en être autrement. Dans l’œuvre à laquelle chacun fait son apport, il n’y a pas la dichotomie « moderne » entre sciences de la nature et sciences humaines, cette conception stérile de notre temps qui rend le savant stérile et le poète fou.

La méthode utilisée par Alcuin pour faire épanouir cette « éducation nationale » pour que l’éducation de chacun enrichisse l’œuvre commune — fut celle des « disputations », jeu dialectique de questions et réponses rendant l’enseignement très vivant, incitant les étudiants à réfléchir et à faire leurs les idées développées. Il faisait séparer les élèves en petits groupes, un professeur étant affecté à chaque groupe de manière permanente pour s’assurer que le travail soit bien accompli. Bien que repoussant les jeux sans intérêts, et en particulier les jeux de hasard, rien ne ressemblait moins à l’austérité morose de la scolastique que l’enseignement selon Alcuin : la plaisanterie et les jeux de mots y étaient très pratiqués, et jamais on ne voit d’allusion au fouet et aux châtiments corporels qui seront malheureusement si fréquents plus tard.

La grammaire et l’orthographe n’était pas les seuls sujets dont traita Alcuin ; il écrivit sur la rhétorique, la morale, la dialectique, l’astronomie, les mathématiques et les arts libéraux en général. Il demeura pendant toute sa vie en correspondance avec des amis, des disciples et des collègues pour améliorer l’éducation et lancer des défis, s’amusant par exemple à composer dans ces lettres des constructions géométriques subtiles et incitant le lecteur à en déchiffrer l’énigme.

A regarder la fin de leurs vies, et l’époque qui immédiatement leur succède, on aurait tendance à croire que l’héritage de Charlemagne et d’Alcuin se désagrège et se perd. Un aperçu plus profond dans l’histoire de notre pays et dans celle des idées révèle tout le contraire : s’il y a bien eu recul momentané au IXe siècle, le grain semé a germé plus tard dans l’un des plus beaux moments que l’espèce humaine ait connu, la renaissance des cathédrales, au cours duquel l’Etat-nation France a pris son premier essor.

L’héritage de Charlemagne

A la fin de sa vie, Alcuin est légitimement saisi d’inquiétude face aux mauvaises influences qui s’étendent autour de lui. Tout d’abord, l’école romaine de rhétorique fait de nombreux adeptes parmi les étudiants. Elle développe une conception sophiste du langage, dans laquelle l’éloquence l’emporte sur la raison : elle enseigne que la rhétorique, est « l’épouse » de la raison, alors qu’Alcuin n’y voit que « la fille », car pour lui la raison est première et ne doit faire aucune concession à qui que ce soit d’autre qu’elle-même. Cette école amène avec elle nominalisme et numérologie —les « objets » de la rhétorique — faisant ses adeptes dans l’irrationalisme.

En même temps, au sein même de l’Eglise catholique, les vieilles forces superstitieuses relèvent la tête, réintroduisant des éléments de cultes orientaux contre l’augustinisme carolingien. Alcuin s’en prend à cette faction et y dénonce « la sombre influence égyptienne ».

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Le fils de Charlemage, Louis le pieux, sous influence de l’anti-humaniste Benoît d’Aniane

A la mort d’Alcuin, en 804, Charlemagne perd son éducateur, alors que lui-même se trouve affaibli par l’âge et que de terribles malheurs frappent sa famille. En 810, deux de ses fils, Charles, « l’espérance du royaume », et Pépin, roi d’Italie, meurent dans des circonstances douteuses. Sa fille aînée, Rotrude (775-810), et sa sœur préférée, Gisèle (781-808), meurent elles aussi. Alors se pose le problème de l’héritage : Charlemagne n’a plus qu’un fils, Louis (778-840), roi d’Aquitaine. Or Louis a été élevé dans le sud de la France, où la faction « superstitieuse » de l’Eglise et l’école rhétorique que dénonçait Alcuin étaient les plus fortes. Le précepteur de Louis est précisément Benoît d’Aniane, figure de proue de cette faction.

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L’obscurantiste Benoît d’Aniane

En 813, Charlemagne n’a d’autre choix, après bien des hésitations, que de transmettre sa couronne à ce seul fils qui lui reste. Benoît d’Aniane en profite pour s’installer à la Cour, et utiliser les institutions bâties par Alcuin et Charlemagne pour les retourner contre l’impulsion augustinienne qui leur a donné naissance. Benoît, véritable Khomeiny de son temps, avait fait construire un monastère livré au culte de l’obscurantisme et du refus du monde— dans la tradition des Bénédictins et du Mont Athos. Là il était interdit de se laver, et si l’on était dévoré par la vermine, l’on était supposé y voir le châtiment de Dieu et ne pas s’opposer à son activité ! Quiconque voulait quitter le monastère pour aller à la ville se trouvait qualifié de « porc retournant à sa crasse, de chien revenant de son vomi ». Après la mort de Charlemagne, Benoît d’Aniane étendit encore son influence en chassant d’Aix-la-Chapelle tous les conseillers n’appartenant pas à sa faction, et en régnant sans partage, grâce à son influence sur le faible Louis — baptisé « Le Pieux ». Tout ceci rend très suspectes les morts des fils ainés de Charlemagne, qui livrèrent le contrôle du royaume à un tel personnage.

A cette opération culturelle, brisant les bases mêmes de l’œuvre d’Alcuin s’ajouta vers 810 une opération militaire contre Charlemagne : 200 drakkars arrivent alors pour la première fois sur les côtes de la Frise, remontent les rivières et jettent loin à l’intérieur, des terres des hordes de Vikings qui tuent, pillent, violent et terrorisent les populations. Bien que les invasions aient été d’abord contenues, leur menace pèse toujours et un Charlemagne âgé, démoralisé et intellectuellement isolé se retrouve alors livré aux influences de Benoît d’Aniane et de sa faction.

Il commence· — lui qui avait toujours refusé jusque là toute forme d’austérité ou de superstition— à s’imposer des jeûnes en repentir de ses fautes, alors que le Synode de 813 a précisément pour objet « la signification et l’importance du jeûne ». L’ombre du clergé le plus réactionnaire s’étend sur la Cour, et les anciens conseillers de Charlemagne se trouvent accusés d’avoir « trop construit et pas assez pris soin de la vie spirituelle ». Il est frappant, ici, de voir que c’est exactement le même argument que Bernard de Clairvaux (1090-1153) — partisan lui aussi du « retour à la nature » et du féodalisme, opposera à Pierre Abélard (1079-1142) et l’abbé Suger de Saint Denis (1080-1151).

L’oligarchie profitant à la fois de la dégénérescence spirituelle de la Cour et de la désintégration du Royaume par l’envahisseur Viking, relève la tête et reprend ses droits féodaux. Alors que Charlemagne avait toute sa vie durant lutté contre le servage, interdisant aux Comtes, dans ses capitulaires, d’imposer des servitudes personnelles à des hommes libres et abolissant tout contrat de « don de soi » (servage librement consenti pour obtenir un emploi), au cours de ses dernières années il capitule face à l’oligarchie comme il le fait face au clergé superstitieux. S’adaptant à la situation, il accepte de reprendre les nobles comme intermédiaires entre lui et son peuple, ce qui brise les institutions qu’il avait lui-même créées.

Après la mort de Charlemagne, Louis, pourra profiter pendant quelques années de l’élan pris, et l’Empire s’étendra, allant jusqu’à la Suède, mais en s’effondrant de l’intérieur. Alors l’on verra les nobles d’Aquitaine se convertir aux croyances bestiales des Vikings, les voilant à peine, et les paysans ou les artisans dont les villes ou les fermes ont été détruites, et qui n’ont donc plus rien à perdre, se joindre aux bandes de pillards envahisseurs — jusqu’à devenir plus nombreux en leur sein que les Vikings eux-mêmes !

Alors, l’histoire peut-elle être considérée — ainsi que le prétend l’oligarchie— comme faite de hauts et de bas, d’Alcuin, puis de, Benoît d’Aniane ; de Charlemagne, puis de féodaux et de Vikings ?

Justement pas, et l’exemple d’Alcuin le montre mieux que tout autre : l’histoire n’est pas une roue qui tourne, mue par la fatalité, mais le déroulement du combat pour le bien. Alcuin, précisément pour arrêter l’obscurantisme fondamentaliste, avait encouragé la formation de « clercs », moines n’appartenant à aucun ordre particulier et échappant ainsi à l’obéissance superstitieuse et aux rituels. Le principe ainsi établi était que l’Eglise ne doit pas être séparée du monde, puisqu’elle doit en être sa lumière.

Après la mort de Charlemagne, ces « clercs » seront bannis du Royaume par Louis le Pieux, mais l’héritage d’Alcuin ne sera pas perdu pour autant· : transmis de siècle en siècle, il renaitra et s’épanouira avec le mouvement des cathédrales —dont les piliers furent les « tiers-ordres » et les « canons » organisés suivant les principes et le modèle des « clercs ». .

De même, l’effet d’Alcuin pour communiquer les plus hautes conceptions de l’espèce humaine aux hommes et aux femmes de son siècle trouvera son aboutissement dans l’effort de Dante Alighieri (1265-1321) qui, repoussant les formalismes du latin, couronnera la renaissance carolingienne en « éduquant » les langues vernaculaires jusqu’à en faire les reflets mêmes de l’harmonie entre la pensée divine el la pensée humaine ; l’expression de cette joie de créer et de découvrir que souleva tout le règne de Charlemagne.

Car celui-ci fut un grand moment de beauté, redonnant à une Europe écrasée par l’Empire romain et par l’effondrement qui le suivit un dessein et une espérance. Sans ce qu’i1 accomplit, nous en serions peut-être à ramasser des noix sur les chemins ... Il fut l’une des plus belles incarnations de l’humanisme politique, de l’idée platonicienne de « République », d’un mouvement vers la Cité de Dieu sur terre, en prouvant par ses œuvres que l’homme est perfectible, que le barbare peut devenir sage et l’esclave, un homme libre.

Montrant combien une petite vie est ridicule, il établit pour une postérité d’humanistes dignes de ce nom quelle est la nature de la bataille et qui est l’ennemi. Cette combinaison d’obscurantisme théologique, d’arriération oligarchique, de barbarie et de petitesse, combinaison qui constitue l’ennemi héréditaire des républicains.

Cette leçon fut comprise car d’autres, comme Gerbert d’Aurillac (945-1003), Louis VI (1081-1137) et ce Frédéric II d’Hohenstaufen (1194-1250) qui admirait tant Charlemagne, menèrent la même bataille. Lorsqu’il fut décidé de consolider la monarchie française au début du XIIe siècle, ce fut La Chanson de Roland qui rassembla les volontés ; et lorsque Louis XI (1423-1483) bâtit l’Etat-nation France, il créa le 28 janvier de chaque année, la Saint Charlemagne. Voltaire appelant Charlemagne « brigand », rendit, l’hommage du vice à la vertu. Car ce même Voltaire niait au peuple le droit à l’éducation.

Or la contribution majeure d’Alcuin et de Charlemagne fut précisément d’avoir les premiers imposé une éducation publique et obligatoire, cette éducation qui sera toujours la première arme des humanistes en propageant d’homme en homme l’étincelle divine, créatrice, cet enthousiasme que rien ne peut éteindre.

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