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Etre ou ne pas être : une question galactique

L’Humanité est-elle unique sur cette planète, ou ne serions-nous que de simples animaux plus ou moins savants ? Voilà une question qui s’avère existentielle aujourd’hui, à la lumière des catastrophes qui ont frappé notre planète depuis le printemps 2011, en particulier le tsunami au Japon et les multiples tremblements de terre le long de la ceinture de feu autour de l’océan Pacifique.

Si, comme le demandent les monétaristes, nous continuons à agir comme de simples créatures esclaves des sens ou soumises aux caprices des marchés, alors nous sommes destinés, tels des bêtes, à subir le même sort que les espèces qui nous ont précédés et celles qui nous succéderont. Or nous savons que presque 99% des espèces ayant existé sur cette planète ont disparu.

Si au contraire nous acceptons que l’homme puisse être doté d’une identité supérieure, au-delà d’une simple accumulation de ses perceptions sensorielles, alors il nous faut faire face à certaines responsabilités, non pas à l’égard ce qui est, mais de ce qui doit devenir.

Pour mieux comprendre ce que nous allons devoir affronter, il nous faut remonter aux étoiles et observer comment l’influence des processus galactiques et intergalactiques sur notre planète permettra de voir ce qui pourrait arriver dans l’avenir.

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Commençons par le cycle d’environ 62 millions d’années, découvert à partir de prélèvements fossiles de biodiversité marine rassemblés au cours des années 1980 par les chercheurs John Sepkowski et David Raup pour la période s’étalant sur 542 millions d’années et dénommée Phanérozoïque.

Un groupe de scientifiques dirigé par Richard Muller découvrit en 2005, à partir de ces données, que les changements dans la biodiversité mesurée en nombre de genres distincts de créatures augmentait et diminuait suivant un cycle de 62 millions d’années, sans qu’aucune cause ni corrélation avec d’autres processus sur terre n’aient été déterminées.

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Les astrophysiciens Mellot et Medvedev de l’université du Kansas émirent alors l’hypothèse que ce cycle pouvait correspondre au cycle théorique, de 60 millions d’années environ, du déplacement de notre système solaire au-dessus et en dessous du plan galactique le long de son orbite autour de la Voie lactée.

Cependant, ce nouveau cycle théorique ne nous offre de moments singuliers qu’à des intervalles de trente millions d’années, soit entre deux points d’éloignement maximal du système solaire par rapport au plan galactique, au nord comme au sud, ou encore au point de rencontre avec ce même plan...

Pourquoi alors un cycle de 62 millions d’années et non de 30 ? Ce que Mellot et son équipe proposèrent alors, c’est de connecter ce cycle de biodiversité de 62 millions d’années aux positions de notre système solaire uniquement dans la face nord de notre galaxie. L’idée étant que notre galaxie semble se déplacer du sud au nord à la vitesse de 200 km/sec, en direction d’un plus grand amas d’étoiles situé, de notre point de vue terrestre, dans la constellation de la Vierge. Il se formerait ainsi, sur cette face nord, une onde de choc plus dense en radiations cosmiques et électromagnétiques, que notre système solaire rencontrerait environ toutes les 60 millions d’années.

Ce modèle n’est pas la seule hypothèse du genre. Reprenant cette idée que l’intensification des rayonnements cosmiques changerait en fonction des cycles galactiques, le scientifique Nir Shaviv et ses collaborateurs explorèrent les données géologiques terrestres pour déterminer le cycle d’exposition de la Terre aux rayonnements cosmiques. Ils corrélèrent l’accroissement du taux d’isotope de potassium 41 mesuré dans les météorites de fer-nickel trouvées sur terre, avec l’accroissement de radiations cosmiques soupçonnées d’apparaître, d’après leurs calculs, chaque fois que le système solaire traverse un des bras spiraux de la Voie lactée, tous les 143 millions d’années environ.

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Les bras de la galaxie, où sont présents des amas d’étoiles au sein desquels les explosions et les supernovae sont bien plus fréquentes, seraient alors le siège de radiations cosmiques plus intenses et énergétiques.

Cependant, quelque chose de bien plus sinistre se cache derrière ces 62 millions d’années de variation de la biodiversité, alors que notre système solaire oscille autour du plan de la galaxie : une corrélation évidente entre le cycle galactique et les périodes de grandes extinctions sur terre.

Les cinq grandes extinctions connues dans le passé se sont toutes produites lors de périodes correspondant généralement aux cycles de 62 millions d’années, et avec un système solaire allant dans la même direction par rapport au plan galactique. En outre, quatre de ces cinq extinctions massives concordent avec les périodes de rayonnement cosmique accru, coïncidant avec les 143 millions d’années du mouvement du système solaire à l’intérieur des bras spiraux galactiques. Il y a donc une correspondance inquiétante entre les mouvements de notre système solaire dans la galaxie et les périodes de grandes extinctions de masse... ce qui devrait nous amener à la question cruciale : à quel moment du cycle galactique se situe actuellement notre système solaire ?

A l’heure actuelle, on estime que notre système solaire se situe dans la face nord à trente années-lumière au-dessus du plan galactique, précisément dans ce lieu de l’espace-temps correspondant à ces périodes d’extinctions massives intervenues dans le passé.

 Les cinq grandes extinctions

Afin de nous rafraîchir la mémoire et poser les bases de notre étude sur les radiations cosmiques, regardons de plus près ces périodes les plus dramatiques de l’histoire du vivant que sont les cinq grandes extinctions de masse :

  1. La plus récente, intervenue il y a 65 millions d’années, vit disparaître près de 50 % des genres distincts de créatures sur la planète. On la connaît sous le nom d’extinction K-T, car elle se situe dans la période de transition Crétacé-Tertiaire, et demeure célèbre pour avoir vu la disparition des dinosaures.
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    La meilleure analyse sur les causes de cette extinction suggère la combinaison de deux facteurs : le premier serait l’impact d’un astéroïde colossal dont le cratère formerait actuellement la partie supérieure de la péninsule du Yucatán au Mexique. Le second facteur proviendrait des mouvements tectoniques de grande ampleur associés à la dérive des plaques continentales, correspondant à des périodes d’éruption massive dans les trapps (vastes plateaux continentaux constitués d’épais dépôts de roches basaltiques) du Deccan, une région volcanique à l’ouest de l’Inde. Ceci aurait alors conduit au rejet dans l’atmosphère d’une quantité gigantesque de gaz toxiques.

  2. L’extinction suivante, qui élimina 48 % des espèces à la fin du Trias, il y a 200 millions d’années, aurait été provoquée par l’éruption magmatique de la région atlantique centrale, une éruption superficielle due à la rupture de la Pangée, recouvrant de lave près de 11 millions de km2 de territoire et dispersant dans l’atmosphère divers gaz qui modifièrent le climat.
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  4. Il y a 250 millions d’années, à la fin du Permien, la plus radicale de toutes les extinctions élimina près de 83 % des genres (niveau de classification du vivant situé au-dessus des espèces), 96 % dans les mers et 70 % des genres vertébrés sur terre. Cette annihilation massive de la vie est associée aux gigantesques éruptions volcaniques dans les trapps de Sibérie, ainsi qu’aux fortes perturbations géologiques dues à la formation de la Pangée.
  5. Plus loin, il y a 370 millions d’années, l’extinction de la fin de l’ère dévonienne vit la disparition de 50 % des genres et 70 % des espèces, causée par un brutal refroidissement sur l’ensemble du globe.
  6. Enfin, durant la plus ancienne des cinq grandes extinctions, à la fin de l’Ordovicien il y a 445 millions d’années, 57 % de tous les genres disparurent suite à une intense activité tectonique, accompagnée de variations très importantes du niveau des océans.

Ainsi, l’activité volcanique, le mouvement tectonique des plaques, la dérive des continents, les refroidissements climatiques, les ères glaciaires ou encore les impacts d’astéroïdes sont souvent considérés comme des facteurs directement responsables des grandes extinctions, mais sans chercher aucune relation causale commune, et encore moins un rapport avec les processus galactiques, notamment les rayonnements cosmiques.

Ceci est du moins le cas pour la recherche présentée au public. En dehors des sentiers battus, des efforts de recherches fondamentale ont lieu, permettant de lier ces divers facteurs géologiques avec les cycles galactiques et les diverses formes de radiation cosmique.

 Examen de quelques travaux révélateurs

En tentant de mettre au point des systèmes de détection et de prévention des tremblements de terre, Saumitra Mukherjee, le directeur du Département d’application d’instruments de mesure géologique de l’Ecole des sciences environnementales à l’université Nehru de New Delhi, en Inde, se rendit compte qu’il existait justement une corrélation entre les séismes et les variations dans le flux de rayonnements cosmiques ainsi que dans le champ magnétique terrestre.

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A droite, la magnétosphère comme bouclier de protection contre le vent solaire

Il observa, premièrement, que les variations de l’activité solaire, qui se manifeste par des éjections coronaires massives de plasma, peuvent déclencher des changements dans l’environnement électromagnétique terrestre, provoquant à la fois des phénomènes sismiques, des variations brutales de température et des chutes de neige ; deuxièmement, que ces changements dans l’environnement électromagnétique terrestre semblent coïncider avec les explosions stellaires intergalactiques et galactiques.

Ces explosions provoqueraient des changements dans le flux de radiation cosmique atteignant la Terre, pouvant déclencher une activité sismique plus intense et à d’importants changements climatiques.

Ces travaux recoupent ceux de l’astrophysicien danois Henrik Svensmark qui, sur la base de ses propres recherches et celles d’autres scientifiques tels l’astronome Nir Shaviv, développa une théorie reliant l’augmentation du flux de rayonnement cosmique à des périodes de refroidissement terrestre global.

Celle-ci montre l’existence d’une corrélation entre l’augmentation du flux de radiation cosmique et le mouvement de notre système solaire à travers les bras spiraux de la galaxie.

Dans ces bras spiraux, les radiations cosmiques s’intensifieraient ainsi du fait des explosions d’étoiles et de supernovae, dont l’origine proviendrait soit de l’interaction de notre galaxie avec d’autres structures extragalactiques avoisinantes, tel le grand nuage de Magellan (une galaxie naine satellite de la nôtre), soit de la ceinture de Gould elle-même, une région constituant le bras local de notre galaxie que traverse actuellement notre système solaire et particulièrement dense en formation d’étoiles.

De même, dans son article intitulé Tremblements de terre de grande ampleur, Novae et environnement de rayonnements cosmiques, Yu Zhen-Dong, de l’Institut de recherche sur la protection environnementale de Wuhan (Chine), montre, sur la base de données collectées depuis les années 30, que certaines périodes d’accroissement de l’activité sismique – identifiées lorsqu’on enregistre plus de dix séismes de magnitude 7 au minimum sur une période de deux mois – correspondrait à l’observation de rayonnements provenant d’explosions stellaires ou novae.

Dans un récent article, il établit une correspondance entre le séisme de magnitude 8 enregistré en 2005 dans la ville chinoise de Wenchuan et la hausse brutale, au niveau du sol, de l’intensité des rayonnements cosmiques juste avant le séisme. Il constate enfin le même genre de correspondance pour huit autres séismes majeurs en Chine durant ces cent dernières années.

Dans le même registre, un groupe de scientifiques japonais a publié un article intitulé Des éruptions volcaniques violentes déclenchées par les rayonnements cosmiques, établissant une corrélation entre les violentes éruptions volcaniques au Japon ces trois cents dernières années, et des périodes d’intense exposition aux rayonnements cosmiques, elles-mêmes liées aux variations d’activité solaire. Selon ces chercheurs, les pics de rayonnements sur terre correspondraient à des périodes d’activité minimale du soleil, du fait que lorsqu’il est plus calme, le soleil ne fait plus office de bouclier pour la Terre et laisse ainsi passer les rayonnements cosmiques dans l’environnement terrestre.

Cela expliquerait alors la recrudescence d’activité volcanique, du fait que ces rayonnements cosmiques induiraient une nucléation dans le magma riche en silicium et déclencheraient alors les éruptions. Une hypothèse qui, du point de vue des relations entre les rayonnements cosmiques, les variations d’activité dans l’environnement Terre-Soleil et les changements climatiques globaux, concorde avec celle du scientifique Svensmark, mentionnée plus haut.

Mais il y a bien plus sur cette relation entre les radiations cosmiques, l’activité volcanique et les montées massives de magma dans les océans et sur les continents. Au Canada, un groupe de chercheurs a réalisé de nombreuses analyses sur les grandes roches volcaniques de Providence, de vastes étendues similaires aux trapps du Deccan et de Sibérie mentionnés plus haut, provenant du refroidissement d’une grande quantité de magma il y a 3,5 milliards d’années.

Ils mirent en évidence différents cycles de plusieurs millions d’années, notamment un, d’environ 170 millions d’années, s’étalant sur les 1,6 milliard d’années passées, ainsi qu’une constellation d’autres cycles distincts d’environ 60 millions d’années, éparpillés sur une période de 3,5 milliards d’années.

Ces cycles devraient bien entendu attirer notre attention sur ceux de 62 et 143 millions d’années associés au mouvement de notre système solaire dans la galaxie. Afin d’accréditer la thèse d’une relation entre les cycles galactiques et les processus associés aux transformations de la croûte terrestre, précisons que ce groupe d’astrophysiciens dirigé par Mellot, à l’origine du modèle mettant en parallèle les changements dans la biodiversité avec le déplacement du système solaire autour du plan galactique, a mis en évidence l’existence d’un cycle de presque 62 millions d’années, lié à l’augmentation, sur terre, d’isotopes de strontium associés à l’expansion du fond océanique, ainsi qu’à l’activité et au soulèvement des plaques tectoniques.

Il observa aussi que lorsque la proportion d’isotopes de strontium 87 augmente par rapport au strontium 86, la biodiversité tend à diminuer proportionnellement. Selon cette hypothèse, l’augmentation du flux de rayonnements cosmiques serait également liée à l’expansion magmatique des fonds océaniques et au soulèvement des plaques tectoniques.

Il en ressort que tous ces processus auxquels on attribue l’origine des extinctions sur la planète, allant de la tectonique des plaques et de la dérive des continents, aux volcans et autres éruptions de magma ou coulées de laves, ainsi qu’aux ères glaciaires, semblent liés aux cycles du mouvement de notre système solaire dans la galaxie, et particulièrement les cycles de 62 et 143 millions d’années, le dénominateur commun demeurant les rayonnements cosmiques. Mais rien n’est encore vraiment clair sur le véritable rôle à attribuer à chacun de ces facteurs.

 Où se trouve notre Système solaire ?

Tout an gardant en tête ce qui vient d’être discuté, voyons où se situe notre système solaire par rapport à ces cycles galactiques. Nous nous trouvons actuellement dans la zone qui, par rapport au cycle de variation de la biodiversité et d’oscillation autour du plan galactique décrit auparavant, correspond à la période des cinq grandes extinctions. Un calcul plus précis nous positionne à environ trente années-lumière du plan galactique, sur la face nord de la galaxie, indiquant que nous avons traversé le plan galactique il y a environ trois millions d’années.

Nous nous dirigeons vers la face nord de la galaxie, considérée théoriquement comme le siège d’intenses flux de rayonnements cosmiques, dûs à l’onde de choc de rayonnement provoquée par le mouvement de la galaxie vers le nuage extragalactique de la Vierge. Or, les cinq extinctions sont toutes intervenues dans une phase cyclique de la biodiversité correspondant en théorie au mouvement du système solaire vers la face nord de notre galaxie. Mais aussi, concernant les bras spiraux, nous sommes restés ces quelques derniers millions d’années dans ce que nous appelons le bras d’Orion, une excroissance du bras spiral Sagittaire-Carène.

Il est important de noter ici que suivant les études de Svensmark, la densité d’étoiles est 80 % plus forte à l’intérieur des bras spiraux qu’à l’extérieur, et que l’intensité du rayonnement cosmique sur terre est dix fois plus influencée par notre passage dans ces bras spiraux que par les variations de l’activité solaire et de ses effets plus ou moins protecteurs pour notre planète.

 Trois processus d’action séparés mais reliés

Avons-nous là le fin mot de l’histoire ? Se pourrait-il réellement que la Terre et la vie qui y règne soient laissées à la merci de ces forces galactiques et de leur bombardement destructeur, en espérant, pour garder un semblant de continuité, que quelques espèces survivent après chaque grande extinction ?

Afin de dépasser une simple interprétation cyclique de l’histoire de notre planète, il nous faut considérer ces cycles comme de simples projections des processus intervenant au sein d’un univers où coexistent des espaces de phase séparés mais interagissant entre eux à plusieurs degrés. Il s’agit : 1) de la créativité humaine, consciente et volontaire, caractérisée par la noosphère ; 2) le vivant, correspondant pour l’instant à notre seule biosphère, et 3) le non-vivant, la matière morte constituant l’essentiel de la masse de l’univers. Chaque domaine possède ses propres caractéristiques spatio-temporelles, mais tous les trois sont subsumés par un principe de créativité ou d’anti-entropie universelle.

Les différentes caractéristiques spatio-temporelles de ces domaines se révèlent lorsque, par exemple, une mesure ou une analyse qui s’avère cyclique et périodique d’un certain point de vue, cache en réalité un processus de développement et de croissance, comme nous l’observons avec la courbe de variation de la biodiversité qui, bien qu’elle ait une périodicité reliée théoriquement aux mouvements périodiques dans la galaxie, exprime pourtant clairement une fonction de croissance subsumant l’ensemble du processus (voir première figure).

Cependant, on pourrait être tentés d’interpréter cette courbe de la biodiversité comme une simple combinaison de ces deux processus d’extinctions périodiques et de croissance continue, qui sont pourtant indépendants l’un de l’autre, alors que l’histoire de l’ensemble de la biosphère s’avère en réalité un processus global de développement non linéaire, évoluant par sauts discontinus, vers des niveaux d’organisation du vivant plus complexes.

Ces sauts évolutifs vers des états d’organisation supérieurs coïncident avec les périodes de grandes extinctions. En d’autres termes, ces périodes d’extinctions de masse dans le cycle galactique sont en même temps l’occasion d’une explosion soudaine dans l’accroissement des capacités de développement et d’action de la vie sur la planète, chaque phase de développement posant alors les fondements et la plateforme pour la phase ultérieure, qualitativement supérieure, de la biosphère.

Par exemple, c’est au début de la phase d’extinction, à la fin de l’Ordovicien, que l’on a pu voir la première migration de plantes depuis l’océan vers la terre ferme, ce qui révolutionna la biosphère dans son ensemble en générant un environnement électromagnétique totalement nouveau.

Car la présence de plantes sur terre favorisa la formation de nuages, qui changèrent le climat en permettant la retenue d’eau et la formation de précipitations sur les continents, et créèrent les conditions d’existence du circuit électrique terrestre global, oscillant dans la gamme de résonance de 10-30 Hz de Schumann, essentiel dans la régulation des fonctions cérébrales par exemple.

C’est durant la période d’extinction suivante, à la fin du Dévonien, qu’apparurent les amphibiens, puis les reptiles, représentant la première colonisation du continent terrestre par des créatures vertébrées.

Cela signifiait que la biosphère en elle-même avait la capacité de transporter sur la surface de la croûte terrestre des quantités de matière biogénique plus importantes et en plus forte concentration.

On retrouve le rôle de ces créatures dans la dissémination des graines et des bactéries par leur consommation et leurs sécrétions, accroissant globalement le taux d’expansion de la biosphère.

Dans les deux cas mentionnés ci-dessus, le mouvement des plantes, puis des animaux, nécessita le développement de structures plus complexes, telles que les poumons, la peau, et des systèmes vasculaires plus complexes, capables de maintenir l’hydratation interne, de même que le développement de meilleures capacités de nutrition, de captation et de stockage d’énergie, étant donné l’environnement plus exigeant sur terre par rapport à celui plus calme et passif des mers et des océans.

Une grande partie de ces nouvelles capacités furent mises en œuvre par une sorte de relation symbiotique, une forme de coopération entre différentes espèces et même, plus globalement, entre règne animal et végétal, représentant l’évolution de la vie vers des niveaux de complexité et de spécialisation de plus en plus élevés.

La relation entre le règne fongique et le végétal, dont la survie dépend de leurs échanges réciproques de nutriments, en est un exemple.

D’autres révolutions vers des états de niveau qualitativement supérieur dans la dynamique de la vie apparurent au cours des grandes extinctions suivantes, créant des plateformes d’évolutions successives et posant les fondations pour l’une des plus importantes percées dans l’histoire du vivant, celle qui, suite à l’extinction des dinosaures, vit la rapide colonisation de la planète par les créatures plus complexes et diversifiées que sont les mammifères.

Grâce à leur métabolisme élevé (près de dix fois celui des dinosaures) et à leur système de régulation interne de température, les mammifères ont pu évoluer et se développer sous les climats les plus extrêmes et variés. En témoigne le fait que l’on en retrouve aujourd’hui une grande variété du pôle Nord jusqu’à l’équateur.

Mais pour cela, les mammifères ont eu besoin d’une source de nourriture plus dense en énergie, que l’on trouve dans l’apparition de nouvelles herbes et de plantes portant des fruits énergétiquement plus riches, les angiospermes, qui ont fini par s’étendre sur toute la planète et prendre la place des plantes moins développées et plus primitives qu’étaient les gymnospermes.

Par cette symbiose, la biosphère généra d’elle-même les moyens de son expansion sur une plus grande partie de la planète, y accroissant sensiblement l’intensité du flux de matière biogénique.

 L’émergence de l’homme

Tout ceci créa, semble-t-il, les conditions nécessaires à l’émergence de l’homme, il y a environ 2 à 3 millions d’années, au moment précis où notre système solaire traversait le plan galactique pour la dernière fois, se dirigeant depuis vers cette phase particulière du cycle galactique mentionné plus haut.

Nous insistons une fois de plus sur le fait que quand nous mesurons ce qui se manifeste à l’échelle de notre galaxie du point de vue du domaine supérieur du vivant, nous obtenons l’image d’un processus ontologiquement non-linéaire et anti-entropique.

Ce qui s’apparente au premier abord à de simples phénomènes périodiques, se trouve être de longues vagues successives d’évolutions croissantes dans un espace de phase supérieur. Pourquoi donc, en effet, devrions-nous supposer que le processus périodique soit premier et que le développement anti-entropique ne soit qu’un épiphénomène ?

Ceci soulève une autre question sur la nature des rayonnements cosmiques liés à ces longs cycles galactiques et extragalactiques.

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Figure 9
Afin de dépasser une simple interprétation cyclique de l’histoire de notre planète, il nous faut considérer ces cycles comme de simples projections des processus intervenant au sein d’un univers où coexistent des espaces de phase séparés mais interagissant entre eux à plusieurs degrés. Il s’agit : 1) de la créativité humaine, consciente et volontaire, caractérisée par la noosphère ; 2) le vivant, correspondant pour l’instant à notre seule biosphère, et 3) le non-vivant, la matière morte constituant l’essentiel de la masse de l’univers. Chaque domaine possède ses propres caractéristiques spatio-temporelles, mais tous les trois sont subsumés par un principe de créativité ou d’anti-entropie universelle.

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Considérant ce qui a été dit au sujet du développement anti-entropique de la vie sur terre, la question est de savoir si ce phénomène est dû à de simples effets cinématiques et mécaniques de bombardements de rayons, comme beaucoup de chercheurs qui osent aborder le sujet tendent à l’interpréter, ou s’il existe quelque chose de plus fondamental dans la nature de ces radiations cosmiques, qui reste à déterminer.

C’est probablement en reliant les recherches tout juste naissantes relatives aux processus galactiques avec les travaux de précurseurs comme le bio-géochimiste Vladimir Vernadski ou le biologiste Alexander Gurvitch que nous découvrirons des éléments de réponse.

Ce que Gurvitch a découvert, brièvement, est que les processus internes des organismes vivants tels que la croissance, la différentiation des cellules et la régulation interne, sont tous contrôlés et mus par ce qu’il appela le rayonnement mito-génétique, des rayonnements biologiques mesurés dans le spectre ultraviolet et générés au sein des cellules, dont il détermina l’ADN comme source d’émission. Il voyait cette radiation comme intrinsèquement connectée à ce qu’il identifia comme le « champ biologique » propre au vivant, analogue selon lui au champ gravitationnel relativiste d’Einstein.

Les travaux de Fritz Popp et d’autres montrèrent ensuite que les effets de ces bio-radiations pouvaient couvrir une large partie du spectre électromagnétique, et que les effets régulateurs étaient uniquement causés par l’activité interne d’un simple organisme mais qu’ils pouvaient s’étendre également entre eux. La biosphère entière de Vernadski pourait alors être vue comme un champ unique bio-radiant, intimement connecté au domaine plus large des radiations cosmiques galactiques et extragalactiques.

C’est donc du point de vue d’un champ intégré de rayonnement cosmique, et de la corrélation entre processus terrestres et cycles galactiques et extragalactiques, que l’on doit aborder l’histoire de l’évolution de notre planète.

Dès lors, comment faut-il comprendre la relation entre ces périodes de recrudescence de formation d’étoiles dans l’histoire de notre galaxie, telle celle d’il y a deux milliards et demi d’années, avec la grande oxygénation produite par la vie sur notre planète, et dont les conséquences atmosphériques et biologiques ont fondamentalement révolutionné sa nature même ?

Ou encore cette période, il y a deux ou trois millions d’années, qui vit l’émergence de l’homme, durant laquelle une supernova explosa dans notre voisinage, avec de sérieuses présomptions sur l’existence d’une autre nova au même moment ? Cette période s’accompagna d’un refroidissement brutal et des plus grands écarts de température jamais enregistrés, que l’on attribue à une forte augmentation des rayonnements cosmiques.

C’est à cette époque qu’apparut l’isthme de Panama connectant les deux Amériques, modifiant l’organisation des courants océaniques et, par conséquent, les caractéristiques électromagnétiques de la planète. Sa formation fut le résultat d’une activité tectonique et d’éruptions volcaniques liées, selon nos observations, à un accroissement des rayonnements cosmiques. C’est précisément à ce moment, il y a trois millions d’années, que nous traversions le plan galactique vers la partie nord.
Il est donc évident que l’homme est apparu dans une période de transformation terrestre et galactique corrélée à une augmentation des rayonnements cosmiques.

Tout ceci nous amène à la question posée par la naissance, en 1054, de la nébuleuse du Crabe, qui est certainement, dans notre galaxie et même au-delà, l’entité astronomique la plus anormale et la plus intense, en termes d’énergie, connue des scientifiques.

Ceci nous ramène à la question réelle : où allons-nous désormais ?

Nous venons, dans les limites de notre compréhension actuelle, d’appréhender dans notre esprit le processus d’évolution de la galaxie comme une seule entité, chose qu’aucun animal ne peut accomplir. Bien que la biosphère s’avère être un processus anti-entropique de développement, aucun animal ne peut, à titre individuel, prendre conscience de ce développement ni intervenir de manière créative pour changer volontairement l’état de développement de l’univers. Cette qualité n’existe que chez l’être humain et s’exprime par ses découvertes scientifiques fondamentales, transmises à travers l’histoire et la culture.

Si nous continuons à poser les bonnes questions et à mettre en évidence les paradoxes, alors, en tant qu’espèce, nous parviendrons non seulement à une meilleure compréhension des processus de notre galaxie et au-delà, mais aussi à les maîtriser et les exploiter un jour pour notre propre bien, consolidant encore cette relation particulière entre l’Homme et l’univers.

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