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Nucléaire : EDF poussée vers la faillite ?

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« Et si EDF faisait faillite ? La question semble énorme », s’inquiète Martine Orange dans Mediapart. Après la quasi-faillite d’Areva, la France découvre avec stupeur qu’EDF [1], un de ses fleurons industriels dont le directeur financier vient de démissionner, est en grave difficulté. Comment l’un des premiers électriciens mondiaux, gérant cinquante-huit réacteurs nucléaires en France, pourrait-il se trouver dans une situation aussi dramatique ?

Sans être catastrophiques, les résultats d’EDF, publiés ce 16 février, affichent un bénéfice net d’1,18 milliard d’€, mais en baisse de 68 % par rapport à l’année dernière. La dette du groupe, de 37,4 milliards d’€, équivaut à ses fonds propres et sa capitalisation boursière est passée de 160 milliards en 2008 à 22 milliards aujourd’hui. Pire encore, chaque année, EDF s’endette pour redistribuer 60 % de son bénéfice sous forme de dividendes aux actionnaires, en premier lieu à L’État. En 2014, son cash-flow était négatif de 4 milliards après distribution de dividendes, contre 1,3 milliard avant. « L’équation financière est difficile », reconnaît son PDG, Jean-Bernard Lévy.

Cette précarité financière pèse lourdement sur toute une série d’investissements qu’EDF, détenue à 84,49 % par l’Etat, doit assurer :

  • le sauvetage d’Areva et la reprise de l’activité conception des réacteurs nucléaires (Areva NP), qui coûtera environ 2,5 milliards d’€ à EDF ;
  • l’EPR de Flamanville, le premier réacteur nucléaire français de IIIe génération, d’une puissance de 1650 mégawatts (MW), une tête de série certes, mais dont le coût final se chiffre désormais à 10,5 milliards, très loin des 3 milliards du devis initial. Réacteur « très complexe », son démarrage ne devrait pas intervenir avant fin 2018, soit sept ans après la date prévue ;
  • l’EPR de Hinkley Point en Grande-Bretagne, évalué en l’état à 25 milliards d’euros, dont 16 de la part d’EDF (voir ci-dessous) ;
  • la transition énergétique. Il s’agit d’un choc de compétitivité à l’envers, car la loi prévoit que la part de l’électricité nucléaire en France doit tomber de 70 % à 50 % à l’horizon 2025. « Cela fragilise encore un peu plus le modèle EDF », déplore Philippe Page, représentant CGT chez EDF, reprochant à l’Etat d’empiler loi sur loi sans en mesurer l’impact réel et de tout céder à un libéralisme destructeur ;
  • le « grand carénage », c’est-à-dire la maintenance et la remise à niveau d’ici 2030 du parc nucléaire français aux normes (caricaturales) post-Fukushima, d’un coût de 55 milliards d’€ sur dix ans (100 milliards selon la Cour des comptes) ;
  • l’enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Meuse), dont la participation d’EDF a été fixée à 25 milliards d’€ ;
  • les coûts futurs de démantèlement des centrales, pour lequel une partie de l’argent mis de côté a déjà été dépensé pour un autre usage…

Décryptage :

Transition énergétique

A l’heure actuelle, l’ensemble des 58 réacteurs nucléaires en service produisent 63,2 gigawatts. Pour réduire, non pas la quantité d’électricité qu’ils produisent, mais leur part dans le total, le gouvernement cherche à augmenter les énergies renouvelables, solaire et éolien.

C’est pour cela que la fermeture des centrales nucléaires dites « en fin de vie » ne se fera que graduellement, au fur et à mesure que de nouvelles prendront le relais. Dans l’immédiat, tant que l’EPR de Flamanville ne sera pas connecté au réseau, la fermeture de Fessenheim est exclue. La Cour des comptes se trompe donc bêtement lorsqu’elle calcule mathématiquement que :

A hypothèses constantes de consommation et d’exportation d’électricité à cet horizon, l’objectif fixé par la loi aurait pour conséquence de réduire d’environ un tiers la production nucléaire, soit l’équivalent de la production de 17 à 20 réacteurs.

Interrogée sur France3, Ségolène Royal, à la fureur des écologistes et en dépit des pressions allemandes et de la ville de Genève pour que la France ferme rapidement Fessenheim en Alsace et la centrale du Bugey dans l’Ain, a affirmé qu’elle donnerait son feu vert pour rallonger de dix ans la durée de vie des centrales, à condition que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) donne son approbation préalable.

Condamnée à mort par le marché ?

Ces défis interviennent dans « un contexte international difficile », c’est-à-dire à un moment où les revenus d’EDF risquent encore de baisser pour des raisons que l’on connaît :

  • Les renouvelables, source de surproduction. L’objectif européen de 20 % d’énergies renouvelables, non lié à la réduction de consommation de pétrole et de charbon, a conduit à une surcapacité de production, alors que la consommation baissait par ailleurs du fait de la crise et de la désindustrialisation. Le développement des renouvelables s’est fait au détriment du gaz et du nucléaire, et non pas du charbon ou du lignite qui continueront à nous polluer. En Allemagne, où l’on est sorti du nucléaire, la production d’électricité à partir de lignite et de charbon est restée constante entre 1990 et 2016. Résultat ? Alors que les renouvelables sont censés réduire les émissions de CO2, l’Allemagne en émet seize fois plus que la France !
  • Effondrement des prix. EDF se trouve quasiment dans la même situation que le producteur de lait, qui a besoin de 40 cents pour couvrir le prix de revient du litre qu’il produit, alors que le marché lui en offre moins de 30 cents ! En clair, il produit à perte et survit grâce aux aides et autres subventions. Dans l’énergie, suite à la chute du prix des hydrocarbures et à cette surproduction, les prix de marché ont chuté de plus de 30 % en un an ! Les prix de gros se situent autour de 28 € le MWh, alors qu’EDF a bâti son budget sur un prix d’environ 35 €, et que les coûts de production sont de 45 € minimum pour le nucléaire existant et de plus de 60 € pour les énergies renouvelables les plus performantes (voir Nouvelle Solidarité n°2/2016). Ainsi, chaque MWh vendu sur le marché génère une perte de 15 à 35 €, et chaque euro de différence sur le prix du marché se traduit par un impact de 300 millions d’€ de pertes ! Pour EDF, avec des ventes de l’ordre de 400 TWh sur le marché, cela représente au final une perte globale de 8 à 10 milliards ! Quelle industrie peut vivre sans couvrir ses prix de revient ? Bonne ou mauvaise gestion, dans un marché dérégulé à ce point, EDF court à la faillite ;
  • La dérégulation imposée par l’UE. La débâcle énergétique française ne fait d’ailleurs pas exception en Europe. La chute ne se limite pas à EDF : les géants européens de l’électricité (E.ON, RWE, Vatenfall, Engie, etc.) ont perdu 75 % de leur capitalisation boursière depuis sept ans. La crise est reconnue sectorielle et européenne. En plus, au nom de la « libre concurrence », Bruxelles exige la privatisation des barrages. La France a été informée de l’ouverture d’une enquête sur les concessions hydrauliques accordées à EDF, alors qu’il s’agit de l’essentiel de son activité dans les énergies renouvelables, et aussi de son secteur le plus rentable !

A qui la faute ?

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Nouvelle Solidarité N° 18/2013 - S’abonner

Ce qui saute aux yeux, c’est que la dérégulation de l’économie mondiale, arrosée d’une sauce pseudo-écologiste, crée l’environnement idéal pour ruiner ceux qui entreprennent des grands travaux d’infrastructures et construisent des équipements lourds. Car le « temps des marchés » est l’ennemi mortel de celui de l’économie réelle. Alors que la spéculation boursière opère à la nanoseconde, centrales nucléaires ou canaux ne s’amortissent que dans le temps long, c’est-à-dire sur plusieurs, voire une dizaine de décennies. Impossible, en effet, de rentabiliser des investissements à long terme avec des prix de l’énergie hyper-volatiles.

Ceux qui portent la plus grande responsabilité de cette crise, ce sont aussi tous les gouvernements précédents, qui ont voté les traités européens permettant cette dérégulation. Certes, Emmanuel Macron annonce que l’État renonce au paiement de ses dividendes en numéraire et accepte un paiement en actions. Il envisage également d’augmenter de 5 milliards d’€ le capital d’EDF, au risque d’entraîner une dilution de la part de L’État, aujourd’hui actionnaire à hauteur de 84,49 % dans l’entreprise publique.

En refusant de changer de cap , ce qui exigerait de rompre avec l’ordre financier de Wall Street et de la City, notamment en imposant une séparation stricte des banques, le gouvernement français, en l’occurrence Hollande, Macron et Royal, se condamne à ne proposer que des solutions calamiteuses :

  • Licenciements : 3500 suppressions d’emploi en France (6000 dans le monde) d’ici à 2018 ;
  • Fermetures : EDF a confirmé le 18 février la fermeture de 5,2 gigawatts de capacités de production, soit la moitié de son parc thermique (gaz, charbon), à l’origine d’un cash-flow négatif de plus de 800 millions l’an dernier ;
  • Cession d’actifs : vente de son siège historique Avenue de Wagram à Paris, privatisation des barrages et de RTE, le réseau de transport et de distribution électrique français détenu à 100 % par EDF (l’une des parties les plus rentables du groupe…) ;
  • Investissements à haut risque. C’est quand les choses vont mal qu’on a tendance à prendre des risques toujours plus grands. C’est le cas avec le projet de construction d’EPR’s en Angleterre (voir encadré).
    « Les perspectives de Bruxelles, de l’Etat français mais aussi celles de la direction d’EDF obèrent à court terme l’avenir de l’entreprise », peut-on lire dans un communiqué des syndicats d’EDF – du jamais vu dans l’histoire de la maison. Il est clair que les bricolages financiers actuels n’offrent aucune perspective viable. « Il y a longtemps que l’Etat actionnaire a disparu. Il n’a plus aucune vision stratégique. L’Etat joue de façon irresponsable avec EDF. Et nous risquons tous de le payer très cher », constate un cadre dirigeant, cité par Mediapart.

Interrogations sur l’EPR de Hinkley Point

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Sur le papier, le projet de construire deux EPR avec la Chine à Hinkley Point en Angleterre avait de quoi séduire.
Crédit : EDF

Le 7 mars, le directeur financier d’EDF, Thomas Piquemal, a démissionné, en désaccord sur « la faisabilité à court terme » du projet de construction, avec la Chine, de deux EPR à Hinkley Point, au sud-ouest de l’Angleterre, pour 23 milliards d’€, dont 66,5 % payés par EDF. Un investissement trop risqué selon Piquemal, alors que l’entreprise est en mauvaise santé. Car, en 2018, Hinkley Point représentera quelque 60 % des capitaux propres d’EDF. Voilà, en un chiffre, l’enjeu du projet.

Initialement, avec 10 % dans les mains d’AREVA, EDF aurait pu rester minoritaire (entre 40 et 50 %) : le projet pouvait alors être financé aux deux tiers par de la « dette sans recours », avec un impact très limité sur le bilan d’EDF. Désormais, après le retrait d’AREVA, l’électricien public devra, s’il confirme le projet d’investissement, le consolider dans ses comptes. Pour financer chaque année quelque 1,5 milliard d’€ pendant dix ans, EDF mise sur la cession de quelque 10 milliards d’actifs. Par le fait du seul projet britannique, l’endettement net d’EDF, qui atteint déjà 37,4 milliards, pourrait quasiment doubler.

Selon Mediapart, EDF se trouve prise au piège : « EDF, fortement incité par son responsable en Grande-Bretagne, Vincent de Rivaz, ne veut pas se dédire. Renoncer à construire un ou deux EPR obligerait (…) à déprécier la valeur de British Energy (la filiale nucléaire d’EDF au Royaume Uni) et à annuler au moins les 5,7 milliards d’€ de survaleurs inscrits dans ses comptes. De plus, il lui faudrait aussi passer en pertes les dépenses qui ont été engagées (…) Bref, toute marche arrière obligerait à inscrire au moins 7 milliards d’euros de dépréciations dans ses comptes. Un luxe que la direction d’EDF estime ne pas pouvoir se permettre ».

Pour les syndicats et de nombreux responsables d’EDF, il est urgent de revoir ce projet. Certains suggèrent de différer la décision d’investissement de plusieurs années, en attendant l’EPR Nouveau Modèle, qui sera optimisé et servirait à tester le réacteur sur lequel devrait se baser le renouvellement du parc français. Ce délai permettrait aussi de finaliser la réorganisation d’AREVA. Alors que de nouvelles interconnexions sont en construction entre la Grande-Bretagne et la France, ils jugent que la solution d’exporter de l’électricité en Grande-Bretagne, pour l’aider à combler son déficit de production, est beaucoup plus sûre et rentable.

De toute façon, les Anglais et les Chinois ne donneront leur accord final qu’une fois l’EPR de Flamanville connecté au réseau, c’est-à-dire, au mieux, fin 2018.

Pourtant, pressée par Macron, EDF annoncera prochainement sa décision finale d’investissement et refuse toute remise en question : « Nous renouvelons notre plein soutien au projet [d’Hinkley Point], qui sera très rentable sur les trente années à venir. »

Le véritable enjeu de ce projet, c’est la crédibilité d’EDF en Angleterre (où tout le parc nucléaire sera à refaire dans la décennie) et en Chine, où EDF construit deux EPR devant servir de vitrine pour toute l’Asie, une des rares régions où le nucléaire repart…

S&P exige :

  • la re-régulation du marché européen de l’énergie afin de stabiliser les prix ;
  • l’annulation de la loi sur la transition énergétique. La seule transition valable, c’est celle vers des énergies plus denses et non vers des énergies moins denses et intermittentes ;
  • une commission d’enquête ou, du moins, la remise à plat du dossier d’Hinkley Point, ainsi qu’un délai d’au moins deux ans pour construire de nouvelles centrales en Angleterre ;
  • la prolongation au-delà de quarante ans de la durée de fonctionnement des réacteurs du parc nucléaire français, en fonction des autorisations accordées par l’ASN. Concrètement, cela veut dire le maintien en opération de Fessenheim tant qu’une nouvelle centrale n’aura pas pris le relais. Il n’y a pas d’issue qui ramène au passé, dans les rapports sociaux comme dans les modes technologiques. Le futur ne peut être fondé que sur les découvertes nouvelles de l’humanité appliquées sous forme de technologies produisant plus et mieux avec moins — pour tous ;
  • un investissement massif dans la fusion nucléaire et les six options prometteuses du nucléaire de IVe génération, en particulier celle de la filière à neutrons rapides et au thorium où la France dispose de certaines compétences ;
  • la réalisation rapide du projet FlexBlue de centrale nucléaire sous-marine, développé par la DCNS et EDF, idéal pour la Corse, Mayotte et la Polynésie française ;
  • un partenariat énergétique stratégique avec les membres des BRICS en vue de former la main d’œuvre qualifiée et d’équiper l’hémisphère sud avec des unités nucléaires petites et moyennes, à la taille de leurs besoins.

[1L’établissement public à caractère industriel et commercial EDF a été créé le 8 avril 1946 par Marcel Paul (PCF) avec le soutien de Maurice Thorez (PCF) par la nationalisation des biens de 1 450 entreprises de production, de transport et de distribution d’énergie électrique.

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