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La décision suisse, signe avant-coureur de la fin de l’euro

La rédaction
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La décision de la Banque nationale suisse (BNS) d’abandonner le cours plancher du franc suisse par rapport à l’euro a provoqué hier une onde de choc sur les marchés.

Après avoir été retenue tant bien que mal au niveau de 1,20 pour un euro depuis trois ans et demi, la monnaie helvétique s’est envolée de 30 % en quelques heures pour finalement s’établir hier soir à 1,035 CHF pour un euro. Les marchés boursiers se sont momentanément effondrés, par peur de voir les exportations helvétiques chuter à cause de la baisse de la moindre compétitivité provoquée par la brusque appréciation de la devise.

En premier lieu, la BNS est au bout du rouleau. Étant donné que sa devise était arrimée à l’euro, la banque centrale se devait d’intervenir en permanence pour des raisons qui ne concernait pas l’économie suisse.

Tout comme l’or, le franc suisse a toujours été une valeur de refuge en temps de crise. Et si la survie de l’euro se pointe à l’horizon, les investisseurs se tournent vers la Suisse, provoquant la hausse de sa monnaie ce qui pénalise à son tour ses exportations.

Pour la faire baisser, la BNS vendait donc du franc suisse et achetait de l’euro. En trois ans, cet interventionnisme monétaire lui a coûté plus de 200 milliards d’euros, si bien que son bilan atteint aujourd’hui 90 % du PIB suisse. Pour comparer, le bilan de la Banque centrale européenne ou de la Réserve fédérale américaine ne dépasse pas 50 % du PIB de la zone économique dont elles ont la charge.

C’est pour cela que le gouverneur de la BNS, Thomas Jordan, a indiqué dans une conférence de presse que la décision avait été prise pour des raisons non pas domestiques mais internationales. Le quotidien suisse Tagesanzeiger a quant à lui expliqué que ces raisons internationales sont : 1) la politique d’assouplissement quantitatif à venir de la Banque centrale européenne ; 2) L’élection grecque.

Dans son désespoir devant l’état anémique des grandes banques de la zone euro (qui ont toutes, rappelons-le, passé haut la main les récents tests de résistance concoctés par la Troïka), la BCE va très probablement annoncer lors de sa prochaine réunion le 22 janvier qu’elle va mettre en œuvre sa politique d’assouplissement quantitatif en achetant des obligations souveraines dans le but, prétend-elle, de faire remonter l’inflation et d’éloigner la menace toujours plus prégnante de déflation en zone euro. C’est ce qu’a indiqué Benoit Coeuré, membre du directoire de la BCE, dans un entretien avec Die Welt plus tôt cette semaine.

Sauve qui peut !

La décision impromptue de la Banque centrale suisse peut être interprétée comme une indication que le programme d’achat de la BCE sera colossal. Coeuré déclare en effet dans un entretien publié aujourd’hui dans l’Irish Times que la « seule chose que je peux dire est que pour être efficace il devra être gros ». A titre indicatif, Wall Street voudrait voir la BCE acheter pour 4500 milliards d’euros d’obligations souveraines actuellement détenues par les banques.

Même si le montant final devait être plus modeste, la BNS estime que dans ce contexte elle ne pourra rien faire pour maintenir la parité du franc suisse avec la monnaie unique. Mieux vaut se jeter à l’eau avant qu’il ne soit trop tard, d’autant plus que le résultat de l’élection grecque, prévue 3 jours à peine après la réunion de la BCE, risque fort bien de sonner le glas de l’euro.

L’envolée du cours du franc suisse provoque déjà la panique dans plusieurs pays de la zone euro. Beaucoup de sociétés financières, notamment dans les pays de l’Est, ont financé l’immobilier avec des prêts en euro remboursables en francs suisse...

Les emprunts toxiques exploseront

Pour les collectivités locales françaises, c’est la panique. L’envolée du cours du franc suisse met un peu plus en péril les finances du millier de communes, départements et régions ayant souscrit des emprunts toxiques. « Plus de la moitié d’entre elles ont des emprunts indexés sur la parité avec le franc suisse. C’est une très mauvaise nouvelle et beaucoup d’élus sont très inquiets » regrette Christophe Greffet, le président de l’association acteurs locaux contre les emprunts toxiques (APCET).

L’Ain, son département, a contracté un prêt de 9,8 millions d’euros dont les taux passeraient de 8,5 % à plus de 30 % du seul fait de l’envolée du cours du franc suisse ! Soit un surcoût de 2,5 millions d’euros. « Cela va coûter beaucoup plus cher aux élus », confirme Michel Klopfer, à la tête d’un important cabinet de conseil aux collectivités locales qui évoque des taux « glissant de 20 à 25 % ». Voire davantage.

A la date du 16 janvier, écrit La Gazette des Communes, le taux d’intérêt d’un contrat de la communauté d’agglomération de Chartres métropole passe de 21,9 % avec un franc suisse à 1,2 euro à 44,20 % avec un franc suisse à 1 euro, quand celui de la ville de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) bondit de 16,50 % à 28,79 % et celui du Syndicat intercommunal pour la destruction des résidus urbains (SIDRU), basé à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) explose littéralement de 38,31 % à 65,61 %.

Ce qu’en pense Friedrich List

L’économiste allemand Friedrich List (1789-1846), l’un des grands opposants au système impérial de libre-échange britannique (« l’anti-ricardien »), a accordé hier un entretien à notre collègue italien Claudio Celani. List a fait les commentaires suivants sur la décision du gouverneur de la Banque nationale suisse. Avec le recul historique, le lecteur pourra apprécier sa grande liberté d’esprit par rapport aux événements actuels :

Je ne m’inquiéterais pas outre mesure des répercussions de cette décision sur les exportations suisses. Le franc suisse va bien sûr s’apprécier notablement face à l’euro, peut-être jusqu’à 50 %, et moins par rapport au dollar. L’économie suisse est une économie fortement exportatrice, encore plus que l’économie allemande. La première exporte près de 50 % de sa production, la seconde environ un tiers. Les producteurs suisses ont raison d’être quelque peu inquiets.

Le gouvernement suisse peut cependant faire face à cette situation en introduisant des tarifs douaniers sur les produits à l’importation, qui auront tendance à augmenter en raison de l’appréciation du franc suisse, et même utiliser ces revenus pour subventionner les exportations. Cela permettra de rééquilibrer la balance commerciale.

Encore mieux, le gouvernement pourra utiliser ses pouvoirs discrétionnaires pour décider quels secteurs il entend subventionner et/ou protéger, ou à l’inverse décourager, et cela vaut tant pour les produits importés que ceux qui seront exportés. S’ensuivra une amélioration générale, un assainissement, de l’économie.

Pour ce qui concerne la parité entre le franc suisse et l’euro, la principale source d’inquiétude, il y a bien sûr une solution encore plus efficace, pour ne pas dire radicale : il suffit de faire voter une loi de séparation bancaire, modelée sur la Loi Glass-Steagall de 1933 aux Etats-Unis. L’effet que cela aura sur les deux grandes banques suisses TBTF (too big to fail, trop grosses pour sombrer comme vous dites), UBS et Crédit Suisse, sera « systémique » sur les marchés financiers dans toute la région transatlantique, incluant dans la zone euro.

Ainsi l’euro ne sera plus un problème, puisqu’il aura cessé d’exister.

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Vos commentaires

  • Le 17 janvier 2015 à 14:52
    par Eric

    Que produit la Suisse ? Des coffre-forts, de l’horlogerie, du chocolat ... quoi d’autre, de la Marijuana ? Les marchés réagissent-ils à une décision remettant en doute la sécurité des sommes et biens colossaux stockés en Suisse par les élites de ce monde en perdition ? ... Ces mêmes élites sont-elles plus soucieuses du rapport des investissements savamment déposés dans les banques Suisse, que de la reprise économique et de l’emploi dans les pays européens ?

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