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Depuis les pères fondateurs, c’est par la Massachusetts que passe l’histoire américaine. Ici, Ben Franklin.

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La City et Wall-Street fomentent la guerre pour éviter la refonte des institutions financières. Il nous faut changer la donne afin d’empêcher que la situation dégénère en catastrophe nucléaire.

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Les 2 Massachusetts, ou le combat pour la vraie Amérique aujourd’hui

Loin des livres et des idées reçues sur les Etats-Unis, voici l’histoire de la Vraie Amérique, notre Amérique ! Une vidéo du LaRouche PAC sous titrée en français :


Transcription

Narrateur : Il a toujours existé deux idées bien distinctes du Massachusetts, car il abrite deux traditions opposées. Et pourtant, cet Etat n’est pas assez grand pour les accueillir toutes deux en même temps ! D’un côté, on a le Massachusetts des Winthrop et des Mather qui ont inspiré Benjamin Franklin et la Révolution américaine ; de l’autre, celui des Tories, des trafiquants d’opium et d’esclaves de la Compagnie britannique des Indes orientales et des financiers du Boston Vault [quartier financier de Boston].

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Les Patriotes

Lyndon LaRouche : Ce fut la première colonisation réellement conforme à l’idée moderne d’Etat-nation, une "République Etat-Nation" fondée sur des principes radicalement opposés à ceux d’individus comme Guillaume d’Orange (1650-1702) et ses disciples de la Compagnie britannique des Indes orientales, trafiquants d’esclaves et de drogue, et autres dégénérés du système britannique d’aujourd’hui.

Narrateur : La guerre pour une république indépendante sur les rivages de l’Amérique du Nord commença bien avant que l’on n’entende les premiers coups de feu des fameuses batailles de Lexington et Concord, en 1775.

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John Winthrop (1588-1649).

Lorsque John Winthrop (1588-1649) arriva à bord de l’Arbella en septembre 1630, avec un équipage composé d’une petite centaine d’ingénieurs, charpentiers, pêcheurs et ouvriers qualifiés, il était porteur d’une Charte d’indépendance. Cette charte accordait aux colons le droit à l’auto-gouvernance, échappant au pouvoir du Parlement [britannique] et de la Couronne. Le droit de développer le territoire, des côtes jusqu’aux mines, et toutes les terres cédées à la colonie de la Baie du Massachusetts. Sous John Winthrop, ce Massachusetts-là allait devenir le premier gouvernement représentatif indépendant de l’histoire moderne.

La Charte de 1629 (accordée par le roi anglais Charles I) stipule que : « Attendu que notre plus cher et royal père, le roi Jacques [Jacques Ier Stuart], de mémoire bénie (…) a donné et cédé au Conseil établi à Plymouth l’établissement, la gestion, l’ordre et la gouvernance de la Nouvelle-Angleterre en Amérique, et à leurs successeurs et désignés pour toujours, toute cette partie de l’Amérique. »

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John Winthrop Junior (1605-1676).

Dès les premières années, la nouvelle colonie attira des milliers d’Anglais. La couronne reconnut bientôt son erreur et lança l’offensive pour rétablir son pouvoir sur sa colonie afin d’en révoquer l’indépendance économique et politique.

Cependant, du fait que la réaction de la Monarchie ne se manifesta qu’en 1634, Winthrop avait eu le temps de se préparer. N’avait-il pas envoyé son fils, John Winthrop Junior (1605-1676), étudier l’art militaire et les fortifications en Europe ? N’avait-il pas convaincu la Cour générale d’investir 600 livres dans des fortifications ?

Ainsi, lorsque la flotte royale britannique entra dans la rade de Boston, elle se retrouva face à une batterie de canons installée sur Castle Island, à l’entrée du port. Les colons avaient érigé des forts à Charlestown et Dorchester, et installé des batteries de canons à Salem, Ipswich et Saugus. Par ailleurs, un phare dominait la plus haute colline de Boston pour donner l’alerte à toute la région en cas de danger.

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Le fort de Castle Island à Boston.

A peine quatre ans après avoir obtenu la charte, les premiers colons étaient déjà au bord d’une guerre d’indépendance. Dans un premier temps, craignant une révolte populaire armée, la couronne fit marche arrière. Cependant, peu après, le roi Charles 1er exigea de nouveau que la charte soit révoquée. En 1634, Winthrop lança alors cet avertissement : « Si nous sommes privés de nos droits, le peuple ordinaire pensera que Sa Majesté l’a rejeté et qu’ainsi, il est libéré de son allégeance et de son assujettissement et par conséquent il se montrera prêt à se confédérer sous un nouveau gouvernement »

Avec cette quasi-déclaration d’indépendance brandie par Winthrop, les premiers pas étaient faits vers un Commonwealth unifié, qui prit le nom de Colonies unifiées de Nouvelle-Angleterre ou Confédération de Nouvelle-Angleterre, fondée pour la survie et défense commune de ses peuples.

Elu président, John Winthrop rédigea les articles de la Confédération, une sorte de constitution définissant les droits et devoirs du gouvernement envers le peuple. Elle garantissait par exemple le droit à un procès par un jury de pairs, ainsi que le droit du peuple à désigner son gouvernement. En 1646, fait sans précédent, ce recueil de lois fut imprimé, garantissant ces droits à tous les citoyens.

John Winthrop écrivait en 1645 : « Cette liberté, je la nomme civile ou fédérale ; c’est la liberté de ne faire que ce qui est bon, juste et honnête. Cette liberté, vous devez la mettre au-dessus de tout, non seulement de vos biens, mais de votre vie, si nécessaire. »

Pour garantir le succès de la création d’une république indépendante en Nouvelle-Angleterre, il fallait en assurer l’indépendance économique et financière.

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Cotton Mather (1663-1728).

L’Angleterre était alors en pleine dépression économique à cause de l’instabilité politique qui régnait sous Charles 1er et du chaos résultant de la guerre civile. Le commerce et les flux financiers alimentant le Massachusetts étaient asséchés. Face à un pouvoir impérial qui maintenait son emprise grâce au contrôle de la monnaie et du commerce, les colonies, à cours d’argent, se mirent à fabriquer leur propre monnaie. Le Massachusetts frappa sa propre devise (un shilling gravé d’un sapin), échangeable uniquement au sein de la colonie et réservée à son propre développement, non comme un stimulant économique arbitraire, mais comme du crédit émis par la colonie. Plus tard, en 1691, Cotton Mather (1663-1728) élaborera cette idée d’une nation émettant sa propre monnaie dans son écrit Quelques considérations sur les traites de crédit : « Qu’est-ce que la valeur de notre papier-monnaie, sinon le crédit de tout le pays ? » s’interroge-t-il. Avec cette nouvelle devise et l’objectif de construire une jeune nation, John Winthrop Jr. partit pour l’Angleterre en quête des travailleurs qualifiés et de l’équipement nécessaires pour développer la métallurgie dans les colonies. Inaugurant une politique baptisée par la suite « Système américain d’économie politique », la Cour générale accorda à cette industrie naissante un monopole de vingt-et-un ans, des terrains et un crédit d’impôt de dix ans pour l’encourager. Sous la législation de Massachussetts, la compagnie ne pourrait exporter le métal produit qu’une fois la demande intérieure satisfaite. Winthrop s’assura ainsi que les profits de la compagnie seraient subordonnés au bien-être de la colonie. Des hauts-fourneaux, forges, laminoirs et clouteries furent construits en bordure d’une zone marécageuse au nord de Boston, riche en minerais ferreux accumulés sur des millions d’années (« fer des marais »), disponibles pour cette nouvelle industrie.

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Les fonderies de Saugus, première usine sidérurgique érigée sur le continent nord-américain.

C’est près de ces tourbières que s’établit, sur le crédit de la colonie, le site sidérurgique de Saugus, premier complexe industriel intégré et automatisé du Nouveau Monde. A la fin de sa première année d’activité, Saugus produisait huit tonnes de fer forgé par semaine, dépassant les meilleures manufactures sidérurgiques d’Angleterre.

En 1676, cent ans avant la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis, le port de Boston bruissait d’activité et avait acquis une envergure mondiale. Engagé dans le commerce avec la France et l’Espagne, Boston violait les lois sur la navigation imposées par le roi afin de restreindre le commerce des colonies. Charles II dépêcha son envoyé spécial Edward Randolph à Boston pour mettre au point une stratégie visant à contenir la puissance grandissante de la colonie. En entrant dans la rade, il eut le désagrément d’apercevoir les gueules des trente-huit canons de Castle Island pointées sur son bateau tout au long de son arrivée. Dans son rapport au roi, Randolph sonna l’alarme : « Les lois établies par notre roi et notre parlement ne les obligent à rien d’autre qu’à servir les intérêts de la Nouvelle-Angleterre ». Les citoyens de Boston se regroupèrent en assemblées, les dirigeants du Massachusetts incitant à la résistance contre la couronne.

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Increase Mather (1639-1723).

Le père de Cotton Mather, Increase Mather (1639-1723), vilipendait les changements exigés par la couronne : « Les modifications de la Charte [des droits] sont en contradiction avec le but de nos ancêtres lorsqu’ils vinrent en Nouvelle-Angleterre. Faisons confiance au Dieu de nos pères ; cela vaut mieux que de faire confiance aux princes. Si nous votons l’abandon de la Charte au bon plaisir de Sa Majesté, nous commettons une offense envers Dieu ! »

La couronne exigea que la colonie soit soumise par la force. Le gouverneur colonial Edmond Andros révoqua les droits constitutionnels des citoyens, leur droit à se réunir en assemblée et à imprimer leurs lois et statuts. Le peuple du Massachusetts désigna alors Increase Mather pour aller le représenter à Londres et plaider la préservation de la charte et des droits.

Cependant, à la même époque, le parti vénitien consolidait son contrôle sur l’Angleterre. Au cours de la dernière décennie du XVIIe siècle, le centre de pouvoir de l’ancien Empire vénitien se vit transféré à Londres. En dépit des efforts d’Increase Mather, la Charte d’indépendance du Massachusetts fut révoquée.

Les Tories

La couronne étouffa systématiquement les droits des colons du Massachusetts : le droit de nommer des juges, de lever des troupes ou de battre leur propre monnaie.

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Alors que Londres interdisait aux colons l’émission de crédit, la Compagnie des Indes orientales frappait sa propre devise !

Cependant, comme le nota Increase Mather, la Compagnie britannique des Indes orientales battait, elle aussi, sa propre monnaie sans être inquiétée. Ce cartel de commerce mondial opérait de façon totalement indépendante du contrôle politique du parlement et de la couronne, possédant sa propre armée de mercenaires et organisant ses propres tribunaux.

La Compagnie britannique des Indes orientales gérait un monopole commercial global, amenant l’opium indien en Chine et utilisant les profits de cette vente pour acheter du thé qu’elle revendait en Europe et aux colonies.

A la fin du XVIIIe siècle, la compagnie coopérait avec des familles anglophiles installées sur les côtes du Massachusetts, à Salem et Newburyport : les Cabot, les Lodge, les Lowell, qui s’enrichissaient du commerce de l’opium. Ces familles patriciennes étaient donc bien placées pour mener diverses opérations de subversion au sein des colonies, et ultérieurement contre l’ensemble des Etats-Unis.

En 1763, après la guerre de Sept Ans, la Grande-Bretagne fit main basse sur la quasi-totalité des colonies françaises en Amérique du Nord et devint un empire mondial. En faillite suite à la guerre, Londres se trouvait en pleine crise constitutionnelle. La Compagnie des Indes orientales qui contrôlait le thé, le marché des céréales et le trafic d’opium en Inde, était en position de renflouer le parlement et la couronne. Le gouvernement britannique était faible. S’il se battait contre la Compagnie et était perdant, l’empire, consolidé par la guerre de Sept Ans, tomberait alors aux mains de la Compagnie. Si un accord était trouvé pour partager le pouvoir en échange d’un renflouement, alors la Grande-Bretagne pourrait rester le siège nominal de l’Empire de la Compagnie britannique des Indes orientales.

Ces nouvelles parvinrent aux oreilles des colons, qui savaient très bien que cette même Compagnie des Indes commettait un génocide contre le peuple d’Inde. Lors de la famine de 1770, alors que la Compagnie avait accaparé le marché des céréales, dix millions d’Indiens moururent de faim et de malnutrition.

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Voici un tableau qui décorait le siège de la Compagnie. Il symbolise l’Orient "offrant" sa richesse à Britannia !

Comme l’écrivait un journal de l’époque : « L’Amérique est face à la plus puissante société de commerce de l’univers, une institution qui verse dans la tyrannie, le pillage, l’oppression et le sang. » Bien que les colons eussent encore l’illusion de disposer de quelques droits devant le parlement [britannique], ses membres, et la couronne elle-même, étaient systématiquement achetés et cooptés par la Compagnie. Que vaudraient ces droits théoriques si la Compagnie des Indes contrôlait entièrement la politique de Londres ?

Pour que survive l’espoir de l’humanité en l’existence d’une République, c’était au Massachusetts de mener la charge pour rallier les autres colonies et affronter la puissance impériale la plus brutale de la planète. Après avoir combattu cent cinquante ans pour une charte indépendante et une forme républicaine de gouvernement, si le Massachusetts avait renoncé à combattre sur-le-champ, cette cause eût été perdue à jamais. Tous les efforts de nos ancêtres auraient été vains. Benjamin Franklin fit tout ce qui était en son pouvoir, par la voie politique et diplomatique, pour gagner du temps avant d’en arriver à une guerre ouverte que les circonstances rendaient de plus en plus inévitable.

Ce n’était plus un combat entre la Confédération de la Nouvelle-Angleterre et la couronne, mais entre les treize colonies et la plus grande force militaire au monde. Et lorsque ce combat éclata, c’est du Massachusetts que l’étincelle devait jaillir, car c’est lui qui avait défendu, génération après génération, le droit à une République représentative et libre pour la première fois dans l’histoire. Ses citoyens comprenaient que leur existence morale et le sens de leur vie dépendaient de leur engagement à assurer la postérité de cette République, mission que leur avaient léguée leurs prédécesseurs. C’était ce Massachusetts qui posait la menace la plus sérieuse au contrôle politique global d’un empire meurtrier.

Images de l’Amérique en déclin : tombes à l’abandon, usines désaffectées, maisons délabrées...

LaRouche : Comment avez-vous pu laisser faire ça à notre pays ? Comment avez-vous pu laisser faire ça à notre Congrès ? Vous êtes censé être un citoyen, vous êtes censé représenter votre pays, vous êtes supposé représenter quelque chose pour votre pays, mais qu’est-ce vous faites-vous de votre vie ?

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Barney Frank alias "Bail-out" Barney.

Narrateur : Bien avant l’apparition d’un Barney Frank [représentant démocrate sortant de Boston et président de la commission des Finances au Congrès], nous étions capables à vue d’œil de faire la différence entre un traître et un représentant du peuple. Nous étions la première colonie indépendante, avec le premier gouvernement représentatif. Aujourd’hui nous envoyons des représentants à Washington pour les voir nous trahir. Mais quelque part, l’esprit du Massachusetts est toujours vivant, du moins chez quelques-uns.

Revenons-en aux premiers pionniers qui établirent la colonie de Plymouth [ville côtière du Massachusetts]. Ils n’étaient que cent deux pour fonder ce Nouveau Monde. Du Mayflower, bateau qui amena les premiers colons en 1620, descendirent William Bradford, Myles Standish, Priscilla Mullen, Samuel Fuller et Francis Eaton, Suzanna White, John Tilley et le leader de la première implantation, Elder William Brewster (1560-1644), ancêtre à la douzième génération… de Lyndon LaRouche.

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Le Mayflower, le bateau qui amena les premiers colons en 1620.

LaRouche : Mes ancêtres ont toujours été fiers de ce que les Winthrop et les Mather avaient accompli. De même que Benjamin Franklin en son temps, qui venait lui aussi du Massachusetts. De l’autre côté, il y avait ces marchands d’esclaves reconvertis ensuite dans le trafic de drogue. Certains d’entre nous comprennent bien que ces types sont toujours à la manœuvre. Il se passe toutes sortes de choses à Boston, mais il subsiste encore, quelque part, cette influence des Winthrop et des Mather, qui pourrait bien être mère de justice pour le Massachusetts. Nous, les fondateurs de Massachusetts, nous allons le reprendre !

Leibniz, le père spirituel de la Révolution américaine

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Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716).

On peut lire dans la Déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776, les lignes suivantes : « Nous tenons les vérités suivantes pour évidentes en soi : que tous les hommes sont créés égaux ; qu’ils sont dotés de la part de leur Créateur d’un certain nombre de droits inaliénables ; que parmi ces droits figurent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. »

Pour bien mesurer la portée de ces quelques lignes, il faut comprendre quelle était alors la vision que l’Empire britannique avait de ses colonies. A la fin du XVIIe siècle, l’administration des colonies américaines fut confiée entre autres à John Locke (1632-1704), que l’on présente aujourd’hui, à tort, comme l’inspirateur des idées républicaines. Ce dernier établit une véritable dictature économique sur ces colonies, leur interdisant d’avoir des manufactures et de confectionner des produits finis. Leur activité devait essentiellement se limiter à la production de matières premières (destinées aux manufactures britanniques), notamment le coton des plantations du Sud. Dans cet esprit, il rédigea la Constitution de la colonie de Caroline du Sud, dans laquelle il déclara que l’objectif du gouvernement est de défendre « la vie, la liberté et la propriété » des citoyens. Bien entendu, l’une des composantes essentielle de cette « propriété » n’était autre que la population d’esclaves, une institution que Locke trouvait tout à fait compatible avec son idéal de « tolérance ». Pour Locke, la servitude et la noblesse sont des états héréditaires ; un esclave n’a pas de propriété, donc il n’est pas un citoyen.

On oublie généralement que Locke avait en Europe un ennemi acharné, Gottfried Leibniz (1646-1716), qui pensait au contraire que l’économie d’un Etat devait favoriser la création d’inventions, de machines et de manufactures, afin de libérer l’homme du travail physique aliénant et de donner à la société davantage de penseurs et davantage de puissance. C’est ainsi qu’il écrit un Plan de la création d’une société des Arts et des Sciences en Allemagne, dont le premier objectif est de « produire assez de nourriture pour la nation afin […] d’améliorer les industries, de faciliter le sort de la main-d’œuvre manuelle […] par le progrès technologique, de toujours rendre à un prix abordable des machines thermiques, moteur de base de toute action mécanique, afin que tous puissent constamment expérimenter toutes sortes de pensées et d’idées innovatrices, propres à eux-mêmes et aux autres, sans perdre un temps précieux ».

Réfutant par avance une erreur fondamentale de Marx, Leibniz considère que l’esclavage n’améliore aucunement la productivité ; c’est un gaspillage car la véritable richesse réside dans la capacité des citoyens à inventer. Dans La Société et l’Economie, Leibniz ajoute : « Et pourquoi tant de gens devraient-ils être réduits à tant de pauvreté pour le bien de si peu ? La Société aura donc pour but précisément de libérer le travailleur de sa misère. » Dans son essai politique Sur la loi naturelle, Leibniz explique que la société la plus parfaite est celle dont l’objectif est le bonheur suprême et général.

Si l’on compare la Déclaration d’indépendance au type de société telle que Locke la concevait, on se rend compte que dans la première, la « poursuite du bonheur » a pris la place de la « propriété » dans la seconde. Ceci est un indice capital pour comprendre que le véritable inspirateur de la république n’est pas Locke mais Leibniz. Car pour Leibniz comme pour ses héritiers, le bonheur vient de la découverte par l’homme des lois de l’univers et de leur utilisation dans la technologie pour transformer et améliorer cet univers. En termes politiques et économiques, cela pose la question suivante : « Comment créer une société de découvreurs ? » Il n’est pas inutile de rappeler ici que les esclavagistes du Sud se sont toujours opposés violemment à ce qu’on apprenne à lire aux esclaves, comme en témoigne l’ancien esclave Frederik Douglass.

La controverse entre Leibniz et Locke n’a donc rien d’un débat académique : il s’agit bel et bien d’une lutte entre deux factions politiques irréconciliables. Il est très instructif de s’intéresser en particulier aux dernières années de la vie de Leibniz de ce point de vue-là. Leibniz avait beaucoup d’influence auprès des têtes couronnées, jusqu’en Russie où il fut le conseiller de Pierre le Grand.

Vers 1710, la question de la succession de la reine Anne d’Angleterre se posa de manière critique car celle-ci n’avait pas de descendant. Grâce aux recherches généalogiques de Leibniz, il fut alors admis que la succession irait à la maison de Hanovre. Sophie de Hanovre, l’amie de Leibniz, pouvait donc se retrouver reine d’Angleterre. Une menace mortelle pour l’Empire britannique ! Cependant, Sophie était âgée et son fils, George, n’était pas une lumière et subissait l’influence de l’oligarchie britannique. L’Empire fit appel à l’un de ses serviteurs, placé à la tête de la Royal Society, pour discréditer l’influence politique de Leibniz. Ce serviteur qui n’était autre qu’Isaac Newton (1642-1727), un disciple de Locke, monta une cabale prétendant que Leibniz lui aurait volé l’invention du calcul différentiel - un calcul que Newton ne maîtrisait tout simplement pas ! Grâce à Locke, Newton devint un riche actionnaire de l’Empire colonial. Il fut également placé à la direction de la Monnaie pour la Grande refonte, ce qui assura définitivement sa fortune. Le futur George 1er soutint Newton contre Leibniz, qui fut éloigné de la famille royale. La mort étrange de la reine Anne, suivant de peu celle de Sophie, le fit accéder au trône. L’Empire était sauvé.

Néanmoins, comme le montre son énorme correspondance, Leibniz avait tissé à travers le monde un réseau d’amis qui partageaient le même idéal républicain. On trouve dans ce réseau un grand nombre de savants comme Denis Papin, l’inventeur d’une machine à vapeur pouvant naviguer, mais aussi de véritables républicains comme Jonathan Swift, dont les écrits constituent de cinglantes attaques contre l’Empire britannique. Et surtout, on trouve parmi les correspondants de Leibniz, des dirigeants américains comme William Penn, John Winthrop Jr., Cotton Mather, etc.

C’est William Penn qui fonda la Pennsylvanie, dont le nom de la capitale - Philadelphie – s’inspirait d’un écrit de Leibniz intitulé Societa Philadelphica. Dès 1630, les Winthrop réussirent à arracher au roi d’Angleterre, Charles 1er, une charte leur permettant d’établir une colonie relativement autonome dans le Massachusetts, qui fut un véritable laboratoire d’essai pour un gouvernement républicain ; dans les décennies qui suivirent, l’Empire n’eut de cesse qu’il ne remettre la main sur cette charte. Quant à Cotton Mather, il fut le mentor intellectuel du principal organisateur de la révolution américaine, Benjamin Franklin (1706-1790), un authentique savant leibnizien.

Au XVIIIe siècle, ces hommes étaient arrivés à la conclusion que la première république de l’histoire moderne ne pourrait être créée en Europe car l’oligarchie y était trop puissante. Cependant, cette oligarchie étant très occupée à se faire la guerre à elle-même (en particulier la France contre l’Angleterre), ils décidèrent de commencer par l’Amérique. L’interdiction faite aux Américains d’avoir des manufactures les convainquit finalement de la nécessité de faire la révolution. Cette révolution fut un compromis qui rassembla plusieurs tendances très différentes, ce qui explique pourquoi les Etats du Sud purent maintenir l’esclavage pendant encore un siècle. Cependant, grâce à Benjamin Franklin, que l’on peut considérer comme l’inspirateur de la Déclaration d’indépendance bien qu’elle ait été formellement rédigée par Jefferson, le texte fondateur des États-Unis contient en germe la société industrielle et l’abolition de l’esclavage.

Extrait de l’article Le véritable Système américain d’économie politique contre le libre-échange, de Pierre Bonnefoy, août 2008.

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