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La BCE craint que la Grèce adopte le Glass-Steagall

La rédaction
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Louka Kasteli, qui pourrait prendre la direction de la Banque nationale de Grèce, a été ministre de l’Economie puis du travail entre octobre 2009 et juin 2011 dans le gouvernement socialiste de George Papandreou qu’elle a quitté pour protester contre la politique d’austérité.

Plusieurs indications permettent de croire que la Banque centrale européenne (BCE) vit dans la crainte que le gouvernement d’Alexis Tsipras prépare des mesures de séparation bancaire de type Glass-Steagall Act.

Étant donné qu’une telle réforme figure aussi bien au programme de Syriza que celui des Grecs indépendants de Panos Kammenos, les deux partis formant le gouvernement de coalition actuellement au pouvoir, cette crainte pourrait se révéler justifiée.

Le Premier ministre-adjoint Yannis Dragasakis a amorcé depuis quelques semaines un processus de réorganisation des grandes banques grecques, dites à « caractère systémique », dont le gouvernement est l’actionnaire majoritaire à travers le fond de renflouement bancaire mis en place dans le cadre de l’accord de renflouement.

Jusqu’à présent, le gouvernement n’avait pas utilisé ses droits de gestion, mais Dragasakis a décidé qu’il allait dorénavant intervenir. Après avoir négocié avec les autres membres du conseil d’administration de ces grandes banques ainsi qu’avec les autres actionnaires, il a fait changer les membres de la direction des quatre plus grandes banques.

Même si les détails ne sont pas connus, l’objectif est de s’attaquer au portefeuille des prêts non-performants, et de faire en sorte que les banques prêtent à nouveau aux acteurs de l’économie réelle. Selon des acteurs de la finance grecque, les décisions de Dragasakis s’accordent parfaitement aux promesses faites par le gouvernement, selon lesquelles les banques seraient gérées dans l’intérêt de l’économie réelle, et en particulier des citoyens, puisqu’elles ont été renflouées aux dépens du contribuable.

La veille d’une réunion du conseil de direction de la Banque nationale de Grèce, la plus grande banque commerciale privée du pays, qui doit élire son nouveau Pdg, la BCE avait publié une lettre adressée au gouvernement d’Athènes et aux banques, à travers le Mécanisme de surveillance unique (MSU) qui supervise les banques des 19 pays membres de la zone euro, prévenant que le MSU se devait d’approuver tout changement effectué dans la gestion de la banque.

Le nouveau Pdg de la banque devrait être l’ancienne ministre de l’économie, Mme Louka Katseli, selon le quotidien grec Kathimerini. Un coup d’oeil rapide à la carrière de Katseli pourrait expliquer l’inquiétude de la BCE. Elle est tout d’abord une économiste et une personnalité politique reconnue. Elle exerçait de hautes fonctions dans le parti Pasok mais en avait été expulsée après qu’elle eut refusé de cautionner le Mémorandum de la Troïka.

Dans un article soumis à l’occasion de la Conférence du 20e anniversaire du Centre pour le dialogue politique au Bangladesh le 18 novembre 2014, intitulé « Expériences d’ajustement récentes dans la fiscalité et le marché du travail en Europe : leçons pour les pays à bas revenu » (Recent Fiscal and Labor Market Adjustment Experience in Europe — Lessons for the Low Income Countries), elle avait dénoncé avec force l’abrogation de Glass-Steagall :

L’abrogation de la Loi Glass-Steagall en 1999 a encouragé les institutions financières à s’engager sans contrainte dans les activités d’investissement et de spéculation en concert avec les banques commerciales, et les a incité à minimiser les risques au moyen de la titrisation des prêts et de Credit Default Swaps (CDS), etc. Elles ont créé des fonds spéculatifs offshore, non-déclarés et non-réglementés, promues les échanges de dérivés et développées des produits et instruments financiers compliqués, de manière à contourner les exigences de transparence et/ou de capitalisation demandées par les autorités. Elles ont commencé à spéculer sur les marchés de capitaux et à manipuler les marchés des changes, ce pour quoi elles font face aujourd’hui à des poursuites judiciaires et sont obligées de payer de sévères amendes. (…) Le processus de décision politique est par conséquent, particulièrement en temps de crise, influencé par les intérêts d’un système financier global qui, en l’absence de réglementation, d’incitatifs appropriés et de supervision efficace, pourvoit à ses propres intérêts plutôt qu’à ceux du pays : telle est la leçon qui doit être tirée de la crise.

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