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La France doit cesser d’allumer la poudrière moyen-orientale !

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François Hollande et le roi Salman d’Arabie saoudite le 4 mai 2015 à Ryad.
Crédit : Reuters

L’Arabie saoudite et le Qatar ont beau mettre à feu et à sang le Moyen-Orient, au nom de leurs parrains à Londres, à Washington et à Tel-Aviv, rien ne semble faire dérailler une politique française moyen-orientale qui, depuis l’élection de François Hollande, a fait de l’alliance avec les puissances sunnites les plus arriérées de la région et avec l’Israël de l’ultra-droite de Benyamin Netanyahou, le pilier de son action au Moyen-Orient.

La tournée de notre Président au Qatar et en Arabie saoudite, les 4 et 5 mai derniers, n’a fait que confirmer ce partenariat dans l’horreur. A Doha, M. Hollande a signé un accord pour la vente de 24 Rafale, pour 6,3 milliards de dollars.

En Arabie Saoudite, il a renforcé le partenariat avec ce pays, un partenariat considéré à Paris désormais, comme de « nature extrêmement politique et stratégique ». Par ailleurs, des négociations ont commencé pour des contrats pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars, notamment dans les domaines de l’énergie (nucléaire et solaire), des transports, de l’armement et de l’aérospatial. Paris compte en effet profiter de tous les atouts de ce pays : ses milliards de dollars en revenus pétroliers, un boom démographique en cours et une volonté de construire seize centrales nucléaires.

N’ayant pas eu le courage de se battre pour une vraie réforme financière permettant de relancer la croissance, Paris, dont les caisses sont vides, se croit obligé de ramper pour quelque milliards, en vendant ses armements de pointe à des pays qui sont les principaux acteurs de la poudrière moyen-orientale.

Mais ce qui est bien plus grave est que la France veuille sceller avec l’Arabie saoudite un partenariat non seulement économique mais stratégique. En tant que premier dirigeant occidental jamais invité à un sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG), rassemblant les puissances pétrolières sunnites du golfe Persique, François Hollande aligne notre pays sur les desseins de ces puissances et de leurs alliés dans la région et dans le monde.

Or, quels sont ces desseins ? Le 4 mai, François Hollande débarquait dans une Arabie saoudite en plein bouleversement. Le 29 avril, le roi Salmane, arrivé au trône en janvier après la mort du roi Abdallah, a mené un véritable coup de palais.

Bousculant l’ordre de la succession par lequel le pouvoir se transmettait aux frères puis aux demi-frères du roi, Salmane a décrété que son successeur direct serait son neveu, Mohammed Ben Nayef, l’actuel ministre de l’Intérieur, et non Moqren, dernier fils vivant d’Abdelaziz, fondateur de la dynastie.

Le deuxième dans l’ordre de la succession devient son propre fils, Mohamed Ben Salmane, actuel ministre de la Défense.

Autre changement, et de taille : si jusqu’à présent un consensus devait régner parmi les différents clans de la famille, le coup de palais du roi Salmane s’est fait exclusivement en faveur du clan des Soudeiri, dont il fait lui-même partie et qui est connu comme le plus fanatique de tous.

Le prince Bandar, soupçonné d’avoir trempé dans les attentats du 11 septembre 2001 lorsqu’il était ambassadeur aux Etats-Unis, est un Soudeiri. C’est l’homme qui, en collaboration avec l’oligarchie anglaise et américaine, a dirigé les opérations de déstabilisation et autres coups d’Etat visant les ennemis de l’Arabie saoudite et de ces pouvoirs occidentaux depuis les années 1980.

C’est donc avec ce clan que la France pactise aujourd’hui. Sa consolidation au pouvoir s’est d’ailleurs traduite par le lancement le 26 mars d’une guerre au Yémen qui, en mettant aux prises les deux frères ennemis de l’islam, l’Arabie saoudite et l’Iran, pourrait faire exploser toute la région. Riyad accuse abusivement les Houthis, le groupe chiite qui a pris le pouvoir à Sanaa, d’avoir mené un « putsch chiite » avec l’aide de l’Iran contre l’ancien président Abedrabbo Mansour Hadi, un allié corrompu de l’Arabie saoudite, dont le mandat était arrivé à échéance en 2014.

Dans un contexte où certains à Washington – une fois n’est pas coutume – tentent de tempérer les ardeurs guerrières de leur allié saoudien, soucieux de l’accord qu’ils sont au bord de signer avec l’’Iran et sous forte pression de certains élus et milieux politiques convaincus que l’Arabie saoudite continue à financer le djihadisme, la France a fait au contraire le pari de renforcer son « partenariat stratégique » avec l’Arabie saoudite !

Outre cette affaire du Yémen, c’est le soutien de l’Arabie saoudite à la folle course meurtrière de l’État islamique pour redessiner les frontières du Proche-Orient, qui illustre le mieux l’aventurisme de la politique engagée par Paris. Sous l’influence de Bernard-Henri Lévy, Nicolas Sarkozy a provoqué l’implosion de la Libye.

Alain Juppé suivi par François Hollande ont ensuite entraîné la France dans une guerre de destruction de la Syrie millénaire. Aujourd’hui, ils contribuent à l’éclatement des pays issus de l’accord Sykes-Picot pour les remplacer par des États croupions, ethniquement homogènes, sous la botte des pétromonarchies.

La carte qui se dessine actuellement ne ressemble-t-elle pas à celle publiée par le New York Times en 2013, avec un Alaouistan à l’ouest, un Sunnistan traversant la Syrie et l’Irak, un Kurdistan au nord du Sunnistan et un Chiistan au sud-est de l’Irak ?

M. Hollande croit-il pouvoir éviter à la France la destruction qu’il inflige aux nations du Proche-Orient ? Il a bien vite oublié les événements des 7 et 8 janvier 2015…

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