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Terrorisme islamiste :
les jihadistes de l’Empire britannique

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Thomas Edward Lawrence (1888-1935), alias Lawrence d’Arabie, agent du Foreign Office britannique.

Par Hussein Askary,
de la rédaction arabe de l’EIR

Le cheval a beau avoir un plan, celui qui le monte en a d’autres !

– Proverbe traditionnel

Les musulmans du monde entier peuvent être à bon droit écœurés du détournement de leur religion par des groupes de terroristes fanatiques commettant des atrocités sous le costume de l’islam. Encore pire : à cause de ces soi-disant « moudjahidines », l’islam se voit attaqué de toutes parts par les médias occidentaux. Étant donné que bien souvent les victimes de ces attentats terroristes sont des musulmans et que ceux qui bénéficient de leurs attaques sont les impérialistes qu’ils appellent « infidèles », il est légitime de se demander qui ils visent vraiment et qui les soutient. Nous allons ici essayer de jeter un peu de lumière sur l’histoire des mouvements terroristes islamistes pour mieux les comprendre.

 Salafisme et wahhabisme

Une grande partie des actes terroristes les plus récents ont été commis par des groupes qui se qualifient eux-mêmes de « salafistes » ou de « wahhabites », branches de la religion musulmane très proches l’une de l’autre.

Au milieu du XVIIIème siècle, Mohammed ibn Abd al-Wahhab (1703-1792) fonda le wahhabisme dans le désert du Nejd, au centre de la péninsule arabique. Son but était de faire revivre la tradition salafiste. Ce mouvement est, encore aujourd’hui, une forme puritaine et fondamentaliste de l’islam sunnite, rejetant toute lecture rationnelle du Coran et de la tradition du prophète Mahomet. Les wahhabites extrémistes interprètent littéralement et strictement les mots du Coran ; pour eux, une grande partie des traditions du Prophète sont infondées, notamment lorsqu’elles concernent l’éducation morale et spirituelle. Ibn Abd al-Wahhab affirmait que sa théologie était une forme « purifiée » de l’islam et qu’elle avait pour fonction de faire revenir tous les musulmans aux vrais principes de la foi. Les wahhabites, en tant qu’islamistes radicaux, prônent le « tarhib » (contrainte) pour imposer l’islam, tandis que les musulmans modérés sont pour l’« etabligh » (persuasion).

Les wahhabites se propagèrent dans les villages à travers le désert, pillant les villages alentour et attaquant les caravanes ou les pèlerins shiites. Les gorges des hommes étaient tranchées, les biens et les animaux volés, et les femmes et les enfants étaient réduits à l’esclavage.

En 1744, Ibn Abd al-Wahhab s’allia au chef tribal Mohammed ibn Saoud (1710-1765), faisant du wahhabisme non plus un simple mouvement religieux, mais un mouvement politique, comme c’est toujours le cas aujourd’hui. Étendant sa domination guerrière vers les régions de l’Arabie orientale, Ibn Saoud s’engagea à répandre l’enseignement wahhabite [1].

 Arrive l’Empire britannique

L’Empire britannique, qui au milieu du XIXème siècle contrôlait de grandes parties de l’Asie, notamment l’Inde, eut besoin de sécuriser ses routes commerciales vers l’Europe. Les Britanniques conclurent donc des accords avec les chefs des tribus occupant les territoires situés le long des côtes de la mer Rouge, de la mer d’Oman et du golfe Persique : armes et or furent allègrement distribués, de même que des promesses de protection militaire ; en échange ces tribus devaient empêcher les autres puissances coloniales (en particulier l’Empire ottoman) d’approcher ces terres.

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L’Asie du Sud-Ouest et l’Empire ottoman en 1914.

Ces régions en tant que telles n’avaient pas de réelle signification stratégique jusqu’à ce que l’Allemagne lance la construction de la ligne ferroviaire Berlin-Bagdad, au tout début du XXème siècle, et que de grandes quantités de pétrole ne soient découvertes au sein de ce qui devint l’Irak et l’Arabie Saoudite [2]. Les Britanniques utilisèrent parfaitement leur méthode de « diviser pour régner » en lançant les chefs tribaux les uns contre les autres, intervenant au bon moment pour soutenir l’un, puis l’autre. Les tribus devinrent ainsi totalement dépendantes des Britanniques.

Dès la fin des années 1880, l’alliance Saoud-wahhabites commença à empiéter sur les territoires ottomans, qui contrôlaient ce qui est aujourd’hui l’Irak, la Grande Syrie et la partie ouest de l’Arabie, où se trouvent La Mecque et Médine. Manquant des moyens financiers et du matériel de guerre moderne nécessaire pour faire face à l’Empire ottoman, le chef Abdel Aziz Ibn Saoud (1880-1953) se reposa sur les Britanniques pour se les procurer.

 Pragmatisme islamiste et collaboration avec les « infidèles »

La dépendance envers des « infidèles » et des impérialistes est devenue monnaie courante chez les jihadistes salafistes, qui allèguent qu’elle n’est pas néfaste tant qu’elle bénéficie à la cause. Ce pragmatisme fut particulièrement peaufiné par l’érudit religieux Mohamed Abduh. Abduh avait participé à la révolte égyptienne de 1882 contre l’occupation britannique, suite à laquelle il avait été placé en exil au Liban. En 1884, il fut invité en France par Jamal al-Din al-Afghani. Les Français, qui combattaient les Britanniques pour le contrôle du Moyen-Orient, introduisirent les deux comparses dans une loge franc-maçonnique et les soudoyèrent pour qu’ils fassent de la propagande anti-britannique. Abduh retourna ensuite en Égypte ; il fut non seulement pardonné par les Britanniques, qui contrôlaient le pays, mais fut en plus nommé juge puis grand mufti (le poste religieux le plus élevé du pays) après avoir promis au proconsul britannique d’Égypte de ne plus se mêler de politique.

Les « idées politiques » d’Abduh eurent plus tard une grande influence sur le fondateur de l’organisation des Frères musulmans en Égypte, Hassan al-Banna. Les Frères musulmans suivirent les mêmes croyances religieuses fanatiques et le même pragmatisme que les wahhabites, devenant eux aussi de bons instruments de l’Empire britannique [3].

 Après l’accord Sykes-Picot

Lors de l’accord secret Sykes-Picot en 1916, Britanniques et Français décidèrent de se répartir ce qui resterait de l’Empire ottoman après la guerre, passant outre les promesses d’indépendance qui avaient été faites aux Arabes ayant aidé à combattre les Turcs. Au sortir de la Première Guerre mondiale, alors qu’ils étaient épuisés économiquement, ils durent faire face à des rébellions armées en Afghanistan, en Turquie, en Irak, en Syrie, en Palestine et en Égypte.

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Partition franco-britannique de l’Asie du Sud-Ouest selon l’accord secret de Sykes-Picot.

Les rebelles furent matés par la force, mais le colonialisme militaire ne pouvait plus durer. La France et la Grande-Bretagne décidèrent alors d’allouer un statut quasi-indépendant aux différents pays, en laissant des rois arabes diriger, mais sous mandat britannique. Les forces aériennes étaient utilisées pour laminer les villes et villages qui faisaient preuve de résistance, évitant d’avoir des troupes de fantassins sur place ; les dirigeants arabes donnaient à leur police ou à leur armée l’ordre de maintenir le calme pour les Britanniques.

Dans le golfe Persique, jouer les chefs tribaux les uns contre les autres étant devenu impossible pendant la Première Guerre mondiale, le pouvoir fut limité à quelques tribus. Le fidèle Abdel Aziz ibn Saoud fut donc encouragé à écraser les tribus rivales du nord-est de l’Arabie avec l’aide de ses Ikhwans, bédouins wahhabites guerriers : nouvelles armes, véhicules, moyens de communication les plus modernes (télégraphe par exemple) furent mis à leur disposition sous label britannique. Des officiers britanniques, tel le capitaine William Shakespear (!), aidèrent Ibn Saoud pour la supervision, la logistique et la communication. Shakespear, qui avait forgé une grande amitié avec Ibn Saoud, fut tué en 1915 dans une bataille qui opposait ce dernier à la tribu pro-ottomane Al-Rashid.

Le major-général Sir Percy Cox continua le travail de Shakespear dès 1924, quand Ibn Saoud finit par vaincre Hussein ibn Ali (1854-1931), chérif de la Mecque, en Arabie occidentale. Cox, qui faisait partie de l’armée britannique des Indes, signa le premier traité d’amitié anglo-saoudien, donnant à Ibn Saoud un accès illimité au soutien financier, militaire et politique de la part de la Grande-Bretagne. En novembre 1916, Cox décorait Ibn Saoud du titre de Chevalier-commandeur de l’Ordre de l’Empire des Indes !

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Thomas Edward Lawrence (1888-1935), alias Lawrence d’Arabie, agent du Foreign Office britannique.

La chute d’Hussein ibn Ali fut assurée par les Britanniques, évitant des combats trop rudes. Alors que les Ikhwans d’Ibn Saoud avançaient vers l’ouest, massacrant des villes entières sur leur passage, Hussein demanda de l’aide à ses « amis » du Bureau arabe, sans réponse. Le Bureau arabe, dirigé depuis le Foreign Office de Londres (ministère des Affaires étrangères), avait aidé Hussein, à travers Lawrence d’Arabie, à combattre les Turcs au cours de la Première Guerre mondiale. Mais Hussein n’étant plus utile, la seule aide qu’il reçut fut un bateau à vapeur pour fuir la ville de Djeddah et tout laisser à Ibn Saoud. C’est là un coup typique des Britanniques : deux clans qui se battent pour le contrôle d’une région, et deux institutions (ici, l’armée britannique des Indes d’un côté, et le Bureau arabe de l’autre) armant, finançant et orientant les deux clans. Au moment propice, l’un des deux côtés est abandonné.

Abdel Aziz ibn Saoud devint dirigeant du Nejd et du Hedjaz en 1925. En 1927, après avoir signé le deuxième traité anglo-saoudien, il s’auto-proclama roi de Nejd et de Hedjaz. Il consolida ensuite son contrôle sur la plus grande partie de la péninsule arabique, donnant à son royaume le nom d’Arabie Saoudite en 1932. À cette époque, un autre officier britannique, Sir John Philby, devint le plus proche « conseiller » d’Ibn Saoud.

 Les Ikhwans vont trop loin

Les Ikhwans wahhabites se déchaînaient de plus en plus au fur et à mesure de leurs conquêtes. Leur brutalité et leur empressement à s’étendre au-delà des territoires assignés par les Britanniques à Ibn Saoud, commencèrent à les rendre plus dangereux qu’utiles. Quand Ibn Saoud tenta de mettre des limites à leur frénésie en 1929, ils se retournèrent contre lui, et lui demandèrent de donner l’ordre de combattre les Britanniques pour montrer sa loyauté à l’islam et son dégoût des infidèles.

La ligne rouge était franchie, et Ibn Saoud ne mit pas longtemps à choisir entre des rebelles fous et le soutien britannique. Au printemps 1929, il décida d’en finir avec les Ikhwans, qui furent dépassés par la modernité de l’équipement militaire que le roi saoudien venait de recevoir. Plusieurs centaines de prisonniers Ikhwans furent décapités, leurs chefs finirent en prison.

Ikhwan fut disculpée dans les années 60 par le roi Saoud ben Abdel Aziz, lorsque les Britanniques voulurent combattre la montée du nationalisme arabe à l’aide du fanatisme religieux. Bien qu’Ibn Saoud avait réduit à néant les moyens militaires d’Ikhwan en 1929, il leur avait permis de préserver leur influence et leur enseignement religieux.

 La tentative de Roosevelt

Au cours des années 30 et de la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques tentèrent de garder les Américains loin de l’Arabie Saoudite. Le fait que la Standard Oil of California (aujourd’hui Chevron) obtint une concession saoudienne leur donna des sueurs froides. Mais Ibn Saoud, faisant peu confiance aux Britanniques qui tentaient de lui faire croire que le pétrole n’existait pas sous le sable de son royaume, cherchait à gagner son indépendance financière. Les Britanniques contrôlaient déjà la plus grande partie de la production de pétrole dans le monde, notamment en Irak et en Iran avec l’Anglo-Persian Oil Company (qui deviendra British Petroleum en 1954), et augmenter les capacités de production n’était pas à leur avantage.

Cependant, pour les conseillers du Président Franklin Roosevelt, l’approvisionnement énergétique était un point crucial de l’effort de guerre et de la préparation à l’après-guerre. Roosevelt avait une vision des nations africaines et asiatiques différente de celle des impérialistes : il voulait donner quelque chose à ces nations en échange de leurs matières premières, comme il le dit lui-même au Premier ministre britannique Sir Winston Churchill. Sa rencontre avec Ibn Saoud en février 1945 était partie intégrante de toute une série de discussions qu’il put avoir avec différents dirigeants des pays non-développés [4]

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Rencontre entre Franklin Roosevelt et Ibn Saoud, le 14 février 1945.

Après sa rencontre avec Ibn Saoud, qu’il avait trouvé complètement désabusé, Roosevelt confia à Frances Perkins, sa secrétaire au Travail et l’une de ses plus proches collaboratrices : « Pourquoi le Proche-Orient est-il si instable ? Parce que les gens y sont pauvres. Ils n’ont pas de quoi manger. Ils n’ont pas de quoi s’occuper de façon normale. Ils ont besoin de ravitaillement, et ils ont besoin d’en trouver chez eux. Cela seul, à mon avis, ferait plus que tout le reste pour diminuer les risques d’explosion dans ces régions. Voyez ce que les Juifs font en Palestine. Ils ne cessent d’inventer de nouveaux procédés pour exploiter le désert. (…) Quand je ne serai plus Président et que cette sacrée guerre sera finie, je crois que nous irons au Proche-Orient avec Eleanor [sa femme, Nda], pour voir si l’on peut y monter une entreprise comme le système du bassin du Tennessee et faire vraiment quelque chose de ce pays ; ça m’intéresserait beaucoup. »

La mort de Roosevelt, le 15 avril 1945, empêcha ce « grand dessein » de se réaliser. Il n’en resta que le plan Marshall limité à l’Europe et non, comme l’aurait voulu Roosevelt, étendu à l’échelle du monde.
Il cherchait à mettre en place des relations internationales différentes pour la période d’après-guerre. Mais à la mort de Roosevelt, tout ce qui resta de la politique américaine dans la région fut la chasse aveugle au pétrole. La politique américaine prit la teinte de la corruption britannique et les compagnies de pétrole américaines devinrent les complices des projets impérialistes.

 Panislamisme contre nationalisme

 [5]

C’est la crise du canal de Suez, en 1956, qui fit entrer sur la scène mondiale le panislamisme britannico-saoudien. Lorsque le Président américain Dwight Eisenhower insista pour que cesse l’agression anglo-franco-israélienne contre Nasser en Égypte, les Frères musulmans et d’autres mouvements religieux devinrent clés pour la déstabilisation de l’Égypte et de toute autre nation musulmane qui aspirait à la décolonisation.

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Gamal Abdel Nasser.

La décision de Gamal Abdel Nasser de nationaliser la Compagnie du canal de Suez, l’arrachant des mains des Britanniques, et la défaite des forces anglo-franco-israéliennes avec l’aide des États-Unis, firent de Nasser un héros dans le monde arabe. Quand les mouvements républicains anti-coloniaux gagnèrent la Syrie, l’Irak, le Yémen, la Tunisie et l’Algérie, les Britanniques risquaient la perte de tout le contrôle de l’Asie du Sud-Ouest, au profit de forces bien disposées envers les États-Unis et leur tradition républicaine. Les choses s’empirèrent encore pour les Britanniques lorsque des officiers républicains renversèrent le sultan du Yémen en 1962. Les républicains étaient soutenus par Nasser, et l’administration Kennedy reconnut la république du Yémen immédiatement après le coup. Le sultan s’enfuit en Arabie Saoudite et engagea le combat depuis la frontière avec l’aide des Saoudiens et d’armes importées de Grande-Bretagne par le trafiquant Adnan Khashoggi, qui ferait encore parler de lui par la suite.

La principale faille de la politique américaine envers les forces anti-britanniques était l’idéologie de la Guerre froide, qui faisait de chaque anti-impérialiste un « communiste ». C’était là une partie de la politique du rideau de fer instiguée par Churchill qui, avec l’aide de présidents américains anglophiles tels que Harry Truman, et de conseillers présidentiels comme John Foster Dulles, George Schultz et Henry Kissinger, tourna les États-Unis du côté des monarchies féodales soutenues par les Britanniques dans les pays non-développés, et contre le Mouvement des pays non-alignés.

Les Frères musulmans devinrent une épine dans le pied du président égyptien Nasser et de tout gouvernement arabe nationaliste, notamment en Syrie et en Tunisie. La Syrie avait forgé une alliance avec l’Égypte de Nasser, donnant naissance à la République arabe unie ; les royaumes saoudien, irakien et jordanien avaient formé une alliance pour contrer ce front égypto-syrien. En 1958, le roi Saoud ben Abdel Aziz donna deux millions de livres sterling à des terroristes pour assassiner le président syrien Shukri al-Kuwatli et le président égyptien Nasser, et mener un coup d’état dans les deux pays à la fois. La tentative échoua, mais divisa le monde arabe pour les décennies à venir.

Selon des fuites parmi certains dirigeants des Frères musulmans, les Saoudiens soutinrent plusieurs autres tentatives d’assassinat contre Nasser, faisant entrer clandestinement des armes du Soudan vers l’Égypte. L’Arabie Saoudite était devenue le principal appui des Frères musulmans, qui firent des ravages avant d’être démantelés en Égypte, en Syrie et en Tunisie. Il est intéressant de noter que les dirigeants de l’organisation dans ces trois pays sont aujourd’hui réfugiés à Londres : Ali al-Bayanouni (Syrie), Rashid al-Ghannoushi (Tunisie) et Kamal al-Halbawi (Égypte). Ils sont encore actifs politiquement et mènent des activités de subversion contre leurs gouvernements respectifs.

En août 1969, de soi-disant terroristes israéliens brûlèrent la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, ouvrant la voie aux premiers cris panislamiques. Le roi saoudien Fayçal appela à l’établissement d’un mouvement panislamique qui donna naissance à l’Organisation de la conférence islamique, dont le siège est à Djeddah, en Arabie Saoudite ; le but étant de remplacer le nationalisme anti-colonial par le panislamisme.

En 1973, durant la guerre israélo-arabe du Kippour, l’Arabie Saoudite et l’Iran entrèrent dans le jeu d’Henry Kissinger en retirant le pétrole du marché pour protester contre le soutien occidental envers Israël, faisant quadrupler les prix [6]

Le 6 octobre 1973, l’Égypte et la Syrie envahirent Israël, déclenchant la guerre du Kippour. Henry Kissinger, qui était déjà conseiller national à la Sécurité de Nixon (on le surnommait le « tsar » du renseignement américain), s’était arrangé pour être également nommé secrétaire d’État dans les semaines qui avaient précédé l’attaque. Étant un intime de l’ambassadeur israélien à Washington et assurant la liaison avec le camp égypto-syrien, il sema le trouble dans les relations entre les deux parties pour s’assurer d’une réponse israélienne musclée.

À la mi-octobre, le gouvernement allemand avisa les États-Unis qu’ils resteraient neutres dans le conflit israélo-arabe et ne permettrait pas aux américains de réapprovisionner Israël à partir des bases militaires allemandes. Nixon, conseillé par Kissinger, répondit sèchement que l’impartialité allemande était inenvisageable. Par contre, le Royaume-Uni fut autorisé à déclarer tranquillement sa neutralité.

Le 16 octobre, l’OPEP procéda à une augmentation de 70 % du prix du baril de pétrole (le baril passant de 3 à 5 dollars). Le même jour, les membres des pays arabes de l’OPEP, arguant du soutien américain à Israël dans la guerre du Golfe, déclarèrent un embargo sur toutes les ventes destinées aux États-Unis et à la Hollande, Rotterdam étant le principal port pétrolier d’Europe de l’Ouest. Le premier choc pétrolier mondial était déclenché. Le Royaume-Uni, qui avait pu affirmé sa neutralité, évita l’embargo.

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Henry Kissinger.

Le 1er janvier 1974, le shah d’Iran, obéissant à Kissinger (dont le département d’État ne connaissait même pas les manœuvres, surprit tout le monde en exigeant une deuxième augmentation du prix du pétrole de plus de 100 %, amenant le prix du baril de pétrole de l’OPEP à 11,65 dollars. L’augmentation de 400 % « prévue » par le groupe de Bilderberg à Saltsjöbaden devenait ainsi un fait accompli.

Cette envolée du prix du pétrole de l’OPEP eut pour conséquence de rendre rentables les centaines de millions de dollars investis notamment par British Petroleum et Royal Dutch Shell en mer du Nord, dont l’exploitation était difficile. De plus, l’Agence monétaire saoudienne fut directement conseillée par un jeune banquier de Wall Street, David Mulford, pour guider les pétrodollars saoudiens vers les banques londoniennes et new-yorkaises.

Le plan du groupe de Bilderberg, qui avait été de ramener vers les cartels financiers anglo-américains un dollar en chute libre après le démantèlement des accords de Bretton Woods, avait ainsi réussi. Henry Kissinger, qui faisait lui-même partie du groupe de Bilderberg, fut une pièce maîtresse de l’échiquier. Il était à la fois conseiller national à la Sécurité et secrétaire d’État, une double casquette que personne avant lui et personne après lui n’obtint jamais. Son influence à la Maison Blanche se trouva encore renforcée lorsque le scandale du Watergate prit toute son ampleur fin 1973, braquant les projecteurs sur Nixon. Cerise sur le gâteau, Kissinger obtint le prix Nobel de la paix dans le courant de l’année 1973.

Le 10 mai 1982, dans un discours au Royal Institute of International Affairs de Londres, Henry Kissinger reconnu publiquement que lorsqu’il était secrétaire d’Etat, les britanniques participaient directement aux délibérations internes de la diplomatie américaine et qu’il entretenait des liens plus étroit avec le Foreign office britannique qu’avec son propre département d’Etat ! ]]. Le roi Fayçal devint ainsi à son tour le héros du monde musulman ; les États-Unis et Israël devinrent le nouvel ennemi, en lieu et place des Britanniques qui gardaient profil bas en se concentrant sur leurs bénéfices financiers réalisés grâce aux pétrodollars générés par la crise.

 L’Arc de crise

Vers la fin des années 70, une série de soulèvements, de coups d’État et d’assassinats eurent lieu au sein de ce que Zbigniew Brzezinski avait appelé « l’Arc de crise », ouvrant la voie à la guerre d’Afghanistan et à la guerre Iran-Irak.

Au Pakistan, le Premier ministre anti-impérialiste Zulfikar Ali Bhutto fut mis en prison après le coup monté contre lui en 1977 ; il fut ensuite assassiné par le général Zia Ul-Haq, qui joua un rôle crucial pour faire du Pakistan le pivot logistique des échanges drogue contre armes et amener le pays à devenir une arrière-base pour les moudjahidines en guerre contre les Soviétiques en Afghanistan. Une bonne partie de l’armée et des services de renseignement pakistanais entrèrent dans une corruption sans précédent, corruption dont les effets se font encore lourdement ressentir aujourd’hui.

Entre 1978 et 1979, de nombreuses organisations caritatives saoudiennes virent le jour pour préparer la guerre d’Aghanistan contre les Soviétiques. Par exemple, l’Organisation internationale de secours islamique fut établie en octobre 1978 en tant que branche de la Ligue islamique mondiale, basée en Arabie Saoudite. Elle fut donc fondée deux mois avant le déploiement de l’armée soviétique en Afghanistan, et effectue toujours la majeure partie de ses activités au Pakistan. Les États-Unis, heureux de pouvoir livrer une guerre par procuration contre l’Union soviétique, organisèrent le soutien des seigneurs de guerre afghans et des moudjahidines en provenance de l’étranger. Le rôle des Britanniques, et notamment du MI6, le service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni, est moins connu, mais certainement pas à négliger.

En 1979, la Révolution islamique de l’Ayatollah Khomeiny renversa le Shah Mohammad Reza Pahlavi, et un État religieux fut établi en Iran. La même année, le « socialiste » Saddam Hussein fit un coup d’État dans les rangs du Parti Baath et s’empara de la présidence irakienne. Suite à quoi la guerre Iran-Irak débuta quasi-automatiquement en septembre 1980, brisant les deux pays et les mettant au centre des trafics d’armes britannique, israélien et américain.

En octobre 1981, le président égyptien Anouar el-Sadate, qui avait été en 1978 le premier Arabe à signer un traité de paix avec Israël, fut assassiné par des membres de l’organisation du Jihad islamique, rejeton des Frères musulmans.

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Assassinat de Sadate lors d’une parade militaire au Caire.

Dans la même période, les Britanniques mettaient en place les contrats d’armement Al-Yamamah entre BAE Systems et l’Arabie Saoudite. Les nombreux « à côtés » de ces contrats, révélés en 2007, montrent bien comment les choses n’ont pas vraiment changé depuis un siècle [7].

 Le jihad globalisé

Il est communément admis que la CIA et les États-Unis abandonnèrent les moudjahidines dès que les troupes soviétiques se retirèrent d’Afghanistan en 1988-89. Ce que l’on dit moins, c’est qu’à partir de ce moment-là, le MI6, l’ISI (Inter-Services Intelligence) pakistanais et les Saoudiens trouvèrent une nouvelle forme de déploiement pour les « soldats sans cause ». Alors que les seigneurs de guerre afghans se combattaient les uns les autres pour avoir le pouvoir à Kaboul, les volontaires d’autres pays musulmans se regroupèrent à Peshawar, au nord du Pakistan. Leur mission se transforma en « croisade » islamique globale.

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Abdullah Azzam.

Abdullah Azzam, un Palestinien devenu le leader spirituel des volontaires islamistes étrangers, fut tué en 1989 dans l’explosion de sa voiture. Azzam avait été membre de l’organisation des Frères musulmans ; il avait enseigné à l’Université de Riyad en 1980, avant de se rendre au Pakistan pour enseigner à l’Université islamique internationale d’Islamabad. Il était ensuite devenu à Peshawar le principal organisateur du recrutement et de l’entraînement des jihadistes envoyés en Afghanistan, et avait voyagé aux États-Unis et en Europe pour lever des fonds et diffuser sa propagande. Certains ont suspecté Oussama Ben Laden (dont il avait été le mentor) et Ayman al-Zawahiri (le numéro deux d’Al-Qaida) d’être derrière l’assassinat d’Azzam, car ils prirent la direction des camps moudjahidines à Peshawar après sa mort, orientant leurs forces vers des opérations non-militaires.

Au début des années 90, une grande partie des volontaires étrangers ayant servi en Afghanistan retournèrent dans leur pays, où ils furent mal accueillis par leurs gouvernements, certains d’entre eux finissant même en prison. Beaucoup furent utilisés pour aller combattre en Bosnie, d’autres cherchèrent asile en Grande-Bretagne ou dans d’autres pays européens.

Avec la Guerre du Golfe en 1991, Ben Laden commença à s’agiter contre la famille princière Ibn Saoud, qui, disait-il, avait « invité les Américains infidèles » sur le sol sacré de la péninsule arabique pour combattre Saddam Hussein. Son appel à une « réforme » du royaume saoudien fut soutenu par bon nombre de théologiens wahhabites ; la famille Ibn Saoud, appréciant peu, emprisonna la plupart d’entre eux. Certains purent s’enfuir et trouvèrent refuge en Grande-Bretagne, tels Saad al-Faqih et Mohammed al-Masri, qui commencèrent à mener des opérations de propagande pour Ben Laden depuis leur bureau londonien du Committee for the Defense of Legitimate Rights. Ils envoyaient des communiqués dénonçant le gouvernement saoudien, directement signés par Ben Laden.

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Osama Ben Laden et Ayman Al-Zawahiri.

Plus tard, les théologiens wahhabites restés en Arabie Saoudite furent relâchés par la famille princière en échange de leur révocation de l’appel de Ben Laden. Leurs activités furent redirigées vers le soutien pour le jihad en Bosnie, en Tchétchénie ou au Cachemire. Plus tard encore, Ben Laden s’attaqua aux bases américaines en sol saoudien, par exemple lors de l’attentat sur les tours de Khobar en 1996. Ces attentats se faisaient bien sûr avec la sympathie implicite du clergé wahhabite, organe de propagande important, mais on sous-estime souvent la connivence qui pouvait se trouver au sein même de l’armée et des services de renseignement saoudiens. Toujours est-il que les proches de Ben Laden au Committe for the Defense of Legitimate Rights de Londres se vantèrent publiquement d’avoir pu établir de telles complicités. Le gouvernement saoudien ne lança d’ailleurs jamais de procédure sérieuse pour fermer les bureaux londoniens de ceux qui prétendaient vouloir les renverser. En 1995, les instances saoudiennes refusèrent même une offre du gouvernement soudanais d’extrader Ben Laden, demandant plutôt à ce qu’il soit envoyé en Afghanistan, qui était alors sous contrôle taliban.

L’auteur américain Lawrence Wright rapporte que Jamal Khashoggi, à l’époque conseiller du chef du renseignement saoudien [8], rencontra Ben Laden en Afghanistan au milieu des années 90 pour qu’il abandonne ses campagnes contre la famille Ibn Saoud, en échange de quoi il recevrait leur soutien. Si d’après Lawrence Wright Ben Laden refusa, des sources du renseignement américain soutiennent que l’accord fut conclu, et que peu après l’argent coula à flots pour le chef d’Al-Qaida.

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Attentat de Nairobi en 1998.

En 1998, Ben Laden et Al-Zawahiri firent connaître leur déclaration de « Jihad contre les Juifs et les Croisés » et fusionnèrent Al-Qaida avec d’autres organisations en provenance de nombreux pays, donnant un coup de fouet à l’organisation (la date de création d’Al-Qaida n’est pas claire, certains disent 1987). Les attentats à la bombe sur les ambassades américaines à Nairobi et Dar es Salaam en 1998 furent les premières attaques d’envergure signées Al-Qaida. Les organisations situées dans les différents pays ont toutes pour origine les Frères musulmans, et la majorité ont leurs bases de recrutement, de financement et de logistique en Grande-Bretagne.

 Le terrorisme, une spécialité londonienne

Suite à des attentats terroristes sur leur sol, les gouvernements d’Égypte, de Libye, de Jordanie, de Turquie, d’Iran, de Russie, de France [9] et d’autres nations, envoyèrent des protestations diplomatiques au Foreign Office britannique concernant l’hébergement d’organisations terroristes.

En 1997, le Parlement britannique répondit clairement qu’il n’avait nullement l’intention d’intervenir : il refusa en effet de modifier la loi qui permet à ces organisations de financer et de recruter pour des opérations armées, l’argument étant que ces opérations n’allaient pas à l’encontre des intérêts britanniques ! [10]

Le Royaume-Uni a régulièrement refusé de coopérer avec d’autres nations pour arrêter des terroristes en activité sur son sol. Les seules exceptions eurent lieu lorsque la pression fut mise par les autorités américaines.

Depuis 1995, l’Executive Intelligence Review a largement documenté les opérations menées depuis la Grande-Bretagne pour déstabiliser d’autres nations. La plupart des nations victimes de ces actes terroristes sont quasi-systématiquement à majorité musulmane. Cette alliance apparemment paradoxale entre les « infidèles » et les « moudjahidines » est mieux comprise lorsque la lumière est jetée sur les méthodes utilisées par l’Empire britannique pour manipuler les religions dans un but stratégique global. Cet empire existe toujours aujourd’hui, à la différence près que l’empire colonial et maritime d’avant 1945 s’est mué progressivement en un empire financier dont les trois piliers sont la City de Londres (première place financière du monde), les paradis fiscaux (dont un grand nombre se situent dans les îles anglo-néerlandaises) et les fonds vautours ou « hedge funds » opérants depuis ces îles ; l’existence de cet ensemble perpétue un système s’opposant au développement physique et moral des peuples et des nations. Mais avec l’effondrement du système financier international entamé depuis l’été 2007, la stratégie de tension reste une des dernières cartouches de l’Empire. À nous de le combattre et de ne pas en être les dupes. Contre la guerre de tous contre tous, seul le retour à une politique de développement mutuel permettra de bâtir la paix.

Texte publié dans l’Executive Intelligence Review du 26 décembre 2008.

Traduit de l’anglais et agrémenté par Théodore Rottier


[1L’historien Jacques Benoist-Méchin a dit de cette alliance, dans sa biographie d’Ibn Saoud : « Le guerrier cherchait une doctrine ; le prédicateur cherchait une épée. »

[2La ligne de chemin de fer Berlin-Bagdad était un projet du gouvernement allemand qui voulait bâtir une alliance économique forte avec l’Empire ottoman dès les années 1880. En 1888, un consortium allemand mené par la Deutsche Bank obtint une concession du gouvernement ottoman pour bâtir une voie ferrée reliant Istanbul à Ankara, la Turquie étant déjà quasiment reliée au reste de l’Europe. Le projet fonctionna tellement bien qu’il fut décidé de pousser bien plus au sud jusqu’à la ville de Konya, dans une région qui n’avait jamais connu d’infrastructure digne de ce nom. Cet exploit d’ingénierie fut terminé en 1896 ; en moins de huit ans, 1 000 kilomètres de chemins de fer avaient vu le jour.

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La ligne ferrovière Berlin-Bagdad.

D’un coup, l’idée de mener la ligne jusqu’à Bagdad, voire même jusqu’au Koweït, ne paraissait plus une idée folle. Si un jour les Allemands et les Ottomans parvenaient à réaliser une telle prouesse, c’était tout l’équilibre stratégique mondial qui était remis en question.

Robert Laffan, conseiller militaire britannique attaché à l’armée serbe, ne s’y trompait pas : « Si le Berlin-Bagdad était réalisé, un énorme territoire produisant toute une variété de richesses, inattaquable par mer, serait unifié sous autorité allemande. (…) Les armées allemandes et turques seraient à une très faible distance de nos intérêts égyptiens et du golfe Persique, et notre Empire indien serait menacé. Le port d’Alexandrette et le contrôle des Dardanelles donneraient vite à l’Allemagne un grand pouvoir naval sur toute la Méditerranée. (…) La Serbie étant la première ligne de défense pour nos positions orientales, si elle se voyait écrasée ou attirée dans le système Berlin-Bagdad, alors notre vaste empire, trop légèrement défendu, sentirait rapidement le choc de la poussée allemande vers l’est. »

Le Berlin-Bagdad était en effet une opportunité unique pour la puissance industrielle allemande de développer des marchés vers l’est. De plus, on savait qu’il y avait du pétrole à exploiter en Mésopotamie (En 1902, on parlait même de « lacs de pétrole » en Irak et au Koweit). Et pour achever le tout, si l’Allemagne se dotait d’un accès à un port du golfe Persique, c’était tout le sous-continent indien et les colonies africaines allemandes qui se seraient retrouvés à portée de main.

En 1903, une compagnie ottomane sous contrôle de banques allemandes, la Bagdad Railway Company, obtint le permis de construction de la ligne Konya-Bagdad.

Les Britanniques passèrent toute la période d’avant-guerre à déstabiliser les Balkans et à perturber la construction du Berlin-Bagdad. En 1901, ils annoncèrent que le principal port koweitien avait été mis sous protectorat britannique (alors que c’était une partie de l’Empire ottoman), puis en 1907 le Cheikh du Koweït céda une partie de son pays aux Britanniques, permettant aux troupes anglaises de devenir une force d’occupation.

Avec tous les ennuis techniques et diplomatiques qui avaient ralenti la construction de la ligne, en 1915, sur les 2 000 kilomètres de rail nécessaires pour relier Bagdad à Istanbul, 1500 seulement avaient été réalisés, séparés en quatre tronçons.

Karl Helfferich, un banquier allemand, disait en 1918 : « La vraie raison pour laquelle l’Angleterre a déclaré la guerre contre l’Allemagne en 1914, repose dans la vieille tradition de la politique britannique : à travers celle-ci l’Angleterre s’était élevée au statut de grande puissance, et à travers celle-ci elle voulait rester une grande puissance. La politique de l’Angleterre a toujours été faite pour aller à l’encontre des puissances continentales économiquement plus fortes. »

En 1919, avec le Traité de Versailles, l’Allemagne voit tous ses droits retirés sur la ligne Istanbul-Bagdad. Il faudra attendre 1940 pour voir le premier train circuler entre Istanbul et Bagdad sans interruption.

[3Les Frères musulmans est une organisation panislamiste fondamentaliste fondée en 1928 par Hassan al-Banna en Égypte, après l’effondrement de l’Empire ottoman. Déterminés à instaurer un grand État islamique où règnerait enfin la Loi de Dieu, leur mot d’ordre est : « Le Coran est notre Constitution. » N’hésitant pas à recourir à la violence pendant de nombreuses années, ils furent utilisés comme facteur de déstabilisation du monde musulman pendant de nombreuses années, avant de finir par renoncer officiellement au soutien à toute opération armée en 1978 (à l’exception du combat palestinien). Certains de ses partisans décidèrent donc de faire scission, créant de nouvelles organisations terroristes, telles le Jihad islamique. De nombreuses organisations terroristes actuellement en activité sont donc directement issues des Frères musulmans. Par exemple, le Hamas, qui a remporté les élections législatives palestiniennes de 2006 et qui est responsable d’une bonne partie des attentats touchant régulièrement Israël, fut fondé en 1987 par Ahmed Yassine, membre des Frères musulmans en Égypte (avec, soit dit en passant, le soutien d’Israël).

[4Le grand dessein de Roosevelt était, d’une part de mettre fin aux empires coloniaux anglais, français, hollandais et portugais, pour faire de la victoire sur le nazisme un instrument de libération bien plus général et, d’autre part, d’organiser en faveur de toutes les régions du monde la réalisation d’un vaste programme de développement infrastructurel et de reconstruction, fondé sur la puissance bâtie par les États-Unis pendant la guerre et reconvertie en instrument de paix grâce à des crédits à long terme et faible taux d’intérêt, une sorte de système de « paiements différés » (la réalisation des projets permettant de « payer » au fur et à mesure les sommes avancées).

[5Le panislamisme est un courant de pensée prônant l’union des peuples musulmans. Il est aujourd’hui surtout représenté par des organisations anti-nationalistes qui font passer la communauté de croyants avant la nation. Al-Qaida, par exemple, se positionne en tant qu’organisation panislamique, réclamant une nation musulmane allant du Maroc jusqu’en Indonésie.

[6En mai 1973, le groupe de Bilderberg, qui rassemblait les plus influentes personnalités de la finance et de la politique mondiales, se réunit dans la petite ville suédoise de Saltsjöbaden. Walter Lévy, un participant américain, y exposa le « scénario » d’une hausse imminente de 400 % des revenus pétroliers de l’OPEP.

[7Démarrés en 1985, les contrats Al-Yamamah entre BAE Systems (le géant de l’armement britannique) et l’Arabie Saoudite portent sur la vente d’une centaine d’avions de chasse et d’autres matériels militaires pour un montant total estimé à 40 milliards de dollars. Tout d’abord, 2 milliards de dollars furent versés en dessous-de-table au Prince Bandar, ancien ambassadeur saoudien aux États-Unis et actuel secrétaire général du Conseil national de sécurité du roi Abdallah. Cet argent a servi au financement de nombreuses guérillas et du terrorisme islamiste, notamment dans la complexe opération du 11 septembre 2001. Mais surtout, le paiement saoudien s’effectue encore aujourd’hui en nature, au rythme de 600 000 barils de pétrole par jours, hors du cota de l’OPEP, via les compagnies pétrolières anglo-hollandaise Royal Dutch Shell et British Petroleum. Ainsi, on estime les revenus commerciaux de cette vente à 160 milliards de dollars, somme probablement recyclée dans une nébuleuse de hedge funds protégés par le secret des paradis fiscaux comme Gibraltar ou les îles Caïman. Ces fonds, blanchis et sans existence officielle, peuvent servir à de multiples opérations de guerre financière ainsi qu’au financement des opérations sales de la diplomatie britannique. Le scandale BAE éclata au grand jour en juin 2007, mais Tony Blair puis Gordon Brown s’empressèrent de mettre un terme aux enquêtes officielles, officiellement pour ne pas entraver les opérations des services de sécurité.

[8Le chef des services de renseignement saoudiens de 1977 à 2001 (record international de durée à ce poste), Turqi al-Fayçal, organisa dans les années 80 la mise en place de groupes de volontaires arabes pour mener le jihad en Afghanistan. Il semblerait qu’il ait été l’un des premiers parrains d’Oussama Ben Laden.

[9En 1995, la vague d’attentats perpétrée par le GIA (Groupe islamique armé) à Paris fit 10 morts et 200 blessés. La France dut attendre plus de dix ans avant que le Royaume-Uni ne cède à ses demandes répétées d’extradition de Rachid Ramda, qui avait passé les ordres et envoyé l’argent aux terroristes français depuis sa résidence londonienne.

[10Contre la loi introduite pour interdire aux terroristes étrangers d’opérer sur le sol britannique, le membre du Parlement George Galloway, dans un discours prononcé devant un comité de la Chambre des communes, déclara : « Cette loi changera profondément et dangereusement le statut de l’asile politique dans ce pays. (…) Nous sommes tous en faveur d’un contrôle plus strict du terrorisme en Grande-Bretagne. Il est certain que nos honorables membres du parlement n’ont aucun lien avec le terrorisme, mais nous parlons là de terrorisme dans d’autres pays. (…) Cette législation est poussée en réponse à un cas spécifique de réfugié, embarrassant pour le gouvernement – celui du Professeur Al-Masri, qui a été une épine dans le pied du gouvernement d’Arabie Saoudite. (…) Or, par définition, une tyrannie ne peut être enlevée que par des moyens extraordinaires. Inévitablement, dans des conditions de répression extrême, les dirigeants de tels mouvements seront attirés par des pays tels que le nôtre où prévaut la liberté. La législation ici en question criminalisera de telles personnes, même s’ils n’ont enfreint aucune loi en Grande-Bretagne ou s’ils n’ont causé aucun tort à la tranquillité de la reine dans son royaume. À cause de cette loi, ils tomberont sous le coup de poursuites judiciaires dans leur pays parce qu’ils auront incité, soutenu ou organisé des événements dans des tyrannies lointaines. » Galloway réussit ainsi à empêcher la loi de passer.

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