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La coopération contre les astéroïdes : entretien avec Detlef Koschny, de l’ESA

directeur du Segment des objets géocroiseurs de l’Agence spatiale européenne

Groupe espace : Vous avez été très impliqué, comme directeur du Segment des objets géocroiseurs du Programme de surveillance de l’espace de l’ESA lancé en 2008, dans le choix des instruments qui devront être utilisés pour détecter et traquer les objets qui peuvent représenter une menace. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi l’ESA a décidé de lancer un tel programme, qui inclut également la détection des débris spatiaux et la surveillance du Soleil ?

Detlef Koschny : Ce programme a été lancé suite à une série de discussions avec les représentants des pays membres de l’ESA, c’est-à-dire nos « délégués », qui ont suggéré de nous doter d’une telle capacité. Il est ainsi reconnu que les infrastructures construites par l’homme sont de plus en plus sensibles aux effets produits par certains phénomènes spatiaux.

Groupe espace : Pour ce qui concerne le segment dont vous êtes responsable en particulier, celui qui a trait aux objets géocroiseurs, plusieurs types d’instruments seront nécessaires pour les détecter et puis les traquer pour déterminer leur orbite avec la plus grande précision possible. L’ESA prévoit de combiner l’usage de radars et de télescopes pour ce faire. Comment cela fonctionne-t-il ?

Detlef Koschny : Pour ce qui concerne le segment des objets géocroiseurs dont je m’occupe, notre travail repose essentiellement sur l’usage de télescopes optiques. Dans la lumière du Soleil, vous pouvez voir les objets très petits s’ils sont suffisamment proches. Nous préparons la mise en place d’un système de surveillance optique du ciel capable de détecter des objets d’un diamètre de 40 mètres, la taille de l’objet qui a explosé au-dessus de Toungounska en Sibérie en 1908. Ce système pourrait également détecter des objets de la taille de celui de Tcheliabinsk (une quinzaine de mètre de diamètre) quelques jours à l’avance, à condition toutefois qu’il ne soit pas en contre-jour, c’est-à-dire s’il ne vient pas de la direction du Soleil.

Groupe espace : Où en êtes-vous au niveau du financement ?

Detlef Koschny : Nous avons les fonds pour la construction d’un télescope à « oeil-de-mouche », qui aura une ouverture équivalente à un mètre de diamètre. (Voir encadré 1.) Le développement va commencer cette année. Une fois que nous l’aurons testé, nous le déménagerons vers un bon site, que nous n’avons pas encore choisi, et il deviendra opérationnel pour les opérations de surveillance des objets géocroiseurs.

Groupe espace : Pouvez-vous nous expliquer la différence entre le microsatellite d’observation canadien (NEOSSat) récemment mis en orbite et le type de télescopes que vous êtes en train de développer qui seront, je crois, utilisés ici même sur Terre ?

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Cette image montre comment les différents types d’objets géocroiseurs, à part ceux qui sont de type « Amor », sont difficiles à détecter lorsqu’ils s’approchent de nous de « l’intérieur », c’est-à-dire lorsqu’ils parcourent la partie de leur orbite située à l’intérieur de l’orbite de la Terre autour du Soleil. Ils se trouvent dans ce cas en pleine ligne de mire entre la Terre et le Soleil, et nos instruments sont par conséquent « aveuglés » par ce dernier.

Detlef Koschny : Le principal avantage d’être dans l’espace est qu’il n’y a pas de lumière parasite (diffusée un peu partout dans l’atmosphère) venant du Soleil. Avec une préparation appropriée des parois, un télescope spatial peut être pointé beaucoup plus proche du Soleil sans être aveuglé qu’un télescope situé sur Terre, et ainsi trouver des objets qui s’approchent de notre planète depuis l’intérieur de notre orbite autour du Soleil. Le télescope canadien devrait pouvoir démontrer que ceci peut être fait.

Groupe espace : La récente explosion d’un météorite au-dessus de Tcheliabinsk a provoqué un grand nombre de réactions à propos du danger que peuvent présenter les objets géocroiseurs, même si cela n’est pas un phénomène fréquent. Avez-vous eu des réactions des pouvoirs publiques européens à ce sujet, et même une volonté d’accroître les financements du programme de l’ESA ?

Detlef Koschny : On nous avait alloué un budget lors de la rencontre de Naples en novembre dernier au niveau des ministres des pays membres de l’ESA. Je n’ai vu aucun changement dans ce budget et je n’en attend aucun. Je croirais tout de même qu’un événement comme celui de Tcheliabinsk montre à quel point la menace est réelle et pourrait influencer les politiques à l’avenir.

Groupe espace : Pour ce qui concerne le besoin d’une meilleure coopération à l’échelle internationale, notamment la mise en place d’un processus de décision pour faire face à des situations d’urgence, pouvez-vous nous dire où nous en sommes, puisque vous avez été impliqué dans les discussions comme représentant de l’ESA dans l’Equipe d’action formée à l’initiative de l’ONU en 2001 ?

Detlef Koschny : Les discussions ont été un grand succès puisqu’elles ont abouti à une stratégie pour la prise de décision, qui a été acceptée par le Groupe de travail sur les objets géocroiseurs lors de la séance annuelle de février dernier à Vienne (voir encadré 2). J’ai été impliqué dans ces discussions et je vais l’être encore plus lors de la mise en place du Groupe consultatif pour la planification des missions spatiales (SMPAG), qui doit être établi d’ici un an environ. Le directeur de l’ESA devra bien sûr formaliser le soutien qu’entend apporter notre agence au SMPAG. Et nous allons également soutenir la mise en place d’une équipe de direction pour la formation du Réseau international d’alerte aux astéroïdes (IAWN) qui est en train d’être organisé principalement par nos collègues de la NASA. Les choses suivent ainsi leurs cours et tout se passe selon ce qui a été discuté et planifié.

 Encadré 1
La détection des objets géocroiseurs potentiellement dangereux

Le programme de surveillance de l’environnement spatial (SSA) de l’Agence spatiale européenne travaille en ce moment au développement d’un télescope à large champ de vision pour détecter les objets cosmiques potentiellement dangereux.

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Ce nouveau type de télescope, développé par une entreprise hautement spécialisée en Italie, peut couvrir un carré de ciel de 44,89 deg², puis, grâce à un miroir secondaire à 16 facettes, diviser l’image provenant du miroir primaire en 16 trajets optiques différents, reliés à de petites lentilles correctrices. Le tout permet, à la manière de l’oeil d’une mouche, de couvrir un large champ et de traiter les données avec une très grande rapidité. Six télescopes de ce type, basés sur Terre, suffiront pour couvrir le ciel entier en une journée, alors qu’il faudrait en faudrait six cents comme celui de la Station sol optique de l’ESA, présentement en service à Ténériffe (Espagne) pour faire le même travail. Ce dernier, avec son miroir de 1 mètre de diamètre, est certes doté d’un système de caméra très sophistiqué, mais ne peut couvrir qu’un carré de ciel de 0,47 deg².

Ce système sera capable, grâce à une flopée de percées technologiques mais aussi parce qu’il sera conçu spécialement pour traquer les astéroïdes et autres corps dangereux, de détecter trois semaines à l’avance des objets d’un diamètre aussi petit que celui de la météorite de Tcheliabinsk, à condition toutefois qu’ils ne viennent pas d’une direction proche du Soleil. Bien sûr, si on les détecte lors d’un passage préalable aux environs de la Terre, on pourra calculer leur orbite et se préparer à faire face aux dangers potentiels lors de passages ultérieurs.

D’autres systèmes de détection sont en discussion ou même en cours de déploiement, certains sur Terre et d’autres dans l’espace, comme le satellite canadien NEOSSat, un microsatellite spécialement conçu pour traquer les débris spatiaux et détecter des objets de provenance plus lointaine. Les études ont toutefois démontré que le meilleur moyen de détection sera constitué, à terme, d’un système de télescopes à infrarouge déployés le long de l’orbite de Vénus, autour du Soleil.

 Encadré 2
Un cadre de coopération internationale pour coordonner les efforts

Le Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique de l’ONU (COPUOS) a créé en 2001 l’Equipe sur les objets géocroiseurs (Equipe -14), formée de représentants des 14 grandes agences spatiales en activité dans le monde. Après avoir conduit de nombreux travaux et ateliers au cours de la période 2008-2012, l’Equipe-14 a convenu qu’en raison d’un « fait peut-être unique dans le domaine des risques naturels, il est possible de prévenir des impacts d’objets géocroiseurs en agissant en temps opportun. C’est la combinaison de l’ampleur potentiellement catastrophique, de la prévisibilité des événements et de la possibilité d’intervenir qui oblige la communauté internationale à mettre en place une réponse coordonnée à la menace que représentent ces objets ».

Elle a formulé une série de recommandations qui ont été adoptées sous une forme légèrement modifiée en février dernier lors de la réunion annuelle du Sous-comité scientifique et technique du COPUOS, qui devront être entérinées à l’automne 2013 par l’Assemblée générale de l’ONU.

Ces recommandations sont les suivantes :

  • « a) Il faudrait créer un réseau international d’alerte aux astéroïdes (IAWN), ouvert aux contributions d’un large éventail d’organisations, en reliant les institutions qui assumaient déjà, dans la mesure du possible, nombre des fonctions proposées, y compris la détection, la surveillance et la caractérisation physique des objets géocroiseurs potentiellement dangereux ; la tenue d’un centre internationalement reconnu chargé de réceptionner, d’acter et de traiter toutes les observations relatives aux objets géocroiseurs. Un tel réseau recommanderait en outre des critères et seuils de notification d’une nouvelle menace d’impact, ainsi qu’une stratégie utilisant des plans et procédures de communication bien définis pour aider les gouvernements à réagir face aux conséquences d’impacts prévisibles ;
  • « b) Il faudrait que les États Membres de l’ONU qui ont des agences spatiales créent un groupe consultatif pour la planification des missions spatiales (SMPAG). Ce groupe devrait être composé de représentants des pays qui mènent des activités spatiales et d’autres entités concernées. Il aurait notamment pour tâches de définir le cadre, le calendrier et les options de mise en œuvre des interventions. Le groupe devrait en outre promouvoir les possibilités de collaboration internationales en matière de recherche et de techniques de déviation des objets géocroiseurs ;
  • « c) Le réseau international d’alerte aux astéroïdes devrait assurer la liaison avec les organisations internationales et programmes concernés et établir des liens avec les organismes nationaux et internationaux existants pour préparer des interventions en cas d’impacts éventuels. »

L’Equipe-14 a également décidé de recommander la création, pour la planification des interventions en cas de catastrophe liée à un impact, un autre groupe consultatif qui assurerait la liaison entre les organismes nationaux et internationaux (IDPAG) pour préparer des interventions coordonnées en cas d’impacts prévus ou imprévus d’objets géocroiseurs. Ce groupe, dont la formation est encore en discussion, pourrait être coordonné avec le Programme des Nations Unies pour l’exploitation de l’information d’origine spatiale aux fins de la gestion des catastrophes et des interventions d’urgence (UN-SPIDER).

Les deux rapports remis par l’Equipe-14, l’un retraçant l’historique des efforts accomplis depuis la fin des années 90 dans la détection des objets géocroiseurs, et le deuxième sur les recommandations pour l’établissement des trois groupes consultatifs sont disponibles en français sur le site du COPUOS.

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Schéma montrant l’organisation des trois groupes consultatifs constituant le futur cadre de coopération internationale pour la défense contre les astéroïdes et autres menaces
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