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La mer, avenir de l’homme

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Les larmes de nos souverains ont le goût salé des océans qu’ils ont ignoré (formule attribuée à Richelieu).

Victime d’un tropisme des esprits ou, pire, d’une simple ignorance des atouts maritimes, la mer est depuis trop longtemps la grande oubliée du débat public. Pourtant, tous les experts le savent, l’avenir de l’humanité passera inexorablement par elle.

Jusqu’ici, l’homme n’a exploré que 5 % des fonds marins et moins de 1 % (!) de sa faune et de sa flore nous sont connue. Avec l’espace, la mer reste paradoxalement une des « nouvelles » frontières de l’humanité. C’est là où presque tout reste à explorer, où tout peut être repensé et refait : notre développement économique, notre alimentation, notre santé, notre transport, notre sécurité et notre façon de vivre et de travailler ensemble.

Il y a quatre civilisations distinctes : les terriens, les marins, les meriens et la civilisation de l’espace.

Voilà ce qu’affirmait en 2013 l’architecte et océanographe visionnaire Jacques Rougerie. Et pour acquérir cette culture de l’espace, un petit détour par la « culture océanique » s’impose.

 Bafouée

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Sea Orbiter, le projet de laboratoire marin inspiré par la Station spatiale internationale (ISS), imaginé par l’océanographe Jacques Rougerie.
Crédit : Sea Orbiter/Jacques Rougerie
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Nouvelle Solidarité N°2/2016 - S’abonner.

La mer, qui couvre 71 % de la surface terrestre et représente 99 % de son volume, nous rend déjà des services inestimables : elle représente 96 % de l’eau sur terre et, en absorbant 90 % du CO2, elle régule notre climat. Infrastructure planétaire naturelle, 95 % de nos marchandises y transitent et sa proximité est si avantageuse que 50 % de la population mondiale a choisi de s’y installer. Source majeure de protéines et de matières premières, elle a permis la naissance de l’homme sur terre.

Pourtant, cette mer si généreuse, ce qu’elle peut réellement nous apporter, nous l’ignorons, et le peu de ce que nous en savons, nous le bafouons. Car jusqu’ici, ce qui aurait dû être chéri comme « un bien commun de l’humanité », nos gouvernements n’ont cessé de le livrer à une finance prédatrice qui, obsédée par la course au profit immédiat et par une volonté de domination géopolitique, pille, pollue, détruit et tue.

Il suffit de voir les drapeaux qui flottent sur les navires battant pavillon de complaisance (63 % de la marine marchande mondiale en 2001 !), immatriculés dans un pays factice permettant aux armateurs d’échapper à l’impôt, au règlement sur la sécurité des navires et au droit du travail.

Ils sont identiques à ceux qui flottent sur les paradis fiscaux dont on parle beaucoup depuis les Panama Papers, c’est-à-dire ceux des « dépendances de la Couronne britannique », permettant à Wall Street et la City de Londres de braconner impunément.

Comme le proclame le chant anglais : « Rule, Britannia ! Britannia, rule the waves ! » Un dégazage en plein mer ? Une marée noire qui mazoute les oiseaux ? Le WWF devrait en remercier ses membres fondateurs, en particulier la monarchie britannique !

 Un levier

Faire de « l’économie bleue » [1] un levier majeur pour relancer l’économie mondiale, nécessite de rompre avec cette occupation financière des océans et de changer de paradigme civilisationnel.

Non pas pour se lancer, comme François Hollande et Jean-Luc Mélenchon, dans une défense romantique d’une nature déifiée ou en se perdant dans l’impasse des énergies marines renouvelables (voir point 7 de cet article), mais pour coopérer avec la mer pour le bien commun.

La France, pionnière de l’océanographie avec l’Institut français du développement de la mer (Ifremer), dispose depuis longtemps d’atouts et de compétences excellentes dans l’ensemble des domaines touchant au maritime.

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Avec 11 millions de km2 de Zone économique exclusive (ZEE), une superficie 18 fois sa superficie terrestre, la France dispose de la 2e superficie marine du monde.

Depuis 1982 et les accords de Montego Bay, existent les zones économiques exclusives (ZEE), couvrant une bande de 200 milles marins (soit 372 km) le long des littoraux de tout pays bordier de l’océan. Avec ses DOM-COM, la France possède ainsi 11 millions de kilomètres carrés de ZEE (voir carte), ce qui fait de notre pays la deuxième puissance maritime au monde, tout juste derrière les États-Unis. Rien que dans le Pacifique, nous disposons de 9 millions de km2 grâce aux 118 îles de Polynésie et à la Nouvelle Calédonie.

Nous ne sommes donc pas seulement, par notre contribution majeure à l’ESA, une puissance spatiale qui (trop souvent) s’ignore, mais également une puissance maritime qui roupille.

Notre ambition, c’est de faire du domaine maritime, en plus du domaine nucléaire et de l’exploration spatiale, un des grands apports français à la dynamique des BRICS, qui se cristallise depuis 2013 autour de l’initiative chinoise de nouvelles routes de la soie terrestre et maritime et des nouvelles banques de développement qui les financent. C’est cet horizon et ce triple engagement qui seront au cœur de la campagne de Jacques Cheminade.

 Économie bleue, combien de divisions ?

Le terme « économie bleue » désigne pêle-mêle une série d’activités aussi diverses que le transport maritime, la construction navale, l’exploitation des hydrocarbures off-shore, les énergies marines renouvelables (ENR), la pêche, l’aquaculture et le tourisme.

Notons d’emblée que la plupart des économistes oublient soigneusement d’y inclure l’exploration scientifique des milieux marins qui, bien qu’à terme très « rentable » par ses retombées multiples, n’est classée que comme une vulgaire dépense.

Au niveau mondial, en 2010 et en dollars, le secteur maritime « pesait » 1500 milliards, à comparer avec les 2000 de l’agroalimentaire, les 806 du secteur d’internet et des télécoms et les 618 milliards du secteur aérien. Certains estiment que le PIB de l’économie bleue, en tant que « production annuelle de biens et de services » se chiffre aujourd’hui à 2500 milliards, c’est-à-dire plus que le PIB de la Grande Bretagne.

40 % du PIB de l’UE, première puissance économique maritime mondiale, proviennent de ses régions côtières. Le rapport Blue Growth (croissance bleue) de la Commission européenne estimait en 2012 que si l’économie bleue faisait travailler 5,4 millions de personnes dans l’UE pour une valeur de 500 milliards d’euros, elle pourrait franchir la barre des 7 millions d’emplois d’ici 2020.

En France, avec 304 150 emplois directs, le maritime emploie 50 % de gens de plus que l’automobile et ses sous-traitants (200 000), et autant que l’industrie aéronautique (180 000) et les télécoms (122 000) réunis. En termes de production, l’industrie marine, avec 70 milliards d’euros, dépasse l’aéronautique (50) et les télécoms (34).

Faute d’espace, nous nous bornerons ici à tracer quelques pistes de réflexion [2], chacune suivie d’une mesure « phare ».

 1. Un chèque en blanc pour la recherche

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Le Nautile est un sous-marin habité conçu par l’Ifremer pour l’observation et l’intervention jusqu’à des fonds de 6000 mètres. Il rend accessible 97 % de la superficie des fonds marins. Depuis sa mise en service en 1984, il a effectué plus de 1500 plongées.
Crédit : Ifremer

La mer est le milieu original de la vie. Le sang humain, dont la composition est très proche de celle de l’eau de mer, en a conservé la mémoire. Bien que la mer recèle la plus large diversité et la plus forte densité du vivant, à peine 1 % (!) de sa faune et de sa flore nous est connu.

Dans les profondeurs des océans, l’on découvre aujourd’hui des formes de vie sans oxygène et sans lumière, des êtres qui relèvent de la chimiosynthèse, jusqu’ici inimaginables pour nos biologistes. Dans les fonds marins, les frontières entre vivant et non-vivant, entre flore et faune, sont bien plus floues que sur la terre ferme.

Cette biodiversité est également un trésor pour la santé : six médicaments anticancéreux sortis sur le marché ont des molécules quiémanent du milieu marin. Le premier traitement de lutte contre le Sida, l’AZT, émane du hareng. Une chercheuse française a découvert un nouveau type de ver marin, un animal dont l’hémoglobine est la plus proche de l’hémoglobine humaine, ce qui pourrait régler la pénurie sanguine au niveau mondial. Les scientifiques travaillent aujourd’hui sur 66 molécules d’origine marine dans la lutte contre le cancer...

Et les « microalgues », telle que la spiruline, en réalité une cyanobactérie dont un des pigments est la chlorophylle et qui se développe dans des lacs d’eau douce tel que le lac Tchad, nous offrent des compléments alimentaires, des engrais et des médicaments y compris pour le domaine spatial. C’est tout cela, l’horizon d’une « économie bleue », vue avec les yeux du futur.

MESURE PHARE : accroître immédiatement et de façon substantielle les moyens de l’Ifremer, dont le budget et les effectifs sont dérisoires par rapport aux défis à relever.

 2. Moderniser la pêche et l’aquaculture

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Le projet Enercité d’aquaculture marine, imaginé par Camille Benoit et Bastiaan Vermonden.
Crédit : Enercité

En deux décennies (1950-1969), la production mondiale des pêches marines et continentales à été multipliée par trois. Depuis, c’est uniquement grâce à l’aquaculture que l’on a pu soutenir une consommation mondiale en hausse (19 kg annuellement, en moyenne et par personne).

Cependant, au niveau mondial, et avec les moyens modernes de repérage du poisson (sonars, échosondeurs, etc.), la capacité de capture dépasse de 3 à 4 fois la ressource ! Avec pour résultat, une surpêche chronique qui fait craindre le pire. En 2012, 37 % des espèces étaient surexploitées et 50 % atteignaient les limites. L’Europe, jadis si riche en poisson, importe aujourd’hui 40 % de sa consommation.

Si elle ne change pas de modèle, la pêche est menacée de mort. D’où l’urgence d’éradiquer le mythe d’une corne d’abondance inépuisable, laissant croire qu’on puisse, sans le moindre effort d’investissement, continuer à vivre de la chasse et de la cueillette comme à la Préhistoire !

Et pas besoin d’avoir un diplôme de Polytechnique pour comprendre qu’une fois qu’il n’y a plus un seul poisson, le pêcheur se fera rare. Déjà, à Sète, le principal port de pêche français sur la Méditerranée, le nombre de chaluts est tombé de 40 à 4 en moins de 25 ans…

En attendant ce changement de cap, et faute de créer des ressources nouvelles, la course à la protéine et aux maigres profits fait des ravages.

Dernière exemple en date : en France et en Europe, nos élus n’ont toujours pas réussi à faire interdire le chalutage en eau profonde ! Or, cette technique de pêche, qui consiste à racler, avec d’énormes filets, les fonds marins, occupe peu d’emplois, représente un apport assez marginal en protéines, tout en détruisant les écosystèmes à la base des ressources de demain !

Et, puisqu’il n’y a plus grand-chose chez nous, on lorgne chez le voisin. Nos flottes de pêche se rendent de plus en plus en Afrique pour y pêcher des espèces de plus en plus petites (37 % des captures mondiales).

Alors que par le passé, l’on produisait de l’huile et de la farine de poisson à partir des déchets de la pèche, aujourd’hui on le fait de plus en plus directement avec des poissons de petites tailles (37 % des captures mondiales), et même avec les krills (crevettes) qui auraient du finir dans l’estomac des grands poissons !

Cerise sur le gâteau, l’huile et la farine de poisson produites à bas coût par cette « pêche minotière » au Pérou, au Chili, en Islande (95 % de ses captures !) et désormais en Afrique, nous servent en Europe d’engrais « bio » et surtout de nutriment pour nos animaux domestiques, nos volailles, nos porcs, nos vaches et nos saumons d’élevage !

Si depuis 2013, les quantités de poissons produites par l’aquaculture ont commencé à dépasser les quantités pêchées, l’État doit se mobiliser pour que l’on puisse faire plus et mieux. D’abord en développant des techniques de pêche ciblée, en développant des fermes d’élevage en pleine mer ou dans les risières (rizipisciculture) ou encore en nourrissant nos poissons d’élevage avec des insectes ou des asticots produits à cet effet. L’élevage de poissons herbivores est également une piste prometteuse.

Aussi, au lieu d’attendre que « la nature » reconstitue « gratuitement » la ressource, la France, avec les pays du nord de l’Europe pourrait, par exemple, produire en pisciculture des jeunes harengs. En les relâchant dans la nature au bon moment, on pourra renforcer la présence de cette espèce en difficulté dans la mer du nord.

En attendant, faisons comme l’Afrique du Sud ou la Nouvelle Zélande. Là-bas, l’on écoute les scientifiques qui, à partir d’une évaluation bio-systémique et non uniquement à partir d’une seule espèce, indiquent quoi pêcher et en quelles quantités !

Pour cette pêche du futur, certes, nous devons moderniser les moteurs de la flotte de pêche. Cela veut dire tout de suite des moteurs au gaz naturel liquéfié (GNL) et demain des moteurs hybrides utilisant l’essence et l’hydrogène comme bi-carburant. Comme pour l’agriculture, une pêche de qualité exige une augmentation des salaires de toute la population française afin qu’elle puisse acheter au juste prix des produits alimentaires dont on a décidé d’augmenter la qualité et donc les coûts de production.

MESURE PHARE : abandonner toute logique de pillage. Interdiction immédiate du chalutage en mer profonde et plan de modernisation de la pêche et de l’aquaculture visant à multiplier la ressource.

 3. Des bactéries pour digérer le septième continent

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Le 7e continent : des énormes surfaces de nano-particules provenants de déchets plastique qui se concentrent à cinq endroits dans l’océan.

Autre défi à relever, ce septième continent formé de nos déchets plastiques, que nous avons laissé se constituer à la surface de plusieurs océans. En extrapolant l’augmentation de cette couche de microparticules de plastique, les scientifiques estiment qu’en 2050, son poids dépassera celui des poissons !

Pour surmonter des catastrophes d’une telle ampleur, seule une approche « vernadskienne » [3] fera l’affaire.

En France, les traitements biologiques pour dépolluer les sols de friches industrielles sont déjà une réalité. Ils utilisent notamment des bactéries qui, en se développant avec l’oxygène, accumulent les polluants dans leur organisme, voire les dégradent.

MESURE PHARE : envoyer une mission navale de dépollution sur une des cinq « îles » du septième continent. Substitution obligatoire, en magasin, des sacs en plastique par leur équivalent biodégradable.

 4. L’extraction minière, un enjeu stratégique

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Engin d’extraction minière sous-marine.
Crédit : http://motherboard.vice.com/fr

Croissance démographique et amélioration indispensable du niveau de vie d’une grande partie de la population mondiale obligent l’humanité à trouver de nouvelles ressources. Or, les océans recèlent 90 % des réserves d’hydrocarbures et 84 % des métaux rares. Déjà en 2010, avec le retard pris pour passer au « nucléaire du futur » (réacteurs de IVe génération et fusion), les gisements offshores ont fourni 30 % de la production mondiale de pétrole. Cette part va croître dans les années à venir, avec la découverte de nouveaux gisements, alors que les gisements terrestres, mieux connus, s’épuisent.

Cependant, comme le rappelait un rapport de l’Ifremer en 2011, « les grandes évolutions industrielles ne sont pas uniquement fondées sur la disponibilité d’énergie mais aussi sur celle de minerais : le fer au XIXe siècle, l’aluminium et le cuivre au XXe, le silicium et les métaux de haute technologie tels que le cobalt, le platine, les terres rares et le titane depuis vingt ans ».

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Nodules polymétalliques, encroûtements et sulfures hydrothermaux.
Crédit : Ifremer

Depuis la nuit des temps, l’homme sait extraire le sel de l’eau de mer et utilise des graviers et des sables côtiers pour la construction.

Plus loin des côtes sommeillent des gisements de phosphate, des nodules polymétalliques (cuivre, cobalt, nickel), des croûtes de manganèse (cobalt, cuivre, platine) et des sulfures hydrothermaux (cuivre, zinc, argent, or, cobalt, plomb).

A cela s’ajoute la catégorie des terres rares (dysprosium, gadolinium, samarium, cérium...), des métaux aux propriétés particulières qui leur confèrent un magnétisme et une luminescence hors du commun et qui sont utilisés dans d’innombrables réalisations technologiques : smartphones, télévisions, avions, voitures, radars, missiles, etc.

Or, à ce jour, environ 98 % de la production mondiale de terres rares provient de Chine, en situation de quasi-monopole. Le jour où la Chine, en réponse aux provocations croissantes de l’empire anglo-américain en déclin, décidera de garder sa production de terres rares pour ses propres besoins, le reste du monde se trouvera en très grande difficulté.

MESURE PHARE : lancer un grand programme d’extraction minière sous-marine raisonnée, tout en élaborant, en concertation avec nos partenaires des BRICS, un plan d’aménagement territorial des fonds marins afin de développer, au profit de tous, le potentiel scientifique, environnemental et industriel de chaque zone.

 5. Construction navale, transports à l’ère du numérique

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Projet d’un système de stockage robotisé de conteneurs.
Crédit : Israël Aerospace Industries (IAI)

Si nous relevons les défis que nous évoquons dans l’ensemble de cet article, il est évident que notre marine marchande (pour le transport) et militaire (pour la sécurité) y retrouvera pleinement son rôle.

En France, la construction et réparation navales représentent 42 000 emplois directs. Avec STX et d’’autres, notre industrie se situe au 6e rang mondial et au 2e rang européen du marché global civil et militaire. Elle se caractérise par des savoir-faire et des technologies qui dépassent souvent le créneau « naval », et une forte part de chiffre d’affaires à l’export qui s’explique par sa capacité à innover.

Les chantiers français se sont spécialisés dans la construction des unités les plus complexes : paquebots et autres navires à passagers, navires de recherche et autres navires spécialisés, navires de combat, bâtiments de projection de forces, sous-marins ou navires de soutien. Les chantiers et équipementiers français produisent des navires à forte valeur ajoutée, allant jusqu’à 400 m de long. Ce savoir-faire reconnu est également utilisé dans l’offshore.

Au niveau des transports, après la révolution de la conteneurisation, c’est celle du numérique qu’il faut encadrer. L’heure est aux conteneurs pilotés à distance, c’est-à-dire sans chauffeur, se déplaçant « tout seuls » dans les airs, sur terre et sur mer. Cela implique des investissements massifs pour renouveler les infrastructures portuaires et fluviales, ainsi que des navires adaptés.

Si nous ne voulons pas que nos ports deviennent des simples « hubs » de transport, c’est-à-dire un lieu où l’on charge et décharge les porte-conteneurs mammouths, c’est dans l’infrastructure de l’ « hinterland », littéralement d’« arrière-pays » qu’il faut investir. Lorsqu’un cœur humain pompe du sang mais ne dispose pas d’artères pour l’évacuer, c’est l’infarctus. Pour nos ports, c’est pareil !

Or, en France, pays où l’on sait cumuler l’inertie de l’État avec la cupidité du privé, la rivalité, pour ne pas dire la guerre, entre ferroviaire, fluvial, routier et portuaire, a contribué à l’immobilisme. Il est temps de tracer un horizon et de réunir tout le monde pour des solutions gagnant/gagnant.

Assez de temps perdu ! Il a fallu parfois plusieurs décennies pour agrandir un simple tunnel ferroviaire devenu trop étroit pour y faire passer des conteneurs ! Et à Marseille, on attend toujours la réouverture du célèbre tunnel du Rove, en réalité un tunnel-canal fluvial reliant Marseille au Rhône, effondré depuis 1963 (!) et dont on ne cesse d’annoncer les travaux en vue de sa réouverture. On pourrait croire que là-bas, il s’agit d’une pisciculture de serpents de mer !

MESURE PHARE : organiser un « Grenelle du transport » avec l’ensemble des secteurs et des responsables, pour élaborer un plan d’investissement dans le transport multimodal à l’ère du numérique.

 6. Une utopie positive : Nuplex et Aquaplex

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L’imagination, pour l’instant à dominance écologiste, ne manque pas. Voici le projet de Vincent Callebaut de fermes marines imprimées en 3D à partir de résidus plastiques.

Pour conclure, présentons brièvement une de ces « utopies positives » qui irritent tant les journalistes du microcosme parisien.

A l’instar de la direction de l’ESA qui a annoncé vouloir construire, pour succéder à la station spatiale internationale, un « village lunaire » (Moon Village) où Américains, Russes, Indiens, Chinois et Européens pourraient travailler main dans la main pour faire avancer la science, nous imaginons dans le même esprit la construction d’une série de « villes flottantes » intégrant des activités de recherche, formation, production et dépollution, un lieu où nos chercheurs iront étudier et où de plus en plus de citoyens pourront vivre et travailler.

Dans l’après-guerre, le physicien nucléaire Alvin Weinberg, un des responsables du centre laboratoire d’Oakridge aux États-Unis, avait proposé à Yitzhak Rabin, à l’époque ambassadeur d’Israël aux États-Unis, que son pays, de concert avec les Palestiniens, se lance dans la construction de « Nuplex », c’est-à-dire des complexes agro-industriels intégrés approvisionnés en chaleur industrielle par des réacteurs nucléaires capables de dessaler l’eau de mer et de verdir le désert.

Aujourd’hui, les Aquaplex que nous proposons seront alimentées en énergie dense et non-intermittente par des centrales nucléaires flottantes ou sous-marines.

L’aspect agricole de l’Aquaplex sera dominé par la production d’algues et de phytoplancton, et l’élevage de poisson. La production hors sol urbaine (salades, endives, champignons, etc.) sera simplement transférée dans la ville nouvelle, comme on le ferait à bord des stations spatiales.

Des « projets pilotes » d’Aquaplex pourraient voir le jour :

  • au large des Antilles (où le doublement des capacités du canal de Panama ouvre la perspective d’un hub portuaire),
  • au large de Mayotte (sur la Route de la soie maritime chinoise),
  • au large de Clipperton (où se produit le upwelling, un phénomène marin à étudier)
  • ou encore au large de la Nouvelle Calédonie (où l’Ifremer dispose d’un centre de recherche du Pacifique), entre autres.
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Un navire de type Swath.

Nos Aquaplex, éventuellement construits sur des navires Swath, disposeront chacune de mini-flottes de navires de recherche, de bateaux de pêche, d’engins sous-marins et de naviplanes rapides sur coussin d’air.

Des liaisons satellitaires permettront aux chercheurs qui y travaillent d’entretenir un dialogue constant entre eux, de suivre des formations et de bénéficier de la télémédecine, comme le font déjà les militaires.

Les chercheurs se pencheront sur l’ensemble des domaines que nous venons d’évoquer, qui sont déjà au cœur de l’activité de l’Ifremer : évolution des ressources halieutiques, exploration minière, dépollution, chimie verte, étude des micro-algues, etc.

A l’opposé des paquebots géants qui sortent actuellement de nos chantiers navals, les résidents de ces Aquaplex y découvriront un univers bien plus excitant que les manchots des salles de jeu ! Notre Aquaplex ne sera pas un caprice de milliardaire mais un acte fondateur de cette « civilisation des mers » que nous avons évoquée au début de cet article.

MESURE PHARE : construire quatre villes flottantes expérimentales de type Aquaplex dans quatre régions pilotes des DOM-TOM, réparties dans les trois océans et disposant d’un haut potentiel de développement maritime.

 7. La fausse bonne idée des Énergies marines renouvelables (EMR)

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Le projet NEMO de la DCNS.
Crédit : DCNS

En 2012, François Hollande annonçait que la France devait devenir pionnière dans l’industrie des énergies marines renouvelables (EMR). Aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon ne dit pas autre chose, tout en ajoutant que cela devrait permettre de passer du « capitalisme financier » à « l’écosocialisme », et surtout, de « sortir du nucléaire » !

Ni l’un, ni l’autre ne comprennent le b-a-ba de l’énergie. D’abord, les EMR ne « produisent » pas d’énergie : elles ne font que capter une énergie produite « gratuitement » par « dame nature », rendant l’homme totalement esclave de son bon vouloir.

Certes, les hydroliennes « marchent », mais exclusivement dans des endroits où les courants marins sont suffisamment puissants (comme le passage du Fromveur en Bretagne ou le raz Blanchard dans le Cotentin).

Les énergies résultant d’une combustion représentent immédiatement une rupture qualitative en termes de l’énergie rendue disponible. Lorsqu’on évalue le travail que l’on peut accomplir avec un combustible donné, c’est sa densité qui est déterminante. (1,86 gramme d’uranium = 4760 litres de pétrole = 6,15 tonnes de charbon = 23,5 tonnes de bois).

Les EMR resteront donc d’une utilité marginale et circonstancielle. Par exemple, le projet NEMO (New Energies for Martinique and Overseas), un échangeur de chaleur flottant qui utilise la différence de température entre l’eau de surface des océans tropicaux (25°) et l’eau profonde (5°) pour produire de la vapeur d’ammoniac qui actionne une petite turbine, permettra d’alimenter en courant 35 000 foyers aux Antilles. Par rapport aux générateurs au diesel, c’est un progrès. Cependant, pour industrialiser l’île, c’est raté. Et pas question d’installer NEMO en mer du Nord !

MESURE PHARE : lancer FlexBlue, le projet de centrale nucléaire sous-marine développée par la DCNS en coopération avec EDF.


[1A ne pas confondre avec le concept d’« économie bleue », défendu dans le livre éponyme de Gunter Pauli, cet entrepreneur écolo-créatif anversois, féru de bio-mimétisme.

[2Résultant souvent d’échanges fructueux avec mon ami Yves Paumier, militant S&P.

[3Sur les travaux du biogéochimiste russe Vladimir Vernadski, voir article de Sébastien Drochon, « l’Homme cet être naturel »

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