Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race. Les informations que nous diffusons visent à vous faire joindre notre combat en le faisant devenir aussi le vôtre.

La campagne
présidentielle
Cheminade 2017
Flash : 2 décembre - La République se rappelle qu’elle a besoin de savants ! Lire Flash : 2 décembre - Sur le renoncement de François Hollande Lire Flash : 2 décembre - François Fillon veut six fois moins de communes et zéro départements Lire
Accueil Document de fond Politique

Brève histoire de la naissance et déchéance de l’euro

visites
3288

L’histoire de l’euro commence essentiellement avec la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, et la peur de l’Empire britannique de voir émerger, selon la vieille conception géopolitique d’Harold Mackinder (Le Pivot géographique de l’histoire, 1904), non seulement une Allemagne réunifiée au cœur de l’Europe, mais surtout une puissante alliance entre la France, l’Allemagne et la Russie pour le développement économique du continent eurasiatique dans son ensemble.

L’Angleterre a toujours craint qu’une telle alliance, fondée sur des principes colbertistes, ne mette en danger la puissance d’un empire maritime mondial reposant sur la finance et le trafic d’opium. L’émergence d’une telle alliance avait été empêchée depuis la fin du XIXème siècle non seulement par l’affaire Dreyfus et la Première Guerre mondiale, mais également par les accords de Yalta négociés à la demande de Churchill et divisant l’Europe et l’Allemagne en deux après la Deuxième guerre mondiale.

C’est ce que révélera quelques années plus tard Margaret Thatcher dans ses Mémoires, dans lesquels la Dame de fer confie avoir appelé, en dépit de sa haine épidermique du communisme, le président russe Mikhaïl Gorbatchev pour lui demander d’intervenir – sous-entendu militairement – afin d’empêcher la réunification allemande. Celui-ci, comme en bien d’autres occasions lorsqu’il se verrait sollicité par des dirigeants occidentaux, avait alors fait preuve de complaisance.

Traité de Maastricht, Union européenne et Union monétaire

C’est dans le contexte des négociations « 4+2 » pour la réunification, entre les quatre puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie) et les deux Allemagnes, que seront jetées les bases de la monnaie commune. Sous la pression des Britanniques et de François Mitterrand, l’Allemagne s’engageait, en échange de la réunification, à participer à la création d’une « Union monétaire » qui finirait par la faire crouler sous de fardeau des dettes de l’ensemble des autres pays européens.

Une union politique, dénommé « Union européenne », allait y être ajoutée pour former ce qui sera connu par la suite comme le Traité de Maastricht de 1992. En plus de cette double union, ce traité prévoyait également une « politique étrangère et de sécurité commune », dans le but inavoué d’empêcher l’alliance tant redoutée entre certains pays européens et la Russie.

Quelques uns d’entre vous s’écrient déjà : « Votre interprétation n’a rien à voir avec la réalité, vous êtes des conspirationnistes incorrigibles ! » Voici donc quelques éléments de preuve irréfutables.

Dans son édition du 27 avril 1998, le magazine allemand Der Spiegel annonçait en une la décision du Chancelier Helmut Kohl d’autoriser la publication des documents liés aux négociations sur la réunification. Ceci à la veille de la « naissance officielle de l’euro » le 2 mai 1998, où le Conseil de l’Union européenne, réuni au niveau des chefs d’État ou de gouvernement, arrêtait la liste finale des onze États membres et décidait du lancement de la dernière phase des préparatifs avant son entrée en vigueur au 1 er janvier 1999.

Bien que des documents de ce type ne soient généralement rendus publics que 30 ans après les faits, Kohl fit lever le secret pour que ses compatriotes puissent se rendre compte par eux-mêmes de son opposition à l’euro, et que la monnaie unique lui avait été imposée contre son gré.

« Pour Mitterrand, lier la devise à l’Europe est le facteur décisif pour qu’il consente à la réunification », peut-on lire dans l’un de ces documents.

Dans une lettre à Mitterrand du 9 novembre 1989, Kohl fait part de ses réserves à l’égard d’une Union monétaire et propose que le Conseil européen attende en décembre 1992 avant d’en discuter les éventuelles étapes. Mais le 1er décembre Mitterrand lui écrit pour insister qu’une décision doit être prise dès le Sommet des 8 et 9 décembre 1989 à Strasbourg. Ce sommet allait être présidé par Mitterrand lui-même. Et ce dernier précise qu’il désire une décision « qui nous oblige clairement à nous engager sur le chemin d’une future Union monétaire européenne ».

Quelques jours plus tard, lors dudit sommet, les chefs d’État ou de gouvernement des Douze décideront en effet qu’une « Conférence intergouvernementale (CIG) sur les étapes finales de l’Union économique et monétaire (UEM) se réunira avant la fin de 1990 ». Kohl avouera par la suite y avoir vécu « les heures les plus sombres » de sa vie. Le conseiller de Mitterrand pour les affaires européennes, Jacques Attali, rapporta de son côté dans un livre que Mitterrand avait implicitement menacé l’Allemagne d’une guerre à moins qu’elle n’accepte l’euro. [1]

Fin 1991, un accord sur l’Union monétaire sera conclu puis intégré au Traité signé à Maastricht le 7 février 1992, établissant également l’Union européenne.

Bien sûr, la diplomatie anglaise avait pris grand soin de s’assurer que la potion mortelle de l’Union monétaire ne serait jamais administrée à la Grande-Bretagne.

Le Traité de Maastricht entrera en vigueur le 1er novembre 1993.

Du Traité constitutionnel européen au Traité de Lisbonne

Très mal informés du guêpier dans lequel ils allaient mettre les pieds, les pays de l’ancien bloc de l’Est allaient non seulement permettre, en acceptant d’intégrer l’Union européenne, de tracer une nouvelle ligne de Yalta, encore plus à l’Est que la première, mais aussi servir de prétexte à l’institution d’un nouveau traité, rédigé sous la direction de l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing. Se voulant « constitutionnel », unique et consolidé, ce traité n’admettrait plus aucune dissension nationale puisqu’il serait modifiable par le seul vote à l’unanimité de tous les Etats membres.

Le nouveau traité, ultra-libéral, proposait que l’article du Traité de Maastricht consacrant l’indépendance totale de la BCE et des banques centrales nationales soit « inscrit dans le marbre une fois pour toutes ».

Il s’agit du Traité de Bruxelles, qui sera rejeté par les Français lors du référendum du 29 mai 2005.

Le « Non » des peuples français et hollandais conduira à la négociation, à Lisbonne, d’un nouveau traité qualifié cette fois modestement de « modificatif » plutôt que « constitutionnel », afin de tromper l’opinion.

Ses 145 pages, 36 protocoles et 26 déclarations et annexes, modifiant plusieurs centaines de dispositions des deux principaux traités antérieurs (Maastricht et Rome), allaient rendre son interprétation parfaitement opaque, même pour les juristes spécialisés, et le rendre « déformable » à souhait.

Si l’article 123 du nouveau traité se contentera de reprendre mot pour mot l’article 104 du Traité de Maastricht établissant l’indépendance des banques centrales, la « politique étrangère et de sécurité commune » décidée à Maastricht se verra quant à elle considérablement renforcée, en dépit, curieusement, de la fin de la Guerre froide entre l’Occident et l’Union soviétique. Certains la compareront à la Communauté européenne de défense qu’avait enterrée Mendès France en 1954 !

Le Traité de Lisbonne sera ratifié, en France, par simple voie parlementaire, pour passer au-dessus de la volonté du peuple, et entrera en vigueur le 1er décembre 2009. Ce précédent de députés allant à l’encontre d’une décision votée par le peuple fait irrésistiblement penser à la fameuse parole prononcée par le dirigeant allemand de l’est Erich Honecker : « Lorsque le peuple n’est pas d’accord, on peut changer de peuple. »

L’étau se resserre sur l’Allemagne

Entre-temps, la crise bancaire de 2007-2008 avait secoué l’ensemble du système financier. La City se rendit compte que l’endettement proprement monstrueux de ses banques ainsi que leurs engagements croisés vis-à-vis des autres banques de la zone euro exigeait rapidement un amendement au Traité de Lisbonne.

Celui-ci interdit aux banques centrales, par l’article 123, « d’accorder des découverts ou tout autre type de crédits » aux institutions de l’Union et aux gouvernements qui en font partie (la clause indirecte), et à plus forte raison « l’acquisition directe des instruments de leurs dettes », c’est-à-dire les obligations du Trésor, tant sur les marchés primaires que secondaires. C’est du moins ce que croyaient y lire les Allemands, mais ceux-ci étaient priés d’accepter l’interprétation toute nouvelle soudainement mise de l’avant par la City : l’interdiction s’appliquait certes aux acquisitions « directes », mais ce qualificatif serait à prendre dans le sens de « marchés primaires », autorisant ainsi le rachat à tout va d’obligations des Etats membres sur les marchés secondaires. Vous avez dit risque d’hyperinflation ? Quel risque ?

Quant à l’article 125, celui-ci stipule sans ambiguïté possible que « l ’Union » [ou] « un Etat membre ne répond pas » et « ne prend pas à sa charge » des engagements d’un autre État membre, d’où la nécessité d’amender le Traité.

En attendant d’instituer un nouveau mécanisme, dit « de sécurité permanente », destiné à « aider » les pays membres de l’Union monétaire en difficulté financière – en réalité les banques qui sont leurs créanciers –, la City et ses alliés sur le Continent devaient de toute urgence contourner l’article 125 et faire adopter la mise en place d’une société de droit privée, le Fonds européen de stabilité financière (FESF), domiciliée au Luxembourg. Les banques trépignaient d’impatience, comme si la bulle immobilière en Irlande et en Espagne ou les faiblesses de l’économie grecque n’étaient pas le résultat par trop prévisible de leurs propres activités.

Il faut souligner ici que le statut d’indépendance des banques centrales ne pouvait que conduire les Etats à s’endetter pour financer leurs dépenses d’investissement, et que l’absence de toute distinction entre ces dernières et les dépenses de fonctionnement dans les traités avait été tout-à-fait délibérée. Ceci explique le retournement à 180° du discours des banquiers sur le rôle de la BCE dès lors que leurs intérêts se sont retrouvé menacés.

Le caractère tout-à-fait prévisible de cette crise a été candidement reconnu par Jacques Attali (encore lui !), l’un des rédacteurs du Traité de Maastricht, lors d’une réunion le 24 janvier 2011 : « Nous sommes confrontés à une situation qui était parfaitement prévisible et qui était prévue depuis longtemps. (...) Nous savions très bien, quand on a fait la monnaie unique, que cela ne marcherait pas, ça ne suffirait pas. »

Les péroraisons de l’ancien Premier Ministre anglais Tony Blair le 30 juillet dans un article publié dans le Bild-Zeitung sous le titre « Les Allemands doivent sauver l’euro » prennent elles aussi une couleur toute particulière. Selon Blair, les Allemands doivent impérativement ratifier la version modifiée du Traité de Lisbonne instituant le Mécanisme européen de stabilité (MES).

Afin de « sauver » l’Union monétaire, écrit-il, l’Allemagne doit « financer un parachute de sauvetage, accepter de provoquer l’inflation chez elle et répondre des dettes des pays qui n’ont pas mis en œuvre les réformes nécessaires. On peut comprendre que les Allemands ne soient pas enthousiastes…Toutes les alternatives sont désagréables. Mais la moins désagréable pour l’Europe et surtout pour l’Allemagne, est de sauver l’euro ».

Cela, dans la bouche d’un ancien Premier ministre d’un Etat qui n’a jamais souhaité faire partie de la zone euro...

Si la crise financière actuelle est la conséquence inéluctable de la dérégulation des années 80 et 90, de la privatisation des banques centrales et de la révocation de Glass-Steagall dans tous les pays européens, les conséquences pour l’économie physique, pour l’industrie lourde, ont été consciemment voulues. L’objectif non déclaré, comme nous l’avons dit au début : écraser l’Allemagne, ainsi que la France, sous la montagne de dettes contractées par des spéculateurs internationaux.

Quant à la Grande-Bretagne, elle se prépare à déserter le Titanic — c’est-à-dire à renégocier le Traité européen et à le soumettre à référendum — en laissant l’Europe continentale finir de se suicider. Cependant, ce que certains dirigeants anglais des milieux financiers les plus avisés commencent à réaliser c’est qu’une Grande-Bretagne elle-même désindustrialisée court aussi à la catastrophe, sauf à éliminer les dettes spéculatives de son système, c’est-à-dire à adopter le principe du Glass-Steagall.

La vérité est qu’ils ne pourront pas arrêter à eux seuls le chaos si un changement fondamental de politique ne s’impose pas aux Etats-Unis et dans le reste de l’Europe.


[1Jacques Attali, dans C’était François Mitterrand (Fayard, 2005), précise p. 231 que Mitterrand, le 30 novembre 1989, avait répondu à Hans Dietrich Genscher, alors ministre allemand des affaires étrangères : « Si l’unité allemande se fait avant l’unité européenne, vous trouverez contre vous la triple alliance (France, Grande-Bretagne, Russie), exactement comme en 1913 et en 1939. Vous serez certes quatre-vingt-dix millions d’habitants, mais l’URSS se tournera vers nous, vous serez encerclés, et cela se terminera par une guerre où tous les Européens seront de nouveau ligués contre les Allemands. C’est ça que vous voulez ? Si, par contre, l’unité allemande se fait après que celle de l’Europe aura progressé (monnaie unique etc.), nous vous aiderons. »

Contactez-nous !