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Exploration spatiale :
l’optimisme d’un univers infini

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Discours prononcé par Rudolph Bierent, doctorant à l’ONERA, à la
conférence de l’Institut Schiller des 25 et 26 février à Berlin.

Je remercie Helga Zepp-Larouche très chaleureusement pour m’avoir
invité à parler à cette conférence.

J’ai été invité à parler de conquête spatiale, mais je tiens à
rappeler avant toute chose une évidence, une banalité qui semble
aujourd’hui oubliée, et qui oriente pourtant toute la vision que nous
pouvons entretenir pour l’avenir de nos sociétés : nous vivons dans un
monde infini.

Ce fait ne semble pas avoir de conséquences particulières, mais
amusons-nous tout de même à imaginer le contraire, que le monde est
fini. Alors, il nous faut immédiatement admettre que les ressources
sont finies, de même que le territoire à partager. Il nous faut
considérer un problème d’accroissement de la population, pour des
ressources qui s’amenuisent, et une angoisse naît subitement pour
l’avenir. Certes, le progrès technologique nous soulage, car il
apporte malgré tout son lot de bien-être et incite les gens à vivre
avec plus tout en étant plus nombreux.

On commence cependant, peu à peu, à se méfier du progrès et des gens,
puis on laisse s’installer la misère, et par conséquent la guerre et
la famine, afin de réguler la population humaine comme s’il s’agissait
d’animaux dénués du pouvoir de raison. On se réjouit enfin de ces
horreurs car elles demeurent indispensables au bien-être d’autres
hommes plus fortunés, qui ont droit à une vie digne. Telle est la
logique du très pragmatique monde fini. On finit par détester l’homme
et à ne déceler en lui que petitesse et égoïsme.

Quelle sale histoire. La réalité est heureusement bien plus belle !
Quelle hypothèse ridicule, un monde fini ! Il n’y a qu’à lever la tête
pour se convaincre du contraire. Et là, je vous promets un grand élan
d’optimisme et d’amour de la vie que ne saura jamais égaler un
scénario de gestion des ressources d’un monde fini.

Cet élan d’optimisme a déjà existé, même si on peine aujourd’hui à y
croire. Et d’ailleurs, on le doit pour beaucoup à deux grands
scientifiques allemands qui ne sauraient vous être inconnus.

Il y a déjà plus de quarante ans, l’humanité a prouvé qu’elle était
capable d’accéder à d’autres mondes. Il y a plus de quarante ans,
l’homme a marché sur la Lune, réalisant ce qui n’aurait pu être une
vingtaine d’années plus tôt qu’un scénario utopique. Ceci, on le doit
tout d’abord à Werner von Braun, qui sut convaincre le Président Kennedy de lancer le programme Apollo, avec seulement dix ans pour réussir à poser un pied sur la Lune. Ensuite, un homme comme Krafft Ehricke a su conduire
des progrès significatifs dans l’utilisation de propergols liquides
pour la propulsion et a proposé de séparer le lancement de l’équipage
et du cargo pour une meilleure efficacité respective de ces deux types
de missions très différentes.

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Ce vaisseau est un cargo spatial propulsé par l’énergie nucléaire, voyageant entre les orbites terrestre et lunaire. Il a été peint par Krafft Ehricke lui-même.

Mais surtout, Krafft Ehricke a développé une philosophie de la
conquête spatiale pour le plus grand bien-être de l’humanité, où il
démontre notre devoir inconditionnel de nous étendre dans l’univers,
justement pour éviter que ne se réalise la terrible fable que je vous
ai racontée au début. Car la stagnation de notre espèce ne peut
signifier que son extinction, et je ne ferai pas partie de ceux qui se
complaisent à ne rien faire, car il s’agit également d’un plaisir,
tout en donnant un sens à l’existence, que de surmonter les défis
auxquels nous sommes confrontés. C’est à cela que sert notre pouvoir
de raison et c’est d’en faire usage qui fait de nous véritablement des
êtres humains.

Lorsque l’humanité a su, il y un peu plus de quarante ans, surmonter
le défi de s’extraire de la Terre pour rejoindre un autre corps
céleste, une immense vague d’optimisme a parcouru tous les esprits. Je
n’y étais pas mais je le sais. Des gens parmi vous ici ont la chance
de pouvoir en témoigner. Et je souhaite que la nouvelle génération
exige elle aussi son morceau de l’infinité qui nous entoure. C’était
le plan à long terme de Von Braun and Krafft Ehricke. Ils n’avaient
pas seulement l’intention de poser un pied sur la Lune et d’en
repartir. Ils avaient un plan, couvrant plus d’une cinquantaine
d’années. Ils prévoyaient que l’homme aurait déjà établi, dès les
années 90, une base occupée de façon permanente sur la Lune !

Pour quoi faire me direz-vous ?

Pour un grand nombre de choses.

Tout d’abord, la Lune est un astre qui recèle énormément de ressources
pour notre usage à nous sur Terre. La Lune contient d’énormes
quantités de titane, d’aluminium et de fer. Mais de plus, la Lune
possède un avantage décisif pour l’extraction de ces métaux par
rapport à la Terre. Elle n’a pas d’atmosphère. En effet, sur Terre, on
s’efforce de créer un vide artificiel pour extraire le dioxygène du
métal en fusion, afin que ce dernier ait les meilleures qualités
mécaniques et anticorrosives qui soit. Ce vide coûte très cher à
créer. Or, sur la Lune, on dispose gratuitement d’un vide de bien
meilleure qualité que tout ce que l’on a jamais été capable de
réaliser sur Terre. Tout cela grâce à l’absence d’atmosphère de la
Lune ! Avec du titane lunaire parfaitement purifié, on pourrait par
exemple construire sur Terre des ponts qui ne se corroderaient jamais
et qui dureraient une éternité.

Il n’y a pas cependant qu’un avantage purement industriel à établir
une base sur la Lune. Le potentiel scientifique est également énorme.
Sur Terre, les observations du ciel sont de mauvaise qualité, à cause
de la turbulence atmosphérique. Pour remédier à ce problème, le plus
efficace a été justement de s’extraire de la turbulence atmosphérique
en envoyant un télescope dans l’espace, comme le télescope Hubble. Les
résultats de Hubble sont ceux qui nous ont permis de réaliser une
révolution dans la compréhension de l’univers. Mais Hubble est un
petit télescope. En effet, nous ne sommes pas capables d’emmener de
gros miroirs dans une fusée, et les contraintes mécaniques lors du
lancement de la fusée détériorent les qualités optiques du miroir. De
plus, il est très difficile de réparer un télescope dans l’espace. Sur
la Lune toutefois, il n’y a pas d’atmosphère et les observations,
notamment sur sa face cachée, seraient d’excellente qualité. Il serait
possible d’y construire des télescopes beaucoup plus gros que les
télescopes en orbite, qui plus est avec de la silice lunaire. Et une
fois de plus, grâce à l’absence d’atmosphère, les composants optiques
fabriqués sur la Lune seraient bien plus performants.

Encore un avantage, la gravité sur la Lune est un sixième de celle sur
la Terre, donc un miroir est beaucoup moins soumis aux contraintes de
son propre poids. Il est par conséquent possible d’y construire des
miroirs beaucoup plus gros que sur Terre.

On pourrait enfin répondre à des questions fondamentales. Grâce à une
meilleure utilisation des techniques d’interférométrie, on pourrait
détecter d’autres planètes de la taille de la Terre et situées à une
distance raisonnable de leur étoile, et savoir si la notre planète est
un objet exceptionnel ou non dans la galaxie. On pourrait aussi
chercher des signatures de la vie dans les atmosphères de ces
planètes. Un tel télescope serait une révolution dans notre
compréhension de l’univers. La Lune est par conséquent notre meilleur
espoir pour obtenir une réponse rapide à ces questions.

On peut également citer la possibilité de construire des accélérateurs
de particules « à l’air libre » ou plus exactement en espace libre
puisqu’il n’y a pas d’atmosphère sur la Lune, alors que pour celui du
CERN on doit se préoccuper d’imposer un vide sur des kilomètres de
tunnel. La Lune recèle une importante réserve d’hélium 3, très rare
sur Terre, un élément idéal pour réaliser la fusion nucléaire, la même
source d’énergie que celle des étoiles, à l’origine de la lumière que
nous recevons sur Terre chaque jour, promettant une abondance
énergétique non polluante inconcevable, et tout ceci à partir d’une
très petite quantité de matière.

De nombreuses autres applications pourraient être imaginées sur la
Lune, comme l’utilisation gratuite du phénomène de supraconductivité
lié aux conditions de froid qui y règnent.

Enfin, on peut également envisager une révolution médicale suite aux
expériences que nous pourrions conduire sur la Lune. Pour cela, je
m’en réfère aux travaux de l’équipe de jeunes chercheurs entourant
LaRouche, qui démontrent l’influence de l’environnement
électromagnétique sur le vivant, plus précisément sur la communication
des cellules vivantes entre elles. Sur la Lune, nous serions hors
d’atteinte du champ électromagnétique terrestre et on pourrait étudier
cette notion de communication entre cellules. Là se trouve le
véritable remède contre le cancer à mon avis, car il s’agit
typiquement d’un problème de cellule ne répondant plus à l’organisme.
Tout ce que l’on sait faire aujourd’hui est d’avoir recours à des
traitements chimiques pour détruire ces cellules mais on pourrait tout
simplement imaginer de les « rallier à la raison ».

Comment y arriver ?

J’espère vous voyez à présent les avantages qu’aurait l’humanité à
s’installer sur la Lune. Il ne nous manque pas grand chose pour être
en mesure de réaliser ce type de projet. Il nous faut en premier lieu
une fusée capable de transporter un cargo très lourd afin de déposer
sur la Lune les premiers éléments d’une base qui serait ensuite
assemblée et occupée par des astronautes.

A ce jour, il n’existe plus aucun lanceur lourd opérationnel dans le
monde. Ont existé l’Energia russe et la fusée Saturne de la mission
Apollo américaine. Ces fusées étaient capables d’emmener 100 tonnes
dans la basse orbite terrestre (Low Earth Orbit). A titre de
comparaison, Ariane aujourd’hui n’envoie qu’une vingtaine de tonnes en
basse orbite. Faute de projets, les compétences des ingénieurs se
perdent, et depuis l’abandon de la Navette spatiale, les Américains ne
sont même plus capables aujourd’hui d’envoyer des hommes dans l’espace
 ! On ne lance plus que des satellites. Ce n’est pas cela l’exploration
spatiale !

Avec la vision d’une base sur la Lune, nous avons besoin de développer
de nouveaux lanceurs. Les Russes nous ont appelé à le faire, notamment
avec le projet de navette Clipper, une fusée réutilisable. Bien sûr,
sans vision d’avenir, les Européens ont refusé. Il nous faut aussi
développer une navette, qui fera exclusivement le trajet entre la
basse orbite terrestre et la basse orbite lunaire, et enfin un
alunisseur pour se poser dans des régions situées près des pôles
présentant du relief. Là-bas on peut trouver de l’eau, au fond des
cratères jamais exposés à la lumière du Soleil.

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Un alunoglisseur, véhicule imaginé par Krafft Ehricke pour se poser en douceur sur la Lune. Peint par Chris Sloan sur les indications d’Ehricke

Tous ceux qui prônent l’exploration spatiale connaissent le programme
nécessaire, mais on leur dit que c’est trop cher. Alors, pour une fois
dans mon discours, je vais parler comme un pragmatique.
L’espace nous fait bien au contraire gagner beaucoup d’argent, comme
nul autre investissement ne saurait le faire. Avec le programme
Apollo, on estime que pour chaque dollar investi le produit national
brut des Etats-Unis s’est accru de deux dollars et demi, et le revenu
de chaque américain de deux dollars en moyenne. Les dépenses de
consommations se sont accrues quant à elles de un dollar et demi. Ces
trois conséquences mises ensemble ont conduit à un retour pour l’impôt
fédéral de 50 cents, sur chaque dollar investi au départ ! Vous ne
pourrez jamais imaginer une meilleure affaire ! Et vous devez
comprendre pourquoi.

Toutes les nouvelles technologies développées dans les domaines de
l’informatique, de l’électronique et des matériaux pour le spatial se
sont déversées dans l’industrie « civile ». Sans la conquête spatiale
comme catalyseur, comme objectif à long terme, nous n’aurions jamais
imaginé toutes ces solutions qui alimentent encore aujourd’hui ce qui
reste de notre progrès, de notre économie, notre bien-être. C’est ça
la vraie économie ! Une volonté, une vision du futur. Et c’est
seulement après, sans véritablement le rechercher, que des bienfaits
purement matériels voient le jour, et cela n’aurait jamais été
possible avec une vision à court terme.

Il y a quelques années, j’ai rencontré plusieurs étudiants allemands à
l’Agence spatiale européenne. Ils venaient tous pour la plupart de
l’université de Stuttgart. D’ailleurs, à mon avis, c’est dans cette
université que se trouve la meilleure formation en ingénierie spatiale
de toute l’Europe. Très récemment, j’ai entendu parler d’eux. Ils
développent un système permettant de ravitailler les vaisseaux dans
l’espace. Je sais que ces étudiants sont créatifs, et je suis heureux
que des jeunes aient encore la possibilité de s’investir dans ce genre
de projet. Leur travail peut aboutir à une révolution pour le
transport de gros tonnages vers la Lune. Avec un réapprovisionnement
en basse orbite terrestre d’un lanceur lourd tel que celui qui a servi
pour les missions Apollo, on peut espérer emmener une centaine de
tonne de matériel sur la Lune. Sans ce réapprovisionnement, le même
lanceur n’emmène que quelques tonnes.

Objectif Mars

Comme Krafft Ehrike et Van Braun l’ont fait en leur temps, nous avons
des idées pour les quarante prochaines années, en ce qui concerne
l’exploration spatiale. La Lune est une excellente plate-forme pour la
poursuite de l’exploration spatiale. La gravité y étant bien plus
faible que sur la Terre, il est beaucoup plus facile d’y faire
décoller des fusées. Le propergol pourra être produit sur place à
partir des ressources lunaires. Mais surtout, pour atteindre un
objectif comme Mars, nous aurons besoin d’une véritable rupture
technologique, car nous devons raccourcir considérablement le trajet,
qui de l’ordre d’une année avec la propulsion chimique actuelle. Il
faut par conséquent développer la propulsion ionique.

Dans l’espace, il n’y a aucun support pour produire une poussée.
Ainsi, le seul moyen pour une fusée de se déplacer est d’éjecter de la
matière, provoquant une poussée dans la direction opposée. Plus la
vitesse du gaz éjecté est grande, plus la poussée est grande.
Aujourd’hui, on éjecte le produit de la combustion chimique
d’hydrogène et d’oxygène. Mais cette combinaison n’éjecte pas la
matière à une très grande vitesse.

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Le quartier d’hiver de Sélénopolis, la capitale lunaire. Peint par Krafft Ehricke

La propulsion ionique consiste tout d’abord à ioniser un gaz. Un ion
est une particule avec une charge électrique. Grâce à cette charge
électrique, on est capable d’appliquer une force à cette charge et de
l’accélérer grâce à un champ électrique. L’ionisation, ainsi que
l’accélération des particules, consomme beaucoup d’énergie électrique.
Il faudra alors alimenter la fusée avec un réacteur nucléaire. Ainsi,
avec un gaz beaucoup plus léger, on peut produire une poussée beaucoup
plus efficace et raccourcir le temps de trajet vers mars à une
trentaine de jours !

C’est grâce au principe de l’augmentation de la densité d’énergie dans
la fusée que l’on réussit ce défi qui consiste à rendre une planète
comme Mars accessible. Pour la Lune la propulsion chimique suffit, car
elle est située à seulement trois jours de distance avec ce mode de
propulsion. Pour toute autre planète cependant, comme je vous l’ai
dit, il nous faut autre chose.

J’ai partagé avec vous mes réflexions en ce qui concerne notre
impératif d’explorer l’espace. J’ai tenté de vous convaincre que nous
en avons besoin pour un futur proche, mais je ne peux pas vous faire
une démonstration logique que nous devons le faire. C’est avant tout
une foi. La même foi qui pousse les scientifiques à rechercher : une
foi qu’il existe des lois qui décrivent la nature et l’univers, une
foi en la capacité de l’homme à découvrir ces lois, et enfin une foi
que l’homme doit faire usage de ces connaissances pour sa prospérité
et son bien-être.

Tout commence avec une foi, une intuition. C’est la façon dont Planck
ou Leibniz pensaient la science. On ne peut démontrer qu’après coup
que son intuition était la bonne, une fois que vous avez effectivement
fait une découverte. C’est la même chose avec l’exploration spatiale.
J’ai la foi que l’expansion dans l’espace est notre futur, et qu’un
jour, nous rirons du fait que nous croyions que nous étions condamnés
à rester sur Terre, de la même façon que l’on a cru que la Terre était
plate.

Nous devons croire en notre capacité à modeler le futur tel que nous
le rêvons. L’espace est une étape naturelle pour le futur de
l’humanité. Et la nouvelle génération est prête pour cela !

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