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Qu’est-ce que la Chine ?

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Nous publions ici la transcription du discours du Dr Patrick Ho, consultant spécial auprès des Nations Unies, lors de la conférence « ’Une Ceinture et une Route’ : une solution gagnant-gagnant » de l’Institut Schiller à New-York, le 4 février 2017.

 Les ouvertures dans l’histoire entre la Chine et l’Occident et les valeurs fondamentales chinoises

Le modérateur : Notre intervenant suivant est le Docteur Patrick Ho.

Comment les grandes nations peuvent-elles s’entendre sur des objectifs communs, non seulement pour dépasser les distinctions et différences culturelles, mais également pour se mettre au service des autres nations et se perfectionner les unes les autres ? Une nation est capable, y compris l’Amérique, d’apprendre d’une autre nation et d’aller vers un développement mutuel. La Nouvelle Route de la Soie propose la croissance et le progrès sur les plans culturel et économique. Pour illustrer ces échanges, notre rapport La Nouvelle route de la Soie devient le Pont-Terrestre Mondial, que chacun d’entre vous connaît, est disponible en anglais et, comme Helga Zepp-LaRouche, fondatrice et présidente de l’Institut Schiller, vient de le rappeler, en arabe et en chinois.

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Le rapport La Nouvelle route de la soie devient le Pont terrestre eurasiatique est disponible en chinois, anglais et arabe, ici.

Un autre rapport, la Monographie « Ceinture et Route », a été rédigé en partie par notre prochain intervenant. Ce rapport est en cours de relecture et sera bientôt disponible. Dr Patrick Ho en a écrit la préface, intitulée : « Une ceinture, Une route : un nouveau modèle de croissance économique inclusive et développement durable ». Son organisation, le Comité pour l’Energie Chinoise (CEFC), a le statut de consultant spécial auprès des Nations Unies. Comme il y a deux mois, il vient nous parler avec l’espoir de nous inspirer pour une petite mission : amener les Etats-Unis, comme Helga nous presse de le faire, à rejoindre la politique et la dynamique de l’Initiative Ceinture et Route.

Donc merci d’accueillir Dr Ho.

Dr Patrick Ho : Merci Dennis, et Bonjour à tous.

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En décembre dernier, j’étais venu ici pour vous parler de l’Initiative Une Ceinture et une Route et ses derniers développements. Plusieurs questions m’ont été ensuite posées sur le projet en tant que tel et ses implications. Toutes ces questions relevaient de la même interrogation : quelle vision porte cette initiative, sur quelle valeur repose-t-elle ? Qu’apportera-t-elle à l’humanité ? Est-ce juste une chimère ou un excès d’imagination de la part de nos dirigeants, ou bien une création qui vient de nulle part ? Sur quoi repose-t-elle véritablement ?

Donc aujourd’hui, de nouveau invité par Helga, Dennis et l’Institut Schiller, j’aimerais vous parler de ce qui est fondamental dans les valeurs chinoises : en quoi elles diffèrent des autres valeurs, en particulier de celles de Occident, et cela du point de vue historique des derniers siècles et décennies.

Donc aujourd’hui nous allons voir ensemble comment les valeurs chinoises, notamment les valeurs orientales, ont influencé le reste du monde. Et nous allons apprendre de l’histoire tout en gardant à l’esprit le futur :

 Présentation

 Qu’est-ce que la Chine ?

Qu’est-ce que la Chine ? Qu’est-ce qui a pu maintenir ensemble tant de personnes pendant des millénaires ? Qu’est-ce que la « Sinité » ? Qu’est-ce qui donne aux chinois le sentiment d’être chinois ?

Trois points à se rappeler quant à la Chine. La Chine est un « Territoire », une immense étendue de terre. La Chine est un « Peuple », avec beaucoup de personnes. La Chine est une « Civilisation », avec un long héritage civilisationnel. Voilà ce qui, à mon sens, constitue la Chine.

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La Chine est le 3e plus grand pays du monde, avec la plus grande frontière terrestre – qu’elle partage sur plus de 22.000 km avec 14 nations voisines. Ceci est à l’opposé des américains : combien de voisins ont-ils ? Le Canada au Nord et le Mexique au Sud, deux nations peu puissantes. A l’Est ils ont comme voisin du poisson, et à l’Ouest encore du poisson. Mais la Chine a 14 voisins très actifs qui essayent d’empiéter sur ses frontières. C’est pourquoi les chinois ont toujours été attentifs à cette question des frontières, essayant sans relâche de maintenir leur souveraineté avec détermination et fermeté, comme on peut le voir aujourd’hui en Mer de Chine Méridionale.

Nous venons d’apprendre par les précédents intervenants russes que leurs découvertes dans le traitement du sol seraient vraiment applicables en Chine. La Chine compte 22% de la population mondiale, qu’elle nourrit avec 8% des terres arables de la planète. D’où provient donc le reste de la nourriture ? On doit faire avec les terres que l’on a, à moins d’obtenir plus de terre, ou alors transformer plus de déserts et autres terres non cultivables en terres arables. Et par-dessus tout, la production agricole doit être d’un très haut rendement, avec plus de récoltes chaque année, et plus de rendement à chaque récolte. La terre c’est de la nourriture, et c’est du développement économique.

La Chine, le pays le plus peuplé au monde, est composée de 54 ethnies, chacune avec ses propres coutumes et conditions de vie. La diversité est extrême, plurielle et très décentralisée. Toutes ces ethnies cohabitent grâce à un langage écrit commun et un ensemble de valeurs fondamentales issues d’un long héritage civilisationnel. La Chine est la seule ancienne civilisation ininterrompue depuis 5.000 ans.

  Un Etat-Civilisation

La Chine est ainsi, si différente de l’Occident. Elle n’est même pas véritablement un Etat-Nation dont le peuple se définit par une identité politique, mais un Etat-Civilisation dont le peuple se définit par une identité culturelle. Ceci explique pourquoi les chinois insistent tant sur l’unité et la stabilité. Leur référence quant à l’Etat, leur notion particulière de la famille, leurs relations sociales comme guanxi, sont synonymes de relations personnelles et embrassent des idées comme l’harmonie dans la diversité. A la différence de l’Europe, la Chine n’a jamais cherché à s’accaparer de colonies outre-mer, préférant établir un système de tribut en Asie orientale via l’attraction culturelle et la contrainte, jamais par la conquête ni par la force.

L’Etat chinois se caractérise par une relation fondamentalement différente à la société, en comparaison à tout état en occident. L’Etat, ou le gouvernement, est vu comme un proche, comme un membre de la famille, un bien nécessaire ; alors que dans le discours occidental l’Etat est vu comme un problème, une menace et même un ennemi du peuple. Pour les chinois, l’Etat est l’incarnation d’une civilisation ; sa légitimité lui vient donc de l’héritage culturel et des valeurs fondamentales qu’il véhicule et protège.

Nous pouvons déjà voir de multiples façons comment le retour de la Chine à une place importante n’a pas été seulement bénéfique à la Chine, mais au monde dans son ensemble. En sortant de la pauvreté des centaines de millions de personnes, la Chine a contribué à la prospérité mondiale.

Les contributions les plus significatives de la Chine pour le monde resteront, incontestablement : sa sagesse culturelle, sa métaphysique et ses valeurs traditionnelles, une richesse propre à la Chine, une perle rare façonnée avec ardeur et de pression sur de vastes périodes de temps et de tribulations. Peu de pays, si ce n’est aucun, peuvent se réclamer de la longévité culturelle de la Chine. La culture de la Chine est vaste et ses traditions remontent à loin.

La réémergence de la culture chinoise aidera par conséquent à rétablir l’équilibre dans la culture mondiale. Sa propagation et son partage permettront l’essor d’une culture mondiale plus sage, pensée et créative. Comme par le passé, les échanges stimuleront l’innovation et la créativité, et alors la Science et les Arts et les Humanités pourront s’épanouir.

Ce qui mènera à une Seconde Renaissance Mondiale.

 Histoire : aperçu des Trois Ouvertures

Comme on répond « Qui est là ? » à celui qui frappe à la porte, de la même manière on peut regarder dans l’histoire les changements et les interactions entre la Chine et le monde. Trois fois l’Occident est venu taper aux portes de la Chine, et trois fois la Chine est venue en retour frapper aux portes de l’Occident.

 Première Ouverture de la Chine

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La Chine fut parmi les premiers pays à initier de lointains échanges commerciaux à l’extérieur de ses territoires. Il y a deux mille ans, juste avant l’époque du Christ, durant la dynastie des Han, Shang Qian de Xi’an (alors capitale de la Chine, dans la province du Shaanxi) établit la première Route de la Soie (139 av. J.-C.). Ce fut la première Ouverture de la Chine à l’Occident, nouant des liens d’amitié avec des territoires extérieurs.

C’est durant cette période que l’ancienne Rome entendit parler de la Chine, qu’elle appela Seres. Les chinois apprirent aussi l’existence d’un empire parallèle en Occident, qu’ils nommèrent Da Qin.

Entre autres choses, les classes supérieures romaines considéraient la soie chinoise à prix d’or, avec une demande si importante que leur gouvernement essaya plusieurs fois d’en limiter les importations, souvent sans y réussir tout à fait.

Le phénomène fut d’importance, au point que Pline l’Ancien s’étende sur la soie et ses origines dans son Histoire Naturelle. Le missionnaire chinois Gan Ying, d’un autre côté, écrivit ce qu’il apprit de Rome au cours de ses voyages, relatant entre autres la forme républicaine de gouvernement de l’époque. Malgré les énormes distances, il y avait déjà un échange d’idées entre l’Orient et l’Occident, et parmi les voyageurs sur de longues distances vers l’Orient, le plus connu de la dynastie Yuan fut Marco Polo.

 Seconde Ouverture de la Chine

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La seconde Ouverture de la Chine eut lieu au 15è siècle (1405 ap. J.-C.), il y a seulement 500 ou 600 ans, quand sous la dynastie Ming la flotte de Zheng He prit la mer pour apporter la paix et le commerce aux terres éloignées. Zheng He était général et eunuque, de foi musulmane et originaire du Kunyang. Ses sept voyages, qui atteignirent l’Afrique orientale, apportèrent beaucoup à la connaissance chinoise du monde extérieur. La flotte magnifique de Zheng He inspira de nombreuses personnes qui cherchèrent ensuite à devenir tributaires de la Chine.

En exemple de la « diplomatie Panda », des nations donnèrent à Zheng He toute une variété d’animaux rares : en particulier des autruches, zèbres et girafes qui furent particulièrement appréciées à la court des Ming.

Alors que Jules César déclarait : « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu », le chinois disait : « Je suis venu, j’ai vu, je me suis fait des amis, et je suis retourné chez moi. ». Aucune bataille. Aucun esclave ni de colonie établie.

A ces deux occasions la Chine s’est ouverte au monde dans la paix et l’amitié, voulant comprendre et être comprise. Aujourd’hui, les distances étant considérées comme acquises, on peut seulement imaginer l’émerveillement, l’esprit d’amitié et les sentiments de découverte que ces « Ouvertures » inspirèrent en Chine et dans le monde.

 Première Ouverture de l’Occident

Ensuite, l’Occident retourna frapper aux portes de la Chine, au cours de la Renaissance, à l’époque des dynasties des Ming et des Qing. Les progrès de l’Occident dans le domaine de la navigation maritime, notamment le voyage-longue distance, lui permirent d’étendre son influence autour du monde, recherchant commerce et colonies sous prétexte de prêcher le christianisme. Ce fut la première Ouverture de l’Occident.

Les missionnaires occidentaux commencèrent à s’installer en Chine au 15è siècle. Beaucoup d’entre eux ne vinrent pas simplement pour prêcher le christianisme. Ils reconnurent les accomplissements de la société chinoise, et cherchèrent à apprendre du peuple chinois. Au cours de cette période l’échange de connaissances fut considérable. L’Occident partageait ses connaissances en mathématiques, médecine et astronomie, alors que la Chine échangeait philosophie, technologies et développement politique.

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Matteo Ricci, Joachim Bouvet et Giuseppe Castiglione furent parmi les multiples missionnaires travaillant en Chine à ce moment là. Bouvet, un prêtre jésuite français, entre autres choses, ramena le Yi Jing en Occident où il inspira plusieurs personnes. Nous verrons plus loin les conséquences à long-terme des découvertes remarquables de cette période.

La première Ouverture de l’Occident allant frapper aux portes de la Chine, apportant les sciences et le christianisme, commença bien mais se termina soudain quand l’Occident découvrit que les rites et rituels chinois s’immisçaient dans les pratiques chrétiennes, menaçant par-là les doctrines de l’Eglise catholique romaine. La porte de Chine, à peine entrouverte, fut aussitôt refermée.

 Seconde Ouverture de l’Occident

La seconde Ouverture de l’Occident suivit la Révolution Industrielle. Au cours de cette période, les pays occidentaux espérant s’enrichir en ressources naturelles grâce à leur suprématie militaire, étendirent le colonialisme à l’Orient par la force.

En 1840 la Grande-Bretagne, poussée par ses marchands d’opium, envahit la Chine : ce fut la Première Guerre de l’Opium. Malgré sa vaste économie et ses forces militaires, la Chine perdit la guerre et se vit obligée de signer avec l’Occident des accords inégaux.

La Seconde Guerre de l’Opium, et la guerre Sino-Japonaise qui suivit dans le courant du siècle, apporta encore plus de désastre en Chine. La seconde Ouverture de l’Occident s’accomplit par les armes et les vaisseaux de guerre ; la porte de la Chine fut brutalement forcée, contre sa volonté, et s’ensuivirent 100 ans d’humiliation et de désastre national.

 La voie de modernisation

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La voie de modernisation de la Chine : le mouvement d’auto-renforcement (1861-1895) ; la réforme des Cents Jours (1898) ; la Révolution Xinhuaï (1911) ; le Mouvement du Quatre Mai (1919) ; la fondation de la Chine nouvelle (1949).

La seconde fois où l’Occident alla frapper aux portes de la Chine fut une période difficile pour la Chine, mais elle réveilla cependant la nation. La Chine réalisa qu’elle aurait à se moderniser et rattraper l’Occident, et finalement renforça son économie militaire et sa politique. Le Mouvement d’Auto-Renforcement (1861-1895), la Réforme des Cents Jours (1898), le renversement de la dynastie des Qing par Sun Yat-sen (Révolution du Xinhai en 1911) et le Mouvement du 4 Mai (1919) sont autant de réponses aux dures leçons apprises au cours de la seconde Ouverture occidentale.

Cette seconde Ouverture occidentale initia en Chine un dialogue culturel et politique, qui continua tout au long du siècle dernier. En Chine, ce processus de modernisation fut une sorte d’auto-réflexion, un auto-renouvellement et un auto-renforcement au cours desquels les valeurs centrales traditionnelles se sont dotées de nouvelles significations. En définitive ce sont ces valeurs fondamentales traditionnelles qui ont fourni les forces spirituelles de cohésion nécessaires au rassemblement du peuple chinois durant cette période d’hésitations et de transition.

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L’Occident lui-même, malgré cette agression, reçut beaucoup de leçons de la part de la Chine. Thomas Wade et Herbert Giles, par exemple, développèrent le premier système latinisé de l’alphabet chinois. Giles traduisit les Analects, le Dao De Jing et le Zhuangzi, et rédigea le premier dictionnaire Chinois-Anglais largement distribué.

 Troisième Ouverture de l’Occident

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Photo 1 - 1972, Nixon en visite Chine. Photo 2 - 1979, Deng en visite aux USA.

La troisième Ouverture de l’Occident eut lieu dans les années 1970, avec la diplomatie. En 1972, le président américain Richard Nixon se rendit en Chine où il offrit une branche d’olivier, cherchant à intégrer le pays au système économique global. Quand Deng Xiaoping arriva au pouvoir, la Chine commença sa transition vers une économie socialiste de marché dans le respect des spécificités chinoises, avec pour résultat une rapide avancée économique : la Chine devint une société relativement aisée.

Comme pour les autres Ouvertures, des échanges considérables eurent lieu durant cette période. La Chine fut introduite aux concepts occidentaux d’économie de marché et de commerce international. Le contact social qu’expérimenta la Chine à plusieurs niveaux pendant cette période fut d’une importance vitale pour sa modernisation.

  Yi Jing et Leibniz

Petite parenthèse pour retracer la voie du Yi Jing et de Leibniz :

Il y a des milliers d’années, la philosophie chinoise a créé un outil métaphysique et magique : le Yi Jing. C’est probablement le livre le plus ancien de l’histoire chinoise et de sa culture. Il décrit non seulement la vie et les événements dans la variété de leurs changements, mais contient aussi les lois essentielles et secrètes de la nature. La métaphysique chinoise est d’ailleurs à l’origine de l’une des principales puissances actuelles, à savoir l’ordinateur et l’Internet. Ces technologies, qui ont révolutionné l’expérience humaine, trouvent leur origine dans la plus ancienne sagesse chinoise, le Yi Jing.

 L’histoire du système binaire

L’ordinateur s’appuie sur le système binaire pour faire ses calculs. Toutes ses activités, toutes les informations échangées sur internet, se trouvent au final réduites à des 1 et des 0.

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Les mathématiques du système binaire furent développées par Gottfried Leibniz, un philosophe et mathématicien allemand de la fin du 17e siècle. Bien que Leibniz ait travaillé quelque temps sur le système binaire, une percée dans son travail lui fut offerte par la Chine, après qu’il eut prit connaissance du Yi Jing grâce en particulier au travail de Shao Yong (1011-1077 ap. J.-C.).

Des interprétations du Yi Jing remontent à plus de 600 ans avant Leibniz. Leibniz a donc redécouvert ce que la sagesse chinoise avait trouvé 600 ans plus tôt.

Leibniz correspondait avec Joachim Bouvet, un prêtre jésuite, qui entre autres choses avait enseigné à l’Empereur Kang Xi les progrès des mathématiques en Occident. Bouvet avait étudié le Yi Jing et reconnu sa profondeur et sa lucidité. Il y avait vu la confirmation de sa vision sur les singularités universelles de la connaissance spirituelle, et avait transmis l’ouvrage à Leibniz.

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Voyons maintenant comment le système binaire et le Yi Jing se sont complétés. Leibniz fit immédiatement le parallèle entre son travail sur le système binaire et la version du Yi Jing de Shao Yong d’après l’interprétation de la Dynastie Song. Leibniz reconnut que dans le Yi Jing le Yin et le Yang sont les équivalents du système binaire. Yang est une ligne pleine, une unité ; Yin est une ligne brisée, le zéro. Quand les deux sont associés nous appelons cela « Gesalt » .

La progression binaire fonctionne ainsi ; chaque chiffre de 1 à 9, d’un millier à un million, tout est représenté par des 1 et des 0 en différentes positions. L’ordinateur fonctionne comme cela. C’est de la géométrie, du calcul ; c’est la base, la fondation de l’Internet - et c’est dans le Yi Jing !

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L’ordonnancement des hexagrammes de Shao Yong.

Le Yi Jing énumère les différentes combinaisons de Yin et Yang selon les positions, soit 64 possibilités avec lesquelles on peut englober toutes les options dans toutes les situations présentes dans le monde entier. 64 possibilités, appelées exagrammes : six lignes, chacune étant représentée soit par une ligne solide ou une ligne brisée de Yin et de Yang. C’est le principe des ordinateurs, la digitalisation.

Comme vous l’avez constaté, le Yi Jing utilise ces deux valeurs de base pour représenter des symboles plus élaborés : assemblés, les Yin et les Yang forment des trigrammes et des hexagrammes. Le Yi Jing utilisait le calcul binaire et ces nombres binaires 600 ans avant le traité de Leibniz sur ce système numérique.
Il y a encore un autre enseignement sur le système binaire dans le Yi Jing, observez comment la progression est belle : tout fonctionne parfaitement, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, ... jusqu’à 64.

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L’ordonnancement des hexagrammes suivant une progression binaire de Shao Yong.

Il y a une autre façon de réaligner cela : l’ordonnancement des hexagrammes selon une Progression Binaire, de Shao Yong.

Leibniz n’a pas hésité à reconnaître l’avancée que lui a permis le Yi Jing, allant jusqu’à le mentionner dans l’intitulé de son Traité sur le système binaire. C’est ce qu’il a vraiment écrit dans son traité, et c’est exactement la même progression que celle du système binaire du Yi Jing que nous venons de voir. Les siècles qui ont suivi la publication de ce traité ont assisté à un progrès spectaculaire en science et en technologies.

Ce progrès a souvent confirmé la clairvoyance de la métaphysique chinoise.
Niels Bohr, un physicien moderne, physicien nucléaire et atomique dont les contributions à la physique quantique ont permis le développement des microprocesseurs, choisit d’utiliser le symbole Yin/Yang sur ses armoiries. Ses armoiries sont encore gravées à l’entrée de l’Institut Bohr en Pologne.

L’échange entre la Chine et Leibniz fut le premier pas dans le développement du monde des ordinateurs, technologie qui nous aide aujourd’hui à relier les différentes nations et leurs cultures. On pourrait déclarer que la métaphysique chinoise du Yi Jing apporta les bases du système binaire, ouvrant l’ère du bit, des ordinateurs et de la cyber-technologie, et nous amenant vers un plus haut niveau d’intelligence.

 Yi Jing et l’ADN

Le Yi Jing concerne aussi l’ADN humain, à la croisée avant-gardiste du système binaire et de la recherche en métaphysique chinoise. Une analogie stricte a été établie entre la structure mathématique du Yi Jing et celle de la molécule ADN décodée au 20è siècle.

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Structure de l’ADN.

Nous savons tous que l’ADN est constituée de molécules à quatre nucléotides, appelés A (pour l’adénine), T (thymine), C (cytosine) et G (guanine). Ce sont les quatre nucléotides de base, constitués de l’ensemble des gênes. Ces lettres, formant une seule et longue molécule, sont groupées par trois en codons. Les combinaisons possibles le long de la molécule d’ADN sont tellement complexes qu’on peut arrêter ici l’explication. Nos gênes sont issus de la combinaison de ces nucléotides. Chaque nucléotide répond aux fonctions binaires du positif et du négatif. Vous pouvez manipuler et jongler avec tout ça, et tout ressort parfaitement, respectant l’équation à la lettre.

Le corps humain est composé de protéines faites d’acides aminés ; les groupes d’acides aminés sont les blocs constituants de notre corps. Les acides aminés sont faits de combinaisons de ces nucléotides. Les nucléotides sont des combinaisons de 1 et de 0. Voilà les éléments de base de la constitution humaine.

Il y a déjà 16 nucléotides, commençant avec A, 16 autres commençant avec T - c’est très, très compliqué, je ne vais pas enter plus dans les détails. Mais l’ADN est écrit en mots de trois lettres, choisies parmi quatre lettres possibles. La configuration est 4x4x4, soit 64 mots possibles, pour l’ensemble du dictionnaire du langage ADN. Ces 64 mots possibles, appelés codons, contiennent l’ensemble des secrets génétiques de la cellule. Nous avons fait référence à une combinaison et permutation mathématique similaire à celle présentée dans le Yi Jing. Le Yi Jing et l’ADN s’appuient sur un code binaire-quaternaire qui génère un système de 64 possibilités concernant la combinaison des propriétés des triplicités et des diagrammes. Le Yi Jing et l’ADN s’appuient sur les principes de probabilité en vue de résultats spécifiques.

Et chacun de ces systèmes implique un processus de transformation et de changements :

  • dans le Yi Jing : l’Hexagramme se change en un autre hexagramme à travers l’échange des lignes yin et yang ;
  • dans l’ADN : le point de mutation survient au travers des changements dans les bases des nucléotides ;
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Structure de l’ADN.

Une triplette de séquences bien précise correspond à la structure protéique d’une partie déterminée des créatures vivantes. Ces instructions formulées avec précision dans la structure ADN définissent la construction génétique des organismes. La somme totale de ces mots de code est le schéma de construction d’un être vivant (avec l’ensemble de ses caractéristiques). Des relations similaires sont progressivement découvertes en lien métaphysique avec la composition génétique des cellules vivantes. Une telle direction de travail pourrait fournir une base scientifique pour expliquer comment le Fengshui, l’astrologie chinoise dérivée du Yi Jing, pourrait affecter les gens et leur descendance à un niveau cellulaire.

 Dao De Jing et le développement durable

Le Dao De Jing, écrit par Lao-Tseu, est la bible du Taoïsme. C’est un livre d’une profonde sagesse. Composé avec seulement 5.000 caractères chinois, il constitue avec le Yi Jing la base de la métaphysique chinoise et de sa religion originelle. Un travail a été fait pour essayer d’appliquer la sagesse du Dao De Jing aux problèmes d’actualité liés à la vie.

Ce livre contient notamment les clés d’un mode de vie durable, condition pour atteindre les 17 Objectifs de Développement Durable conseillés par les Nations Unies en 2016.

Je suis persuadé que nous en entendrons parler plus souvent. Par exemple, nous savons que malgré le progrès technologique aujourd’hui, il y a encore 1,2 milliard de personnes vivant dans des conditions d’extrême pauvreté. L’extrême pauvreté a pour critère de gagner moins d’un dollar par jour. Alors qu’il y a 850 millions de personnes souffrant régulièrement de malnutrition, au même moment de l’autre côté du globe un tiers de la nourriture produite pour la consommation humaine est gaspillée ! 1,3 milliard de tonnes par an sont gaspillées ! 1,2 milliard de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’électricité ; 2,7 milliard de personnes n’ont pas de cuisine aux normes d’hygiène. Et de l’autre côté du monde, 5% de la population mondiale - les Etats-Unis d’Amérique - consomment 20% de l’énergie mondiale, conduisent 25% des voitures du monde entier et utilisent 40% du pétrole mondial.

Est-ce durable - mesdames et messieurs ?

Ainsi, un objectif durable doit inciter les gens aisés à la responsabilité. Ce dont nous avons vraiment besoin ce n’est pas de donner du poisson, mais d’apprendre aux gens comment pêcher. Nous avons besoin d’un mode de vie durable. Pour cela nous devons utiliser seulement ce dont nous avons besoin, non ce dont nous avons envie. Il y a tellement de désirs et si peu de besoins. Il faut donc en appeler à une consommation raisonnable, et utiliser les ressources de façon efficace, économe, responsable, mettant le monde en garde contre tout excès ou autres extravagances. Voilà l’esprit et l’enseignement du Dao De Jing.

Voyez-vous ses applications dans le monde ?

 Valeurs essentielles Occidentales et Orientales : une Seconde renaissance

Si nous atteignons ces objectifs, je pense que nous verrons à l’horizon une seconde Renaissance. Nous venons de voir comment l’ancienne sagesse chinoise du Yi Jing, alliée au savoir-faire technologique des scientifiques occidentaux, pourrait permettre le développement en changeant complètement les règles du jeu, ce qui affecterait en profondeur la vie humaine. D’où l’importance des dialogues, des échanges inspirants de métaphysiques et de valeurs culturelles entre les civilisations.

La culture chinoise est dominée par le Confucianisme. La Renaissance a apporté l’humanisme aux sociétés européennes auparavant dominées par l’Eglise, mais alors que l’humanisme occidental s’est auto-centré en mettant l’importance sur l’individualisme et autres valeurs spécifiques, l’humanisme oriental ne se contente pas seulement des relations humaines qui définissent l’essence d’une personne chinoise, mais s’intéresse à leur aspect holistique qui fait des humains une partie du tout.

Cette différenciation ne concerne pas seulement l’Orient et l’Occident ; après les dernières élections aux Etats-Unis nous avons vu cette différentiation aussi apparaître aux Etats-Unis. Ainsi pourrions-nous qualifier l’humanisme occidental de « libéral » et l’humanisme oriental de « conservateur ».

 Confucianisme

La culture chinoise est dominée par le Confucianisme qui pose ses principes sur l’ancienne fondation religieuse du Taoïsme, définissant les valeurs et idéaux sociaux de la société chinoise traditionnelle.

La philosophie confucéenne présuppose trois sphères, trois biosphères d’interactions humaines : le Ciel, la Terre et les Humains. Et l’Homme doit trouver la paix dans chacune des trois.

Pour la biosphère Homme-Homme, Confucius souligne l’importance des relations sociales, car c’est en compagnie des autres que l’Homme atteint son accomplissement ultime. Li est ce comportement, inspiré des normes sociales et ethniques, qui incite les gens à prendre les bonnes décisions au bon moment, dans le respect et la bonté.

La plus importante de toutes les qualités est la bienveillance, appelée Ren, qui est l’amour des autres êtres humains, un sens de compassion s’appuyant sur la dignité de la vie humaine et un profond respect de soi-même. On encourage Ren, ou la charité, la bonté et l’amour, en se mettant à la place des autres et en leur faisant ce qu’on voudrait qu’ils nous fassent. Confucius a dit : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’ils te fassent. Et fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils te fassent. » La bienveillance est la mise en pratique de ces deux principes qui, aux niveaux éthiques, culturels et religieux à travers les âges, soutiennent universellement l’ensemble du monde .

Concernant l’interaction Homme-Terre : nous sommes en définitive reliés à toute vie sur Terre et devons ainsi traiter notre environnement avec soin et respect.

Les obsessions de l’Homme pour le développement et la croissance, notamment toujours plus de choses pour nous apporter plus de plaisir et de confort, contredisent toutes les sagesses opposées à l’extrême cupidité, y compris le principe encourageant à la modération. Alors que la civilisation occidentale considère souvent la nature comme un objet de conquête, les chinois traitent la nature avec grande révérence et respect. Les chinois sont reconnaissants envers la nature étant donné que les Hommes et la Terre, en tant que parties de la nature, sont considérés former une unité. Une telle vision du monde apporte à la civilisation un sens de tolérance, ainsi que la recherche de coexistence et d’harmonie.

Pour l’interaction Homme-Ciel : Confucius a honoré le Ciel comme la source suprême de bonté dont chaque être humain est dépendent. Le but ultime de la vie est de faire-un avec le Ciel. Le confucianisme donne seulement une description générale du Ciel ou de Dieu, laissant beaucoup de liberté dans le domaine spirituel afin que le peuple chinois apprenne des religions des autres civilisations, comme le Bouddhisme en Inde, l’Islam au Moyen-Orient et le Christianisme en Occident. Et c’est peut-être pour cette raison que la culture chinoise, et sa religion, sont si tolérantes - une culture et une religion aux possibilités infinies, capables d’accueillir tous les « êtres suprêmes » et chacun d’entre eux.

C’est probablement pour cette raison que les chinois s’engagent rarement à débattre sur quel Dieu est le Vrai Dieu et quel Dieu ne l’est pas, ou encore quel Dieu est meilleur que l’autre. Contrairement aux autres cultures monothéistes, il n’y a pas dans la culture chinoise de missionnaires religieux cherchant à convertir tout le monde à une religion. Les chinois considèrent probablement le Ciel ou Dieu comme un concept tellement haut, si puissant qu’il se situe au-delà de toute définition humaine, et qu’ainsi il existe des possibilités sans limites pour l’imagination, dans ce Céleste état d’esprit.

La culture chinoise se concentre plutôt sur des niveaux intermédiaires entre la sphère spirituelle et le monde matériel. Celles-ci pourraient se comprendre, comme un réseau de relations sociales et interpersonnelles, les relations entre l’homme et son être intérieur, l’homme et son environnement, l’homme et son prochain. Tout type de croyance peut donc facilement trouver sa place dans le monde spirituel chinois, mais pour qu’elle soit mise en pratique par les populations locales elle doit passer au travers du filtre des relations traditionnelles et sociales confucéennes, avant d’être « sinisée » ou interprétée selon les spécificités chinoises. Ainsi lorsque le Bouddhisme, l’Islam ou le Christianisme furent introduits en Chine, ils furent interprétés de façon locale afin de trouver les intégrer dans les habitudes et les pratiques de la société chinoise.

Donc une combinaison des cultures chinoise et occidentale, avec la modernisation de la Chine, constituera une seconde Renaissance.

Les valeurs traditionnelles chinoises sont établies et éprouvées dans le temps, tout en subissant des variations et changements à travers l’histoire.

Ces valeurs s’adaptent aux contextes des différentes époques, afin de résoudre les problèmes contemporains. Selon l’endroit ou l’époque, leur application peut varier mais les valeurs sous-jacentes restent solides et contantes. « Si tu peux t’améliorer un jour, fais-le jour après jour et ainsi t’améliorer quotidiennement », précisent les grands enseignements. Cette citation souligne une qualité innée, une force de vie unique de la culture chinoise, sans cesse renouvelée, encourageant à l’auto-amélioration et l’auto-régénération comme en fut témoin la récente histoire chinoise.

Sans relâche depuis le milieu du 19è siècle, le peuple chinois s’est orienté vers une Chine modernisée avec la Renaissance de la culture chinoise.

Nous pensons que les valeurs orientales et occidentales ne sont pas incompatibles. Elles constituent un ensemble de valeurs aux deux extrémités d’un spectre, tout comme le Yin et le Yang du Tai Chi. Entre ces deux extrémités se trouve toute une variation d’interprétation.

Individu, communauté, droits et obligations, liberté avec responsabilités, accomplissements avec alliances, diversité avec harmonie, les deux systèmes de valeurs fonctionnent l’un avec l’autre comme deux principes opposés par nature mais se complémentant l’un et l’autre. L’un sera incomplet sans l’autre. Le choix d’aller plutôt vers un extrême plutôt que l’autre, dépend des circonstances et des gens. Les chinois préfèrent, la plupart du temps, la voix du milieu : position qui offre la plus grande flexibilité et qui s’appelle « modération ».

En combinant la force de l’Orient et de l’Occident nous pouvons rendre possible un ordre mondial multipolaire pour ce siècle de modernité. La Renaissance de la culture chinoise ne concerne pas seulement la Chine et la nation chinoise. Des éléments nouveaux s’ajouteraient ainsi à la civilisation globale, ouvrant la voie à une Seconde Renaissance pour l’ensemble de l’espèce humaine. Cette Seconde Renaissance amènerait une nouvelle dimension pour définir et éveiller une génération de l’humanité.

 La troisième « Ouverture » de la Chine

Depuis la « troisième Ouverture » de l’Occident en 1972, la Chine s’est miraculeusement transformée, d’une économie agricole pauvre en une puissance économique majeure. Le 21è siècle nous verra embarquer pour la Troisième Route de la Soie - voilà la Troisième Ouverture de la Chine à l’Occident – proposant le dialogue et l’amitié, le scénario visionnaire d’ « Une ceinture, Une route » proposé par le président Xi Jinping.

Cette initiative aidera à renforcer les échanges non seulement de biens matériels, à savoir les ressources énergétiques, le transport et tout un ensemble de services, mais aussi l’échange d’idées, connaissance, culture et valeurs, via de nouveaux canaux de communication et des réseaux promouvant les interactions entre les peuples.

Les deux précédentes Routes de la Soie échangeaient thé, soie, épices, fruits exotiques, bijoux et or ; la Route de la Soie du 21è siècle échange - en plus d’idées créatrices et d’innovations - des « valeurs ». Elle offre la « paix ».

Cette Route de la Soie moderne ne voyage ni par la terre ni sur la mer, elle ne va pas d’un point à un autre, elle fraye son chemin via le travail intérieur de l’esprit humain, poussée par la volonté de bénéficier des avantages d’une compétitivité pacifique, en ce monde globalisé.

 Une grande vision

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En 2013 le Président Xi Jinping mit en avant sa vision stratégique connue sous le nom « Initiative Ceinture et Route ». C’est un modèle de connectivité entre les peuples.
 
 
Xi Jinping, le 7 septembre 2013 à Astana au Kazakhstan :

Pour renforcer les liens économiques, approfondir la coopération et étendre le développement dans la région eurasiatique, nous devrons adopter une approche innovante et construire ensemble une ceinture économique le long de la Route de la Soie.

Xi Jinping, le 2 octobre 2013 à Jakarta en Indonésie :

La Chine renforcera sa coopération maritime avec les pays de l’ASEAN afin de bien utiliser le Fonds de Coopération maritime Chine-ASEAN mis en place par le gouvernement chinois, et développera activement un partenariat maritime dans un effort commun pour construire la Route Maritime de la Soie du 21ème siècle. 

 Infrastructures

Cependant, la connectivité ne consiste pas seulement à construire des routes et des ponts, des trains à grande vitesse, des gazoducs et des oléoducs ou des réseaux électriques. Les fibres optiques connectent linéairement différents endroits, mais encore plus important, il devrait y avoir une combinaison à trois-dimensions des infrastructures, institutions et échanges entre les gens, ainsi qu’un progrès à cinq facettes en politiques de communication, connectivité des infrastructures, liaison commerciale, flux de capital et compréhension entre les peuples.

Et même peut-être plus ! En tous cas ça devrait être ainsi.

Les infrastructures ce sont les artères, incluant routes, espace aérien, lignes maritimes, chemins de fer, réseau électrique à haut-débit, fibres optiques, pipelines, l’eau et les déchets.

Quelles sont les caractéristiques de cette Initiative Ceinture et Route ?

 Echanges entre les individus

En parcourant l’Histoire, on apprend que les anciennes Routes de la Soie étaient au nombre de trois, avec les gens au centre des préoccupations. Pourquoi cette nouvelle initiative de coopération régionale s’appelle Ceinture et Route, et non groupe ou plan comme le G-7 et le Plan Marshall ? La réponse est - les gens !

La nouvelle initiative n’est pas juste une plateforme de gouvernement à gouvernement (G2G), mais pour des échanges entre individus. Certes le processus est soutenu par les corps gouvernementaux, mais la concrétisation de cette grande vison dépend des gens : ce sont les personnes ordinaires, au travers du continent, qui connectent l’Orient et l’Occident avec leurs interactions, échanges et commerces. Les diasporas dans les pays voisins pourraient toutes être mobilisées pour établir des relations solides entre les gens de tous les pays.

Mais ce sont les personnes ordinaires, à travers le continent, qui connectent l’Orient et l’Occident, par leurs interactions

 Volonté partagée et bienveillance

La seconde caractéristique de ce nouveau modèle d’association est la bonne volonté, parce que cette initiative est ouverte à tous les pays et peuples, intéressés de s’y associer.

Si la coopération multilatérale selon le modèle « Club » peut exclure certains pays ayant une cultures et un système politique différent, la coopération multilatérale selon le modèle des Routes de la Soie, elle, est ouverte à tous les pays et les peuples intéressés à s’associer pour un développement mutuel, indépendamment des formes de gouvernement, et du contexte culturel et religieux.

Ainsi, le long de l’ancienne route de la Soie, le même pied d’égalité a rendu possible une coopération gagnant-gagnant, où chrétiens, musulmans, bouddhistes, blancs, noirs, ou jaunes, ont tous bénéficié du commerce et des échanges le long de ces Routes de la Soie.

 Coopération gagnant-gagnant

Les médias occidentaux présentent souvent la récente percée de la Chine comme une « menace ». Pourtant, au cours des cinq cents dernières années, les chinois ont profité d’au moins quatre périodes de prospérité - quatre périodes pacifiques d’un essor sans colonie ni menace.

Comme je l’ai déjà précisé, Jules César déclarait :

Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu.

Alors que les chinois préféraient dire :

Je suis venu, j’ai vu, je me suis fait des amis et je suis rentré chez moi.

Donc la nouvelle initiative ne devrait pas être vue comme l’ambition de la Chine à devenir hégémonique dans la région, mais plutôt comme un geste de la Chine offrant l’amitié et la paix. Animée de bienveillance, la Chine invite les gens et les pays autour de la Route de la Soie à construire une communauté d’intérêts partagés, une même destinée où personne n’est oublié ni même laissé à la seconde place.

Nous avons tous un passé différent, mais nous avons aussi un futur commun et une même destinée.

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Ainsi, la vision générale de l’Initiative Ceinture et Route a pour but d’apporter une prospérité partagée aux niveaux économique, culturel et social ; mais à la différence des projets de coopération régionale qui ont un agenda politique fixé d’avance, l’Initiative Ceinture et Route est un grand projet, laissant libre cours à toute solution créatrice. Elle est plus ambitieuse et visionnaire que l’ancienne Route de la Soie, et en même temps plus flexible, permettant de s’adapter aux nouvelles conditions et défis à relever. Elle fournit un cadre général dans lequel toutes sortes de coopérations peuvent se mettre en place.

Dit simplement, l’Initiative Ceinture et Route ne recherche ni sphères d’influences ni une quelconque hégémonie. Il s’agit de relier les pays et les peuples, concilier les différences, embrasser la diversité, réaliser les potentiels et les différents objectifs et la prospérité. Cependant, la compréhension mutuelle est la tâche la plus difficile dans la coopération internationale. Des centaines d’années seront peut-être nécessaires à l’Occident pour qu’il comprenne ce que représente la Chine et la sinité.

 Les trois Ouvertures de l’Occident

Dans un passé récent, depuis le 15è siècle, nous avons assisté à ses trois Ouvertures de l’Occident :

  • à la première nous avons vu Matteo Ricci, Bouvet, Marco Polo ; mais la porte fut refermée ;
  • la seconde eut lieu en 1840, quand la Grande-Bretagne envahit la Chine et lança la Première Guerre de l’Opium. Les portes de la Chine furent forcées pour une courte période ;
  • la troisième survint au milieu de la Guerre Froide en 1972 quand Richard Nixon se rendit en Chine.

Après plus de cent ans où elle fut mise à genoux sous la menace de l’Occident, la Chine se réveilla, réalisant qu’elle devait rattraper le monde occidental. Quand Deng Xiaoping arriva au pouvoir, la Chine se transforma, grâce à un rapide progrès économique, en une société relativement aisée.

Cette Route de la Soie moderne combine marchés créatifs et harmonise les politiques afin de former des alliances et d’explorer les points communs parmi les cultures et les valeurs communautaires.

Cette Route de la Soie permet aux citoyens de villes et pays différents de partager leurs aspirations communes et leurs rêves, pour que la vie soit célébrée dans une recherche culturelle et que le peuple soit émerveillé par les arts, éclairé par les différences culturelles et enrichi de la diversité de la société.

Cette Route de la Soie enseigne aux gens à apprendre dans le respect mutuel que, malgré nos origines et éducation différents, il y a des valeurs fondamentales que nous tenons tous pour importantes, certains principes fondamentaux que nous respectons tous, et une certaine compréhension de base que nous partageons tous.
L’objectif de cette Route de la Soie n’est pas d’établir un empire de la force mais d’étendre notre empire d’esprits.

 Un rêve chinois

Un homme chinois très célèbre, Sun Yat-sen, a fait une fois ce rêve. Il a dit :

Une fois atteint notre but de moderniser la Chine, l’aube d’un nouveau siècle se lèvera sur notre beau pays, et toute l’humanité profitera d’un futur plus brillant.

L’année dernière nous fêtions le 150e anniversaire de sa naissance. Sun Yat-sen s’est inspiré du discours de Lincoln à Gettysburg pour ses Trois Principes du Peuple. Il s’est aussi inspiré d’Henry George pour sa philosophie de l’homme.

 Les Trois Principes du peuple de Sun Yat-sen

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Sun Yat-sen (1866-1925).

Les Trois Principes du Peuple de Sun Yat-sen ont pour but d’établir une Chine libre, prospère et puissante. Selon ces principes, la Chine doit se doter d’un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. « Du peuple » signifie Nationalisme ; « Par le peuple » signifie Démocratie ; « Pour le peuple » signifie améliorer ses conditions de vie.

Sun Yat-sen trouva ses idées dans le discours de Lincoln à Gettysburg, et dans « Progrès et pauvreté » d’Henry George.

J’espère que vous connaissez tous Henry George ? Non ?! C’était un New-yorkais très célèbre, au point que ses funérailles furent l’événement le plus important à New-York à la fin du 19è siècle.

Sun Yat-sen développa assez tôt ses idées sur la démocratie nationale - avant de renverser la Dynastie Qing – période où il conçu le Tong Meng Hui et commença à publier les éditoriaux Min Bao. C’est en 1906 qu’il formula ses Trois Principes du Peuple et les fit imprimer.

  • le nationalisme :

D’abord il y a le Nationalisme, « du peuple » signifiant son identité culturelle. Qu’est-ce qui rend chinois les chinois ? Le nationalisme chinois s’oppose au nationalisme ethnique, il essaye d’unifier les 56 ethnies de Chine - non seulement les Hans, la plus grande ethnie au monde, mais aussi les autres ethnies (Hans : 1,2 milliard (91,5%) ; les 5 autres ethnies principales : Zhuang : 16,9 millions - Ouïgours : 11,5 millions - Machus : 10,3 millions - Tibétains 6,2 millions - Mongols 5,9 millions).

Sun Yat-sen utilisa donc le nationalisme pour assembler la Chine, et fut le premier à formuler le concept de « nationalité chinoise ». Le premier drapeau chinois possède ainsi cinq couleurs - les cinq principales ethnies de Chine.

  • le pouvoir du peuple :

Le second principe, « par le peuple », c’est la démocratie, signifiant le « pouvoir du peuple ». Vraisemblablement pour Sun Yat-sen il devait se partager entre le pouvoir du politique et le pouvoir de gouvernance.

Le pouvoir du politique c’est le vote, à l’assemblée nationale ; le pouvoir du peuple signifiant être capable d’exprimer son souhait et choix politique.

Il y a quatre pouvoirs :

  1. l’Election ;
  2. le Rappel (ou la destitution) ;
  3. l’Initiative de nouvelles législations ;
  4. le Référendum, ou la réaffirmation du choix du peuple.

Le pouvoir de Gouvernance est en fait la combinaison des trois branches occidentales de gouvernement (administratif, exécutif et judiciaire) avec les coutumes de l’administration traditionnelle chinoise, les traditions d’éducation et d’examens.

  • le bien du peuple

Enfin « pour le peuple » c’est le Bien du Peuple. Dans l’ancienne Chine, le bon gouvernement se devait d’être vertueux, capable de créer de la richesse, améliorer les conditions de vie, et ainsi engendrer une société harmonieuse.

Accordant beaucoup d’attention au gouvernement, nous parlons ici des deux en même temps – créer de la richesse pour le peuple et améliorer les conditions de vie des gens.

Les 5 principes du Gouvernement pour le peuple selon la tradition chinoise :

  1. Zhengde : gouvernance vertueuse ;
  2. Liyong : créer de la richesse ;
  3. Housheng : améliorer les conditions de vie ;
  4. Weihe : société harmonieuse.

Les 4 secteurs garantissant les moyens d’existence du peuple étaient : l’habillement, la nourriture, le logement et les transports.

Malheureusement, Sun Yat-sen meurt en 1925 avant d’avoir expliquer entièrement sa vision. Soutenait-il le socialisme ou le communisme ? ...

Tchang Kaï-chek élabora ensuite : le bien-être social et les loisirs du peuple.

Et aujourd’hui la protection sociale comprend tous les secteurs suivants : la santé, la nourriture, le logement, le transport, l’éducation, l’emploi, la retraite, le bien-être, la culture, les loisirs et la spiritualité.

Mais j’ai aussi un rêve, comme Sun Yat-sen bien que je suis moins connu que lui :

j’ai un rêve. Je rêve d’une Chine culturelle, avec des idées et des valeurs qui inspirent l’humanité. La redéfinition des valeurs fondamentales chinoises signifie l’éveil à une humanité moderne, ce qui mènerait éventuellement à une autre Renaissance humaine au cours des temps modernes.

Le président Xi Jinping et le président Obama, lors de leur entrevue d’Annenberg, ont partagé la même vision : « le rêve chinois et le rêve américain sont liés, comme une image inclusive du rêve des peuples de tous les pays. » Et qu’est-ce que ce rêve ?

Ce rêve n’est pas seulement le rêve appartenant aux 1,3 milliard de chinois depuis 5.000 ans. C’est aussi un rêve mondial. C’est un rêve de paix sous le Ciel et dans un monde unifié. Et ce rêve appartient à tout le monde. Il vous appartient, et il m’appartient aussi. Donc...

Merci.

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