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Non à la COP21, le sommet de la dépopulation !

Si le monde est réduit aux seules énergies renouvelables, qui par leur faible densité et leur caractère intermittent permettent de produire beaucoup moins que les combustibles fossiles et le nucléaire, la capacité d’accueil de la Terre se réduira brutalement à un milliard d’êtres humains !

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Les biocarburants, une dangereuse escroquerie généreusement financée

Utiliser de la nourriture pour propulser des véhicules motorisés ? Cette « mode » est partie des Etats-Unis pour se propager rapidement dans le monde, avec des « chocs alimentaires » en perspective. Marsha Merry Baker, rédactrice de l’Executive Intelligence Review, répond à nos questions.

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Les usines de production d’éthanol poussent comme des champignons en France et partout dans le monde

 La France se met à l’heure des biocarburants

par Yves Paumier

Tereos, Cristal Union, Roquette, Soufflet... constituent la France qui se sucre avec le bioéthanol. Dan l’hexagone, une vingtaine de distilleries ou raffineries se consacrent à la production de biocarburants. Face à Tereos, le leader du marché du bioéthanol, ou trouve le sucrier Cristal Union, avec 25 % des parts de marché, contre 10 % pour l’amidonnier Roquette. Le reste va à l’espagnol Abengoa et au négociant Soufflet.

Un milliard d’euros sur trois ans ont été investis dans la construction de 6 nouvelles installations. L’une des plus grandes distilleries du monde pousse sur 100 hectares, à Origny-Sainte-Benoîte, près de Saint-Quentin, dans l’Aisne, pour fournir 300 000 mètres cubes de bioéthanol par an à partir de la betterave à sucre. L’investissement dans la création de l’unité de production de bio-éthanol de Cristanol à Bazancourt (Marne) porte actuellement sur 90 millions d’euros. Une deuxième tranche, portant l’investissement total à 200 millions d’euros, pourrait être lancée dans un proche avenir.

Déçus par le sucre, les planteurs de betteraves croient désormais dur comme fer aux biocarburants, portés par la vague du développement durable et des économies de pétrole : 20 000 hectares de terres sont donc passés ces derniers mois d’une production de sucre à une production d’éthanol, contre 12 000 hectares pour les céréales.

Pour le biodiesel, Sofiproteol (marque Lesieur) a le monopole. Il investi 450 millions d’euros pour construire ou agrandir 8 usines. Autre projet d’envergure, celui d’une usine de fabrication de biodiesel en 2009 à Fos-sur-Mer. C’est près de 280 millions d’euros d’investissements a terme. Ce projet de 37 millions d’euros, est porté par les sociétés Acciona Energie et Compagnie du Vent, cette dernière étant l’un des leader français de l’éolien. Dotée de deux unités de fabrication, d’une capacité de 44 000 m3 de biodiesel, cette usine nécessitera l’importation de matière première, comme l’huile végétale, pouvant être acheminée par la mer, le fleuve ou le fer.

Dans les locaux de l’Institut Français du Pétrole, le projet de recherche Nile tourne depuis 2004. Le projet représente un budget total de 12,8 millions d’euros, dont 7,7 millions à la charge de Bruxelles, octroyés par la Commission européenne au titre du Sixième programme-cadre de recherche et développement technologique.

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Dominique de Villepin aurait-il pris pour modèle la mascotte de l’industrie américaine de l’éthanol ?

 La politique de de Villepin

Sous l’impulsion du Premier Ministre Dominique de Villepin, la France a décidé de rattraper son retard sur la législation européenne en incorporant 5,75 % de biocarburants aux produits fossiles pour 2008. Mais les capacités de production risquent de ne pas suffire pour tenir ce court délai : en 2005, un demi million de tonnes de biocarburants (400 000 tonnes de biodiesel et 100 000 tonnes d’éthanol) ont été incorporées aux 40 millions de tonnes de carburants consommés dans les transports, ne constituant que 1,25 % du total.

Au total, les investissements dans les biocarburants devraient se monter à 3 milliards d’euros d’ici à 2010, et mobiliser 2,5 à 3 millions d’hectares de terres agricoles. En juin 2006,Thierry Breton a confié à Alain Prost le pilotage du groupe de travail en charge du plan Flex Fuel 2010, afin de résoudre les nombreux problèmes logistiques liés à la mise en œuvre de cet objectif.

Cette politique devrait être maintenue après la prochaine élection présidentielle. Dans son Pacte écologique, Nicolas Hulot a défié l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle de 2007 à s’engager à taxer les émission de carbonne afin de réduire les émissions à effet de serre. Le chauffage pavillonaire domestique est autant visé que la pompe par une taxe en augmentation régulière sur les émissions de gaz carbonique. Pour les personnes privées, par exemple, il faudra réduire la consommation moyenne des voitures de 8 litres aux 100 km à 4 litres. La grande majorité des candidats se sont précipités pour reprendre à leur compte les propositions de Hulot.

Sur son site, François Bayrou propose donc de mettre en place un plan de longue durée, sur deux décennies, de renchérissement des carburants, avec une annonce trois ans à l’avance afin de permettre aux différents acteurs de s’adapter. Les revenus tirés d’une taxe carbone permettront de prendre en charge une partie des charges sociales qui pèsent sur les travail. « Il faut développer les biocarburants et les énergies renouvelables », affirme le président de l’UDF, qui souhaite que la politique fiscale favorise leur utilisation. Quant à l’instauration d’une taxe carbone, il y est favorable afin de forcer les consommateurs à avoir une stratégie personnelle d’économie.

Ségolène Royal a officiellement repris Hulot, mais ses textes sont plus vagues : « Comme je l’ai déjà évoqué sur le chapitre « énergie » je souhaite aussi stimuler le rôle que peuvent jouer les agriculteurs comme fournisseurs d’énergie (biomasse, biocarburants, biogaz, gestion de fermes éoliennes.) Le renforcement de cette fonction nécessitera des adaptations réglementaires et fiscales du statut d’agriculteur. »

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Nicolas Sarkozy tient un langage qui fait plaisir à tout le monde mais ses propositions font le jeu des cartels céréaliers et de la mondialisation

Nicolas Sarkozy tiend un language qui fait plaisir à tout le monde mais ses propositions font le jeu des cartels céréaliers et de la mondialisation. Le 18 octobre 2006 il s’exprimait à Charleville-Mézières : « Premièrement, il faut que nos agriculteurs puissent vivre de leur prix, de leur production, de leur travail. C’est la condition de leur dignité. Cela ne signifie pas que les aides vont disparaître. Les aides sont nécessaires. Mais cela veut dire qu’à l’occasion du découplage, il faut tout faire pour orienter davantage la production vers la demande et augmenter la part des prix dans les revenus des agriculteurs. (...) Concrètement, cela passe par une présence sans complexe sur les marchés internationaux, (...) je souhaite une une évolution visant à être plus compétitif sur le marché : Il est essentiel que l’agriculture européenne puisse concurrencer l’agriculture américaine au seul titre des prix. » Malgré une vague référence à la « préférence communautaire », Nicolas Sarkozy vise bien une régulation des prix agricoles par les marchés. A Vergezac, le 8 septembre 2006, il déclarait : « Ces nouveaux débouchés agricoles stimuleront la demande mondiale, et la demande mondiale stimulera les prix. Je vous donnerai un exemple : les prix mondiaux du sucre ont triplé en 2005. Pourquoi ? Parce que les prix du pétrole ont décollé et rendu rentable une production massive d’éthanol. Ce n’est pas un accident, c’est l’avenir ».

Le problème est que la montée subite des prix risque rapidement de noyer cette belle mécanique. En Espagne, une unité de production de biocarburants appartenant à Abengoa et Ebro Puleva devra fermer ses portes, à cause de la hausse incontrôlée des prix du maïs, qui rendent l’éthanol plus cher que l’essence.

Aux Etats-Unis, on assiste actuellement à une campagne frénétique en faveur des biocarburants. Le mouvement politique de Lyndon LaRouche s’y oppose résolument. Pouvez-vous résumer pour nos lecteurs l’essentiel de son argumentation ?

Vu de l’extérieur, il est sans doute difficile de comprendre à quel point le battage est intense, ici, en faveur de la production de carburants à partir de récoltes comme le maïs. Si cette campagne aboutit, c’est la catastrophe assurée. Elle a déjà provoqué des tensions sur le plan alimentaire, notamment au Mexique.

Notre mouvement politique, celui de Lyndon LaRouche, a été parmi les premiers à dénoncer cette escroquerie, du point de vue scientifique. Dès les années 1970, LaRouche est intervenu personnellement dans le débat au Brésil pour s’opposer à l’utilisation de la canne à sucre pour produire de l’essence-alcool. Ensuite, en septembre 1979, le magazine Fusion publiait une étude que LaRouche avait commissionnée pour dénoncer le projet brésilien de « carburol » et son impact désastreux sur l’économie du pays.

Plus récemment, depuis juin 2006, l’EIR a consacré plusieurs dossiers à la question. Mais je peux essayer de résumer en trois points les arguments avancés pour exiger la fin du programme de biocarburants :

Energie. La quantité d’énergie nécessaire pour produire un biocarburant est supérieure à la quantité que le produit final peut fournir, que ce soit pour l’essence-alcool, l’éthanol, le bio-diesel ou leurs variantes. En outre, à part le bilan énergétique net du carburant, on doit tenir compte de la considération dynamique de l’énergie, au sens élargi de puissance, dans l’économie. La vie végétale capture de l’énergie solaire pour produire de la bio-masse, dont l’utilisation la plus efficace est pour la nourriture, non comme combustible [cf. l’article de Laurence Hecht plus bas].

Nous disposons désormais d’une source énergétique beaucoup plus puissante, l’énergie nucléaire à partir de l’uranium, du thorium, etc. Le nucléaire a des utilisations multiples - systèmes de transport, chaleur industrielle, électricité en tant que telle, dessalement de l’eau de mer pour faire face au manque d’eau potable. En même temps, le pétrole et autres combustibles fossiles peuvent servir de matière première pour des procédés chimiques - et non comme carburant.

Infrastructure. La production de biocarburants a un lourd effet d’usure sur les infrastructures existantes. Prenons l’exemple de l’éthanol produit à partir du maïs, dont la matière première aussi bien que le produit final doivent être acheminés par route ou par rail, provoquant de gros encombrements. De même, la culture de maïs consomme beaucoup d’eau et les distilleries d’éthanol aussi, avec des effets néfastes sur les nappes phréatiques qui sont déjà faibles.

Incompétence suspecte. Les biocarburants ne sont pas une mode spontanée, imaginée par des producteurs de maïs quelque part dans le MidWest ou par des planteurs de canne à sucre au Brésil il y a 35 ans. Aujourd’hui, ils sont promus par un réseau de cartels de matières premières et de cercles financiers, qui n’ont que faire des répercussions négatives sur les économies nationales et qui bloquent délibérément le nucléaire civil depuis les années 1970. Prétendre défendre une telle escroquerie au nom de la science est sans doute le plus grand de tous les scandales.

 Le rôle des cartels alimentaires

Qui sont les principaux instigateurs de l’engouement actuel pour les biocarburants ? Et pourquoi maintenant, au moment où le système financier international est au bord de l’effondrement ?

Prenez simplement le géant pétrolier British Petroleum : en 2000, il a lancé un slogan publicitaire proclamant que BP signifie « Beyond Petroleum » (au-delà du pétrole). Les grands cartels de matières premières s’appellent Archer Daniels Midland (ADM), Cargill, BP, Chevron, etc., qui forment une grande famille incestueuse : ainsi, depuis juin 2006, l’ancienne vice-présidente de Chevron chargée de la commercialisation de pétrole, Patricia Woertz, est PDG de ADM.

Pour sa conférence annuelle, les 1er et 2 mars prochains, le ministère américain de l’Agriculture a invité des représentants de Cargill, ADM et Chevron pour parler d’« énergie renouvelable ». Autrement dit, si les noms d’Halliburton et d’Enron vous font horreur, sachez qu’avant eux, il y avait les cartels alimentaires et énergétiques. Leur rôle dans les biocombustibles va de pair avec la désindustrialisation qu’on défend au nom des énergies alternatives.

Ces réseaux déterminent en grande partie si les récoltes donneront des produits alimentaires ou du carburant. Cargill est implanté partout en Europe, notamment en France, pour la trituration des graines oléagineuses. Depuis Liverpool jusqu’à Montoir, il met désormais en place des installations de biocarburants à côté des centres de trituration de graines oléagineuses.

Sur le plan politique, ces cartels exercent des pressions intenses pour faire voter des lois qui leur soient favorables. Ainsi, plusieurs pays ont adopté des textes stipulant qu’à une date donnée, tel pourcentage de la consommation énergétique totale devra provenir de biocarburants. La France a décidé en septembre 2005 que 5,75 % des carburants consommés en 2008 devraient être d’origine végétale, 7 % en 2010 et 10 % en 2015.

Ce genre de loi garantit la « sécurité des marchés pour les investisseurs ». Signalons que la banque Morgan Stanley possède la deuxième société privée d’éthanol au monde, Aventine Renewable Energy Holdings, Inc.

Pour bien comprendre la tolérance d’une telle situation, il faut remonter en fait aux années 1960 et aux arguments avancés alors, à gauche comme à droite, pour justifier des énergies alternatives, comme la biomasse, tout en stigmatisant le nucléaire civil. A l’époque, l’offensive était surtout menée par Albert Wohlstetter, de la Rand Corporation, qui se battit avec acharnement, à partir des années 1950, pour empêcher la propagation de l’énergie nucléaire. Dans ce camp, à droite on trouvait des personnes comme Paul Wolfowitz, actuel directeur de la Banque mondiale, et Richard Perle, et à gauche, les Barry Commoner et Ralph Nader. Aujourd’hui, si l’on fait une distinction entre George Shultz et Al Gore, elle est insignifiante.

 Des réserves en baisse

La tendance actuelle est d’autant plus dangereuse compte tenu de la chute des réserves alimentaires mondiales et du danger de maladies végétales, n’est-ce pas votre sentiment ?

Même sans utiliser les terres agricoles pour les biocarburants, la production mondiale de produits alimentaires arrive à un stade critique. Au cours des dernières décennies, au nom du « libre-échange » ou, en Europe, de la Politique agricole commune, on n’a pas investi dans les équipements nécessaires pour accroître le rendement agricole - nouveaux approvisionnements en eau, installations de stockage, transport - parce que les cartels agro-alimentaires ont préféré délocaliser la production dans des pays à main-d’œuvre bon marché.

A l’échelle mondiale, les réserves de céréales n’ont cessé de diminuer ces dernières années, en termes de tonnage absolu et par tête. Représentant 408 millions de tonnes en 2004, elles n’en faisaient plus que 318 en 2006, soit une chute de 23 %. Les réserves actuelles sont inférieures au minimum nécessaire dicté par des considérations de sécurité nationale.

Par ailleurs, sous la pression des cartels qui contrôlent 80 % de toutes les céréales commercialisées, on a imposé la monoculture sur de vastes étendues. Par exemple, ADM et Cargill ont tenté d’imposer la culture du soja au Brésil.

Cela rend toute la chaîne alimentaire mondiale plus vulnérable aux maladies et aux perturbations climatiques. Prenons l’exemple du blé. En 1999, la puccinia graminis (rouille noire) s’est manifestée en Afrique orientale. Cet hiver, on en a trouvé trace au Yémen et l’on s’attend à ce qu’elle se propage vers le Pakistan et l’Inde, où est produit 25 % de tout le blé consommé dans le monde. Les organismes chargés d’intervenir d’urgence dans de tels cas sont sous-financés depuis 25 ans, alors que ADM, Cargill, Monsanto et autres ont imposé leur contrôle sur le traitement et les qualités génétiques des récoltes, au point de contrôler très strictement les semences, par brevet.

Aux Etats-Unis, contrairement à l’Europe, c’est essentiellement le maïs qui est utilisé pour la production d’éthanol. Pouvez-vous décrire cette évolution ces dernières années ?

En 2000, environ 6 % de la production annuelle de maïs aux Etats-Unis avait pris le chemin des distilleries d’éthanol. En 2005, ce chiffre était de 15 %, en 2006, d’environ 20 % et il pourrait atteindre 30 % en 2007. En termes de volume, la quantité utilisée pour le carburant équivalait à la quantité exportée.

En 2006, on comptait quelque 110 distilleries d’éthanol dans le pays, et 73 de plus sont prévues ou en voie de construction. Le gouvernement fédéral verse au propriétaire de l’usine une subvention de 51 cents par gallon (3,8 litres) d’éthanol produit.

Comment se fait-il que les agriculteurs tombent dans le piège ?

La plupart des fermiers américains reconnaissent qu’il s’agit d’une escroquerie, mais ceux qui s’y lancent le font surtout pour gagner de l’argent et parce qu’ils ne font pas confiance à Washington pour changer de politique. Durant les trois dernières décennies de mondialisation, les prix payés aux agriculteurs américains étaient loin de couvrir les coûts de production. Maintenant, on a de plus en plus d’exploitations commerciales immenses, des sortes de nouvelles plantations. Pour le peu d’exploitations familiales qui existent encore, la famille doit compter sur un emploi extérieur pour survivre. Dans ce contexte, certains se sont réunis en coopératives pour construire une distillerie d’éthanol, ou ont investi dans une distillerie par ailleurs. Ils préféreraient produire des biens destinés à nourrir correctement la population, mais pour cela ils doivent recevoir des prix raisonnables.

De toute façon, ceux qui se sont tournés vers l’éthanol sont extrêmement vulnérables, parce que dès que le prix de maïs augmentera ou que le prix du carburant baissera, leur profit partira en fumée. A ce moment-là, ADM pourra les racheter pour deux fois rien.

La situation au Mexique est particulièrement préoccupante, avec la montée en flèche du prix de la tortilla.

En effet, cet aliment de base des Mexicains a vu son prix augmenter de 50 % au cours des deux premières semaines de janvier. Le problème remonte à l’entrée en vigueur de l’ALENA, l’accord de libre-échange nord-américain, en 1994. On a convaincu les Mexicains d’importer plutôt du maïs des Etats-Unis, où la production était meilleur marché. En réalité, l’agriculture mexicaine a été dévastée par l’ALENA. Avant même la grande escroquerie de l’éthanol à base de maïs, la consommation de tortillas avait ainsi diminué de 25 % depuis 1996.

Les réactions ailleurs dans le monde ont-elles été plus raisonnables ?

En gros, la plupart des pays font du suivisme aveugle derrière les Etats-Unis. Le président Bush se rend en mars au Brésil pour parler de biocarburants, et une grande conférence internationale s’y tiendra fin février. Aux Etats-Unis mêmes, tous les candidats potentiels à la présidence en 2008 font de la surenchère sur la question. Il y a un peu de résistance en Asie du Sud-Est, en Malaisie, Indonésie et Thaïlande.

Or, au-delà du carburant en tant que tel, c’est toute la manière de penser l’économie physique qu’il faut revoir. Que l’on rompe, enfin, avec l’idéologie post-industrielle et « écolo » de ces quarante dernières années. C’est justement le but des derniers écrits de Lyndon LaRouche destinés en particulier aux élus.


 Sur quels critères déterminer un carburant ?

La récente campagne du gouvernement américain sent le roussi. Laurence Hecht, du magazine 21st Century, explique pourquoi, du point de vue énergétique et scientifique, les biocarburants sont une aberration.

Les chiffres avancés par des organismes du gouvernement américain concernant l’utilisation des biocarburants paraissaient suspects aux yeux des experts de l’Executive Intelligence Review, qui décidèrent d’yregarder de plus près.Les premiers indices qu’ilsontdécouverts suffisent déjàà justifier l’ouverture d’une enquête au Congrès sur ce qui pourrait s’avérer la plus grande et la plus coûteuse des escroqueries de l’administration Bush-Cheney depuis la guerre d’Irak.

Les principaux bénéficiaires de cette arnaque sont les cartels céréaliers, les grands fonds spéculatifs qui se sont déjà rués sur ce nouvel eldorado et, à un niveau encore plus élevé, les intérêts qui cherchent à réorienter les Etats-Unis et l’ensemble du monde occidental vers une société agricole de type impérial. Le grand perdant sera bien entendu la population, y compris les agriculteurs et entrepreneurs qui se sont laissés faire, en investissant dans cette escroquerie rappelant la bulle du Mississipi de John Law.

Notre enquête démarra sur les affirmations de responsables des ministères américains de l’Agriculture (USDA) et de l’Energie (DOE), selon lesquelles la productionde biocarburants à partir de maïs dégageraitun surplus de 30 528 BTU par gallon, [1] soit 67 % de plus que l’énergie requise pour cultiver, transporter et distiller le maïs, et que les biocarburants cellulosiques fourniraientdes rendements encore meilleurs. [2] Or même si quelques analyses indépendantes, pour la plupart récentes, laissent apparaître un solde énergétique légèrement positif, les chiffres mis en avant par les organismes officiels, en particulier ceux de l’économiste en chef de l’USDA, semblent fortement exagérés. Il apparaît que les données sont choisies sélectivement.

S’il est vrai, comme le suggèrent les premiers résultats de notre enquête, que le bilan énergétique des biocarburants a été arrangé à des fins de propagande, la source de cette corruption n’est pas difficile à trouver. Un responsable expérimenté du gouvernement fédéral affirmait dans le Scientific American de janvier 2007, en référence à la détaxe de 51 cents par gallon dont bénéficient actuellement les biocarburants : « Le Congrès n’a pas fait une analyse du cycle biochimique, mais une étude du type ADM. » ADM signifie Archer Daniels Midland, le plus grand des cinq géants céréaliers qui défendent depuis plus de deux décennies les biocarburants fabriqués à partir de maïs et dont l’influence sur le USDA est un secret de polichinelle.

 La thermodynamique

L’escroquerie va cependant au-delà de la question du bilan énergétique, dont on peut toujours débattre. Pour mener à bien une évaluation compétente de l’efficacité des biocarburants, il faut prendre en compte l’efficacité thermodynamique globale de l’économie nationale. Et sur ce point, les délibérations du Congrès et des organismes gouvernementaux ont été soit inexistantes, soit tout à fait incompétentes. Précisons tout de suite que les habituelles mesures comptables de rentabilité nette n’ont rien à voir avec une analyse compétente.

Le principal problème que l’on rencontre chez les défenseurs les mieux intentionnés des biocarburants est d’avoir accepté que les termes du problème soient définis de manière trop étroite, alors qu’il faut au contraire aller au-delà de ces limites pour le résoudre. Exemple : le problème tel qu’il est défini porte sur une partie limitée de l’efficacité générale de notre économie nationale, en l’occurrence la production de carburant pour le déplacement de véhicules motorisés. Dans une économie moderne, basée sur l’énergie nucléaire, les meilleurs candidats pour le développement d’un carburant portable pour véhicules motorisés sont l’électricité et l’hydrogène : la première pour recharger les batteries de véhicules hybrides, la seconde pour alimenter des piles à combustible ou les chambres à combustion de turbines en céramique à haute température, pouvant brûler l’hydrogène avec un rendement deux fois plus important que celui des moteurs à essence les plus performants. Comme mesure intérimaire, des hydrocarbures liquides synthétiques comme l’éthanol ou le méthanol peuvent cependant être fabriqués à partir d’hydrogène obtenu par le cracking ou l’électrolyse nucléaire de l’eau, et de carbone provenant du charbon ou d’autres sources, incluant même une petite quantité de déchets agricoles.

C’est le faible coût et le rendement global du cycle nucléaire, et non le simple bilan énergétique du combustible produit, qui doit dicter le choix d’un remplaçant pour l’essence. D’un point de vue strictement thermodynamique, le coût énergétique de n’importe quel combustible produit synthétiquement est toujours plus élevé que ce qu’il peut fournir lors de son utilisation. Cela vaut autant pour l’électricité produite depuis plus d’un siècle que pour l’hydrogène qui sera produit grâce au nucléaire dans les décennies à venir.

Or l’efficacité de l’électricité, qui fut l’un des principaux moteurs du progrès de la productivité de notre économie physique au cours du XXème siècle, réside dans les nouvelles qualités de capacité productive qu’elle a apportées à l’agriculture, aux usines et à nos foyers. Ce paradoxe devrait aider nos lecteurs à comprendre la nécessité de redéfinir la signification de l’efficacité thermodynamique du point de vue de l’économie physique dans son ensemble, et non en termes purement mécaniques.

 Nourriture et principe scientifique

Abordons maintenant la question du point de vue souvent mis de l’avant par l’économiste Lyndon LaRouche, à l’aide de la terminologie développée par Vladimir Vernadski (1863-1945), un savant russe d’origine ukrainienne, fondateur de la biogéochimie. Concevons l’univers dans lequel nous vivons comme étant constitué de trois grands domaines : le non-vivant, qui enveloppe tout ce que le chimiste appelle l’inorganique ; le vivant, qui inclut tous les êtres vivants et leurs sous-produits (la biosphère) ; puis, finalement, un domaine singulier, relativement nouveau à l’échelle du temps géologique, et ses sous-produits tant matériels que spirituels : le domaine de l’esprit humain (la noosphère). Gardons maintenant à l’esprit la constante interaction de ces trois domaines au fil des temps, depuis la période où la vie n’existait que comme potentialité non exprimée jusqu’à son développement et sa propagation rapide pour constituer la biosphère, en s’appropriant le domaine de l’inorganique, et de là, à l’émergence des capacités cognitives de l’humanité.

De ce point de vue, le bilan énergétique négatif des biocarburants est conforme aux principes fondamentaux de la science et de l’économie physique. Par principe, quand bien même un biocarburant semblerait afficher un bilan énergétique net positif du point de vue thermodynamique, il serait délirant de convertir une bonne partie de l’agriculture en production d’éthanol, par exemple.

La confusion entourant la question du bilan énergétique des biocarburants vient d’une incompréhension de la distinction fondamentale entre énergie et puissance. Le concept d’énergie, tel que l’utilise la thermodynamique, se fonde sur la théorie mécanique de la chaleur, c’est-à-dire qu’on suppose qu’une quantité donnée de chaleur peut être assimilée à une quantité définie de mouvement. Elle est utile dans la mesure où elle permet de comparer le travail de tous les types de machines - mécaniques, électriques, chimiques et thermiques. Mais la thermodynamique ne permet en aucun cas d’évaluer les systèmes humains et l’économie naturelle. La puissance, au sens classique, grec, du terme (dynamis), telle qu’elle est invoquée dans le Théétète de Platon, signifie tout autre chose. Exemple : qu’est-ce qui est plus puissant, une bombe atomique, ou l’esprit humain ?

Ainsi, la puissance utile que recèle un épis de maïs ne doit pas être mesurée par le nombre de kilocalories ou de BTU pouvant être générés par sa combustion, ou celle, moins énergétique, de l’éthanol qui en est dérivé. Car en terme d’énergie pure, et nous avons là un second paradoxe, il y a plusieurs millions de fois plus d’énergie dans un gramme d’uranium légèrement enrichi que dans un épis de maïs. Pourtant, l’épi de maïs contient plus de puissance, car il représente un degré beaucoup plus élevé d’organisation de la matière. Sa capacité d’alimenter les métabolismes animal et humain n’est pas seulement plus grande, elle est infiniment plus grande. Imaginez la différence entre manger quelques grammes d’uranium ou un épis de maïs, et vous comprendrez la nature du problème.

Nous sommes maintenant en mesure de comprendre certains fondamentaux que la plupart de nos concitoyens étaient en mesure de saisir facilement il y a quelques décennies encore : premièrement, le but des terres agricoles et des infrastructures qui leur sont affiliées est de produire de la nourriture. La matière vivante associée à la chlorophylle dans les plantes vertes permet de convertir le flux de densité énergétique extrêmement faible du Soleil en une substance sans laquelle nous ne pourrions vivre.

Deuxièmement, les processus industriels modernes nécessitent l’application de puissance à des niveaux de densité énergétique très élevés, sous forme d’électricité, de lumière, de chaleur organisée, etc., et pour cela, nous nous tournons vers des processsus non vivants, plus particulièrement dans les régions atomiques et subatomiques, afin de générer des flux d’énergie incomparablement plus denses que ceux reçus du Soleil.

C’est dans ce sens que doit évoluer toute économie moderne, destinée à améliorer le niveau de vie de la population. La vision opposée, celle des défenseurs des biocarburants, nous renverrait à un monde pré-industriel où l’on brûle des produits organiques pour obtenir du feu et de la chaleur.

 La fantaisie des biocarburants cellulosiques

La dernière fantaisie mise de l’avant par les partisans des biocarburants est que l’éthanol cellulosique - distillé à partir de plantes non alimentaires comme le panic raide, le seigle bâtard ou le pin méridional, voire même le vieux papier - peut suppléer au manque anticipé de céréales. Des études détaillées sur ces questions ont été effectuées aux Etats-Unis par les Départements de l’Agriculture et de l’Energie (USDA et DOE). Dans l’une d’entre elles, les distances optimales de collecte des pieds de maïs et de panic raide pour la production d’éthanol sont comparées. [3] Le rêve est de voir s’implanter dans la campagne des myriades de distilleries, s’appuyant sur le dur labeur des paysans dans un rayon de 40 à 50 km pour les pieds de maïs, et jusqu’à 100 km pour le panic raide. Il s’agit là du monde agricole primitif rêvé par John Ruskin et ses pré-raphaélites. Afin de voir plus clairement comment une telle vision nous conduirait à la catastrophe économique, prenons un peu de hauteur et considérons la production de l’éthanol d’un point de vue biochimique.

L’éthanol, ou alcool éthylique, la même substance que l’on trouve dans la bière, les vins et les spiritueux, est produit par la fermentation de sucres simples sous l’action de levure, formée de petits organismes. Dans la production de vin et de cidre, les sucres des fruits sont décomposés par les bactéries contenues dans l’air ou qui sont introduites par le vigneron. Pour fermenter du maïs ou autres céréales, il faut d’abord casser l’amidon, autrement connu sous le nom d’amylose, qui constitue presqu’entièrement la partie nutritionnelle du grain, en molécules de sucre plus simples. L’amidon est un type de molécule complexe, un polymère, une chaîne de plusieurs centaines ou même de milliers de molécules de sucre. Dans le système digestif humain, l’amidon contenu dans les céréales ou autres aliments est décomposé par des enzymes de formes légèrement différentes, généralement connue sous le terme d’amylase, présente dans la salive et les fluides intestinaux. En s’attaquant aux liens chimiques qui lient les molécules entre elles, les enzymes décomposent les polymères de l’amidon en sucres simples, afin qu’ils puissent être métabolisés. L’amylase, isolée pour la première fois du malt en 1835 par Anselme Payen et Jean Persoz, a depuis longtemps été utilisée dans la fermentation industrielle des céréales. Aujourd’hui, les deux types d’amylase utilisés dans la production d’éthanol à partir du maïs ajoutent 4 ou 5 cents à chaque gallon d’éthanol obtenu.

La cellulose, qui constitue la plupart des fibres qui servent de structure aux plantes et aux arbres, est très similaire à l’amidon, et partage la même formule générique (C6H10O5)n. La cellulose est le composé organique le plus abondant dans la biosphère, contenant plus de la moitié de tout le carbone organique. Mais casser la cellulose en sucres simples afin qu’ils puissent être fermentés en éthanol n’est pas aussi simple. Seuls quelques mammifères en sont capables, des ruminants, parmi lesquels les castors, peuvent digérer la cellulose, et encore pas par leurs propres moyens, mais à l’aide des bactéries qu’ils hébergent au sein de leur estomacs. Dans la nature, la tâche de la décomposition de la cellulose afin que le carbone puisse être réutilisé est donnée à certaines bactéries et champignons microscopiques.

Comme l’amidon, la cellulose est classifiée comme polysaccharide, ce qui signifie une collection de plusieurs molécules de sucre. Dans la cellulose, elles sont cependant assemblées de manière légèrement différente. Les unités structurelles sont composées de deux molécules de sucre liées entre elles, qui s’enchaînent ensuite par centaines. Des liens entre les atomes d’hydrogènes de différentes chaînes de sucre confèrent à la structure de cellulose des qualités semblables à celle de certains cristaux. Des milliers de brins de polymères peuvent être ensuite assemblés. Compliquant encore plus le problème d’accession aux sucres simples, la cellulose est enveloppée d’un film d’hémicellulose, un autre polysaccharide, et de lignine. L’hémicellulose est plus facile à casser mais plus difficile à fermenter que la cellulose. En fin de compte, la cellulose fait le boulot que la nature lui a confié, qui est celui de permettre aux plantes de se tenir debout et de les protéger contre les attaques extérieures. Ainsi il est intéressant de souligner que le bois est, à poids égal, plus fort que l’acier comme élément structurel. Sa force vient de son ingénieuse structure formée de cellulose et de lignine. Les molécules organiques sont construites autour de l’incroyable versatilité des tétraèdres d’atomes de carbone qui peuvent former des chaînes, des anneaux et des spirales, et les autres structures topologiques plus complexes de la matière vivante. Ce que la vie constuit, l’homme peut le détruire ; mais à quel coût et à quelle fin ?

L’éthanol produit à partir de maïs n’est rentable que grâce aux subsides fédéraux de 51 cents par gallon dont il bénéficie. Pour que l’éthanol cellulosique puisse à son tour se qualifier pour l’obtention de subsides fédéraux, il reste à résoudre de nombreux problèmes. Un pré-traitement au moyen de chaleur et d’acides est requis pour enlever la lignine de la cellulose. Une fois libérée, la cellulose doit à son tour être traitée au moyen d’acides puissants et de températures plus élevées.

Les partisans de l’éthanol cellulosique rêvent de nouveaux moyens de produire des enzymes de cellulase. Jusqu’ici, cela reste un rêve. Il y a quelques années, le Laboratoire national des énergies renouvelables (NREL) du Département américain de l’Energie (DOE) a signé un contrat avec les deux plus grandes sociétés d’enzyme, où il s’agissait d’essayer de diminuer le coût de production de la cellulase. Au cours de la Phase 1, les coûts furent réduits de 10 à 20 fois. Le prix de l’enzyme, selon les calculs les plus optimistes, était encore de 30 à 40 cents par gallon, l’objectif étant un prix de 10 cents tout au plus, ce qui s’est avéré bien plus difficile. Selon un article publié en janvier 2007 dans le Scientific American, par Matthew Wald, « lors d’un séminaire dans la Chambre des Représentants en septembre 2006, les sociétés se sont plaintes qu’aucun bureau d’études techniques ne voulait donner des assurances vis à vis des banques, comme quoi l’usine [cellulosique] marcherait réellement une fois construite. »

Parmi les éléments qui pourraient être sélectionnés pour produire de l’éthanol cellulosique on distingue une herbe haute, indigène de l’Amérique du Nord, dite « switchgrass » (panic raide), Miscanthus (une grande herbe originaire d’Asie, déjà l’objet d’expériences scientifiques en Europe), et des arbres à croissance rapide, dont le pin méridional (Pinaceae Pinus palustris Miller). Ces espèces - aux dires du lobby éthanol - ne seront jamais en concurrence avec des cultures vivrières, contrairement au maïs. Le hic : il faudra tout de même trouver les terres, l’infrastructure et la main d’oeuvre agricole spécialement dédiées !

Par exemple, Robert Rapier, rédacteur d’un Blog appelé « R-Squared Energy », a étudié la production d’éthanol cellulosique à l’Université A & M du Texas. Selon ses calculs, une usine d’une capacité de 50 millions de gallons d’éthanol cellulosique annuels consommerait 860 585 (huit cent soixante mille cinq cent quatre vingt cinq !) conifères de type Douglas Fir (Pseudotsuga menziesii) tous les ans simplement pour pouvoir continuer à opérer ! Alternativement, si le panic raide était l’heureux élu du lobby éthanol, et à supposer que les récoltes de celui-ci fussent toujours fort abondantes, il faudrait y consacrer 13 % de toute la surface des USA pour remplacer la moitié de la consommation américaine actuelle de pétrole par l’éthanol cellulosique. A supposer toutefois qu’une usine de production d’éthanol cellulosique puisse être - de près ou de loin - efficace. C’est à peu près ce que nous avions vu plus haut, en termes de surface des terres, pour l’éthanol de maïs. Il est parfaitement évident que de telles surfaces cultivables et accessibles n’existent pas.

 Le débat sur le bilan énergétique

Cela fait un quart de siècle déjà que les scientifiques ont prouvé maintes et maintes fois que produire un gallon d’ethanol consomme bien plus d’énergie que l’on en retire. En 1980 et 1981, deux études du DOE ont démontré que le retour sur la production d’éthanol de maïs était négatif (d’abord, Gasohol : Report of the Energy Research Advisory Board, US Department of Energy, 1980 ; puis Biomass Energy, Report of the Energy Research Panel on Biomass, novembre 1981). Par la suite, vingt-six spécialistes indépendants ont examiné ces conclusions, et les ont approuvées. Depuis 1981, d’autres enquêtes sont venues les confirmer, notamment une étude exhaustive du Dr. David Pimentel de l’University de Cornell, selon laquelle le bilan énergétique net serait de -29 % avec l’éthanol de maïs. [4]

Hosein Shapouri, économiste au Département de l’Agriculture, qui s’est fait l’avocat principal de l’éthanol, considère ces études des années 1980 comme « inutiles, car à l’époque, on ne savait pas comment s’y prendre pour produire de l’éthanol ». Il a récemment expliqué à EIR qu’il fallait alors 100 000 British Thermal Units (BTU) [5] par gallon pour traiter l’éthanol dans les usines inefficaces d’alors.

Le problème pour M. Shapouri, c’est que ses contradicteurs, et surtout le Dr. Pimentel, ainsi que le Prof. Tad Patzek de l’Université de Berkeley, n’ont pas utilisé les chiffres de 1981. Lorsque l’on convertit, en BTU par gallon, leurs estimations au sujet de la vapeur et de l’électricité qu’il faut pour distiller l’éthanol de maïs, ils arrivent à 53,431. Shapouri donne un chiffre pour l’énergie consommée en convertissant l’éthanol, qui est de 52,349 pour la mouture à l’état humide, et de 47,116 pour la mouture à l’état sec, ce qui donne une moyenne pondérée de 49,733 BTU par gallon. La différence n’est pas suffisamment importante pour expliquer le décalage énorme entre -29 % et +67 % (l’évaluation de Shapouri) dans leurs estimations respectives du bilan énergétique net.

Pimentel et Patzek ont rajouté d’autres petits facteurs, dont le coût énergétique de l’acier, de l’inox, et du béton de l’usine, non pris en compte par Shapouri, ainsi qu’un petit coût énergétique pour le traitement des eaux usées. Mais Shapouri rajoute parmi les facteurs coût 1,487 BTU par gallon pour la distribution de l’éthanol. En fin de compte, en ce qui concernel’aspectraffinage, Pimentel et Patzek arrivent à 56,436 BTU par gallon, et Shapouri à 51,220, une différence négligeable.

Cependant, apparaît une divergence bien plus significative au sujet des coûts énergétiques attribués à la production de maïs. Shapouri donne 18,713, et Pimentel et Patzek, 37,884 BTU par gallon, plus que le double. La différence est donc de 19,171 BTU, ou 26,6 % des 72,052 BTU par gallon d’énergie totale qu’exige la production d’éthanol de maïs, si l’on en croit les calculs de Shapouri.

Selon ce dernier, ses données proviennent des meilleurs calculs effectués par le USDA, et Pimentel, dit-il, un entomologiste, manque de connaissances agricoles.

Mais selon Pimentel, Shapouri a fait une petite sélection très personnelle parmi toutes les données disponibles. Il a notamment choisi d’inclure la récolte de maïs en provenance des états meilleurs producteurs, et a cherché les données de moindre valeur pour des facteurs comme le taux d’utilisation de fertilisants divers. Selon Pimentel, Shapouri n’a pas non plus assigné une valeur énergétique pour le travail dans les champs, ce que ce dernier reconnaît, tout en affirmant qu’il n’est au courant d’aucune méthode raisonnable qui permettrait d’estimer ces coûts.

Il se fait que la production de fertilisant azoté est l’un des facteurs énergétiques majeurs dans la culture du maïs. Pratiquement tout l’azote dans ces fertilisants est un produit de l’ammoniaque, grâce au procédé Haber-Bosch, qui prend de l’azote atmosphérique, et utilise le gaz naturel comme source d’hydrogène et de chaleur. Pimentel a attribué une valeur de 11,452 BTU par gallon pour l’énergie calorique contenue dans le fertilisant azoté utilisé dans la production d’éthanol de maïs en 2003. Il se peut qu’il ait par la suite diminué cette estimation.

Le chiffre donné par Shapouri pour 2002 est de 7,344 BTU par gallon. La différence de 4,108 représente 22 % des 18,713 BTU par gallon de coût total énergétique attribué par Shapouri à la production de maïs. Lorsqu’on l’interrogea sur ce chiffre bien plus bas, Shapouri rétorqua que le coût énergétique pour le fertilisant azoté a diminué énormément depuis quelques années, en grande partie parce que des usines désuètes ferment l’une après l’autre.

Selon Shapouri, une grande partie de l’ammoniaque et d’autres composants de l’azote sont importés depuis des usines plus modernes, par exemple, depuis Trinidad & Tobago, où le gaz naturel coûte peu.

Le Dr. Patzek considère que des améliorations dans les procédés de fabrication ont diminué d’un tiers le coût énergétique de l’ammoniaque depuis soixante ans, mais ses chiffres en 2004 pour la consommation énergétique spécifique du fertilisant azoté est tout de même 26 % plus élevé que ceux de Shapouri et consorts en 2002. Shapouri utilise aussi des chiffres plus bas que d’autres scientifiques, pour le taux d’application de l’azote par hectare.

 Le cœur du problème

Venons-en maintenant aux aspects les plus douteux de l’analyse USDA/DOE des coûts énergétiques de l’éthanol. Même si l’on prend en compte toutes les différences dont il a été question ci-dessus, l’analyse de Shapouri donne ce qu’il appelle un ratio d’énergie de 1,06, c’est à dire un bilan énergétique net de +6 %. Comment fait-on alors pour arriver à +67 % ?

Une réponse partielle se trouve dans un programme de comptabilité, dont le nom technique est « programme de simulation des procédés », plus largement connu comme « Aspen Plus ». Selon Shapouri, c’est un fonctionnaire de l’USDA, Andrew McAloon, qui adapta le programme afin qu’il puisse s’appliquer aux calculs d’éthanol de maïs. Essentiellement, l’ajustement ou adaptation fut fait au niveau de ce que Shapouri et consorts appellent « crédits énergétiques du co-produit » (co-product energy credits). Ce sont des sous-produits des procédés de production d’éthanol, avant tout une substance dite « distillers dried grains » ou DDG, [6] ainsi que des quantités plus limitées de fourrage de gluten et semoule de maïs (corn gluten feed - CGF, corn gluten meal, CGM).

Les sous-produits DDG ont certaines applications pour la préparation de fourrage pour les ruminants, beaucoup moins par contre pour les cochons et les poulets, si l’on en croit Pimentel et Patzek. De toute manière, les préparer par tout autre moyen eût utilisé une certaine quantité d’énergie. L’argument est donc qu’il eût fallu y attribuer un crédit énergétique.

Patzek est convaincu que leur valeur est proche ou inférieure à zéro, en raison des coûts de production, y compris ceux de la régénération des sols. Selon lui, le soja, pour lequel le fertilisant azoté n’est pas nécessaire, est bien plus efficace comme fourrage. Pimentel a eu la générosité d’attribuer un crédit énergétique de 6,684 BTU par gallon au sous-produit DDG.

Néanmoins, Shapouri et consorts se sont appuyés sur Aspen Plus pour attribuer aux sous-produits un crédit énergétique de 19,167 BTU par gallon, ou 26,6 % de toute l’énergie qu’ils avaient calculée pour le cycle entier de production d’éthanol.

Mais ce n’est pas tout ! Ils ont attribué 7,084 BTU par gallon de crédits énergétiques du co-produit à la production et au transport du maïs. L’argument : l’origine de l’éthanol se trouve dans l’amidon de maïs, alors que celui-ci ne représente que 66 % du poids total du maïs. Donc, seuls 66 % des coûts énergétiques devraient être attribués à la production d’éthanol. Un peu comme si dans l’industrie minière, un patron de mine disait d’un gisement de minerai dont seul 5 % du contenu fût en métal utile, qu’il faudrait laisser hors de compte 95 % des coûts d’exploitation et de transport dudit minerai.

Mais Shapouri et consorts n’hésitent pas à se donner un si beau cadeau, et arrivent à un crédit énergétique du co-produit de 26,250 BTU par gallon. Comme par miracle, l’énergie totale consommée dans la production d’éthanol diminue en peau de chagrin, pour n’être que de 45,802 BTU par gallon ! La valeur énergétique obtenue en brûlant un gallon d’éthanol a été mesurée comme représentant 76,330 BTU par gallon, et ainsi, l’on obtiendrait une valeur énergétique nette de 30,528 BTU par gallon, ou +67 %.

Il serait temps que la Chambre des Représentants s’occupe très activement aux Etats-Unis de percer cette fraude gigantesque.


Notes

1. Hosein Shapouri, U.S. Department of Agriculture, Office of the Chief Economist ; James Duffield, USDA/OCE ; Andrew McAloon, USDA/Agriculture Research Service ; Michael Wang, U.S. Department of Energy, The 2001 Net Energy Balance of Corn-Ethanol

2. Les biocarburants cellulosiques sont produits à partir de plantes non alimentaires, comme le panic raide, le seigle bâtard ou le pin du sud, voire même à partir de vieux papier. A ce stade, il est plus compliqué de les produire.

3. Robert Wolley, Mark Ruth, John Shreehan, Kelly Ibsen (National Renewable Energy Laboratory) ; Herny Majdeski, Adrian Galvez (Delta-T Corporation), « Lignocellulosic Biomass to Ethanol Process Design and Economics Utilizing Co-Current Dilute Acid Prehydrolysis and Enzymatic Hydrolysis Current and Futuristic Scenarios », NREL/TP-580-26157 (July 1999).

4. David Pimentel & Tad W. Patzek, « Ethanol Production using Corn, Switchgrass and Wood : Biodiesel Production using Soybean and Sunflower », Natural Resources Research, March 2005.

5. British Thermal Unit est la quantité de chaleur qu’il faut pour élever la température d’une livre d’eau par un degré Fahrenheit, lorsque l’eau se trouve à sa température de densité maximale, soit 39,1 degrés Fahrenheit. Une kilocalorie (ou calorie), l’unité utilisée dans les études de Pimentel, est la quantité de chaleur qu’il faut pour élever la température d’un kilogramme d’eau par un degré Centigrade, lorsque l’eau se trouve à une température de 15 degrés Centigrade. Il y a 3,97 kilocalories (l’unité également utilisée pour mesurer la valeur nutritionnelle des aliments dans un British Thermal Unit.

6. Sous produit de la distillation, il s’agit du moût séché de céréales, généralement utilisé comme fourrage.

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Extraits des statuts - Article 2 - Objet