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Schacht et Hitler contre Roosevelt : pourquoi l’austérité mène au fascisme

Aujourd’hui, comme dans les années trente, des voix appellent avec une insistante accrue à une politique d’austérité fiscale, économique et sociale, à l’image de celles appliquées au siècle dernier par les régimes fascistes européens. Parmi toutes ces politiques, la plus extrême fut sans aucun doute celle menée par le banquier allemand Hjalmar Schacht qui, dès le milieu des années vingt, était le principal relais des puissants cercles financiers anglo-hollandais en Allemagne et devint ministre de l’Economie d’Adolf Hitler.

Le monde se trouvait alors, comme aujourd’hui, aux prises avec une importante bulle financière. Si la bulle actuelle a pour origine la montée des eurodollars au cours des années 60, puis le découplage du dollar et de l’or par le président Nixon le 15 août 1971, celle d’alors prenait ses racines dans les gigantesques réparations de guerre imposées à l’Allemagne par le traité de Versailles.

L’économiste américain Lyndon LaRouche avait averti dès 1971 des conséquences néfastes de la décision de Nixon, prévoyant qu’elle allait conduire, avec l’adoption des taux de change flottants quelques mois plus tard, à une accumulation cancéreuse de diverses formes de dettes publiques et privées.

LaRouche avertit dès cette époque qu’une telle évolution mènerait à l’émergence d’une « politique schachtienne », inspirée de la politique appliquée par Hjalmar Schacht en Allemagne dans l’entre-deux guerres. Cela signifie que certaines élites financières chercheraient de nouveau à imposer, comme alors, leur loi, en s’attaquant ouvertement aux peuples et en exigeant des mesures de triage brutales et sans merci, puis des régimes d’exception ouvertement fascistes.

Les appels entendus aujourd’hui en faveur de ce genre de politique doivent être neutralisés dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard, ce qui nécessite une meilleure compréhension de ce qu’est une « politique schachtienne ».

La pyramide financière post-Versailles

Le traité de Versailles, qui devait mettre fin à la Première Guerre mondiale, imposait à l’Allemagne le versement de « réparations de guerre » totalisant la faramineuse somme de 132 milliards de marks-or.

Indépendamment du débat sur l’ultime responsabilité de cette guerre, toute personne sensée aurait pu reconnaître à l’époque l’incompatibilité évidente entre une telle exigence financière à l’égard de l’Allemagne et la capacité de son économie physique à livrer ce type de plus-values financières.

Tandis que les puissants intérêts financiers anglo-hollandais entendaient utiliser ces réparations pour ruiner définitivement l’Allemagne, l’oligarchie allemande y voyait, quant à elle, un prétexte idéal pour lancer des réformes internes et des politiques d’austérité lui permettant de renforcer son propre pouvoir. Personne, parmi les dirigeants syndicaux et autres personnalités politiques allemandes habituellement vouées à la défense de l’intérêt général, n’osa affronter ouvertement cette politique, car il n’était pas de bon ton de mettre en question la légitimité des réparations.

Aucune politique économique alternative n’était par ailleurs envisagée ni discutée. (Pour mieux comprendre comment cela pouvait être le cas, pensez à la manière dont s’y prend la presse actuelle pour nous faire accepter le traité constitutionnel européen, qui élève au rang de loi sacrée les critères d’austérité de Maastricht. L’on essaie de nous faire croire qu’un « non » à la proposition de Constitution européenne équivaut à un rejet de l’Europe et de toute forme de coopération entre les peuples européens.)

Une timide résistance syndicale, s’opposant aux pressions brutales exercées sur l’Allemagne par ses créanciers, ne parviendra cependant pas à empêcher la crise hyperinflationiste de 1923-1924, les autorités financières allemandes ayant alors décidé de faire tourner la planche à billets dans une tentative désespérée de colmater les brèches.

Cette situation permit aux créanciers de l’Allemagne de faire nommer le banquier Hjalmar Schacht, un partisan acharné de la déflation et de l’austérité, à la présidence de la Reichsbank. Schacht était le fils d’un commerçant qui avait vécu aux Etats-Unis. Après des études de médecine, philologie, sciences politiques et économie, il rejoignit la Dresdner Bank et devint consultant financier pour le compte du gouvernement d’occupation allemand en Belgique au cours de la Première Guerre mondiale.

Schacht prit ses fonctions à la Reichsbank le 22 décembre 1923, devenant ainsi l’un des personnages les plus puissants d’Allemagne. Il sera amené à travailler sous la supervision de Parker Gilbert, l’agent responsable, sur place, de la collecte des réparations pour le compte des vainqueurs de la Première Guerre mondiale.

Les deux réorganisations de la dette allemande

Une première réorganisation de la dette fut alors négociée, connue sous le nom de plan Dawes : 134 milliards de reichsmark, au lieu des 132 milliards de marks-or originaux (notez que les deux devises n’étaient pas équivalentes et que l’auteur n’a pu trouver le taux de conversion) devaient être payés sur 36 ans, dont 22 milliards avant 1928.

Les Américains consentirent pour leur part à apporter de nouveaux crédits pour maintenir le service de la dette, ce qui allait permettre de relâcher quelque peu la pression et de créer l’illusion d’une reprise entre 1924 et 1928 ; mais le chômage continuait néanmoins à augmenter, de même que l’endettement. (Comparez cette situation aux actuelles négociations entre le FMI et l’Argentine, ou encore à l’illusion de richesse créée par Allan Greenspan entre son arrivée à la tête de la Réserve fédérale américaine, au lendemain du krach de 1987, et l’éclatement de la bulle de la nouvelle économie en 2000.)

Les socialistes allemands (le SPD) et les syndicats s’estimaient alors incapables de lutter contre l’austérité grandissante, car les travailleurs qui constituaient leurs rangs se trouvaient confrontés à une masse de chômeurs de plus en plus importante, qui constituait un réservoir de main d’œuvre fortement concurrentielle. Les communistes attiraient un grand nombre de ces chômeurs mais sans avoir le moindre programme de relance crédible à proposer.

Le 25 octobre 1929 survint le krach de Wall Street, car les financiers les mieux informés savaient que l’Allemagne se trouvait de nouveau au bord d’une cessation de paiement, menaçant ainsi le remboursement des dettes de guerre françaises et anglaises à l’égard de l’Amérique, de même que le remboursement des crédits accordés depuis 1924 aux Allemands par les Américains.

C’est alors qu’eut lieu une deuxième réorganisation de la dette allemande, connue sous le nom de plan Young, négocié par Schacht et signé par lui au cours de l’été 1929 ; celui-ci ne devait être ratifié par le Reichstag qu’en mars 1930. Selon ce plan, l’Allemagne s’engageait à payer 34 milliards de reichsmarks sur 59 ans, c’est-à-dire jusqu’à 1988.

Plus important encore, le plan Young interdisait tout recours à une politique de crédit productif et empêchait la Reichsbank d’escompter toute forme de prêts non autorisés par les créditeurs de l’Allemagne. Cela signifiait qu’aucune banque privée ou agence gouvernementale ne serait autorisée à se présenter devant la Reichsbank, dans l’espoir de se voir avancer une quelconque partie des prêts consentis pour le financement de grands projets d’infrastructures ou autre forme d’activité économique industrielle. (Cette clause ressemble fortement à celle du traité de Maastricht actuellement en vigueur en Europe, qui n’accorde à la Banque centrale européenne le droit d’émettre de la monnaie qu’en fonction des recommandations des milieux financiers privés, ceux-là mêmes qui ont, par leurs activités hautement spéculatives, créé la bulle financière qui menace de nous éclater à la figure à tout moment.)

Hjalmar Schacht démissionna le 7 mars 1930 de la présidence de la Reichsbank, clamant que les conditions sociales de l’époque ne permettaient pas d’intensifier l’austérité et de prévenir un effondrement bancaire (qui aura effectivement lieu au cours de l’été 1931). Schacht et ses contrôleurs savaient pertinemment que le plan Young ne pouvait être appliqué dans un environnement démocratique et qu’il faudrait passer, tôt ou tard, à un régime totalitaire.

L’austérité de Brüning

Heinrich Brüning, le nouveau chancelier nommé le 24 mars 1930 et lui aussi partisan de la déflation salariale, allait servir de transition vers le régime souhaité par Schacht et ses protecteurs.

L’on assista dès lors aux premiers pas vers la dictature, avec la mise en place d’un gouvernement ne légiférant plus que par ordonnance : ainsi, entre le 6 décembre 1930 et le 8 décembre 1931, Brüning fit proclamer et voter quatre grands « décrets-lois ». Il explique dans ses Mémoires qu’en un an, « les salaires avaient été diminués en moyenne de 20 à 25 %, sans que se produisit une seule grève, exception faite de la grève sauvage dans l’industrie métallurgique de Berlin ».

Le quatrième décret- loi prévoyait à lui seul des baisses de salaires de 10 %. Son objectif était « de ramener les salaires, les traitements et le prix de la vie au niveau de 1913 ». (Cela fait évidemment penser au dernier rapport du FMI à l’intention de la France et aux multiples appels à une baisse des salaires, surtout les plus bas, en particulier le SMIC).

Entre-temps, Schacht poursuivait ses consultations pour mettre Hitler au pouvoir le moment venu. Ainsi, le 5 janvier 1931, il dînait à la résidence d’Hermann Göring en compagnie de Goebbels, de l’industriel Fritz Thyssen et d’Hitler lui-même.

Les politiques de Brüning provoquaient, dans un esprit de protestation impuissante, la montée des votes nazis et communistes. Ce fut notamment le cas lors des élections législatives du 14 septembre 1930 et du 31 juillet 1932.

Mais une autre forme d’opposition, plus constructive, se mettait aussi en place : en septembre 1931, Wilhem Lautenbach, haut fonctionnaire au ministère de l’Economie allemand, proposa, lors d’une conférence secrète de la Société Friedrich List, une relance par le crédit productif. Dans un document présenté à cette conférence et intitulé Les possibilités de relancer l’activité économique au moyen de l’investissement et de l’expansion du crédit, Lautenbach écrivait :

Avec de tels investissements et une telle politique de crédit, le déséquilibre entre l’offre et la demande sur le marché domestique peut être diminué et la production orientée de nouveau vers un objectif. Si nous négligeons de mettre en oeuvre une telle politique, nous nous dirigerons inévitablement vers une désintégration continuelle de l’économie, ainsi que vers une rupture de notre économie nationale, dans un contexte où nous devrons alors, afin d’éviter une catastrophe politique domestique, avoir recours à un fort accroissement de la dette publique à court terme pour des raisons purement conjoncturelles, tandis que nous avons aujourd’hui les instruments par lesquels nous pouvons utiliser ce crédit pour des tâches productives, et ainsi équilibrer notre économie et nos finances publiques à nouveau.

En décembre 1931, après des années de résistance passive, les organisations syndicales reprirent les propositions de Lautenbach et présentèrent, le 26 janvier 1932, un programme qui visait à créer un million d’emplois dans de grands projets d’infrastructures publiques, financés par la Reichsbank.

Le SPD rejeta le programme, prétextant qu’il était trop inflationniste, tout en sachant que ce type de mesure était interdit par le plan Young. Les dirigeants socialistes et la gauche en général n’avaient pas le courage de provoquer un débat sur la légitimité du plan Young ; c’est ce qui avait amené Lautenbach à organiser en secret la réunion mentionnée plus haut, car il n’était pas habilité, en tant que fonctionnaire, à remettre en question un plan ratifié par le gouvernement.

L’intensification de la crise allait cependant provoquer, en juin 1932, la chute de Brüning, remplacé par le démagogue de droite Frantz von Papen. La percée spectaculaire des nazis lors de l’élection du 31 juillet 1932 incita Hitler à exiger le poste de chancelier, poste qu’allait lui refuser le président von Hindenburg.

Les députés nazi votèrent alors une motion de censure (qui avait été présentée par les communistes au Reichstag) à l’encontre du gouvernement von Papen, provoquant de ce fait l’élection du 6 novembre 1932. Mais cette stratégie allait conduire à un léger recul du vote nazi, en réalité une terrible défaite pour le parti, qui s’était lourdement endetté dans l’espoir d’une victoire finale et se trouvait acculé à la faillite.

L’éminence grise du futur régime nazi, Schacht, écrivit alors à Hitler pour le consoler, car il songeait à se suicider :

Laissez-moi vous féliciter pour l’attitude ferme que vous avez montré juste après ces élections. Je n’ai aucun doute sur le cours des événements à venir, qui mèneront inévitablement à votre accession à la chancellerie. Il semble que mes efforts pour obtenir des signatures pour votre nomination dans le milieu des affaires n’ont pas été vains, même si l’industrie lourde ne suit pas, mais on ne l’appelle pas industrie lourde pour rien, car elle bouge lentement.

Schacht était en effet responsable de la collecte de signatures d’industriels importants pour appuyer, dans une lettre au président von Hindenburg, une demande de nomination d’Hitler à la chancellerie.

Le 19 décembre 1932, le financier Wilhem Keppler écrivit à son tour à Hitler :

Ces derniers temps, j’ai rencontré le Dr Schacht et le baron Schröder. Je leur ai présenté mon analyse de la situation. Le Dr Schacht partage mon point de vue. (...) Même si plusieurs pensent que la situation politique n’est pas favorable, je demeure convaincu que vous atteindrez vos objectifs sans avoir à recourir à de nouvelles élections.


(Souligné par l’auteur de l’article.)

Le sursaut du gouvernement von Schleicher

Les partisans d’un programme de relance réussirent néanmoins à faire nommer le général Kurt von Schleicher à la chancellerie. Il fit immédiatement mettre en œuvre les propositions de Lautenbach et des dirigeants syndicaux allemands, un ensemble de mesures qui devaient permettre de sortir l’Allemagne de la crise.

L’oligarchie financière américaine, anglaise et allemande redoubla alors ses efforts pour obtenir la tête du chancelier, d’autant plus que Franklin Delano Roosevelt venait de gagner l’élection présidentielle américaine et entendait mettre en place le même type de politique. Car la perspective d’une collaboration transatlantique entre von Schleicher et Roosevelt constituait, aux yeux de la synarchie financière, une catastrophe inconcevable.

Il fallait par conséquent agir rapidement. Une manœuvre organisée par Schacht, impliquant le baron Schröder, von Papen et le fils du président von Hindenburg, Oskar, allait finir par convaincre le Président de congédier von Schleicher et de nommer Hitler à la chancellerie, ce qu’il fera le 30 janvier 1933.

L’orchestration de l’incendie du Reichstag, le 27 février 1933, allait par la suite permettre aux nazis de recueillir, lors de l’élection du 5 mars (la dernière jusqu’à la chute d’Hitler, en 1945) près de 50 % des voix.

Hitler nomma rapidement Schacht à la présidence de la Reichsbank. Schacht avait bien mérité cette nomination, lui qui avait présidé à la collecte de fonds pour la campagne électorale des nazis auprès du large réseau d’industriels et de financiers qu’il avait rassemblés autour de lui.

Les nazis firent ensuite voter, quelques jours plus tard, la loi sur les pleins pouvoirs. La période qui suivit fut une phase de consolidation, avec la dissolution des syndicats et des partis politiques (sauf le parti nazi, bien sûr). Les nazis allaient offrir pour quelque temps des cadeaux aux différentes composantes de leur clientèle et lancer un programme économique très hétéroclite comprenant, entre autres, des subsides pour la rénovation de quartiers résidentiels sélectionnés et le développement de plusieurs projets d’infrastructure. Mais on était bien loin du « new deal » de Roosevelt ou du programme de relance envisagé par Lautenbach et von Schleicher.

Schacht, ministre de l’Economie d’Hitler

Un peu plus d’un mois après la purge de la « nuit des longs couteaux », au cours de laquelle von Schleicher fut assassiné, Schacht fut nommé, le 2 août 1934, ministre de l’Economie. Ce changement de cap avait été planifié dans un rapport de la fin juin 1934 par le général George Thomas, qui dirigeait le secteur économique au ministère de la Guerre. Ce rapport, adressé au chef d’étatmajor von Blomberg, proposait d’initier un grand programme de réarmement, avec la nomination d’un ministre possédant des pouvoirs dictatoriaux pour contrôler l’ensemble des décisions économiques. Schacht correspondait parfaitement au profil recherché et fut donc nommé, comme nous venons de le dire, ministre de l’Economie. L’Allemagne entra ainsi dans une nouvelle phase d’austérité, avec une nouvelle vague d’ordonnances mandatant des coupes salariales généralisées.

Exactement comme l’avait anticipé Lautenbach dans son mémoire - nous faisons référence ici au passage où il parlait de la nécessité, à partir d’un certain point de rupture, d’« avoir recours à un fort accroissement de la dette publique à court terme pour des raisons purement conjoncturelles » - Schacht développa une nouvelle forme d’endettement, les « bons MEFO », des titres émis par le Metallurgische Forschungsgesellshaft, une société anonyme fondée par la banque centrale (la Reichsbank), le ministère de la Défense et les quatre grands producteurs d’armement.

Cet endettement à court terme avait pour but de financer la nouvelle politique de réarmement, devenue désormais priorité absolue. Ces bons MEFO étaient garantis par la Reichsbank et pouvaient être en partie escomptés par leurs détenteurs auprès de n’importe quelle banque, qui pouvaient ensuite les présenter à la Reichsbank.

Les banques et municipalités étaient obligées d’en acheter, jusqu’à hauteur de 30 % de leur portefeuille pour les banques et de 90 % pour les municipalités et compagnies d’assurance. Cette combine allait permettre une importante augmentation de la masse monétaire, qui s’accrut effectivement de 33 % par an entre février 1933 et février 1938 ; et il ne s’agissait là que de l’argent en tant que tel car en plus, entre 1934 et 1938, l’équivalent de 12 milliards de reichsmarks en bons MEFO avaient été mis en circulation.

Schacht était très fier de sa gigantesque bulle. (Plusieurs observateurs n’hésitent d’ailleurs pas à le comparer, à juste titre, à l’actuel président de la « Fed » américaine, Alan Greenspan, lui aussi responsable de l’une des plus grandes bulles financières de l’histoire).

Il déclara plus tard, dans un discours prononcé le 29 novembre 1938, qu’« il est possible qu’aucune banque centrale n’ait en temps de paix appliqué une politique de crédit aussi audacieuse que celle de la Reichsbank depuis la prise du pouvoir par le nationalsocialisme. Avec l’aide de cette politique de crédit, toutefois, l’Allemagne fut en mesure de créer une armée de premier plan, et ce réarmement à son tour rendit possible les résultats d’une telle politique ».

Ajoutons que Schacht allait concéder, dans ce même discours, que cette pyramide de bons MEFO « permit à la Reichsbank, par un subterfuge, de prêter au gouvernement, ce qu’elle ne pouvait normalement ou légalement faire. » (Souligné par nous.)

Non, il ne s’agit pas là d’une contradiction mais bien d’hypocrisie ! Schacht a bel et bien oublié son orthodoxie financière du début des années 30, à l’époque où Lautenbach se battait pour mettre en place une politique de crédit productif pour une relance industrielle entièrement pacifique. L’on constate effectivement ici dans toute sa splendeur la duplicité de Schacht qui criait systématiquement au meurtre dès qu’il était question d’émettre du crédit pour des investissements bénéficiant à l’ensemble de la population, mais trouvait tout à fait normal de faire marcher la planche à billets pour renflouer les banques ou pour financer une politique de conquêtes militaires.

La situation n’a malheureusement pas changé aujourd’hui. Pensez à la manière dont le président américain George Bush a rompu avec l’orthodoxie financière, prêchée par les républicains de Newt Gingrich dans les années 90, en faisant exploser le déficit américain pour financer les « guerres préventives » de Dick Cheney.

Comment cette montagne de papier pouvait- elle tenir alors que la seule industrie existante était celle de l’armement, que la production de biens de consommation était réduite au minimum et que les investissements dans l’industrie étaient interdits par des décrets émis en 1934 ?

Seule une aventure militaire pouvait éventuellement permettre de trouver une issue, car l’activité économique traditionnelle était réduite à son strict minimum, la consommation des ménages se retrouvant en 1938 à un niveau inférieur à celui de 1929, et même inférieure à celui de 1913.

En mai 1935, Schacht fut secrètement nommé « Plénipotentiaire général pour l’économie de guerre ». Imbu de ses nouveaux pouvoirs, il lança son « Plan nouveau », qui visait à restreindre les importations aux seules matières premières nécessaires au réarmement et à tirer profit de la faiblesse de certains partenaires commerciaux de l’Allemagne. Ce plan incluait un moratoire sur toutes les dettes libellées en devises étrangères.

On mit aussi en place, à l’intention des pays exportant vers l’Allemagne, un système de paiement en « script », des bons permettant d’acheter certaines catégories prédéfinies de marchandises allemandes, de mauvaises qualité et surévaluées de surcroît (en raison d’une réévaluation du mark de 20 % par rapport aux autres devises) ; ou alors des pays comme la Yougoslavie se voyaient tout simplement déverser, en compensation de leurs exportations vers l’Allemagne, des montagnes d’aspirine inutilisable.

Le plan de quatre ans de Göring

Dès 1936, la politique de Schacht atteint son apogée. Les « dévaluationnistes » proposèrent alors de dévaluer le mark pour accroître les exportations, mais le « plénipotentiaire général » eut temporairement le dessus et réussit à imposer une « taxe pour subventionner les exportations ».

De plus, il commençait à redouter que sa bulle ne lui éclate entre les mains et voyait poindre à l’horizon les premiers signes d’une nouvelle hyperinflation. Il tenta dès lors de réduire l’expansion du crédit, provoquant l’inquiétude de certains responsables par rapport à la poursuite du processus de réarmement.

Hermann Göring prit alors les choses en main et fit adopter son propre « plan quadriennal ». Officiellement, l’idée était d’atteindre l’autarcie en terme de matières premières, un objectif absolument irréaliste... à moins d’annexer les pays voisins, avec leurs capacités industrielles et leurs ressources naturelles ! Le moment était venu de passer à l’action et l’armée devait être purgée de ses éléments récalcitrants. La politique inflationniste devait quant à elle être poursuivie sans Schacht, qui avait des doutes sur la réussite d’une telle entreprise. (Schacht était cependant d’accord avec l’Anchluss del’Autriche, qui devait permettre de mettre facilement la main sur les réserves d’or de la Banque d’Autriche.)

Après plusieurs mois de bataille juridique avec Göring sur le partage des responsabilités dans la « conduite des efforts de réarmement » (peu importe ce que cela pouvait bien signifier), Schacht renonça à une partie de ses pouvoirs en démissionnant, en novembre 1937, de ses postes de ministre de l’Economie et de Plénipotentiaire général pour l’économie de guerre.

Hitler le nomma toutefois le jour même « ministre sans portefeuille », en « reconnaissance des services rendus ». De plus, il allait être reconduit, en mars 1938, à la présidence de la Reichsbank pour quatre années supplémentaires. Craignant toujours de voir éclater une crise financière, il quitta la présidence de la banque centrale le 20 janvier 1939. Il allait cependant conserver son poste de ministre pour un long moment encore, jusqu’à janvier 1943.

Une économie esclavagiste

Les structures de production sous le régime nazi étaient surtout caractérisées par des camps de travail, reposant complètement sur l’esclavagisme. Trois jours à peine après l’invasion de la Pologne, en 1938, les premiers esclaves polonais étaient en route pour l’Allemagne. Deux semaines plus tard, 100 000 d’entre eux se retrouvaient dans les camps allemands, un chiffre qui allait dépasser le million quelques mois plus tard. Fritz Sauckel (directeur de l’approvisionnement en main d’oeuvre) déclara à Nuremberg que sur les « 5 millions de travailleurs étrangers arrivés en Allemagne, pas plus de 200 000 n’étaient venus volontairement ».

Le taux de mortalité était très élevé, et les travailleurs usés par des cadences de travail insupportables et une diète réduite au minimum vital étaient envoyés dans les camps d’extermination, pour y subir un sort semblable à celui des victimes du nettoyage ethnique, tels les juifs et les tsiganes.

Ces pratiques esclavagistes, combinées à une politique d’endettement à très court terme et à un sous investissement chronique dans l’équipement, avaient provoqué une chute brutale de la productivité de l’économie allemande. Après des années de guerre, l’Allemagne se trouvait appauvrie comme jamais auparavant, ses infrastructures rasées et une partie importante de sa population éliminée.

Pourtant, certains économistes vantent encore aujourd’hui les vertus des pratiques économiques schachtiennes, et ce malgré leurs résultats absolument déplorables, (sans parler de leur caractère moralement répugnant). Un peu comme pour Céline (dans le domaine des lettres), Karl Schmitt (dans le domaine du droit) ou Heidegger (pour la philosophie), Schacht nous est présenté par ses admirateurs comme un « grand technicien de l’économie », tout en ayant pris soin de mettre de côté l’idéologie dont il s’est fait le défenseur.

Ses protecteurs se sont par ailleurs fait un devoir d’obtenir dès 1945 son acquittement devant le tribunal militaire international de Nuremberg, et ce malgré son rôle de premier plan au sein du régime nazi.

Schacht fut acquitté par le tribunal des deux chefs d’accusation retenus contre lui :

  1. conspiration en vue de préparer la guerre et
  2. guerre d’agression ou « crime contre la paix ».

(Les deux autres chefs d’accusation, non retenus contre Schacht, étaient ceux de crimes de guerre et de crime contre l’humanité.)

Il fut acquitté sous prétexte que depuis 1936, Göring avait pris en charge l’ensemble des préparatifs de guerre, et cela malgré l’ampleur de sa contribution à l’effort de réarmement et malgré le fait qu’il avait été l’un des principaux artisans de l’arrivée d’Hitler au pouvoir.

Il fut toutefois arrêté par le gouvernement allemand d’après-guerre et condamné à huit ans d’emprisonnement, avant d’être à nouveau réhabilité en septembre 1948. Il fonda peu après sa propre banque à Düsseldorf et mourut à Munich en juin 1970.

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