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« Nous, les néoconservateurs français »

Dossier élaboré par Christine Bierre, Bertrand Buisson et Karel Vereycken


 I. Introduction : chassons les serviteurs de l’oligarchie financière !

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Au moment où la population américaine vient d’infliger, le 7 novembre dernier, une cinglante défaite électorale aux néo-conservateurs qui mettent le monde à feu et à sang depuis leur accession au pouvoir, nous découvrons l’extension effrayante qu’a pris ce mouvement en France. En effet, profitant de la faiblesse de cette fin de règne et du soutien que leur ont apporté quelques hommes politiques, intellectuels, hommes de médias et d’affaires français tels Nicolas Sarkozy, Guy Millière, André Glucksman, Michel Taubmann ou Claude Bébéar, ces hommes qui autrefois ne représentaient qu’un groupe minuscule, ont réussi à constituer une véritable cinquième colonne dans notre pays. Et malgré le fait que certains se comportent de facto comme des agents d’influence d’une puissance étrangère, allant jusqu’à prendre la nationalité américaine ou à militer pour que la France soit éjectée du Conseil de sécurité des Nations unies, ils ont pu, ces dernières années, essaimer au point de constituer aujourd’hui un danger pour notre sécurité nationale.

Ainsi on a vu naître une ribambelle d’instituts de pensée, tels l’Institut de l’Europe libre ou celui pour la Défense de la démocratie, de nouvelles revues telles que Le Meilleur des Mondes et même des partis politiques comme Alternative libérale, émanation des réseaux ultra-libéraux de Liberté chérie, tous dédiés à mettre fin à l’indépendance de la France et à lui faire adopter le modèle virulemment anti-social et anti-démocratique des néo-conservateurs. Dénominateur commun de ces groupes qui ont étendu ces dernières années leur influence à nos plus augustes institutions : 1) la volonté de remplacer le modèle républicain français issu du programme du Conseil national de la Résistance par le modèle économique de von Hayek, combinant ultra-libéralisme économique et institutions sécuritaires et juridiques d’un Etat policier ; 2) la détermination à mettre fin à la « politique arabe » de la France et à la réaligner sur l’ultra-droite américaine et israélienne ; 3) faire adopter à notre pays la perspective du « choc de civilisations » faisant des musulmans d’aujourd’hui les juifs d’hier.

 II. Le choc des civilisations nous mènera-t-il au Meilleur des mondes ?

« Depuis le 11 septembre, nous étions quelques-uns en France, et c’est ce qui a fondé cette revue, à percevoir les attentats contre le World Trade Center non comme un acte terroriste supplémentaire mais comme le signe annonciateur, la pointe avancée, d’une nouvelle forme de totalitarisme, qui après le nazisme et le communisme, mais cette fois au nom de l’Islam, allait déclarer la guerre non à l’Occident en général, mais à ce que l’Occident a produit de meilleur ». Telle est la croyance des rédacteurs de la revue élitiste le Meilleur des Mondes (voir encadré 1) lancée en mars 2006.

Mais qui est à l’origine de cette étrange revue aux allures des années trente, qui promeut la candidature de Nicolas Sarkozy à l’Elysée ? On y retrouve le petit groupe de néo-conservateurs français rassemblé depuis des années au sein du très pétainiste Institut d’histoire social (voir encadré 2), l’équipe de Daniel Leconte à Arte qui a lancé la charge contre le Réseau Voltaire et Solidarité et Progrès pour avoir dénoncé les complicités américaines dans les attentats du 11 septembre, et des intellectuels comme André Glucksmann, véritables scribouillards aux ordres, dans la tradition du Congrès pour la liberté de la culture (CLC) payé par les Américains pour promouvoir l’anti-communisme.

C’est dans le numéro de l’automne 2006 de cette revue que Nicolas Sarkozy a choisi d’exprimer son désaccord sur la politique étrangère française par laquelle Jacques Chirac tente de contrer la politique de guerres préventives de l’administration Bush/Cheney, politique que les citoyens américains viennent de condamner sans appel aux dernières élections : « Que la France ait une position autonome vis-à-vis des États-Unis, tant mieux, c’est souvent nécessaire ! Mais il n’y a pas d’avenir dans l’opposition entre eux et nous. J’ajoute, pour être très clair, que le gouvernement américain peut ne pas nous plaire, mais je demande la même indulgence envers ce gouvernement que celle que nous professons envers un certain nombre de gouvernements d’autres pays. Je pense notamment à la Chine et à la Russie, avec qui les désaccords sont plus importants », a-t-il déclaré.

Cependant, l’apparition de cette revue n’a été que le révélateur d’un foisonnement des néo-conservateurs en France, à l’insu de la grande majorité de la population. En fait, tout un groupe de propagande répand ces superstitions parmi les « leaders d’opinion » de notre pays et cherche à détruire toute opposition à ces idées.

 Encadré N°1
« Le meilleur des mondes »

Baptisée ainsi en hommage à Aldous Huxley, ses rédacteurs se définissent dans « le monde tel qu’il est ». Le numéro d’octobre 2006 dit de la France d’après mai 2007 que « le traitement sera douloureux » et qu’il « implique de remuer le fer dans les plaies de la société française car le temps est largement venu de procéder à une véritable catharsis ». Deux grandes interviews y figurent, celles de Nicolas Sarkozy et de Dominique Strauss-Kahn. Bref, aucun doute sur la raison d’être de cette revue à 15 euro le numéro.

Créé autour de Michel et Florence Taubmann (Arte), son comité éditorial est composé entre autres de Pascal Bruckner, Stéphane Courtois, Thérèse Delpech, André Glucksmann, Pierre Rigoulot (Institut d’histoire sociale), Pierre-André Taguieff et Antoine Vitkine (Doc-en-stock).

Vitkine et Taguieff ont cité Lyndon LaRouche comme étant un conspirationniste antisémite dans leurs ouvrages récents, dans lesquels ils assurent que toute remise en question du « monde tel qu’il est » n’est qu’affabulation manipulatrice et dangereuse pour l’esprit.

Serviteurs de l’ordre établi par profession, ces nouveaux sophistes brodent pour lui des analyses qui le justifient.

 Encadré N°2
L’Institut d’histoire sociale (IHS)

L’Institut d’histoire sociale a été créé en 1949 par Boris Souvarine et Georges Albertini, ancien bras droit de Marcel Déat, néo-socialiste et fondateur du Rassemblement national populaire (RNP) qui collabora avec les nazis. Albertini en fut secrétaire général. Ayant survécu à l’épuration, il devint l’un des dirigeants de la Banque Worms, dont les cadres avaient incarné le mouvement synarque à Vichy. Albertini s’adjoignit d’autres rescapés du RNP, comme Roland Gaucher, qui avait accompagné Déat et Pétain dans leur folle fuite à Sigmaringen et s’attacha pour finir aux basques de Jean-Marie Le Pen.

Dans la France d’après guerre, l’IHS devint le relais de la CIA pour diviser la gauche et lutter contre le communisme. Comme son fondateur, l’ancien communiste Boris Souvarine, il fut financé par les dollars du Congrès pour la liberté de la culture. Entre 1998 et 2006, il était présidé par Jean-François Revel, décédé début 2006. Celui-ci avait partagé le podium avec Guy Millière et Yves Roucaute lors du symposium du Frontpage Magazine de David Horowitz, en juin 2003, où l’opposition de la France à la guerre en Irak avait été vivement critiquée. Revel n’en était pas à son coup d’essai puisqu’il a fait partie du club New Atlantic Initiative au côté de personnalités comme Georges Schultz ou encore le magnat de la presse Rupert Murdoch.

Deux des responsables de l’Institut sont aussi éditeurs du Meilleur des Mondes. L’un est Pierre Rigoulot, ancien gauchiste et membre de l’Atlantis Institute de Bruxelles, et l’autre, Stéphane Courtois, auteur du Livre noir du communisme et collaborateur de Daniel Leconte, ce producteur d’Arte pour qui Antoine Vitkine avait monté un film de propagande accusant Thierry Meyssan, le président du Réseau Voltaire, de complotite et traitant Helga Zepp-LaRouche de « révisionniste ».

 Des idées carrées

Le 13 mars 2006, l’Institut pour la défense de la démocratie (ID²) (voir encadré 3) réunissait, parmi une centaine de convives, plusieurs ministres et députés pour avertir « les démocraties face au défi islamiste ». Si cet institut pourtant jeune et inconnu a pu capter l’attention de nombreux décideurs, c’est grâce à la bienveillance de son parrain américain Frank Gaffney, président du Center for Security Policy (CSP). Le CSP fait partie d’une nébuleuse de think-tanks (groupes de réflexion) néo-conservateurs ayant créé depuis les années 90 le terreau fertile au retour du parti de la guerre à la Maison Blanche.

Le CSP a participé directement à la réactivation du Comité sur le danger présent, organisme qui animait la Guerre froide contre les Soviétiques avant la chute du Mur et qui, aujourd’hui, sous le commandement de son président George Shultz, le géniteur de l’administration Bush/Cheney, pousse ouvertement à un conflit avec l’Iran. Le CSP a salué à cette occasion la présidente de ID², Nelly Sayagh, pour son « rôle catalyseur dans l’information et la formation de l’opinion publique française sur le danger croissant de l’islamo-fascisme ». En ouverture de cette conférence, Nelly Sayagh cita comme référence à son combat La tentation obscurantiste (2005) de Caroline Fourest. Devenue l’égérie de toute cette mouvance, cette dernière reçut le 25 mars 2006 le prix du livre politique de l’Assemblée nationale, décerné par Jean-Louis Debré et le gratin des journalistes parisiens, sous la présidence du directeur de Sciences Po-Paris.

Encadré N°3
ID²-Institut pour la défense de la démocratie

Fondé en octobre 2005 par Nelly Sayagh, jeune PDG du cabinet de coaching pour dirigeants, The Coach, ID² compte parmi ses contributeurs agréés Guy Millière mais aussi Ivan Rioufol, rédacteur au Figaro et membre de l’Atlantis Institute où il côtoie l’autre chantre français du néo-conservatisme Yves Roucaute.

La première grande conférence d’ID² était parrainée par le Center for Security Policy (CSP) de Frank Gaffney, think-tank néo-conservateur ayant engendré la politique de « Clean Break » qui recommande une attaque israélienne sur la Syrie, le Liban, le Hezbollah et aujourd’hui l’Iran. Frank Gaffney est aussi impliqué en tant que conseiller dans la Foundation for the Defense of Democracies (FDD), créé après le 11 septembre 2001 pour lutter contre la menace terroriste.

La conférence a été couverte par le Jyllands Posten, le journal danois qui avait publié les caricatures du prophète Mahomet en septembre 2005. Pour s’informer sur l’islamisme, ID² recommande de contacter le Jihad Watch et Daniel Pipes, tous deux partie prenante dans la Gestapo des campus de David Horowitz. En mars 2006, ID² n’avait pas manqué de saluer la naissance de la revue Le Meilleur des Mondes.

 Un strabisme convergent

Gardons-nous de croire que cette propagande belliqueuse ne s’adresse qu’aux élites et à l’opinion de droite. Rappelons que le Congrès pour la liberté de la culture créé par la CIA d’Allen Dulles avait, dans l’après-guerre, abondamment financé la gauche anti-communiste. Aujourd’hui, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, Philippe Val, est de toutes les croisades néo-conservatrices françaises « contre le nouveau totalitarisme » qu’il stigmatisait dans son « appel des 12 » du 1er mars, co-signé par Caroline Fourest et Bernard-Henri Lévi, et qu’on croirait tout droit sorti des pages du Meilleur des mondes. On ne s’étonnera pas d’entendre ensuite des membres des JCR (Jeunes communistes révolutionnaires) dire aux jeunes de Cheminade qu’ils sont antisémites puisqu’ils soutiennent le programme nucléaire civil iranien.

Ces groupuscules trotskistes et anarchistes qui gardent jalousement le territoire des campus universitaires et y conservent un ordre politique inchangé, apparaissent ainsi comme la contrepartie française du Campus Watch américain de Daniel Pipes (voir notre dossier). Pourtant, Campus Watch opère sous l’influence de David Horowitz, qui, associé à la femme du vice-président Cheney, organise la chasse aux sorcières contre les professeurs et élèves s’opposant à l’administration Bush. Les organes de presse étudiants qu’ils financent sont utilisés comme l’ « ultra-gauche » française, en tant qu’outils de contrôle social pour empêcher les jeunes larouchistes de susciter un réveil politique des jeunes.

D’ailleurs, les calomnies colportées par ces militants de la gauche révolutionnaire proviennent des canalisations infectes de Wall Street (Voir « John Train et le gouvernement secret des banquiers », ainsi que l’encadré 4). Sur les campus français, la charge de chasser les jeunes larouchistes étant laissée à ces milices d’extrême gauche, l’extrême droite « démocratique » a du temps pour travailler.

Encadré N°4
French American Foundation (FAF)

Avec le soutien de l’ambassade de France aux Etats-Unis, ce club sélect de financiers monopolise les relations franco-américaines. La FAF fut créée par Howard Tuck, un proche du milliardaire John Train, caricature du « white shoe american » et petit-fils d’un partenaire en affaires du « Napoléon de Wall Street », J.P. Morgan. Dans les années cinquante, John Train était l’éditeur de The Paris Review, instrument de la « Guerre froide culturelle » du Congrès pour la liberté de la culture.

A la FAF, on trouve aujourd’hui les ennemis historiques de F.D.Roosevelt, ceux qui furent favorables à la montée des fascismes en Europe : les détenteurs de l’empire de J.P.Morgan, le clan Rockefeller et leurs associés chez Lazard et Worms. En pleine guerre contre l’Irak, la FAF organisa des séminaires pour journalistes sous la direction du néo-conservateur Irving Kristol.

Les anciens ambassadeurs américains à Paris qui en font partie, John N. Irvin II, Felix Rohatyn et Walter J.P. Curley, tout comme John Train, furent personnellement impliqués dans des campagnes de diffamation contre LaRouche aux Etats-Unis et Cheminade en France.

C’est en s’exprimant à la French-American Foundation que Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Jacques Chirac, a réservé ses critiques les plus acerbes contre la politique étrangère indépendante de Jacques Chirac, lors de son récent voyage aux Etats-Unis.

 L’ennemi intérieur

A Paris VIII, le professeur Guy Millière traduit en français les écrits de Daniel Pipes entre un cours d’histoire et une tribune pour le Frontpage Magazine de Horowitz, alors qu’à Nanterre, Yves Roucaute a tout loisir d’écrire « le néo-conservatisme est un humanisme » après ses cours de sciences politiques et avant de rédiger un commentaire pour Le Figaro ou Le Monde.

Les deux compères sont d’ailleurs allés ensemble réclamer des sanctions contre la France lors d’un symposium organisé par David Horowitz en juin 2003, où le modérateur Jamie Glazov dépeignait une France elle-même « prise de l’intérieure par l’Islam ». Millière et Roucaute y ont tour à tour affirmé que la France devrait « payer le prix » pour son non alignement sur la guerre en Irak, Millière allant même jusqu’à évoquer l’exclusion de la France du Conseil de sécurité de l’ONU. Il s’exprimait au nom d’une autre France, utilisant le « nous, les néo-conservateurs français ». Ce n’est pas pour rien si, de retour de Washington où il avait désavoué la politique étrangère de la France, Nicolas Sarkozy avait trouvé réconfort auprès des rédacteurs du Meilleur des Mondes.

Il s’agit donc bien d’un ennemi intérieur agissant de concert avec des puissances extérieures, hostiles à l’indépendance de la France. Certains penseront logiquement qu’il s’agit de la main impérialiste américaine, mais il faut d’abord se poser une question historique. Dans leur impulsion fondatrice, les Etats-Unis ont combattu l’impérialisme britannique et son concept de société oligarchique. Qui donc a réussi à y introduire les concepts opposés ?

 Le « colonial department » de Londres

Dans une contribution au Forum du Moyen-Orient (MEF), organe créé en 1990 par l’Institut pour la recherche en politique étrangère (FPRI), Daniel Pipes a écrit en 1993 qu’un nouvel empire mondial américain était le seul moyen d’assurer « la survie de l’Occident » face « aux peuples asiatiques ». La même année, son collègue du FPRI Samuel Huntington publiait sa fameuse prophétie Le Choc des Civilisations. Mais avant lui, c’est un autre membre du FPRI, Bernard Lewis, qui avait promu dès 1990 ce canular dans son ouvrage Les racines de la rage musulmane. Avant d’être actif dans les think-tanks de Washington, Bernard Lewis, homme du Foreign Office britannique, avait suivi une formation à la faculté d’études africaines et moyen-orientales de l’Université de Londres que l’on appelait jadis le « colonial department ». C’est de ces cercles que les politiques britanniques d’empire - révolution/contre révolution et changement de régime au Moyen-orient - furent élaborées. Ce sont ces doctrines qui ont préparé le terrain pour la politique de guerre menée aujourd’hui depuis la Maison Blanche.

 Tous unis contre l’Etat-Nation

Les néo-conservateurs et leur tempérament totalitaire sont néanmoins engagés à détruire les institutions de l’Etat jusqu’à ses fonctions régaliennes qu’ils privatisent. Même la guerre en Irak est en grande partie sous-traitée à des firmes privées, étrangères à l’idée républicaine. Dans Le néoconservatisme est un humanisme, Yves Roucaute prêche un état « minimal », un combat dans lequel les milices d’extrême-gauche (qu’elles en soient conscientes ou non) le rejoignent et anticipent puisque sur les campus, la police et la justice sont assurées par leurs propres soins, hors de tout intérêt républicain. Après tout, David Horowitz est un ancien marxiste, Yves Roucaute un ancien de l’UNEF et de l’Union des étudiants communistes. Ils ont juste changé de camp, pas de jeu. Du trotskisme au néo-conservatisme, le front est commun : entretenir l’état d’affrontement et de déstabilisation contre les institutions de la République. Toutes ces idéologies sont des instruments utiles dans la boîte à outil des instigateurs de la mondialisation financière.

A leur image, les groupuscules terroristes d’un côté et les libérateurs anglo-américains de l’autre remplissent ensemble une même fonction, celle d’empêcher un monde de coopération pacifique et de développement à long terme entre des nations stables et souveraines.

Ceux qui aujourd’hui croient ou font croire que l’avenir du monde sera issu de l’affrontement de civilisation entre un modèle démocratique occidental et un modèle islamique de société, rendent de fait ce canular réel. Le choc des civilisations crée ainsi l’agitation permettant à la mondialisation de se poursuivre.

 III. Friedrich von Hayek, étoile fasciste des néo-conservateurs

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Friedrich von Hayek (à gauche), le gourou du libéralisme néo-conservateur, avouait préférer un dictateur libéral à un régime démocratique sans libéralisme », en particulier Pinochet au Chili (à droite).

En Europe, on se plaint souvent, et à juste titre, de l’horreur politique, stratégique et économique de la politique des « néo-conservateurs » qui tiennent, pour l’instant, la Maison Blanche en otage. Et pourtant, force est de constater qu’une partie de leur inspiration trouve ses origines en Europe. Après les dossiers que nous avons publiés sur Leo Strauss, Carl Schmitt et la « synarchie » financière, si active dans la montée des courants fascistes en Europe pendant les années 1920 et 1930, le moment est venu de se pencher sur le cas de l’économiste libéral-libertarien autrichien Friedrich August von Hayek (1899-1992), prix Nobel d’économie en 1974 et considéré comme un dieu par tous ceux qui se réclament de près ou de loin du « néo-conservatisme ».

La dictature totalitaire de Pinochet au Chili et la politique violemment anti-sociale de Margaret Thatcher, tous deux conseillés par feu Milton Friedman et ses Chicago boys, furent des expériences grandeur nature du modèle hayekien d’après-guerre : la « révolution conservatrice » popularisée à l’époque de Reagan par Newt Gingrich.

Au nom de la lutte contre le communisme et le socialisme qu’il voit comme ayant la même nature totalitaire que le fascisme, Von Hayek réussit, par sophismes successifs, le tour de force de convaincre son public qu’il est préférable d’avoir un régime non démocratique capable d’assurer l’ordre spontané du marché plutôt qu’une planification indicative démocratique...

 De la synarchie à la Société du Mont-Pèlerin

En 1938, le futur ministre de Vichy Louis Rougier, seul membre français du « Cercle de Vienne » néo-positiviste, organise à Paris le Colloque Walter Lippmann. 1 A part ce journaliste américain, membre de la fameuse Société fabienne britannique, on y trouve des représentants de l’école autrichienne d’économie : Ludwig von Mises et son élève, Friedrich von Hayek. Y assistent également le philosophe Raymond Aron et le synarchiste Robert Marjolin.

Bien que le colloque Walter Lippmann de 1938 fût un franc succès, l’heure n’était pas à l’ultralibéralisme. Après l’Anschluss de mars 1938, certains de ceux qui, dans le camp anglo-américain, avaient participé à la mise au pouvoir d’Hitler pour aller combattre l’Union soviétique, se refusaient à accepter sa dictature sur l’Europe. Il fallait donc se préparer à lui faire la guerre, et l’économie de guerre était incompatible avec l’ultralibéralisme économique des cercles de von Hayek. En attendant des jours meilleurs, cependant, Lippmann, von Hayek et Wilhelm Röpke furent chargés de créer des organisations militant pour ces objectifs aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Suisse.

Il fallut attendre 1947 pour que ce groupe se révèle publiquement après guerre. Grâce à l’argent d’un homme d’affaires suisse et le William Volker Charities Trust américain, trente-six économistes, historiens et philosophes se réunirent pendant dix jours autour de von Hayek dans le village suisse de Mont-Pèlerin (près de Montreux), pour discuter de « l’avenir du libéralisme ». Louis Rougier, très ami de von Hayek mais trop marqué par son passé vichyste, fut prié par Sir Lionel Robbins 2, de la London School of Economics (LSE), de ne pas y assister.

Ce fut la naissance de la Société du Mont-Pèlerin (SMP). A cette première réunion on retrouvait le noyau dur des participants du Colloque Walter Lippmann de Paris : von Hayek, von Mises, Lippmann et Jacques Rueff, bien que ce dernier jouera plus tard un rôle opposé sous De Gaulle.

Parmi les autres invités, citons : Henry Simons, parrain du monétarisme de l’école de Chicago, et son élève Milton Friedman, Sir Karl Popper, dirigeant de la société aristotélicienne de Vienne et professeur à la London School of Economics à la demande de von Hayek, Sir John Clapham, haut représentant de la Banque d’Angleterre dirigeant également la Royal Society anglaise, Ludwig Erhard, futur ministre de l’Economie et successeur d’Adenauer à la chancellerie allemande, ainsi que l’économiste français Maurice Allais, devenu aujourd’hui presque « dirigiste » par rapport à la folie des néo-libéraux actuels.

La participation d’autres figures, tel l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie et animateur de l’Union paneuropéenne, Otto de Habsbourg, ainsi que Max de Thurn et Taxis, descendant d’une très vieille famille vénitienne, montre bien qu’il s’agissait d’une rencontre visant à tracer la politique mondiale de l’après-guerre. Signalons aussi la présence de Bertrand de Jouvenel, grand défenseur de l’Europe des régions, en opposition aux Etats-nations, ultérieurement une figure de premier plan pour le Congrès pour la Liberté de la Culture (CLC). Il est révélateur que plusieurs croisés de la SMP se retrouvent activistes du CLC, cette arme de la « guerre froide culturelle » contre le communisme, financée par la famille Rockefeller et les Allan et John Foster Dulles. A titre d’exemple, en 1955, pour leur congrès annuel à Milan, les responsables du CLC sélectionnent cinq orateurs, dont le fabien Sydney Hook, le libéral Raymond Aron et l’économiste Friedrich von Hayek... Raymond Aron passera ainsi des « Décades de Pontigny » au CLC, en passant par le Colloque Walter Lippmann et la Société du Mont-Pèlerin...

C’est là que furent posés les fondements conceptuels de la révolution conservatrice de Hayek dont le nom deviendra le marqueur du coup d’arrêt infligé aux « trente glorieuses » à partir de 1971, à la mort des accords de Bretton Woods. A partir de cette année-là, sous couvert de « mondialisation », une dérégulation systématique des marchés financiers et économiques ôtera de plus en plus aux Etats-nations tout pouvoir réel sur le destin de leurs peuples.

 Von Hayek : marché contre nations

La conception centrale de l’œuvre de von Hayek est l’antithèse de tout ce que défend depuis toujours l’économiste et homme politique américain Lyndon LaRouche, de même que Jacques Cheminade, à savoir la légitimité et l’efficacité d’une politique de crédit public au service de l’intérêt général dans la tradition de Jean-Baptiste Colbert, Alexander Hamilton, fondateur de la première banque nationale américaine ou Friedrich List, le créateur de l’Union douanière allemande.

Présenté comme un critique de Keynes, von Hayek prétend que toute émission de crédit par l’Etat a fatalement pour effet, au-delà d’une petite relance passagère de l’activité économique, de déformer la valeur réelle des prix et des salaires, provoquant ainsi un dysfonctionnement durable de l’économie et générant inflation, dépression et chômage de masse !

Dans son livre, Counter-Revolution of Science (Contre-révolution dans la science, 1952), von Hayek s’en prend violemment à « l’orgueil » des Français et de toute une génération d’ingénieurs planificateurs formés par l’Ecole Polytechnique, qu’il confond délibérément avec le scientisme d’Auguste Comte.

 La Route de la Servitude

Sur le plan politique, dans La route de la servitude, publié en 1944, von Hayek dramatise sa thèse en « prouvant » que toute planification et tout dirigisme conduisent nécessairement à la suppression totale des libertés, y compris les libertés politiques... En clair : pour lui, le « socialisme », la politique du New Deal de Roosevelt et le dirigisme gaullien d’après-guerre sont structurellement incompatibles avec la démocratie et de même nature que le fascisme totalitaire.

S’inspirant de la « société ouverte » de Sir Karl Popper, von Hayek postule que l’économie est un système ouvert et qu’aucun planificateur ne peut calculer, puis imposer, un prix ou une allocation jugée optimale. Ce n’est pas un « cerveau » central, mais le marché, qui permet aux systèmes d’évoluer. La base de cette condamnation de tout ce qui est collectif, Hayek la dérive d’Aristote. Ainsi, pour Hayek, le « but commun en vue duquel la société doit être organisée est souvent désigné d’un terme vague comme : "bien commun", ou "bien-être général" ou "intérêt général". Point n’est besoin de réfléchir beaucoup pour voir que ces termes n’ont pas une signification suffisamment définie pour déterminer une politique ».

Cette déclaration n’est pas une simple polémique, mais l’expression d’une philosophie « individualiste » pour qui la multiplicité des hommes, de leurs besoins et des possibilités de les satisfaire, empêche l’homme de concevoir l’intérêt général tout court. « Le point important est qu’un homme ne peut embrasser plus qu’un terrain limité, ne peut connaître que l’urgence d’un nombre limité de besoins. (...) il ne peut se soucier que d’une fraction infinitésimale des besoins de l’humanité. (...) [L’individualisme] part simplement du fait incontestable que les limites de notre pouvoir d’imagination ne permettent pas d’inclure dans notre échelle de valeurs plus d’un secteur des besoins de la société... »

 L’ordre naît du chaos

Von Hayek prétend bien sûr que toute sa science sociale se fonde sur la science physique. Comme l’écrit son adepte français Guy Sorman : « Le libéralisme, dit Hayek, est la seule philosophie politique véritablement moderne, et c’est la seule compatible avec les sciences exactes. Elle converge avec les théories physiques, chimiques et biologiques les plus récentes, en particulier la science du chaos formalisée par Ilya Prigogine. Dans l’économie de marché comme dans la Nature, l’ordre naît du chaos : l’agencement spontané de millions de décisions et d’informations conduit non au désordre, mais à un ordre supérieur. Adam Smith, le premier, avait su pressentir cela dans La richesse des nations, il y a deux siècles. »

On comprend assez vite que la déification du marché et du chaos créationnel, ainsi que la diabolisation de l’Etat, profite essentiellement aux intérêts synarchistes européens et à leurs extensions outre-atlantique.

 Ecole de Salamanque

Von Hayek passera toute sa vie à tenter de collecter des justifications scientifiques, juridiques et historiques pour étoffer son éloge du marché si supérieur dans sa régulation à celle imposée par les hommes. Il ira d’abord chercher des arguments à « l’école de Salamanque », un groupe de scolastiques dominicains et jésuites à la merci des Habsbourg qui avait, pour faire plaisir aux banquiers de Charles Quint, concocté le mythe de l’autonomie des marchés financiers et leur rôle dans la définition d’un « prix juste », équivalant au prix d’échange. 3
Un entretien récent avec l’un des vice-présidents actuels de la Société du Mont-Pèlerin, l’historien américain Leonard Liggio, confirme cette analyse.

Mélangeant tout, cet ancien élève de von Mises et ancien proche de von Hayek se définit comme un « libéral aristotélico-thomiste ». Dans une interview récente, Liggio disait que « son intérêt pour l’histoire avait bien persuadé Hayek que les derniers disciples de saint Thomas d’Aquin faisaient partie des fondateurs du libéralisme : de Vitoria, Suarez, Mariana, Molina et le Belge Lessius (Ecole de Salamanque). Schumpeter a dit de John Locke qu’il était le dernier des Scolastiques. »

 Moi totalitaire ? pas totalement...

Sophiste et « grand défenseur de la liberté », von Hayek exige, pour échapper à la soumission à d’autres hommes, « la soumission de l’homme aux forces impersonnelles du marché qui dans le passé, a rendu possible le développement d’une civilisation qui sans cela n’aurait pu se développer ; c’est par cette soumission quotidienne que nous contribuons à construire quelque chose qui est plus grand que nous ne pouvons le comprendre... ».

Prônant « une collaboration plus étroite et efficace entre l’Empire britannique, les nations de l’Europe occidentale et probablement les Etats-Unis », von Hayek réclame « une autorité super-nationale qui doit être extrêmement puissante pour imposer la loi commune » (La route de la servitude, p. 168).

La dictature « libérale » d’Augusto Pinochet au Chili a été une des prouesses de cette révolution conservatrice. Feu Milton Friedman de la Société du Mont-Pèlerin et fervent adepte de von Hayek en était le conseiller économique avant de devenir celui de Margaret Thatcher. En 1981, au journal chilien Mercurio, Von Hayek déclarait : « Je suis complètement contre les dictatures comme solutions pour le long terme. Mais parfois une dictature peut être nécessaire pour une période de transition. A certains moments, un pays peut éprouver le besoin d’un gouvernement dictatorial. Vous comprenez qu’un dictateur peut régner d’une façon libérale tout comme un démocrate peut régner d’une façon non-libérale. Personnellement je préfère un dictateur libéral à un régime démocratique sans libéralisme... »

 La Société du Mont-Pèlerin, les Etats-Unis et la France

Ce n’est donc pas un hasard que la Société du Mont-Pèlerin et son idéologie fasciste représentent la maison mère et la pépinière de la plupart des think-tanks néo-conservateurs aux Etats-Unis et dans le reste du monde. Un examen approfondi des dirigeants de ces fondations et de leurs mécènes nous conduit inévitablement à la Société du Mont-Pèlerin.

Edwin Feulner, par exemple, n’est pas seulement le trésorier de la SMP mais également le président de la Heritage Foundation qui finance à son tour l’American Enterprise Institute, où siègent Lynne Cheney, Richard Perle, Michael Ledeen ou Irving Kristol. Feulner fut aussi pendant longtemps à la tête de l’Intercollegiate Studies Institute (ISI) qui contrôle une large part de la presse étudiante sur les campus américains.

En France, c’est le professeur Guy Millière qui gagne la médaille d’or de la soumission volontaire aux néo-conservateurs : traducteur de von Hayek et de Friedman, auteur du livre Pourquoi Bush sera réélu (2004), professeur d’histoire des idées et des cultures à Paris VIII Saint-Denis, il participe aux travaux de l’American Enterprise Institute et enseigne aux Etats-Unis.

Conférencier de la Banque de France, enseignant à Sciences Po, traducteur du site de Daniel Pipes de Campus Watch, éditorialiste de la Metula News Agency, il voyage souvent aux Etats-Unis où il s’est entretenu sur « l’éthique judéo-chrétienne » avec ceux qui font exactement l’opposé de cette éthique : le faucon Paul Wolfowitz, l’islamophobe Daniel Pipes, le va-t-en guerre Laurent Murawiec, l’ancienne figure de la nouvelle gauche David Horowitz, actuellement impliqué avec Lynne Cheney dans une chasse aux sorcières sur les campus américains, et le télé évangéliste escroc Pat " diamond " Robertson, impliqué dans des trafics douteux avec plusieurs dictateurs africains ! Le 22 août 2005, Pat Robertson appela à l’assassinat du président catholique du Venezuela Hugo Chavez.

Pour convertir la France à ce néo-conservatisme, Guy Millière multiplie conférences, articles, pétitions, instituts et mouvements. Le porte-avion de cette flottille semble être l’Institut Turgot, basé simultanément à Paris et à Louvain-la-Neuve, où les héritiers de l’Ecole de Salamanque et des Habsbourg tiennent encore le haut du pavé. Guy Millière, qui en fut co-fondateur, y siège dans le comité scientifique avec Michel Crozier et Steve Hanke du Cato Institute. Présidé par un membre de la SMP, l’Institut Turgot abrite trois grands noms dans son comité de soutien : Norman Podhoretz, un des pires néo-conservateurs américains, Claude Bébéar de AXA, connu comme le parrain du capitalisme français, et l’historien américain Leonard Liggio, de la George Mason University, un des grands financiers de l’internationale du Mont-Pèlerin. Liggio se dit « hostile au néo-fascisme façon New Deal et à l’interventionnisme étatique ». Le 28 août 2006, il devait partager la tribune avec Chantal Millon Delsol à l’Université de la nouvelle économie d’Aix-en-Provence, qui clôturait avec la présentation d’une nouvelle traduction de La route de la servitude de Friedrich August von Hayek.

Encadré N° 5
L’Institut Turgot

Basé simultanément à Louvain-la-Neuve et Paris, il se présente lui-même comme « le think tank libéral » et s’inspire de Von Hayek, Friedman, Von Mises et Raymond Aron.

Guy Millière en fut le cofondateur et figure avec Yves Roucaute et Michel Crozier dans son conseil scientifique. Pour arriver à ses fins, l’Institut Turgot rassemble un comité de soutien prestigieux. On y trouve le parrain de la finance en France, l’assureur Claude Bébéar, président du conseil de surveillance d’AXA, mais aussi un des pionniers du néo-conservatisme, Norman Podhoretz, fondateur du Comité sur le danger présent (CPD) en 1976 et dont l’épouse conseille le Collegiate Network, un réseau de propagande comprenant quatre-vingt-dix journaux étudiants diffusés sur les grands campus américains.

On y trouve aussi Leonard Liggio, de la Société du Mont Pèlerin, également conseiller de FIRE, un organe de pression qui milite pour le droit d’obtenir l’éviction des professeurs dissidents aux Etats-Unis.

 IV. Liberté chérie, les sections d’assault du libéralisme

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Sabine Hérold mobilisant les masses

En lisant les déclarations hallucinantes de Yaron Brook, l’actuel président de l’Institut Ayn Rand de Californie, (« il faut éliminer des centaines de milliers de musulmans », voir Nouvelle Solidarit&eacute ; n° 19, 27 octobre 2006), beaucoup de nos lecteurs ont pu croire que pareille idéologie était certainement très loin des réalités de la « raison » française.

Si le coeur des néo-conservateurs en France semble, en apparence, se limiter à un petit nid d’intellectuels dépourvu d’emprise réelle sur la vie sociale du pays, la montée du mouvement Liberté chérie et du parti politique Alternative libérale d’Edouard Fillias et de Sabine Hérold laisse malheureusement prévoir le pire.

 De l’UNI à Liberté chérie

En novembre 1968, quelques mois après la contestation étudiante de mai, dans le bureau de Pierre Denizet, patron du Service d’action civique (SAC) de Charles Pasqua, est créée l’Union nationale interuniversitaire (UNI), un groupe politique opérant derrière une façade de « syndicat d’étudiants ».

Si une partie des fonds de l’UNI provient de la National Endowment of Democracy (NED), organisme financé par l’argent du contribuable américain 4, c’est surtout Georges Pompidou qui, de 1969 à 1974, imposera l’UNI dans toutes les universités françaises, car il pense qu’une telle structure d’encadrement des jeunes esprits est désormais indispensable pour éviter de nouvelles explosions sur les campus.

La secrétaire générale de l’UNI est Suzanne Marton, une femme qui, bizarrement, vit depuis 1981 aux Etats-Unis et qui a pris la nationalité américaine. Son absence physique laisse la direction dans les mains de Gérard Daury, un proche de feu Jacques Foccart, l’homme des valises africaines, à l’origine des financements occultes de la vie politique française.

Si l’UNI a adhéré à la Ligue anti-communiste mondiale (WACL) et a souvent flirté avec des groupuscules d’extrême droite du type PFN ou GUD, elle sera surtout une pépinière d’hommes et de femmes politiques que nous retrouvons aujourd’hui à la tête de la France et des grands partis : car ses militants d’alors s’appelaient Nicolas Sarkozy, Michèle Alliot-Marie, Jean-François Copé, Xavier Bertrand, Christian Jacob, Eric Raoult, Renaud Muselier, Bernard Debré, Jean-Paul Delevoye, pour ne nommer que ceux-là.

A l’origine d’inspiration « gaulliste » et « conservatrice », l’UNI deviendra progressivement le fer de lance d’un ultra-libéralisme de plus en plus débridé. Par exemple : si, en 1991, l’UNI fait campagne contre le traité de Maastricht, elle appelle à voter en faveur du Traité constitutionnel européen en 2005. En 2006, elle défend le CPE, prône la méritocratie et crée des collectifs pour casser les grèves.

 Edouard Fillias et Sabine Hérold

C’est cette orientation libérale à tous crins qui attire le futur fondateur de Liberté chérie, Edouard Fillias, petit-fils d’émigrés espagnols qui entre à Science Po en 1998 où il sera élu sur une liste de l’UNI. Il milite ensuite brièvement au RPR où il soutient la candidature de Patrick Devedjian à la présidence de ce parti.

En 2001, il crée avec sa future femme Sabine Hérold (surnommée « Mademoiselle Thatcher » par le JDD) l’association Liberté chérie (LC), une fédération d’associations engagée à défendre la pensée libérale en faisant « évoluer notre vieux pays ».

Le 15 juin 2003, 80 000 personnes (selon son site) manifestent « pour les réformes et contre les blocages », à l’appel de LC, qui revendique 17 000 sympathisants dont 2000 cotisants actifs. Liberté chérie se dit « la seule association libérale capable de mener des actions de rue ». En effet, elle semble avoir réussi à mobiliser à plusieurs reprises la somme d’intérêts particuliers et le sentiment de frustration de nos concitoyens dépolitisés pour briser des grèves ou d’autres initiatives en défense de l’intérêt général. Son site Internet se vante sans aucune honte qu’« au niveau local, nous sommes parvenus à interrompre en 2004 une grève dans le monopole public des transports en commun lyonnais. En canalisant la pression populaire, nous avons fait perdre toute crédibilité aux revendications illégitimes (sic) des grévistes aveuglés par des syndicats voyous ».

Tout le monde connaît les commentaires du citoyen servile lambda réduit à l’état de « moi » : « Les gens ont le droit de faire grève, d’accord, mais chez eux ! ; et sans déranger personne ! Est-ce que je fais grève, moi ? Moi, si je ne me pointe pas au boulot, mon patron me vire ! » Ainsi, c’est Liberté chérie qui se vante d’avoir vendu le concept de « service minimum » au nom de la liberté de chacun. Si, pour l’instant, cette idéologie ne sombre pas dans la violence systématique, il est à noter que c’est également LC qui fut au centre du dispositif qui força l’entrée des facs « pour ceux désireux d’étudier » lors de la bataille contre le CPE.

 Dis-moi qui te finance, je te dirai ce que tu penses !

LC refuse d’être cataloguée à droite car le libéralisme « n’est pas nécessairement de droite ». Le groupe s’affiche libéral-libertarien, c’est-à-dire contre tout ce qui est collectif et contre tout ce qui enfreint les droits individuels : « Les Français souffrent avant tout d’un manque de liberté, oppressés sans le savoir par un état surdimensionné et des réglementations excessives. »

Cependant, LC ne se réfère pas seulement à des libéraux comme Turgot, Jean-Baptiste Say ou Jean-François Revel, mais également à John Locke, Friedrich von Hayek, Ludwig von Mises, Milton Friedman et à la cultiste Ayn Rand.

La haine de l’Etat et des syndicats, au nom d’une défense de la liberté individuelle poussée jusqu’à sa forme proto-fasciste, est très prononcée dans la philosophie d’Ayn Rand. Elle dit : « Ma philosophie conçoit essentiellement l’Homme comme un être héroïque dont l’éthique de vie est la poursuite de son propre bonheur, la réalisation de soi son activité la plus noble et la Raison son seul absolu. »

Chez Rand, derrière un culte athée de la raison, se cache une volonté de puissance et la négation d’un vouloir vivre en commun, essence de la République : « Vous proposez d’établir un ordre social fondé sur le principe suivant : que vous êtes incapables de diriger votre vie personnelle, mais capables de diriger celle des autres ; que vous êtes inaptes à vivre librement, mais aptes à devenir des législateurs tout puissants ; que vous êtes incapables de gagner votre vie en utilisant votre intelligence, mais capables de juger des hommes politiques et de les désigner à des postes où ils auront tout pouvoir sur des techniques dont vous ignorez tout, des sciences que vous n’avez jamais étudiées, des réalisations dont vous n’avez aucune idée, des industries gigantesques dans lesquelles, selon votre propre aveu, vous seriez incapables d’exercer les fonctions les plus modestes. »

Sous influence, entre autres, de cette secte randienne 5, et donc très loin d’un libéralisme européen et social, LC milite pour la libre négociation des termes du contrat de travail (exit le droit du travail), la suppression des cotisations de retraite obligatoires afin de permettre une épargne libre en vue de faciliter l’achat de son logement (sic), la suppression des cotisations maladie obligatoires, l’autonomie totale des établissements scolaires, l’abolition des droits syndicaux, etc.

En 2004, elle a réuni 1500 participants, dont 70 députés, à la Maison de la Chimie, à Paris, et le 25 juin 2005, elle a organisé, en contrepoids à la « Fête de l’Huma », une « Fête de la Liberté » au pavillon Baltard de Nogent, avec conférences, sketches humoristiques et spectacles de magie. S’inspirant des techniques ludiques d’agitprop de Greenpeace, et voulant briser la « pensée unique », le mouvement prendra systématiquement le contre-pied de la gauche historique, du dirigisme gaullien ou de la critique altermondialiste : il organisera des conférences pour démontrer « les bienfaits et vertus du libre échange », plantera des OGM au pied de la tour Eiffel ou encore produira 50 000 « kits de résistance ». Il vendra 5000 copies d’un jeu de société libéral, « Monopole public », afin de ridiculiser l’idée de services publics.

Les véritables bénéficiaires de ce bourrage de crâne sont trop faciles à identifier. Liberté chérie liste parmi ses partenaires officiels à l’étranger des centres de l’idéologie ultra-libérale comme le Hayek Institute en Autriche ou le Cato Institute aux Etats-Unis. Pire encore, quand un sénateur démocrate américain a voulu défendre le modèle social européen, Liberté chérie fut invitée par l’American Enterprise Institute (AEI), véritable forteresse des néo-conservateurs de Dick Cheney, pour le contredire.

Sabine Hérold y fut aussi invitée en juin 2005, où elle déclara : « Les problèmes dont vous entendez parler par la presse font partie de ma vie de tous les jours. Je suis pénalisée par les grèves. Je souffre d’un niveau de vie qui chute. Donc, oui, l’Union européenne a besoin d’un lifting. » Au Sunday Times, elle déclara le 8 juin 2003 : « Quand j’ai appris qu’on envisageait de donner le prix Nobel à Chirac pour son opposition à la guerre contre l’Irak, je me suis quasiment effondrée... » Notons que Le Figaro et le Wall Street Journal commandent très fréquemment des articles à LC. « Avec 200 articles et 40 passages radio et TV en 2004, nous sommes véritablement devenus la voix du libéralisme en France. »

Pour faire plaisir à ses sponsors, Liberté chérie n’a d’ailleurs pas hésité à organiser des manifestations en faveur des dissidents cubains ou des « happenings » contre Jacques Chirac, incarnation selon elle d’un patriotisme économique désuet.

Si le succès de Liberté chérie a pu donner la folie des grandeurs à Edouard Fillias, désormais enseignant à Sciences Po et dont la candidature à l’élection présidentielle de 2007 est soutenue par son parti Alternative libérale et le parrainage d’Alain Madelin, c’est surtout l’ancien militant de l’UNI Nicolas Sarkozy, autre favori des néo-conservateurs, qui compte récolter les fruits électoraux de cette entreprise.

 V. Les musulmans d’aujourd’hui seront-ils les juifs d’hier ?

Si jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989, les économistes libéraux se cantonnaient à l’économie et concentraient leurs attaques sur le dirigisme d’Etat, depuis les attentats du 11 septembre, les néo-conservateurs libéral-libertariens, ont transformé le discours libéral et anti-totalitaire en dénonciation tous azimuts du « totalitarisme islamique ». Si le mot « communiste » y est systématiquement remplacé par « nazislamiste », le discours est presque identique.

Concernant l’origine de « l’islam radical », ne soyons pas naïfs. Plusieurs livres ont documenté avec moult détails comment cet « islamisme radical » si décrié par les néo-conservateurs, fut inventé, fabriqué et financé par ceux qui le combattent si ardemment aujourd’hui. Rappelons le rôle que joua le Bureau arabe des renseignements britanniques, sous la direction de Sir John Glubb Pascha, dans la création des factions les plus extrémistes des frères musulmans. Rappelons aussi le soutien apporté par la BBC, et par ceux qui voyaient d’un mauvais œil la nationalisation de la British Petroleum par le Shah d’Iran, à l’ayatollah Khomeiny. Comment oublier que Zbigniew Brzezinski, partisan du « grand jeu » géopolitique et conseiller à la Sécurité nationale du président Carter, a joué la « carte islamique » contre l’empire des Soviets en Afghanistan et ailleurs ? Combien d’« Afghans » sont-ils meneurs de la myriade de cellules terroristes aujourd’hui ? Combien de camps d’entraînements furent financés par les proches de Margaret Thatcher ou du banquier américain John Train ? La vérité, c’est que les néo-conservateurs ne font rien pour combattre cet « Islam radical » là, bien au contraire, car il leur sert de prétexte pour cette politique de « guerre permanente », ce choc des civilisations leur permettant de maintenir une mainmise financière globale. Ils font donc tout pour l’exciter et l’inciter au pire.

 L’affaire Redeker

En France, par exemple, après l’appel de Caroline Fourest en défense de la publication des caricatures de Mohamed, la galaxie néo-conservatrice s’est mobilisée comme un seul homme en défense de Robert Redeker, professeur de philosophie dans une banlieue de Toulouse, menacé de mort après avoir publié un article dans le Figaro du 19 septembre sous le titre provocateur « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ».

Redeker, qui voyait déjà d’un mauvais œil l’opposition de la France à la guerre contre l’Irak y écrit : « Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet oeil du Coran, comme ils incarnaient l’oeil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme. Dans l’ouverture à autrui, propre à l’Occident, se manifeste une sécularisation du christianisme, dont le fond se résume ainsi : l’autre doit toujours passer avant moi. L’Occidental, héritier du christianisme, est l’être qui met son âme à découvert. Il prend le risque de passer pour faible. À l’identique de feu le communisme, l’islam tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des moeurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence. Ce sont des faiblesses qu’il veut exploiter au moyen "d’idiots utiles", les bonnes consciences imbues de bons sentiments, afin d’imposer l’ordre coranique au monde occidental lui-même. Le Coran est un livre d’une inouïe violence. »

Comme on le voit dans cet écrit, et l’auteur l’admet volontiers, l’image de l’ennemi totalitaire d’hier (communiste, socialiste, fasciste, nazi) est désormais transposée aux extrémistes islamistes et sans le dire, au milliard de musulmans, accusés injustement de les soutenir.

Ainsi, la thèse manipulatrice de Samuel Huntington sur l’inévitabilité d’un « choc des civilisations » entre le monde islamo-confucéen et l’occident judéo-chrétien est invoquée pour justifier ces guerres préventives dont ont tant besoin les tenants du système financier en faillite.

 Quelques citations

  • Yaron Brook (directeur de l’Ayn Rand Institute) : « Nous perdons la guerre au totalitarisme islamique parce que notre leadership, politique et militaire, est estropié par la morale altruiste, ancrée dans les principes de la théorie de la guerre juste. Le code moral inhérent à cette théorie définit des règles qui minent, empêchent et subvertissent tout espoir de succès dans une guerre. » (Objective Standard, 2006)
  • Drieu Godefridi (fondateur et directeur de l’Institut Hayek de Bruxelles), le 28 novembre 2004 : « Le moment est venu de renoncer à la proposition politiquement correcte selon laquelle l’islam est compatible avec les valeurs des sociétés européennes. Cette proposition est fausse. »
  • Ivan Rioufol (journaliste au Figaro, Atlantis Institute), novembre 2006 : « L’affaire Redeker a été un électrochoc. Les défenseurs de l’homme traqué, menacé de mort pour avoir critiqué Mahomet dans Le Figaro, ont fait admettre la régression qui aurait été de considérer l’enseignant comme coupable de blasphème. La vigilance de l’opinion a levé la crainte de voir l’État reculer encore devant les islamistes, qui réclament une législation contre l’islamophobie et un code de conduite tenant compte de la sensibilité des musulmans. »
  • Guy Millière (Institut Turgot), le 28 juin 2006, « Les 4 vérités » : « Pendant le XXe siècle, l’Occident judéo-chrétien s’est trouvé confronté au mal totalitaire, sous ses formes fasciste, national-socialiste et communiste. Il me semble très significatif que ce soit l’Amérique qui ait vaincu les totalitarismes en osant appeler le mal par son nom. Il me semble significatif aussi que tant de gens en Europe aient succombé aux diverses tentations que les totalitarismes ont pu faire naître. « Au XXIe siècle, le mal totalitaire n’est pas mort, mais a seulement changé d’accoutrements. Il a désormais la forme et le contenu de l’islam radical. Et là encore, comme si l’histoire bégayait, l’Amérique affronte le totalitarisme islamiste et le combat sans merci. Parce qu’elle n’a pas renoncé à ses valeurs judéo-chrétiennes, elle ne tient pour autant pas un discours d’exclusion vis-à-vis des musulmans, ou même vis-à-vis de l’islam. "Si un croyant invoque le nom de Dieu et veut l’appeler Allah, je le respecte", me disait voici quelques mois un célèbre évangéliste [Pat Robertson ?]. "Je dialogue fraternellement avec lui. Je lui ouvre ma porte. S’il parle de violence et veut me détruire, je le mets hors d’état de nuire parce qu’il représente un danger, pas parce qu’il appelle Dieu Allah". »
  • Daniel Pipes (Middle East Forum et Campus Watch) : « Les musulmans qui détestent l’Amérique, et notamment les juifs qui y vivent, sont de plus en plus nombreux et de plus en plus puissants, grâce à la protection offerte par l’État de droit et l’indulgence d’une société pluraliste et charitable » (Forward, 1999).
  • Laurent Murawiec (le "faucon frenchie" nationalisé américain et travaillant actuellement au Hoover Institute, Washington) : « Je n’accorde pas beaucoup d’estime au général de Gaulle, celui de la Cinquième République. Avoir livré l’Algérie aux assassins, avoir abandonné les harkis et méprisé les pieds-noirs, tout cela afin de devenir le chef de file fictif du tiers-monde anti-américain, pays arabes en tête, et de pouvoir jouer "en toute liberté" la carte anti-américaine en faisant risette aux Soviets, ce fut une multiple indignité.

« Pourtant, à observer le déroulement de l’affaire Redeker, la figure du général me revient à l’esprit. Il se peut que l’ancien chef de l’Etat, rappelé d’outre-tombe, eût tenu à peu près ce langage :

"Nul ne dicte à la France les propos que ses citoyens peuvent ou ne peuvent tenir. Que nul ne croie pouvoir lui imposer ses moeurs, ses règles et ses lois, car elle seule en a souverainement décidé. Ceux qui sont étrangers sur son sol et croient pouvoir s’y soustraire, seront expulsés ; ceux qui excipent d’une nationalité qu’ils n’honorent pas, et croient non seulement être au-dessus des lois de la France, mais lui imposer leur loi, seront pourchassés, arrêtés, jugés et condamnés. Ceux qui croient imposer leur loi des rues seront violemment poursuivis par les forces de l’ordre, et goûteront à la fureur d’une France qui n’accepte pas d’être défiée dans son Droit. Nos lois, nous les avons librement choisies. Nul ne peut croire qu’il puisse ni y contrevenir impunément, ni imposer les siennes. La liberté de parole est, dans notre pays, un acquis ancien et fondamental. Les musulmans viennent de pays et d’une culture où elle n’existe pas, où la parole est captive et celui qui la prend, toujours menacé de mort dès qu’il en use contre le despote ou le zélote. Nous avons choisi notre liberté, eux ont fui son absence chez eux. Qu’ils ne s’imaginent pas que nous avons déchu au point d’accepter qu’ils prescrivent ici les mœurs auxquelles ils ont réchappé en cherchant notre asile. (...) J’ai ordonné aux forces de sécurité d’identifier les auteurs de la fatwa qui vise M. Redeker. Je leur ai ordonné de débarrasser la France de cette souillure intolérable. Le professeur enseignera comme à l’accoutumée, et sa faculté de dire ce qu’il entend est et restera illimitée. Les égorgeurs n’auront aucun droit de cité dans notre pays. Vive la République ! Vive la France !"

« Ainsi aurait peut-être parlé De Gaulle...

« Même en tendant attentivement l’oreille, je n’ai perçu, ces derniers jours, aucun écho, même affadi, de tels propos de la part du gouvernement français actuel. On y a vaguement blâmé l’intolérable, en faisant la leçon au philosophe, lui enjoignant sans vergogne de modérer ses propos.

« Et pourquoi diable devrait-il modérer ses propos ? Parce que la fange des banlieues s’en enrage ? Parce que tel gouvernement arabe va froncer le sourcil ?

« Mais cette fange, elle ne s’attaque pas qu’aux philosophes, forte de son impunité, elle agresse le flicard et vient le défier intra muros. Elle menace, elle nargue, elle est à l’offensive. Et le gouvernement que l’on rencontre dans les beaux quartiers, lui, se comporte de façon passive-agressive, comme disent les psychiatres : agressif quand il n’y a aucun danger (contre les Etats-Unis par exemple), passif quand on peut craindre des représailles musulmanes si limitées soient-elles. La puanteur de l’abdication émane des palais de la République, l’avachissement de l’abandon y trône,satisfait, pleutre, repu. » (14 oct 2006, Metula News Agency.)

Bien entendu, ces propos de M. Murawiec, qui ne témoignent pas en faveur dela bonté de sonesprit,emplissentcependant abondamment son propre ventre grâce aux rétributions de ses nouveauxmaîtres : non pas une Perle au cochon, mais bien l’inverse.

 VI. Les cancans des néo-cons contre LaRouche et Cheminade

Depuis des années, les porte-parole de gauche ou de droite de l’oligarchie financière internationale utilisent leur influence dans les médias pour calomnier l’économiste et homme politique américain Lyndon LaRouche et son ami politique français Jacques Cheminade, espérant pouvoir ainsi les réduire au silence.

Le journal Le Monde, depuis l’époque du règne si décrié du couple Colombani/Plenel, est l’exemple parfait de ces pratiques. Pas de campagne politique menée par Jacques Cheminade où Le Monde n’ait cherché à servir ses maîtres en classant Jacques Cheminade dans la catégorie « extrême droite » ou « secte ». D’autres, comme Clara Lejeune devenue Gaymard, préféraient l’accuser d’être un agent du KGB...

Depuis 2002, ce sont les accusations de « complotisme », de « conspirationnisme » et de « révisionnisme » qui reviennent en force dans la bouche des porte-parole des néo-conservateurs. Bien qu’utilisé couramment dans ces cercles, un ouvrage du néo-conservateur américain Daniel Pipes, datant de 1997, Conspirations : comment le style paranoïaque fleurit et d’où il vient, est devenu la source de référence sur cette question.

Cette nouvelle offensive lancée contre LaRouche et Cheminade a débuté avec L’effroyable mensonge, un livre de propagande signé Guillaume Dasquié et Jean Guisnel, qui s’en prend au « complotisme » de « l’équipe » de Jacques Cheminade et Lyndon LaRouche, ainsi qu’à Thierry Meyssan, vilipendés pour avoir dénoncé les complicités américaines dans les attentats du 11 septembre. Ce faisant, cependant, les auteurs de ce livre font eux-mêmes preuve de complotisme aggravé en accusant ces individus qui ne se connaissaient pas d’avoir comploté contre George Bush et la thèse officielle du 11 septembre !

En avril 2004, Daniel Leconte, de Doc-en-stock, travaillant avec toute une équipe d’Arte incluant Michel Taubmann, de l’Institut d’histoire sociale, et le « journaliste » Antoine Vitkine, avait produit pour cette chaîne un autre film de propagande où le tir était concentré sur le « complotiste » Thierry Meyssan. Helga Zepp-LaRouche était, elle aussi, brièvement prise à partie dans ce film, accusée de « révisionnisme » pour avoir mis en doute la thèse officielle des attentats du 11 septembre. En 2005, Antoine Vitkine, qui, avec Barbara Necek, avait réalisé plusieurs heures d’entretiens avec LaRouche, Jacques Cheminade et son équipe de responsables et de militants en France, a accouché d’un livre intitulé Les nouveaux imposteurs, déclinant les mêmes thèmes mentionnés plus haut. Plus grave, agissant comme un vulgaire mafieux, Vitkine avoue dans cet ouvrage avoir rencontré un journaliste de Radio France Internationale qui avait donné la parole à LaRouche dans le cadre de sa campagne pour l’investiture présidentielle du parti Démocrate en 2004, afin de le convaincre de ne plus jamais parler de LaRouche.

Ce groupe est encore à l’origine de deux autres calomnies lancées en 2006 contre LaRouche et ses amis en France : au mois d’avril, Monsieur X de France-Inter consacrait tout un programme à LaRouche, élu « Roi des complotistes », dont la prose délirante était largement inspirée par le dernier ouvrage de Frédéric Charpier, L’obsession du complot, chez Burin. En juillet-août, l’Arche, une revue ultra-conservatrice de la communauté juive, publiait un article contre ce LaRouche, dans le contexte d’une série consacrée depuis décembre 2005 aux « mythes du complot », élaborée par Pierre-André Taguieff, Frédéric Charpier et... Antoine Vitkine !

Vous avez dit complot ?

Notes

1. Fondateur du journal The New Republic en 1920 et ancien conseiller du président américain Wilson, Walter Lippmann était un membre de la branche américaine des British Round Tables, ce groupe de géopoliticiens anglais créé en 1909 par Lord Alfred Milner pour assurer la survie de l’Empire britannique, grâce à l’instauration d’un gouvernement mondial.

2. Lionel Robbins formera plus tard l’économiste canadien Robert Mundell, qui joua un rôle clef en Europe dans la création de l’Union économique et monétaire (UEM). Mundell préside des réunions sécrètes du « groupe de Sienne » dans la Villa Santa Colomba où il préconise l’adoption d’une monnaie mondiale unique. Son disciple le plus connu est Jack Kemp, que l’on retrouve à la direction de la Fondation pour la Défense de la Démocratie (FDD).

3. Le professeur Louis Baeck de Louvain résume comme suit les « découvertes » de l’école de Salamanque : 1) Les phénomènes doivent être analysés sur la base des règles de fonctionnement intrinsèques au domaine d’étude et pas exclusivement du point de vue de la théologie morale ou du droit canon. 2) l’expérience (empirique) est la démarche la plus claire. 3) Les marchés ont leurs propres lois. 4) Dans un marché dynamique où la croissance est normale, l’argent crée une plus-value et se transforme de ce fait en capital. Dans ce contexte le gain financier est licite.

L’empire espagnol fonda ainsi son expansion sur le pillage et sa financiarisation. Un commerce triangulaire faisait tourner le système : 1) Les métaux tels que l’or et l’argent du nouveau monde arrivaient à grands flots en Espagne. 2) Avec cette richesse, l’Espagne achetait des biens manufacturés et de consommation dans les régions productrices (Italie, Flandres, etc.). 3) Les régions productrices s’engageaient en échange à se procurer des matières premières en Espagne (laine, etc.). En bref, une mondialisation précoce qui étouffa l’économie espagnole sous une montagne d’argent, provoquant une inflation des prix qui ruina le peuple, comme Jean Bodin l’analysa dans sa « réponse à Monsieur de Malestroit ».

4. Libération du 7/11/85 révéla que la NED, crée en 1983 et présidé par Carl Gershman (ancien directeur exécutif de Social Democrats USA et supporteur du démocrate Henry Scoop Jackson) versa 575 000 dollars à l’UNI ! Cet affaire a fait l’objet d’une commission d’enquête du Sénat américain dirigée par la sœur du colonel Oliver North (elle avait également enquêtée sur le rôle de son frère dans l’Irangate). La commission a établi que l’UNI recevait ces fonds au même titre que Force Ouvrière en France et Solidarnosc en Pologne dans le cadre d’un soutien aux organisations anti-communistes « démocratiques ».
La décision avait été prise sous l’impulsion d’Irving Brown, responsable des relations internationales de l’AFL-CIO. Ce dernier, avec les fonds secret du plan Marshall, finançait également une large palette de la gauche non-communiste, en particulier les chapelles trotskystes. Selon le livre de Christophe Nick Les Trotskystes, L’Unef, syndicat d’étudiant à l’époque dirigé par les trotskystes Pierre Mousel et Etienne Mougeotte, pas encore bouyguisé, grâce aux bons offices d’Irving Brown, bouclait les budgets de fin de mois avec l’argent provenant de l’ambassade américaine. Selon certains, Brown fut aussi le menteur du trotskyste Lionel Jospin ainsi que de Jean-Christophe Cambadélis. Le successeur d’Irving Brown comme contrôleur du monde syndical fut Roy Godson, par ailleurs une des sources principales de toutes les calomnies contre LaRouche et Cheminade.

5. Les romans d’Ayn Rand ont permis de populariser l’idéologie imbuvable de von Hayek. Par ailleurs, le mot secte n’a rien d’exagéré ici. Un site, le « Atlasphere » connecte entre eux des milliers d’admirateurs « initiés » des deux romans de Rand : Atlas Shrugged et The Fountainhead.

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« Le parti a pour objet de combattre, en France et dans le monde, pour la paix par le développement économique et l'égalité des chances et contre l'usure financière et les idéologies du sol, du sang et de la race. Il défend pour chacun et entre les peuples le progrès matériel, intellectuel et moral. A cet effet, il participe à la vie politique de notre pays, notamment lors des échéances électorales. Il peut apporter son soutien politique et financier à des partis et associations dont l'objet concorde avec celui-ci. »

Extraits des statuts - Article 2 - Objet