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Jacques Cheminade : l’identité de l’Europe, c’est l’avantage d’autrui

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Voici la vidéo et la transcription de l’intervention de Jacques Cheminade, Président de Solidarité et Progrès, lors de la conférence internationale de l’Institut Schiller du 18 et 19 octobre 2014 en Allemagne.

Laissez-moi commencer avec quelque chose que je n’avais pas prévu : il s’agit de Fidelio, l’opéra le plus cher à mon cœur, le seul aussi qui se termine de « manière heureuse ». Il n’est pas comme les autres pièces, les meilleures d’entre elles, où vous quittez la salle pensant à l’échec du héros ou de l’héroïne, à la fin tragique, et où vous vous sentez mis au défi de faire mieux qu’eux. Ici, dans Fidelio, il ne s’agit pas d’une « fin heureuse » parce qu’il vous laisse dans un état de confort individuel, un confort social entropique, mais heureuse parce qu’il montre que si vous rassemblez votre courage et votre esprit, vous pouvez dépasser votre destin : et c’est ce que nous avons tous la possibilité de faire, comme Léonore, car nous sommes tous des êtres humains.

Cela ne nous est pas seulement donné, mais c’est une exigence qui nous est posée : ce qu’a fait Leonore pour son mari, elle l’a fait pour l’humanité, menant les gens présents sur scène au combat pour un monde meilleur. La fin heureuse est en réalité le futur que nous devons créer, surtout dans des situations de vie ou de mort comme celle dans laquelle se trouve aujourd’hui plongée l’humanité. Voilà pourquoi la fin heureuse de Fidelio ne nous laisse pas au repos, comme dans quelque soap opera . Bien au contraire, il demande que l’on dise la vérité et que l’on se batte pour elle, même si cela implique de mettre sa vie en danger, comme le firent Léonore et Florestan. C’est comme si Beethoven avait composé cet œuvre pour nous, ici et aujourd’hui, nous obligeant à être véridiques face à notre moment de l’histoire.

Parlons donc vrai et franc, avec des paroles lourdes.

L’Europe, telle qu’elle est aujourd’hui, est une espèce en voie de disparition, un mort-vivant. Il n’y a aucun espoir pour une Union européenne fondée sur le principe oligarchique du désavantage pour ses Etats-membres et ses peuples, et de l’avantage pour la City et Wall Street.

Il n’y a aucun espoir pour une Union européenne qui non seulement étend l’oppression aux autres pays, mais qui opprime ses propres citoyens et l’économie de ses membres. Notre mission immédiate est par conséquent de libérer l’Europe, ici et maintenant, de ses fers financiers et de l’oppression culturelle.

Il est ironique de penser que ce sont les pays qui ont été soumis au pouvoir des puissances européennes qui représentent aujourd’hui notre espoir pour nous libérer de nos oppresseurs. Je parle ici des BRICS, non pas en tant que groupe de pays repliés sur eux-mêmes mais, comme l’a affirmé Narendra Modi, un concert de nations agissant dans l’intérêt mutuel et au bénéfice de tous ses membres ; ouvrant ainsi la voie, dans cette période tragique que nous vivons, à un meilleur futur basé précisément sur l’idée que le développement ne peut être que mutuel et fondé sur les réalisations scientifiques de l’esprit créateur humain. C’est pourquoi cette conférence a été conçue comme un orchestre d’interventions en provenance de diverses parties de l’humanité, un travail en cours conçu jouer de la musique, à l’opposé de la cacophonie de la compétition et du bruit et de la fureur qui dominent un monde en voie d’auto-destruction.

Regardez les événements se déroulant sous nos yeux : une combinaison d’épidémie de barbarie, de crimes contre l’humanité commis en Asie du Sud-ouest, et d’épidémie biologique, Ebola, une nouvelle peste noire en puissance : telle est la menace à laquelle se trouve confronté l’ensemble de notre civilisation. Ces deux maladies capables d’éliminer des sociétés entières ne sont pas limitées à une seule région du monde : elles menacent de se propager dans le secteur développé, et en Europe en particulier. Les djihadistes du Londonistan, du Parisistan ou des autres « istans » en Europe sont sur le point de revenir en Europe pour violer et tuer. Déjà, en France, l’un d’entre eux a appelé tous ses frères et sœurs à tuer au hasard chez nous, « pour se venger des bombardements aériens conduits par les armées occidentales ». Nous avons joué avec le feu, et le feu revient pour nous brûler.

Selon les évaluations de l’Organisation mondiale de la santé, qui sont probablement en-dessous de la réalité, d’ici décembre Ebola aura contaminé entre 5000 et 10 000 personnes par semaine, et très bientôt 20 000. La plupart d’entre eux mourront probablement en raison du manque de soins adéquats en Afrique. Soumis à la domination du néo-colonialisme financier, fondé sur le triage des êtres humains, le continent africain est le plus pauvre et la partie la plus exploitée du monde, une situation qu’acceptent d’une manière ou d’une autre tous les pays européens. Et c’est sans parler des politiques constituant à isoler les malades qui, même si elles sont justifiées, visent à faire obstacle au commerce et au développement économique, ajoutant la faim à la maladie. Mais Ebola ne s’arrête pas aux frontières : nous avons créé le danger d’une propagation de cette épidémie à tous les continents. Elle a déjà contaminé des personnels soignants aux Etats-Unis et en Espagne, et peut se propager aux couches sociales défavorisées de nos propres pays, qui représentent une partie croissante de la population à cause des politiques d’austérité destructrices, et peuvent ensuite nous atteindre tous si rien n’est fait pour l’arrêter.

Je voudrais mentionner ici que nous ne sommes pas seulement confrontés à l’incompétence ou à un accident de l’histoire, mais au résultat de politiques voulues délibérément par une oligarchie européenne régnant au Royaume-Uni et à Bruxelles, et par les dirigeant de tous les pays européens. Ce système de gouvernance ne peut pas être réparé ni soigné, il doit être changé.

Vous avez été, ou serez confrontés à des extraits de déclarations du prince Philip d’Édimbourg et autres, comme celle, célèbre, où il affirme vouloir se réincarner, après sa mort, en virus pour réduire la population mondiale. D’autres peuvent être mentionnés, comme John Holdren, le principal conseiller d’Obama pour les questions scientifiques et technologiques, ou le célèbre écologiste français Jacques-Yves Cousteau, qui, comme ses collègues britanniques, souhaitait réduire la population mondiale à moins d’un milliard d’habitants. Ceci est criminel, mais il ne s’agit pas d’un crime commis par quelques individus seulement. Ce comportement criminel est inhérent au système impérial britannique et aux institutions de notre Union européenne. Pourquoi ? Parce qu’ils sont malthusiens. Leur conception de l’homme est celle d’un animal domestiqué : en haut, il y a ceux qui sont nés pour gouverner, et en bas les autres qui sont condamnés à être soumis. Une telle pensée malthusienne est incapable de concevoir le « développement » comme un objectif commun à toute l’humanité, partagé par ceux qui se sont engagés à se battre pour lui, et non pas cette idée criminelle selon laquelle l’un doit nécessairement se développer au détriment de l’autre, dans un monde de ressources inévitablement limitées. L’Europe doit par conséquent changer pour devenir une association d’Etats-nations vouée à l’avancement général de l’humanité.

Regardons comment l’Europe a été engendrée à la fin de la Seconde guerre mondiale. Elle fut fondée sur la base de trois principes généraux : le libéralisme financier, le libre-échange et le démantèlement des Etats-nations. Ce processus atteint son point culminant avec l’euro, un instrument d’auto-destruction induite. En conséquence nous avons, pour 2014 et 2015, des taux de croissance nuls, et même négatifs en termes physiques, et à cela s’ajoute l’exigence posée par Eurostat, l’Institut européen de statistiques, d’inclure les activités illégales dans le Produit national brut de tous les Etats membres. Cela comprend la prostitution, le trafic de stupéfiants, la contrebande de tabac et d’alcool, qui seront ainsi recyclés dans l’économie officielle et intégrés au PNB pour justifier une capacité d’endettement encore plus grande !

La chute estimée dans le pouvoir d’achat du salarié moyen en Europe depuis 2007 varie entre 5 % en France et en Allemagne, à 50 % en Grèce ! Deux livres publiés en France par Coralie Delaume, Europe, les Etats-Désunis, et Robert Salais, Le viol de l’Europe montrent clairement comment, de décision en décision, l’actuelle Union européenne a été délibérément organisée pour détruire les Etats-nations et empêcher les citoyens de participer au véritable processus de prise de décision. Nous avons été, au contraire, contaminés par un principe absolument opposé au « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » constituant le fondement de la Constitution américaine et l’article 2 de la Constitution française.

Ceci ne devrait pas nous surprendre, étant donné les origines de notre Union européenne actuelle. Elles remontent à la création du Comité pour une Europe unie et du Comité américain pour l’Europe unie, des organisations qui ont servi de conduit financier en provenance des services américains et britanniques, et par lesquelles ont transité les « idées » des fédéralistes européens. Les idées étaient britanniques, et le financement en dollar. Le Comité a été créé par Allan Dulles, le chef de la branche de Wall Sreet de la CIA, et par Duncan Sandys, le gendre de Winston Churchill. Ils étaient les parrains de cette Europe, accompagnés d’un français, Henri Frenay, l’ennemi juré de Charles de Gaulle, qui a organisé l’élimination de Jean Moulin, brisant ainsi le lien le plus ferme entre la France libre à l’extérieur et la Résistance à l’intérieur du pays. Le Congrès pour la liberté de la culture, financé par les fonds de contre-partie du Plan Marshall, a posé les fondements culturels qui ont permis d’imposer cette Europe pervertie. Jean Monnet et Robert Schuman se sont partagés la tâche, au profit de leurs amis à travers toute l’Europe, incluant ceux qui étaient actifs dans les couloirs du Vatican. Le péché originel, pour ainsi dire, de cette Union européenne, se trouve ici, et la forme que prennent ses enfants correspond aux souhaits de ceux qui en ont pris soin.

Laissez-moi dire quelque chose au sujet de l’état de la presse et des institutions économiques.

Sur la presse européenne : Udo Ulfkotte, un ancien rédacteur du Frankfurter Allgemeine Zeitung, l’un des principaux quotidiens d’Allemagne, a reconnu avoir été « éduqué à mentir, à trahir et à ne pas dire la vérité à la population », et décrit comment il était sous l’influence de la CIA. Il a déclaré que les journalistes des plus grands médias aux Etats-Unis et en Europe travaillent aussi, comme on dit, « sous couverture non-officielle » pour des agences de renseignement. Je le cite : « Je pense que c’est surtout le cas des journalistes britanniques, car ils entretiennent une relation beaucoup plus étroite. C’est surtout le cas des journalistes israélien. Et bien entendu des Français (…). Les médias allemands et américains cherchent à amener la guerre aux peuples d’Europe, à amener la guerre à la Russie (…), j’ai très peur qu’une nouvelle guerre éclate en Europe. »

Vous comprenez maintenant pourquoi tous ces gens ne publient jamais un mot sur nous ou, lorsqu’ils ne peuvent pas nous ignorer, ils nous qualifient de « secte » ou ont recours à toutes sortes de caractérisations calomnieuses qui évoluent d’ailleurs avec le temps. Ce sont des assassins de l’esprit, au service d’assassins tout court.

Pour ce qui concerne l’économie, le comportementaliste français Jean Tirole vient d’obtenir le prix Nobel d’économie. Pour résumer : il a toujours prétendu que le « concept de crise systémique ne signifie rien », et qu’il est impossible de réglementer les fonds spéculatifs ou les dérivés, une chose qu’il faut selon lui « laisser aux idéalistes irrationnels ». Après avoir enseigné à Princeton et au MIT, il a maintenant fondé, avec un apport de 73 millions d’euros de l’Etat et de banques françaises, l’Ecole d’économie de Toulouse et l’Institut d’études avancées, à Toulouse également, qui promeuvent toutes deux, entre autres choses, le concept qu’ils appellent eux-mêmes l’« illusion mutuelle assurée » (Mutually Assured Delusion – MAD). Ceci, après tout, est un acronyme approprié pour décrire l’actuelle « pensée de groupe européenne ».

Nous allons maintenant décrire en termes clairs les choix qui se posent à nous. L’Europe et l’Espagne seront-elles le pont amenant le développement positif de l’Eurasie jusqu’en Afrique, ou bien seront-elles le pont permettant à la marche funèbre d’Ebola d’atteindre le centre de l’Europe ? L’Allemagne, la France, l’Italie et d’autres pays européens retrouveront-ils leur réflexe humaniste, ou continueront-ils à répandre la pensée contraire pour le compte de l’Empire britannique ? Sommes-nous déterminés à nous débarrasser du non-sens de la géopolitique et de la pensée déductive, et à redevenir des explorateurs et des découvreurs ? Sommes-nous prêts à échapper à ce faux dilemme économique opposant le monétarisme keynésien (la diarrhée des faux monnayeurs) au culte orthodoxe de « l’argent rare » et des accapareurs de richesse (la constipation monétaire) ? Les dirigeants politiques français et allemands peuvent se reconnaître eux-mêmes dans ce cabinet de toilette de la politique mondiale.

Telles sont les réelles questions qui se posent dans le monde réel.

Où en était l’Europe en 1411 ? Il s’agissait d’une région relativement bien moins développée que la Chine et l’Inde. Sur les dix plus grandes villes du monde à l’époque, une seule était européenne, Paris, avec ses 200 000 habitants, tandis que Beijing en comptait au moins 600 000. Encore en 1792-1793, Lord Macartney décrivait la puissance et le nombre d’habitants que comptaient la Chine comme une menace à l’expansion de l’Empire britannique, suggérant que quelque chose devait être fait à ce propos, car ils étaient beaucoup trop nombreux sur cette Terre.

Qu’est-ce qui a permis la réussite de l’Europe après 1411 ? En termes réels, la Renaissance et ses révolutions dans la science et dans l’art, la renaissance de de Cuse, Kepler, Leibniz, de Vinci, Rembrandt, Bach et Beethoven. L’idée d’un homo universalis, un être humain se développant au-delà des espèces animales, non pas pour dominer mais pour créer et éveiller sa conscience au service d’autrui.

Malheureusement, au lieu de partager cette capacité, l’Europe, sous la domination de l’oligarchie, a trahi son propre sens d’universalité, et les Empires ont utilisé le potentiel créé par la Renaissance pour arriver à leurs propres fins, contre les autres régions du monde. Le pillage, la destruction et la bestialité ont pris le dessus, et les applications technologiques de découvertes scientifiques n’ont pas servi au développement mutuel mais à la recherche de domination et de possessions. Ce qui a développé les Etats-Unis, reposant sur ce que l’Europe avait de meilleur, c.-à-d. les principes leibniziens de « la vie, la liberté et la recherche du bonheur » et non pas « la vie, la liberté et la propriété », a été détruit dans la deuxième partie du 20e siècle, après la mort de Franklin Delano Roosevelt.

En tant qu’Européens et Américains, notre mission est de retrouver les principes fondateurs de la Constitution américaine et, pour nous en Europe, de revenir aux principes de la Paix de Westphalie de 1648. C’est précisément ce que Tony Blair a demandé à éliminer dans son tristement célèbre discours de Chicago en 1999, auquel devait succéder la prétendue guerre contre le terrorisme, qui n’est devenue rien d’autre qu’une guerre pour terroriser les peuples et la guerre de tous contre tous.

La Paix de Westphalie reposait sur trois principaux engagements :

  • Le pardon des offenses passées, incluant ce qui était considéré comme la principale offense, la dette encourue pour financer les guerres ;
  • L’avantage d’autrui, pour empêcher que d’autres guerres éclatent et que l’on fasse des gains aux dépens des autres.
  • Le respect du principe de souveraineté nationale, fondé sur le respect mutuel.

C’est ce que nous avons jeté par dessus bord avec l’actuelle Union européenne, qui est ni européenne, ni une union.

Où allons-nous donc trouver l’impulsion nécessaire à notre reprise ? Parmi ceux qui ont respecté au mieux nos principes, même si cela reste encore imparfait : oui, je parle des BRICS, ou dans les mots de Modi : « Faisons du développement un mouvement de masse. » Tel est le paradoxe de cette période de l’histoire : nous avons perdu nos principes en Europe et aux Etats-Unis, et la seule manière de les retrouver est de nous inspirer de la dynamique des BRICS, qui a été créée comme moyen de protection contre nos erreurs et nos crimes, contre l’oppression de l’oligarchie financière qui répand le meurtre et la destruction de tout le tissu social. Pour faire cela, pour agir pour le bien commun, il faut que nous nous libérions nous-mêmes une bonne fois pour toutes de l’oligarchie britannique et de ses collaborateurs.

Cela ne signifie pas que nous n’ayons rien, en tant qu’Européens, à contribuer en vue de la noce. Je ne crois pas, comme les historiens de l’école britannique, les Gibbons et Toynbees, à la fatalité du déclin, à la continuité d’une grande dégénérescence. Je crois que plus croît le péril, plus croît aussi ce qui sauve, à condition que nous nous mobilisions pour le futur de l’humanité, au-delà de l’Europe elle-même. Si l’Europe a fait quoi que ce soit qui mérite d’être retenu depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, c’est d’avoir fait la paix entre les peuples européens, même si c’est sur la base d’un compromis avec l’oligarchie. Il faut maintenant que nous reprenions les choses en main et que nous nous débarrassions de la maladie de l’oligarchie. Il n’est pas possible d’avoir un foyer pacifique avec des cafards et autres insectes plein la maison. Il est temps de nettoyer et d’agir, pas pour nous-mêmes mais pour l’avantage d’autrui. Nous devons nous décontaminer et faire un saut décisif vers l’avant, pas seulement pour nous joindre aux BRICS mais pour inspirer le développement à venir. Notre défi immédiat n’est pas seulement d’empêcher que des choses horribles surviennent, mais de faire en sorte que de bonnes choses arrivent, découlant des nouveaux principes.

Un exemple historique me donne de l’espoir – en fait, non pas un, mais deux. Le premier est celui de ce jeune Africain du Ghana, Anton Wilhelm Amo, qui fut adopté vers 1707 par le Duc de Brunswick-Wolfenbütell et traité comme un membre de sa famille. Il étudia, à l’Université de Halle, puis celles de Wittenberg et de Iena, la logique, la métaphysique, l’astronomie, l’histoire, le droit, la théologie, la politique et la médecine. Il apprit six langues : l’anglais, le français, le néerlandais, le latin, le grec et bien sûr l’allemand. En 1729, il écrivit De Jure Maurorum in Europa (Du droit des Maures en Europe) où il demande que les noirs soient traités comme les autres européens. Il obtint son doctorat en philosophie à Wittenberg en 1734. Sa thèse remarquable, De l’Apathie de l’âme humaine, s’oppose au dualisme cartésien et développe une conception leibnizienne de l’humanité fondée sur la découverte de principes et l’élaboration d’idées au-delà de la perception des sens. Il retourna sur son lieu de naissance lorsque l’Allemagne s’engagea sur la voie de la répression, et mourut sous astreinte dans une forteresse au Ghana. L’Abbé Grégoire en fait l’éloge dans ses Notices des nègres et des mulâtres distingués par leurs talents et leurs ouvrages, et il était une inspiration pour Kwame N’Kroumah, le premier président du Ghana.

L’autre exemple du 18e siècle est celui d’Abraham Petrovich Gannibal, un enfant noir adopté et libéré par le Tsar Pierre le Grand, et qui fit ensuite une carrière remarquable en Russie en tant qu’ingénieur et officier, se maria avec une noble et eut des générations de descendants, parmi lesquels son arrière-petit-fils, Alexandre Pouchkine. Ces deux exemples prouvent que lorsque des Européens décident de respecter l’avantage d’autrui, des choses comme celles-ci peuvent arriver, représentant un rayon lumineux du passé vers l’avenir. Je pourrais encore mentionner en France le Chevalier de Saint-Georges, ce remarquable compositeur contemporain de Mozart. Aujourd’hui, nous sommes loin d’avoir accordé à tous les Africains une telle reconnaissance de leur humanité, et c’est un défi pour nous tous d’accomplir cela, comme expression de notre nouvelle renaissance. Lorsqu’on laisse l’autre mourir, on tue sa propre humanité.

Car l’Europe, telle que ses chantres financiers ont tenté de l’imposer, n’a aucun avenir : elle est au bout du rouleau en tant que puissance financière sise sur une région limitée d’un monde soumis à l’Empire britannique. Cependant, les Etats-nations composant l’Europe doivent être ravivés, comme les voix d’un chœur et les instruments d’un orchestre : les souverainetés conjuguées au service de l’avantage de tous.

Pensons à cela comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort. C’est une question de vie ou de mort, et nous devons tous comprendre la nature du danger, mieux que dans les mots que je suis en train de vous lire, car les mots écrits figent une pensée. La mort : si nous continuons à nous comporter comme nous le faisons, notre destin est de mourir. Nous pourrions mourir soit d’une guerre mondiale, de l’épidémie Ebola ou de toute autre épidémie, soit nous pourrions être détruits par les vagues d’austérité meurtrière à venir. Le danger est ici et maintenant, et le résultat sera le même : une extermination de masse, planifiée d’avance. La paix : pensons à tous les peuples européens rassemblant leurs efforts pour contribuer au futur. La vie : il s’agit, en premier lieu, d’arrêter une fois pour toutes la logique d’affrontement à l’égard de la Russie et la Chine, et ensuite de lancer une politique de crédit pour financer les infrastructures communes, ou pour le dire de manière plus juste, une plateforme pour la paix mondiale.

Voyez la chose comme un chœur européen, un chœur de nations, de l’Atlantique à l’Oural, de l’Eurasie allant de Lisbonne à Vladivostok et jusqu’en mer de Chine. L’Allemagne contribuant son acier et ses machines-outils, ensemble avec la Suisse et l’Autriche, la France avec ses centrales atomiques et ses capacités aérospatiales. La France et l’Allemagne s’unissant à la Russie, la Chine et les Etats-Unis dans un vaste projet spatial, pour lequel les chercheurs et les ingénieurs aimeraient qu’on se mobilise, de Darmstadt à Toulouse.

Considérez le nord de l’Europe (Suède, Danemark et Finlande) comme un pont vers l’Est. Considérez le sud comme un pont vers l’Afrique, depuis l’Italie, ou bien l’Espagne et le Portugal.

Pensez également à tous les peuples de l’Europe que je n’ai pas mentionnées. Nous avons là une combinaison dotée d’un potentiel incroyable pour la paix, l’une des clés permettant d’ouvrir les portes du futur, mais nous ne l’utilisons pas à cause de notre culture de la mort et notre inaction mortelle, entropique, nos péchés d’omission et notre pessimisme. Les peuples européens ne pourront survivre que s’ils s’engagent à se débarrasser de leurs mauvaise habitudes sociales, les pratiques et opinions des cent dernières années, et s’ils rassemblent l’optimisme nécessaire pour rejeter la culture de la mort, la culture d’un monde fini. Etre humain ne consiste pas à se regarder dans un miroir comme un oligarque narcissique, mais avec les yeux du futur, en contribuant à améliorer la condition de l’humanité.

L’Europe n’a aucun avenir dans sa forme pervertie actuelle, mais elle a le droit de prétendre à l’existence en tant qu’assemblée à venir de sages penseurs de républiques souveraines. Nous sommes rassemblés, ici dans cette salle, et je suis sûr que serons enrichis par les idées en provenance du futur qui nous serons présentées par les prochains orateurs.

Libérons-nous de la City de Londres, de Wall Street et de l’Empire britannique, et disons haut et fort :

Vive la Nouvelle route de la soie, principe à la dimension du monde !

Vive l’Europe libre ; vive l’Eurasie de l’Atlantique à la mer de Chine !

Vive l’Allemagne libre !

Vive la France libre !

Vive les Etats-Unis de Franklin, Lincoln, Roosevelt et LaRouche, Vive les Etats-Unis libres !

Nous pouvons tous respirer l’air venu du large, à condition que nous mettions nos vies en jeu, au nom du futur de l’humanité. Notre destin est entre nos mains. Et le peuple, dans la mesure où nous le défions dans son pessimisme, en donnant nous mêmes l’exemple, nous attend pour monter sur scène comme des Fidélio.

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