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Le nouvel impérialisme américain - Un éclairage historique

par le Dr Clifford Kiracofe, ancien responsable des recherches à la Commission du Sénat américain sur les Affaires étrangères. Texte de sa présentation au séminaire de l’EIR le 28 juin 2005 à Berlin.


Je vais tenter de donner un meilleur éclairage sur le « nouvel impérialisme américain » et de fournir le contexte historique de ce problème. A la lumière de la débâcle en Irak et d’une éventuelle guerre contre l’Iran, je vais me concentrer sur les origines et la politique de la faction impériale aux Etats-Unis.

Le président Abraham Lincoln avait mis en garde contre l’« intronisation » des intérêts financiers et des grandes entreprises. Le président Franklin Roosevelt mit en garde à son tour contre l’influence des « Tories américains » et le président Dwight Eisenhower, de son côté, contre la montée du « complexe militaro-industriel ». Ces trois Présidents américains s’inquiétaient de la possibilité que des intérêts financiers et commerciaux bien ancrés puissent renverser la forme républicaine de gouvernement en Amérique. L’avertissement était aussi dirigé, implicitement, contre le type de politique étrangère impériale que ces intérêts aimeraient poursuivre pour des raisons de profit personnel.

Mes remarques aujourd’hui ont trait à trois points principaux. Premièrement, étant donné que la politique impériale actuelle des Etats-Unis est modelée, dans une large mesure, sur l’impérialisme britannique du XIXème siècle, je présenterai la stratégie de Lord Palmerston pour l’Empire britannique de l’époque. Deuxièmement, je commenterai l’assimilation, aux Etats-Unis, de cette politique impériale britannique surannée et pernicieuse, par des figures contemporaines, dont l’influent Zbigniew Brzezinski ou encore le réseau d’experts politiques néo-conservateurs qui dirigent l’administration Bush actuelle. Troisièmement, je présenterai les racines historiques du problème dans l’Angleterre des XVIème et XVIIème siècles où, en gros, une faction d’intérêts commerciaux et de courtiers corrompus s’opposait à une autre prônant, elle, la vertu dans l’art de gouverner. Ce conflit de courants, parfois surnommés le « parti de la cour » et le « parti du pays », fut transféré aux colonies américaines suite à l’implantation en Virginie et en Nouvelle Angleterre, et se poursuit encore à ce jour de notre côté de l’Atlantique. On peut dire que la politique extérieure et intérieure de Bush, y compris la guerre d’Irak, représente la continuité des opérations du « parti de la cour » en Amérique.

I. Palmerston et la stratégie impériale britannique du XIXème siècle

La politique impériale britannique du XIXème siècle a été fortement influencée par Lord Palmerston (Henry John Temple, 1784-1865), qui inventa le concept de « Grand Jeu », à savoir la lutte entre l’empire Britannique et l’empire Russe, avec le Moyen-Orient et l’Asie centrale pour champ de bataille. Ce concept général fut remis au goût du jour par Halford Mackinder (1861-1947), qui défendait le concept du heartland eurasiatique (cœur ou zone pivot de l’Eurasie), entouré de rimlands (Etats périphériques). Celui qui contrôlait le heartland devait dominer le monde.

Pour ce qui est du Moyen-Orient, l’approche fondamentale de Palmerston était d’utiliser l’empire Ottoman contre les Russes au nord et pour contrôler les Arabes, notamment l’Egypte. Il reprit aussi, en l’affinant un peu, l’idée utopiste de Napoléon d’installer les Juifs en Terre sainte. Pour s’assurer la coopération de l’empire Ottoman, Palmerston lui faisait miroiter une aide financière de la part des réseaux bancaires juifs de Londres, qui avaient un intérêt philanthropique dans la création d’une entité juive au Moyen-Orient. Ce soutien devait venir en échange de l’acceptation, par la Porte ottomane, de quelques colonies juives en Palestine. Pour ce qui est de l’Asie centrale, la Grande-Bretagne cherchait à pénétrer cette région afin de conforter sa position stratégique vis-à-vis de l’Inde et de la Russie.

Par contre, à la même époque, l’engagement américain au Moyen-Orient reposait sur une coopération culturelle pacifique en matière d’éducation et de santé, ainsi que sur une activité commerciale mutuellement bénéfique. Depuis la Guerre d’Indépendance américaine, nous avions développé des relations constructives avec, par exemple, le Maroc, la Tunisie, Oman, la Porte ottomane, l’Egypte et la Perse.

L’Amérique du Nord avait cependant aussi sa place dans la stratégie globale de Palmerston. En effet, son plan prévoyait la destruction de la république américaine, de l’ » Union » des Etats réunis sous la Constitution fédérale, et la division du pays entre confédérations nordiste et sudiste. Dans ce cadre, le Texas devait jouer, le cas échéant, le rôle d’« Etat tampon » à part. Certains milieux puissants au Texas, qui soutiendront plus tard la Confédération sudiste, n’étaient que trop enthousiastes. Ces éléments déloyaux comprenaient le père du fameux « colonel » Edward Mandel House, un proche conseiller du président Woodrow Wilson en politique extérieure ; le père, un Anglais qui s’était installé au Texas, vendait du coton sur le marché britannique et jouissait de liens étroits à Wall Street. Dans l’est de l’Etat, les intérêts commerciaux du coton et autres étaient ligués avec le Sud esclavagiste et alignés sur des cercles financiers londoniens et leurs amis de Wall Street. On retrouve le même phénomène aujourd’hui.

La stratégie nord-américaine de Palmerston n’était pas nouvelle. Depuis longtemps, les impérialistes britanniques avaient cherché à endiguer et à diviser les colonies américaines, puis, par la suite, la jeune République. C’est ainsi que la « Proclamation Line de 1763 », décrétée à la fin de la Guerre de Sept ans (appelée guerre franco-indienne en Amérique), était destinée à bloquer la colonisation américaine à l’ouest du massif des Appalaches, la cantonnant le long de la côte Atlantique. Deux autres stratagèmes britanniques prévoyaient de faire de l’« Old Northwest » (Michigan, Wisconsin, Illinois, Ohio et Indiana actuels) un « Etat tampon », et de réussir la sécession de plusieurs Etats de la Nouvelle Angleterre. Devant l’échec de ces plans, on opta pour la fomentation d’une guerre civile entre le Nord et le Sud. Dans cette perspective, Palmerston jouissait de l’assistance de Lord John Russell (1792-1878) qui, de concert avec différents aristocrates tories et quelques Whigs actifs dans le commerce, soutenait le Sud sécessionniste. Certains intérêts britanniques avaient encouragé la guerre de Sécession en fournissant un soutien financier clandestin aux extrémistes du Nord et du Sud pendant plusieurs décennies avant l’éclatement du conflit.

Heureusement, il y avait aussi des dirigeants convenables en Angleterre, comme John Bright (1811-1889), ainsi que les travailleurs anglais plus généralement, qui soutenaient l’Union. Ils contribuèrent à éviter une reconnaissance diplomatique officielle de la Confédération sudiste par la Grande-Bretagne.

Outre Palmerston, Russell, ainsi que William Gladstone (1809-1898) et d’autres acteurs puissants qui soutenaient la destruction de l’Union, l’empereur français Napoléon III poursuivait un dessein géopolitique similaire. Avec l’approbation de Palmerston, il entendait mettre l’archiduc Maximilien d’Autriche sur le trône du Mexique, puis faire en sorte qu’une partie des Etats du sud des Etats-Unis fassent sécession et s’alignent sur son empire mexicain fantoche. Heureusement, le grand patriote mexicain Benito Juarez déjoua ce complot en vainquant les forces réactionnaires mexicaines qui soutenaient Maximilien.

Il faut savoir que, dès 1850, grâce au Système américain d’économie politique et à l’industrialisation du Nord, les Etats-Unis étaient devenus la troisième puissance industrielle au monde derrière la Grande-Bretagne et la France. La destruction de l’Union américaine et de sa base manufacturière au Nord aurait permis d’éliminer un rival commercial de plus en plus puissant. L’essence de la stratégie impériale britannique fut esquissée dans un rapport de 1854 au Parlement :

« Les importants capitaux de notre pays constituent les grands instruments de guerre contre le capital concurrentiel de pays étrangers, et sont les instruments les plus essentiels encore à notre disposition, par lesquels maintenir notre suprématie manufacturière ; les autres éléments - main-d’œuvre bon marché, abondance de matières premières, moyens de communication et travailleurs qualifiés - sont en voie d’être rapidement rattrapés. »

Les dirigeants sudistes, naïfs et imprudents, ne voyaient pas venir le développement d’une source alternative de coton dans les Indes britanniques. Pendant des décennies, ces dirigeants décadents et déloyaux avaient soutenu le « libre-échange » afin de pouvoir acheter des produits bon marché auprès de leurs amis britanniques, au lieu de produits de qualité fabriqués par leurs concitoyens américains, bénéficiant de bons salaires dans le cadre du Système américain d’économie politique pratiqué dans le Nord industrialisé. Je ferai d’ailleurs remarquer que le fidèle ami de l’Union américaine et du président Lincoln était la Russie. Et je dirai à nos amis russes qui sont ici aujourd’hui, que bien des Américains se souviennent de l’amitié historique entre nos deux peuples qui remonte même à la fin du XVIIème siècle, lorsque Pierre le Grand autorisa l’importation de tabac de Virginie en Russie.

Après la chute de Bismarck, un autre ami des Etats-Unis, la Grande-Bretagne modifia sa stratégie impériale. Plutôt que de rechercher le démembrement des Etats-Unis, Londres allait s’efforcer de parvenir à un rapprochement. En effet, la montée en puissance d’un Etat allemand uni posait des défis économiques et éventuellement militaires pour les intérêts impériaux britanniques. Suivant les calculs de Londres, il devait être possible d’utiliser les Etats-Unis comme contrepoids utile dans le jeu impérial britannique.

Cependant, un rapprochement avec les Etats-Unis constituait un sacré défi, du fait de la rancune éprouvée par bien des Américains, avant tout à cause du soutien britannique au Sud pendant la Guerre de sécession. Toutefois, une partie de l’élite américaine se félicitera d’un tel rapprochement, certains en raison de leurs tendances « anglophiles » basées sur l’idéologie de l’« anglo-saxonisme » à la mode à l’époque, et d’autres par simple calcul stratégique pragmatique. Evidemment, l’Allemagne de son côté commit l’erreur fatale de reprendre une guerre sous-marine sans restriction, sous l’influence d’extrémistes militaires et de milieux pan-germaniques, ce qui conduisit inévitablement à une déclaration de guerre par le Congrès des Etats-Unis.

II. L’impérialisme américain au XXème siècle

Après la Première Guerre mondiale, les Britanniques poursuivirent habilement leur stratégie de rapprochement, principalement au moyen d’une entente secrète entre certains cercles financiers britanniques et américains. Les intérêts de la famille Harriman et l’institution de la banque Lazard sont représentatifs de cet arrangement, qui sera à l’origine de l’« establishment anglo-américain » du XXème siècle, avec son regroupement d’éléments financiers, commerciaux, politiques, culturels et de renseignement. Au cours de ce processus, le très influent Conseil des relations extérieures (CFR) de New York fut fondé comme émanation du Royal Institute for International Affairs (« Chatham House ») de Londres.
Certains éléments de cet « establishment anglo-américain » soutenaient le fascisme de Mussolini et d’Hitler. A cet égard, il convient de se rappeler la description donnée par William Dodd, ambassadeur de Franklin Roosevelt en Allemagne, du pan américain de l’oligarchie fasciste transnationale de l’époque :

« Une clique d’industriels américains est absolument déterminée à créer un Etat fasciste pour supplanter notre gouvernement démocratique, et travaille étroitement avec les régimes fascistes d’Allemagne et d’Italie. J’ai eu maintes fois l’occasion, depuis mon poste à Berlin, de voir à quel point certaines de nos grandes familles américaines sont proches du régime nazi. Elles ont été jusqu’à aider le fascisme à arriver au pouvoir, et l’aident à s’y maintenir. »

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, le Pr William Langer, de l’université de Harvard, attira l’attention sur les cercles allemands et français de cette même clique transnationale de financiers et d’hommes d’affaires, dans son histoire officielle de la politique américaine envers la France :

« Nombre d’entre eux entretenaient depuis longtemps des relations d’affaires extensives et intimes avec des intérêts allemands et rêvaient encore d’un nouveau système de "synarchie", ce qui voulait dire que l’Europe soit gouvernée suivant les principes fascistes par une confrérie internationale de financiers et d’industriels. »

(...) Comme le montre la guerre actuelle en Irak, c’est chose facile pour l’establishment américain autoproclamé et « autoperpétuant » de taper sur quelques touches et de lancer une guerre injustifiée et inutile dont les conséquences sont immenses. Bien que la Constitution américaine garantisse la liberté de la presse, cette protection se trouve de fait neutralisée par le fait que la presse et les médias électroniques sont concentrés dans les mains d’intérêts financiers au service de la faction impériale.

La guerre contre l’Irak nous montre que les masses populaires se laissent manipuler relativement facilement par la propagande des médias basée sur les méthodes de « grand mensonge » rendues célèbres par Goebbels. Le Congrès, en raison de sa propre corruption, offre peu de résistance à la politique impériale. Ceci peut cependant changer à mesure que l’opinion publique américaine rejette la guerre en Irak, que la crise financière internationale s’aggrave et que la prise de conscience de la crise constitutionnelle latente aux Etats-Unis s’étend.

Il se trouve que les conceptions stratégiques impériales des Etats-Unis sont influencées depuis près d’un demi-siècle par deux spécialistes politiques : Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski. Au lieu de représenter une perspective authentiquement américaine, ils affichent une mentalité transnationale pernicieuse et promeuvent une stratégie et une politique étrangère au service d’une oligarchie internationale.

On comprendra mieux la stratégie impériale suivie par les Etats-Unis depuis un demi-siècle en lisant le livre de Brzezinski intitulé The Grand Chessboard (Le grand échiquier), paru en 1997. Ce livre présente en effet les concepts stratégiques de base de la politique américaine récente - qui n’est, dans le fond, qu’une nouvelle version de celle de Palmerston et de Mackinder - appelant à un encerclement stratégique de la Russie et à la domination de l’Asie centrale.

Pour Brzezinski, l’endiguement stratégique et même le démembrement de la Russie sont un objectif prioritaire. Il faut se rappeler que, en tant que conseiller à la Sécurité nationale du président Carter, Brzezinski a pu lancer son nouveau Grand Jeu en juillet 1979, aidé de ses collègues Bernard Lewis et Samuel Huntington, après avoir amené un chef d’Etat inexpérimenté à accorder une aide clandestine à la résistance afghane qui s’opposait au régime en place à l’époque. Le monde pâtit aujourd’hui des retours de flamme de cette politique, qui a conduit à la montée du terrorisme international associé en particulier à Oussama ben Laden et à son réseau étendu d’ » anciens combattants d’Afghanistan ».

Dans son livre, Zbigniew Brzezinski présente une stratégie de « périphérie », rappelant celle de Mackinder, prévoyant une pénétration et une domination américaine en Asie centrale, une politique de tension dans le Caucase et la manipulation de l’évolution politique de l’Ukraine, de la Biélorussie, de la Moldavie et d’autres Etats post-soviétiques.

Après la fin de la Guerre froide, l’administration Clinton reprit la ligne stratégique de Brzezinski, la faisant appliquer par un de ses anciennes élèves, Madeleine Albright. A cet égard, j’attire tout particulièrement l’attention sur la « géopolitique des oléoducs » mise en œuvre en Asie centrale, en mer Caspienne, en Afghanistan et dans les Balkans. N’oublions pas que c’est l’administration Clinton qui a créé les talibans, avec l’aide d’un Pakistan consentant, soucieux de renforcer son influence en Asie centrale et de développer une « profondeur stratégique » face à l’Inde.

A cette époque, Brzezinski était consultant de la British Petroleum et du consortium participant au projet d’oléoduc Bakou-Ceyhan, destiné à emprunter une route évitant la Russie et d’autres points. Il est en effet plus que symbolique que Brzezinski ait été au service de ce même consortium pétrolier international pour le compte duquel les Etats-Unis avaient renversé le gouvernement patriotique de Muhammad Mossadegh en Iran.

Pendant que Brzezinski se remplissait les poches au service d’intérêts pétroliers étrangers, Richard Cheney, de son côté, manipulait la géopolitique pétrolière à la tête d’Halliburton, au Texas. Par conséquent, l’entrée d’un George W. Bush inexpérimenté et instable à la Maison Blanche ne changea rien de fondamental à la stratégie globale américaine.

L’équipe de politique étrangère de l’administration Bush, composée essentiellement de néo-conservateurs et protégée par le vice-président Cheney, suit les grandes lignes de la stratégie mise en avant par Brzezinski, dont on peut dire qu’elle représente un certain consensus au sein de l’élite. Cette géopolitique est celle qui domine l’establishment américain, dans lequel les néo-conservateurs représentent un rouage, certes petit mais grinçant, du système plus grand.

L’actuelle secrétaire d’Etat Condi Rice a étudié auprès du père de Madeleine Albright, Joseph Korbel, un diplomate tchèque opportuniste qui trouvait jadis Staline sympathique. Notons aussi les relations entre Mme Rice, les intérêts pétroliers de Chevron et ceux de la banque Morgan. Sa propre ascension dans l’échelle politique et sociale est redevable au parrainage apparent de l’influent George Shultz qui, avec Richard Cheney, mit sur pied un groupe de conseillers en politique étrangère pour « éduquer » le candidat présidentiel George W. Bush. Ce groupe, baptisé les « Vulcains », était dirigé par Paul Wolfowitz, Mme Rice faisant fonction de principal coordinatrice. Dès avant l’élection présidentielle de 2000, ce groupe avait opté en faveur de l’utilisation de la force contre l’Irak.

Pour avoir trahi leur pays en le poussant dans une guerre inutile, Wolfowitz a été récemment récompensé par l’obtention d’une bonne planque, à la tête de la Banque mondiale, et Mme Rice a été promue secrétaire d’Etat. Voilà l’état des affaires à Washington aujourd’hui.

Pour ce qui est de l’Extrême-Orient, Brzezinski défend, à juste titre, une approche pragmatique envers la Chine et une réduction des tensions dans le Pacifique. Par contre, les néo-conservateurs, étroitement liés aux cercles extrémistes taiwanais, promeuvent les tensions avec pour objectif ultime de provoquer une guerre avec la Chine. Dans cette optique, ils semblent favoriser une frappe nucléaire contre la Corée du Nord pour « envoyer un message à la Chine ».

Quant à la guerre d’Irak, l’obsession du vice-président Cheney pour le contrôle des ressources en hydrocarbures pourrait être considérée comme le motif principal. Cheney, et donc Bush, ont adopté la philosophie de Brzezinski au regard de la politique énergétique globale. Et comme les familles Bush et Cheney ont des intérêts financiers majeurs dans le secteur de l’énergie, cette politique rapporte sur le plan personnel. Comme je l’ai dit, elle reflète une politique consensuelle au sein de l’establishment américain. (...)

Mais pour vraiment bien comprendre la politique de Bush au Moyen-Orient, ainsi que l’état déplorable de la politique américaine actuelle, il faut savoir que sa base politique est composée essentiellement de fondamentalistes chrétiens illuminés, dont quelque 25 millions sont des « sionistes chrétiens » purs et durs. Karl Rove et les managers politiques de la famille Bush ont parfaitement réussi à les manipuler et à les mobiliser comme troupes de choc lors des élections. Ces pauvres cinglés estiment qu’ils sont en train d’aider Israël à détruire le « Mal de Babylone » (Saddam Hussein) et à contenir sur le plan stratégique « Magog » (la Russie), en prévision de l’« Apocalypse » à venir.

A l’époque de la présidence Carter, le réseau politique néo-conservateur pro-israélien a réussi à établir des liens avec des dirigeants fondamentalistes chrétiens comme Jerry Falwell et Pat Robertson et, depuis lors, au cours des administrations Reagan, George H.W. Bush, Clinton et George W. Bush, il a inspiré aux fondamentalistes une ligne de conduite pro-sioniste en matière de politique étrangère. La relation étroite entre l’administration Bush et le Likoud israélien, ainsi qu’avec d’autres extrémistes en Israël, est facilitée par les néo-conservateurs et les fondamentalistes. (...)

Le sionisme chrétien est une idéologie bizarre, créée au cours des années 1840 en Angleterre par plusieurs dirigeants de secte souffrant de profonds troubles mentaux, dont John Nelson Darby (1800-1882) et Edward Irving (1792-1834). Leurs idées se répandirent aux Etats-Unis entre 1859 et 1872, quand Darby vint en Amérique du Nord prêcher ses doctrines aux masses crédules. En Angleterre, le sionisme chrétien fut plus qu’utile à la clique de Palmerston qui cherchait un soutien à sa politique pour le Moyen-Orient et son Grand Jeu contre la Russie.

Pour simplifier, la politique moyen-orientale des néo-conservateurs est un remake de celle de Palmerston, c’est-à-dire un axe Etats-Unis-Turquie-Israël destiné à dominer la région. Aujourd’hui, bien sûr, le facteur des hydrocarbures est crucial. Pour la Grande-Bretagne de la fin du XIXème et du début du XXème siècle, l’approvisionnement en hydrocarbures fut aussi une considération stratégique clé. La marine britannique était passée du moteur avec le charbon comme combustible, au moteur à pétrole ; alors que les Etats-Unis recelaient d’abondantes ressources en hydrocarbures, l’empire britannique n’en avait pas.

Les néo-conservateurs sont parvenus à exercer leur influence sur la politique étrangère et de défense américaine en pénétrant les deux principaux partis, par exemple le courant Lieberman dans le Parti démocrate et celui de McCain et de Bush dans le Parti républicain. L’idéologie néo-conservatrice est devenue dominante à l’intérieur du Parti républicain, encore que l’on voit des signes croissants de résistance aujourd’hui.

III. Les racines du mal : une oligarchie corrompue contre la vertu

La lutte actuelle des courants aux Etats-Unis - entre une oligarchie corrompue promouvant l’impérialisme et ceux qui soutiennent les institutions républicaines - remonte en partie à l’Angleterre des XVIème et XVIIème siècles. A partir de l’établissement de colonies britanniques en Amérique du Nord, à Jamestown (Virginie), en 1607, cette lutte de courants fut transposée sur nos rivages et n’a jamais cessé depuis lors.

Ce sujet, fort complexe, est également obscurci, mais je dirais simplement ici que cette lutte de courants est manifeste dans la London Company, qui fonda la Virginie il y a environ 400 ans et influença la colonisation de la Nouvelle Angleterre, notamment la colonie de Plymouth. J’insiste sur cette colonie car ce groupe de pèlerins avait vécu plusieurs années aux Pays-Bas, notamment à Leiden, où ils avaient pu assimiler des éléments de l’humanisme continental érasmien. En matière religieuse, ils étaient proches des huguenots français et l’on trouve donc des indices de l’influence d’intellectuels comme Jean Bodin, François Hotman et Hubert Lanquet.

On peut dire que le conflit amer qui opposait à l’époque la faction commerciale oligarchique de Thomas Smith, proche de la Couronne, à celle des patriotes regroupés autour de Sir Edwin Sandys et de son frère, illustre bien l’enjeu, hier comme aujourd’hui. Sandys et ses alliés au Parlement combattaient la tyrannie des Stuart qui s’appuyait sur la dégradation morale et la corruption commerciale organisée autour de monopoles commerciaux et financiers, dont notamment la Compagnie des Indes orientales. Par la suite, la Banque d’Angleterre, monopole privé depuis près de trois siècles, allait venir s’ajouter à ce « système » de gouvernement oligarchique, ou plus précisément, ploutocratique.

L’ » establishment anglo-américain » organisé au lendemain de la Première Guerre mondiale représente une continuité, ou une restauration, de ce courant oligarchique-ploutocratique. Evidemment, il a toujours été présent à un certain degré en Amérique du Nord, que ce soit à l’époque coloniale ou après l’Indépendance américaine. Et cet intérêt étranger pénétra les deux partis politiques.

A titre d’exemple, est-il surprenant qu’August Belmont, un agent des Rothschild de Londres, soit devenu le dirigeant du Parti démocrate au cours des années 1860, ou que le Parti démocrate adhérât à la doctrine libre-échangiste, contre le système américain du parti Whig, puis de Lincoln et du parti républicain ? (...)

Doit-on s’étonner du fait que la faction de Wall Street du Parti démocrate (...) se soit opposée à l’investiture présidentielle de Franklin Roosevelt en 1932 et qu’elle ait cherché à torpiller le New Deal ? Dans ce contexte, il est utile de se rappeler que le président Roosevelt avait délibérément ouvert son gouvernement à des républicains progressistes comme Harold Ickes et Henry Wallace.

Finalement, est-il surprenant que George W. Bush et sa faction Wall Street-Texas-Londres ait plongé les Etats-Unis et le monde dans une guerre inutile contre l’Irak, au service des intérêts oligarchiques transnationaux ?

Quand on tient compte du passé de la famille Bush et de ses liens historiques avec les intérêts Harriman et Rockefeller, le pouvoir financier de Wall Street et de Londres, ainsi qu’avec les cartels pétroliers, on ne saurait être vraiment surpris. Pas plus qu’en constatant les liens de longue date entre la famille Bush et un des clubs les plus impériaux de l’élite américaine, l’ésotérique Skull and Bones (Crâne et Os) Society de l’université de Yale.

Enfin, en examinant les politiques impériales de l’oligarchie transnationale aujourd’hui, aux Etats-Unis et dans le monde, exprimées par des organisations élitistes comme le Groupe de Bilderberg et la Commission trilatérale, on doit se pencher sur d’étranges idéologies datant du XIXème siècle. Un grand idéologue dont il faut tenir compte est l’ancien dirigeant occultiste de l’Ordre martiniste, Joseph-Alexandre Saint-Yves d’Alveydre (1842-1909), lui-même inspiré par l’ancien conseiller occulte de Napoléon, Fabre d’Olivet, et le tristement célèbre Joseph de Maistre. C’est Saint-Yves qui, à la fin du XIXème siècle, créa le concept de « synarchie » en tant qu’ordre mondial fasciste opposé à l’idéal basé sur un système d’Etats souverains, tel qu’énoncé dans les traités de Westphalie.

Les partis démocrate et républicain des Etats-Unis pourront-ils se libérer de l’influence pernicieuse des cercles oligarchiques transnationaux ? Le peuple américain reviendra-t-il à la raison et appellera-t-il à l’abandon de cette stratégie impériale ? L’avenir nous le dira.

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