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Panos Kammenos : la Grèce doit rejoindre les BRICS

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Voici la vidéo et la transcription de l’intervention de Panos Kammenos, Président des Grecs Indépendants, Membre du Parlement hellénique, lors de la conférence internationale de l’Institut Schiller du 18 et 19 octobre 2014 en Allemagne.

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Panos Kammenos
Crédit : Institut Schiller

C’est un grand plaisir pour moi d’être ici avec vous aujourd’hui, et je remercie chaleureusement les organisateurs pour leur invitation.

Le sujet de mon discours sera la Grèce dans le cadre de la nouvelle Route de la Soie.

Comme il est bien connu de tous, au cours des cinq dernières années s’est manifesté ce qui se préparait dès la fin des années 70 : la domination du capitalisme financier sur les économies des Etats et notamment dans l’exercice de la politique nationale des pays.

La crise économique de 2008 s’est transformée en plus en une crise humanitaire qui a surtout touché les économies de la plupart des pays de l’Union européenne et les États-Unis. Parmi eux, la Grèce, mon pays, qui se trouvait déjà dans une situation économique vulnérable.

Mon pays est devenu membre de l’Union européenne à partir du 1er Janvier 1981. La création de cette Union était, et j’insiste sur la conjugaison au passé du verbe « être », une des plus grandes réalisations politiques et économiques de l’Europe d’après-guerre, en mettant l’accent sur l’état social.

La Seconde guerre mondiale avait fait des ravages auprès des populations européennes, et la reconstruction passait par la création d’un havre de paix, où régnerait un capitalisme propice au développement d’une structure sociétale égalitaire. Cette œuvre initiale aurait dû voir son apothéose dans la création d’une monnaie commune, l’euro, considérée alors comme le facteur qui aiderait le processus d’intégration de l’UE.

Cependant, la crise mondiale du crédit de 2008 a mis en évidence, de la façon la plus évidente, le fait que la zone euro n’avait aucune ligne de défense et n’était pas prête, du point de vue politique, économique et monétaire, pour gérer la crise et la récession qui s’ensuivit. La crise du crédit s’est transformée en crise de dette de la zone euro. Autrement dit, la zone euro a échoué parce que le Traité non seulement ne prévoyait pas, mais au contraire interdisait, la rescousse d’un État membre par ses partenaires.

Je ne suis évidemment pas le seul à le reconnaître. Le FMI lui-même a déclaré en Décembre 2013 que la zone euro était dans une situation pire qu’en 2008, alors que les États-Unis, d’où commença la crise mondiale, ont pu entretemps surmonter leurs problèmes et amorcer la reprise économique.

Les chiffres, chers amis, parlent d’eux-mêmes : le taux de chômage dans la zone euro dépasse 12%, les taux les plus élevés étant enregistrés en Grèce (27%), en Espagne, au Portugal et à Chypre. Plus de la moitié des chômeurs sont des jeunes de moins de 25 ans. En outre, la majorité des chômeurs sont des chômeurs de longue durée. Autrement dit, nous avons une économie qui ne crée pas d’emplois supplémentaires et qui ne peut plus, a fortiori, intégrer dans les structures de production les jeunes qui ont des qualifications et des connaissances.

La vision des citoyens de l’Europe pour une Union de l’Europe des citoyens s’est cruellement effondrée en 2008. C’est un constat triste, mais un constat franc, néanmoins. L’Union européenne n’est aujourd’hui qu’une autocratie qui vise à hypothéquer les économies des autres États membres pour le système bancaire, et à détruire la souveraineté nationale. Dans l’actuelle Union européenne, les banquiers prennent les décisions politiques et économiques pour les gouvernements et les peuples d’Europe.

Qui plus est, la gestion unilatérale de la crise en Europe par l’Allemagne « réveille les fantômes de l’histoire » et son « rôle hégémonique menace de conduire à la catastrophe ».

Ce ne sont point mes mots, chers amis, mais ceux d’un des plus grands penseurs politiques, l’Allemand Jürgen Habermas, qu’il a prononcés lors d’un discours récent à l’Université de Louvain en Belgique, tout en envoyant un appel pour une plus grande « solidarité » et « plus d’Europe ».
Dans ce cadre, les Grecs Indépendants soutiennent les positions suivantes :

  1. Le respect de la souveraineté des États membres de l’Union européenne. L’instauration d’une Union européenne d’égalité, d’autonomie et de solidarité, avec un statut juridique complet des institutions et des activités des États membres nationaux.
  2. L’abolition immédiate des protocoles et des contrats d’emprunt.
  3. Le repositionnement du Parlement européen dans le processus de prise de décision.
  4. L’élaboration d’un projet européen de développement basé sur la justice sociale.
  5. La lutte systématique contre la corruption.
  6. La lutte systématique contre les « paradis fiscaux ».
  7. Le traitement définitif de la crise de la dette dans la zone euro, selon un accord européen, similaire à celui de Londres de 1953, qui a finalement réglé la dette allemande.
  8. L’adoption immédiate et l’émission par la Banque centrale européenne d’euro obligations.
  9. La mise en place immédiate d’une agence européenne de notation de la solvabilité des États membres.
  10. L’introduction de la taxe sur les transactions financières.
  11. La séparation du secteur bancaire commercial de celui des activités d’investissement.
  12. La lutte systématique contre le chômage et en particulier, celui des jeunes.
  13. Le rétablissement de l’État-providence.
  14. La lutte contre le néonazisme.
  15. Le repositionnement envers le problème de l’immigration par la modification immédiate des termes du traité de Dublin II.

Mon pays constitue un noyau de stabilité, de sécurité énergétique et de paix dans la région élargie de l’Europe du Sud et peut être un pont de communication et de compréhension entre l’Est et l’Ouest.

Notre adhésion à l’OTAN et à l’Union européenne ne nous empêche pas d’entretenir des relations politiques, économiques et culturelles étroites avec d’autres pays, en particulier ceux avec lesquels nous avons des liens historiques tels que la Russie et la Chine. Au contraire, il convient de développer ces relations dans le cadre des intérêts stratégiques plus généraux, tant de l’Occident que de l’Orient.

La question qui se pose est la suivante : est-il possible que les voies maritimes et terrestres de la Route de la soie aident à la reprise économique du continent européen et de l’Europe du Sud-est, et de l’Afrique du Nord ?

La Grèce antique a joué un rôle historique dans le développement économique, culturel et politique du monde alors connu. Elle a été le centre des routes commerciales mondiales et du développement économique des pays de la péninsule balkanique jusqu’à la mer Baltique, au nord, la Russie et le sous-continent indien, à l’est, et les pays de la Méditerranée et du continent africain, au sud.

A notre époque, nous sommes témoins d’une résurrection de la route de la soie, tant au niveau terrestre que maritime. La mise en œuvre de ce plan majestueux présente une possibilité pour la Grèce de reprendre son rôle historique dans la région et d’asseoir de façon quasi-permanente, sa position géopolitique en tant que pilier du développement économique vers toutes les régions susmentionnées.

Le développement de ces nouvelles routes commerciales permettrait un essor des différents moyens de transport, dû à la multiplication des biens à transporter. En amont, ceci entraînerait un développement quasi-certain des infrastructures grecques, tant pour le rail que pour les infrastructures routières et portuaires.

Le futur de la Grèce pourrait être meilleur, si une orientation stratégique était prise pour tisser des liens avec quelques unes des économies les plus dynamiques au monde et pour trouver, ainsi, de nouvelles sources de soutien économique. Un de ces pays, mis à part la Russie, est la Chine.

Ceux qui ont une connaissance de la Chine et de ses besoins savent que pour ce pays gigantesque, la Grèce joue un rôle prépondérant dans la région. Non seulement pour des raisons historiques et culturelles, mais aussi pour des raisons économiques, car la Grèce est le passage le plus économique pour les exportations chinoises, dans leur transit vers le reste de l’Europe, la péninsule Arabe ainsi que l’Afrique du Nord.

Chers amis, à ce point, je voudrais vous informer que la Chine se trouve déjà en Grèce.

Lors de mon mandat en tant que secrétaire d’État à la Marine Marchande, j’ai signé, en Novembre 2008, l’accord entre l’Organisme du Port du Pirée et le groupe chinois COSCO, pour la concession d’une durée de trente ans, d’une partie du terminal de containers du Port du Pirée.

Ce dernier est la passerelle du commerce Est/Ouest et il a permis à la Grèce de renforcer sa présence en tant que centre économique de l’Europe du Sud-est, et de la Méditerranée en particulier, dans une période particulièrement précaire pour les pays du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord. De plus, le port acquiert un rôle stratégique dans le transport de marchandises en provenance de la Chine vers l’Europe et vice-versa.

Il y a quelque mois, en juillet 2014, un nouvel accord a été signé avec le groupe COSCO qui investira 230 millions d’euros dans le port. Avec cet investissement, le port du Pirée devient effectivement le plus grand port de la Méditerranée et il pourra accroître sa capacité de 3,7 millions de containers à 6,2 millions de containers par an.

Entretemps, une étude récente montre que le chiffre d’affaires des entreprises qui siègent au Pirée atteindra 1,5 milliards d’euros annuels, alors que le revenu garanti pour le port est de 3,4 milliards d’euros. Enfin, 800 emplois vont être créés grâce à cet investissement.

Dans cette optique-là, la liaison du port avec l’infrastructure ferroviaire, qui a été réalisée l’année dernière, garantit que les marchandises arrivant au Pirée seront acheminées rapidement vers les marchés de l’Europe centrale. De même, les marchandises en provenance des usines d’Europe peuvent partir plus rapidement et à moindre coût vers toutes les autres destinations du monde.

Je voudrais ajouter à ce stade que l’intérêt commercial de la Chine se concentre sur l’accroissement de l’activité de Cosco dans le port de Pirée et le développement de la structure ferroviaire ; néanmoins, ces intérêts n’excluent pas la possibilité de futurs investissements dans des infrastructures similaires ailleurs en Grèce (par ex. Patras).

Le Pirée donc devient la passerelle du commerce Est/Ouest et son rôle de centre économique de la Méditerranée et de l’Europe du Sud-est s’en trouve renforcé.

La Grèce ne se résumant néanmoins pas qu’au Pirée, il existe d’autres ports en Grèce qui peuvent bénéficier de la route de la soie. Un exemple probant est le port d’Igoumenitsa, sur la mer Adriatique, un des ports les plus importants de la région avec un transit de passagers de l’ordre de 200 000 personnes et 120 000 camions par an. Grâce à son accès facile à l’Egnatia Odos, l’autoroute reliant la Grèce aux pays des Balkans, le port d’Igoumenitsa donne aux marchandises chinoises un accès direct à ces pays.

De plus, si de surcroît, l’étude Chinoise qui vise à relier le Danube au port de Thessalonique via Belgrade venait à se matérialiser, nous aurions alors un accès direct de Thessalonique vers le cœur de l’Europe, et en passant par le Rhin, vers les ports d’Anvers, de Rotterdam et de Hambourg.

Un autre positionnement stratégique pourrait être la liaison, à travers la mer Caspienne, du Pont-Euxin avec l’Asie centrale et la Sibérie d’un côté, et l’Irak, l’Iran et le sous-continent Indien de l’autre.

Enfin, dans un futur proche, lors de l’agrandissement du détroit de Suez, et en combinaison avec le plan chinois pour le Danube, la Grèce sera la plaque de transit pour les produits chinois, tout en réduisant les coûts et les temps de transport.

Chers Amis, le parti dont j’ai l’honneur d’être à la tête, les Grecs indépendants, a déjà mis en place un plan national de reconstruction et de développement qui prévoit, entre autre :

  • La mise à niveau de l’Organisme des chemins de fer de Grèce, pour que l’entièreté de la Grèce soit couverte par une infrastructure moderne, permettant un transport moins cher, plus rapide et surtout plus sécurisé. L’axe Patras-Athènes-Thessalonique–Promachonas est désuet et doit être revu d’urgence.
  • Une aide immédiate aux échanges commerciaux grâce à l’ouverture vers de nouveaux marchés et un renouveau d’intérêt des investisseurs grâce à des stimulants économiques réalistes et réalisables.
  • La mise en place d’un environnement stable et propice à l’investissement, grâce à un cadre fiscal stable (ayant une durée constitutionnelle de dix ans), la lutte contre la bureaucratie et la corruption, la réduction des coefficients fiscaux et la réduction du temps d’implémentation de l’investissement.
  • La création d’une zone franche pour la marine marchande, prévue dans la constitution, et la création, dans cette zone franche, d’un Centre de la Marine Marchande.
  • La concession de zones industrielles inactives à des investisseurs hors UE, sur la base de coefficients de taxations faibles, à la condition que ceux-ci mettent en œuvre un plan de 20 ans pour l’emploi de chômeurs.

Je voudrais aussi attirer votre attention sur le fait qu’à travers la Route de la Soie, ce ne sont pas seulement les relations économiques et commerciales qui seront accrues, mais aussi les relations culturelles et politiques. Nous pourrons enfin parler d’un monde nouveau, basé sur un respect mutuel remontant au temps antique et qui voit sa renaissance dans cette première moitié du 21e siècle.

La « Route de la soie » n’est qu’une question de temps et tous les éléments que je viens de mentionner ne seront que le symbole de cette coopération élargie qui apportera sa pierre à l’édifice de la stabilité mondiale et de la promotion de la paix.

Je vous remercie de votre attention.

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