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La fin des quotas laitiers fera le beurre des spéculateurs

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"L’Europe se noie dans du lait", affirment ces producteurs en colère contre le coup supplémentaire de dérégulation du marché qu’annonce la suppression des quotas laitiers.
Crédit : Belgaimage

A l’initiative de l’European Milk Board (EMB), plus d’une centaine d’agriculteurs originaires de 16 pays européens ont manifesté le 31 mars à Bruxelles devant le Parlement européen contre la fin des quotas laitiers qui devient effective à partir d’aujourd’hui.

Instauré en 1984 dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC), ce système visait essentiellement à garantir un prix juste pour les producteurs tout en offrant un prix abordable aux consommateurs. Pour soutenir les prix, l’UE achetait les surplus de lait et de beurre, ou les vendaient pour les réduire. Les stocks physiques offraient en même temps une certaine sécurité alimentaire et un outil de régulation du marché.

Alors qu’en 2008, le prix de la tonne de lait était tombé en-dessous des 300 euros, au printemps 2014, le prix frôlait les 400 euros la tonne.

De quoi inciter les agriculteurs, poussés par les banques, à accroître leur production, quitte à risquer des amendes. Comme résultat, dépassant les limites imposées, l’UE, première zone de production mondiale de lait, a augmenté graduellement son débit. Avec une production de 151 milliards de litres sur la campagne 2013-2014, les producteurs ont dépassé les quotas de 1,43 milliards de litres. Parmi les pays indisciplinés figurent avant tout les Pays-Bas, avec un dépassement de 4 %, l’Autriche (3,2 %) et l’Allemagne (1,9 %).

Or, comme on le sait depuis Henry Wallace, le ministre de l’agriculture de Franklin Roosevelt, en agriculture, toute surproduction finit par provoquer l’effondrement des prix.

Or, ces derniers mois, de bonnes conditions climatiques en Nouvelle-Zélande, premier exportateur mondial, et le contre-embargo russe à l’égard des produits laitiers européens, décrété début août 2014, ont vite fait chuter les prix.

A partir de l’automne 2014, c’est la pression à la baisse qui commença à se faire sentir sur le prix du lait. En Europe, le prix du lait a chuté de 11 % en 2014, de plus de 20 % en Belgique et même de 40 % dans certains pays comme l’Estonie. L’inquiétude commença à monter au sein des éleveurs.

Une enquête indépendante sur les coûts de production laitière en Belgique présentée par l’EMB établit clairement que pour couvrir les coûts de production laitière avec un niveau de revenu équitable, le prix payé aux producteurs doit être de 46 centimes par kg de lait. Or, en décembre 2014, les producteurs laitiers belges n’ont reçu, en moyenne, que 31,15 centimes par kg de lait.

Idem en France, où le prix du lait est tombé, en janvier, à 31,3 centimes, contre une moyenne record de 36,5 centimes en 2014. De plus, le consommateur ne profite pas non plus de ces baisses. Exemple : entre 2000 et 2007, les prix aux producteurs ont baissé de 6 % tandis que les prix à la consommation augmentaient de 17 % ! Loin de la chanson libérale qui prétend que la dérégulation profitera in fine au consommateur !

Bien que légèrement amorti par un prix du pétrole plus faible et des cours modérés des céréales, le choc de cette dérégulation sera brutale. Pour l’eurodéputé PS belge Marc Tarabella, en charge de l’Agriculture et de la Protection du consommateur au Parlement européen, il y a danger :

Le risque est réel d’assister à une chute graduelle du prix du lait et de voir les producteurs européens les moins forts noyés au grand dam de l’agriculture européenne, du circuit court, de l’emploi mais aussi du consommateur ! Le Commissaire européen Hogan et les ministres nationaux ont annoncé en janvier et en mars qu’il n’y avait pas de crise : constat hallucinant quand on sait que des milliers de producteurs mettent chaque jour de leur poche pour avoir le droit de travailler à perte, et voient la faillite s’approcher à grand pas. Car, pour que le producteur ne perde pas d’argent, le litre de lait devrait coûter 0,37 euros le kilo. Hors, actuellement, ce prix oscille autour de 0,31 euro. En d’autres termes, des citoyens payent pour avoir le droit de travailler, et travaillent, jour après jour, donc à perte !

L’autre vérité qui fâche, rappelle Tarabella, c’est le fait qu’une immense partie du lait consommé n’a pas de nationalité, quand il ne s’agit pas d’assemblage, c’est-à-dire de lait assemblé à partir de productions géographiquement (très) éloignées... Car, il n’existe aucune législation européenne sur la mention de l’origine du lait !

La fin des quotas aura donc plusieurs conséquences désastreuses :

  1. La baisse des marges poussera chacun à augmenter encore sa production sans pour autant disposer d’un marché capable d’écouler sa production. Une situation de faillite garantie pour de nombreux travailleurs du secteur. Cette surproduction relative provoquera des baisses supplémentaires des prix, créant un cercle vicieux d’autodestruction de la production et des producteurs. Une surabondance de lait pourrait faire plonger ce prix jusqu’à 0,25 puis 0,20 euros le kilo, soit le prix de 1979…
  2. L’instabilité plus grande des marchés fera surtout le beurre des banques spéculatives qui vendront leurs contrats à terme et autre produits dérivés comme assurance contre l’insécurité qu’elles viennent de nous imposer ! Bravo les artistes !
  3. La fin des quotas conduira à une consolidation des acteurs et signifie la mort du modèle des petites et moyennes entreprises familiales. Le modèle familial d’une ferme avec un cheptel moyen de 60 têtes est condamné à disparaître. Comme le note le journal Le Monde :

    Le système des quotas a été appliqué dans notre pays pour maintenir un maillage d’exploitations sur une bonne partie du territoire. Les zones les moins favorisées ou les éleveurs les plus fragiles vont-ils résister à la course à la productivité ?

En clair : la conjugaison de la fin des quotas laitiers avec la réforme territoriale actuelle accéléreront la désertification de nos campagnes et la mort du monde rural.

Les vaches sont à l’Ouest,
les marchés sont à l’Est.

À travers le monde, la situation des producteurs laitiers s’est dramatiquement dégradée, sauf au Canada. Non seulement leur système de gestion de l’offre ne coûte rien au contribuable, mais, en plus, il permet d’éviter le déblocage de fonds d’urgence pour venir au secours d’une filière stratégique.

Paradoxalement, dans le cadre de l’accord de libre-échange avec le Canada (CETA), l’Europe, plutôt que de s’inspirer de ce qui marche là-bas, a demandé que le partenaire cesse ce type de gestion pour ne pas provoquer de concurrence déloyale…

La France possède de grands industriels dans le secteur laitier, comme le leader mondial Lactalis, le numéro un mondial des produits laitiers frais, Danone, mais aussi des groupes comme Bel ou Bongrain.

Cependant, avant d’accroître à tout va la production, il faut organiser des marchés preneurs. Bruxelles doit cesser son double discours. D’un coté, elle affirme que la demande de la part de la Chine et d’autres pays asiatiques va s’envoler de 2,1 % par an en moyenne. De l’autre, elle s’aligne systématiquement sur Washington dans une politique belliqueuse envers les pays des BRICS. Un minimum de cohérence s’impose.

Déjà, en France, plusieurs partenariats avec la Chine ont pu voir le jour. Comme Synutra, qui a signé un accord avec la coopérative Sodial et construit deux tours de séchage à Carhaix (Finistère). Ou Biostime qui a pris 20 % du capital de la coopérative Isigny Sainte-Mère.

En attendant des solutions politiques aux problèmes économiques, les éleveurs français espèrent que le bras de fer ne sera pas trop inégal face aux industriels et à la grande distribution. Pour survivre dans l’immédiat, ils comptent sur la logique illusoire de contractualisation avec les transformateurs et le regroupement au sein d’organisations de producteurs qu’ils mettent en place depuis 2010, pour lutter contre les effets néfastes de la dérégulation. Une trop forte volatilité ne fera pas le beurre des producteurs et consommateurs mais uniquement celui des spéculateurs.

L’eurodéputé PS Marc Tarabella a donc raison quand il conclut :

Même si certains gouvernements ou certains décideurs ont du mal à l’admettre, nous sommes à l’aube d’une crise laitière sans précédent. Arrêter un système sans même avoir mis en place son alternative est une aberration. Des solutions existent, mais certains préfèrent mettre en avant le tout au marché et finalement ne favoriser que l’intérêt de quelques-uns plutôt que l’intérêt général.

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