Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race. Les informations que nous diffusons visent à vous faire joindre notre combat en le faisant devenir aussi le vôtre.

La campagne
présidentielle
Cheminade 2017
Flash : 2 décembre - La République se rappelle qu’elle a besoin de savants ! Lire Flash : 2 décembre - Sur le renoncement de François Hollande Lire Flash : 2 décembre - François Fillon veut six fois moins de communes et zéro départements Lire
Accueil Actualité

L’Italie quittera-t-elle l’UE avant le Royaume-Uni ?

visites
1657
JPEG - 12.6 ko

Le mardi 26 janvier, le gouvernement italien a obtenu in extremis un accord inédit avec la Commission européenne pour sauver, non plus les petites banques italiennes, mais les deux grandes ! L’affaire est passée presque inaperçue car les grands médias ont pris soin d’ignorer le sujet. Pourquoi ? L’ampleur des pertes potentielles est telle, qu’elles peuvent entraîner toute la zone euro dans leur chute. Car l’Italie reste la 3e puissance économique de la zone euro.

Créances douteuses

Comme souvent, il s’agit d’une catastrophe annoncée. Car depuis des lustres, personne n’ignore que les banques italiennes sont plombées par des créances douteuses de taille gargantuesque. En août 2015, Le Figaro titrait déjà : « Dette : la bombe à retardement italienne ».

En 2015, selon le FMI, les banques de la péninsule détenaient 330 milliards d’euros de « bad loans », trois fois plus qu’en 2007. Elles représentaient 16,8 % des portefeuilles de crédit des banques mi-2014, contre 4,8 % en 2007. En 2015, sur ces 330 milliards d’euros, les prêts non performants stricto sensu (NPL) pesaient 184 milliards d’euros.

JPEG - 119.9 ko
Créances douteuses (en pourpre) dans la zone euro en 2014, par pays, par rapport à la dette totale du secteur bancaire et en milliards d’euros.

En janvier 2016, selon la Banque d’Italie, ces prêts non performants ont même atteint 225 milliards d’euros et ils devraient continuer de croître cette année. Ils augmentent sans cesse. Intesa Sanpaolo, première banque italienne et troisième plus grand groupe bancaire européen, a par exemple vu ses crédits à risques passer de 5% en 2008 à 17 % en 2015. La deuxième plus grosse banque du pays, UniCredit, détient elle plus de 14 % de ces prêts douteux. Ils représentent 15 à 20 % là où ils devraient être à 5 %.

2008 et la récession

La catastrophe actuelle n’est que le résultat cumulé d’un long processus de contraction de l’économie physique, assortie de cessations de paiement sur les prêts hypothécaires résidentiels (quelque 800 000), ainsi que sur les prêts hypothécaires commerciaux et le secteur manufacturier.

A cela s’ajoute le fait que, suite à la récession de 2008, et en particulier à partir de l’effondrement économique provoqué par la politique du gouvernement Monti de 2011-2013, les pertes sont de moins en moins dissimulables dans les bilans – contrairement aux activités sur produits dérivés. Du coup, les banques fragilisées ne peuvent plus prêter et cela plombe tout possibilité de reprise.

Ces créances douteuses sont d’ailleurs exponentielles dans toute la zone euro, 1 000 milliards d’euros depuis 2009 dont 40 % se situent en Italie, dans un paysage bancaire très fragmenté : sur les 685 établissements bancaires, il y a seulement deux grandes banques et le reste sont des petites et moyennes banques. Ces dernières, dans le système hyperspéculatif actuel, sont jugées peu rentables et présentées comme des « banques zombies », car trop proches de l’économie réelle et du peuple.

Si les grandes banques peuvent se refinancer sur les marchés de capitaux, les petites et moyennes placent une partie non négligeable de leur dette (270 milliards d’euros au total, selon l’agence de notation Standard & Poor’s) auprès de particuliers, pas toujours informés du risque confiscatoire introduit avec la nouvelle directive européenne.

Fin 2015, le suicide d’un épargnant retraité ayant perdu toutes ses économies dans des montages sophistiqués vendus par son banquier a révélé les graves dysfonctionnements et la fragilité du système.

Bad bank, bad idea

Pour sortir de l’impasse, le gouverneur Visco de la Banque d’Italie plaide depuis longtemps pour la constitution d’une « bad bank », autrement dit d’une structure de défaisance chargée de porter les créances douteuses de plusieurs grands établissements italiens. La Banque d’Italie accepte de chiffrer ce risque à 201 milliards d’Euros.

Or, pour Bruxelles, toute bad bank est une bad idea, car selon les grands prêtres de la finance mondiale il est impératif de découpler, autant que possible, le risque souverain du risque privé. C’est d’ailleurs l’objectif explicite de l’Union bancaire en voie de finalisation.

Les fonds font défaut

Le problème italien, c’est qu’avec la récession, les banques sombrent avant même la mise en place des instruments prévus pour les sauver. A la fin de l’année dernière, l’Italie voulait liquider quatre banques en faillite. Le problème, est que le Fonds italien de garantie des dépôts était tout simplement dans l’incapacité de rembourser l’argent des déposants (en dessous de 100 000 euros par personne, par banque) comme la loi européenne l’exige.

Union bancaire ? « Le système de résolution unique, censé gérer les crises à l’aide d’un fonds de 55 milliards d’euros, reste embryonnaire. Il ne contiendra que 7 milliards d’euros fin 2015 et sera abondé progressivement jusqu’en 2024. Or une crise financière survient tous les trois ou quatre ans », décrypte Christophe Nijdam, secrétaire général de l’ONG Finance Watch. De toute façon, tant que de nombreuses petites banques sont maintenues en vie avec l’aide des États, l’Allemagne ne veut pas d’une garantie unique et solidaire des dépôts à l’échelle européenne, par crainte d’avoir à les renflouer.

Et puis, 55 milliards suffiraient-ils à éteindre un feu financier de grande ampleur ? « Certainement pas. A lui seul, le sauvetage de l’assureur AIG en 2008 avait nécessité 185 milliards de dollars d’argent public », répond Jean-Michel Naulot, ancien banquier et ancien membre de l’Autorité des marchés financiers. Le problème de fond et du fonds ?

Faillites en série

Du coup, dans l’impossibilité d’appliquer le bail-in prévu par la nouvelle directive européenne BRRD, c’est l’État italien, avec de l’argent public (bail-out), et au grand dam de Bruxelles, qui a dû voler au secours fin novembre 2015 de 4 banques tout en faisant perdre leurs économies à des milliers de petits épargnants qui avaient suivi les recommandations de leur banquier en achetant des titres obligataires de leur propre banque.

Le 26 janvier, l’Italie, après un an de négociations très tendues et de bras de fer avec l’Allemagne, a obtenu le feu vert pour mettre cette bombe atomique, non pas dans une seule bad bank, mais dans plusieurs, gérées individuellement et dont seules les créances les moins pourries seront garanties par l’État. Sans surprise, cet accord a tellement enthousiasmé les marchés que la bourse de Milan a perdu plus de 3 % dans les jours suivant l’accord.

Panique à bord

Depuis le renflouement interne (bail-in) partiel opéré par le gouvernement Renzi en novembre dernier, et le tollé dans l’opinion publique que cela a provoqué, cette option est considérée comme potentiellement contre-productive et surtout à haut risque politique.

En effet, devant la perspective d’un renflouement classique avec l’argent du contribuable (bail-out) et la crainte d’un bail-in au détriment des dépôts de clients bancaires prévus par la nouvelle directive européenne (BRRD), les Italiens, pris de panique, ont commencé depuis les derniers six mois à retirer leur argent des grandes banques italiennes : Banca Intesa a perdu 25 %, Unicredit 36,2 %, et Monte dei Paschi 60 %.

Bruxelles accuse, l’Italie menace

L’indépendance italienne provoque les foudres de Bruxelles qui accuse l’Italie de tout les maux :

  • Rome est trop lente dans la mise en place des hot spots pour trier les migrants ;
  • Rome refuse de participer au fonds destiné à financer la Turquie pour qu’elle garde les migrants sur son sol ;
  • Rome n’a pas relevé les empreintes de milliers de migrants ;
  • Rome aurait accordé une subvention déguisée à l’acièrie Ilva, la plus grande d’Europe au moment où l’acier chinois inonde le marché ;
  • Rome a un budget 2016 hors des clous.

Trop c’est trop. Le ministre italien des affaires européennes a menacé la commission de saisir la cour européenne de Justice si Bruxelles continuait à prendre des décisions contraires aux intérêts italiens. Le Brexit commence à inspirer certains Italiens qui envisagent d’écrire noir sur blanc les conditions dans lesquelles leur pays pourrait rester membre de l’UE.

Aussi les commentateurs de la péninsule voient-ils dans la chute de certains titres bancaires italiens des « manipulations spéculatives » dirigées de l’étranger : « La menace principale vient des silences, des ambiguïtés et des erreurs commises entre Francfort et Bruxelles qui alimentent cette spéculation », écrit Il Sole 24 ore.

Renzi qui était récemment à Berlin s’est plaint, dans une interview, de la prééminence du couple franco-allemand et affirme qu’il ne veut plus aller outre Rhin « le chapeau à la main ».

Retour à une séparation stricte

Certaines banques restent too big to fail, trop grosses pour que l’Etat les laisse faire faillite. Alors, en Italie, mais également en France, certains finissent par admettre (enfin) que Jacques Cheminade, dont la mesure phare, lors de sa campagne présidentielle, était de « couper les banques en deux » (rétablir le Glass-Steagall Act de Roosevelt à l’échelle mondiale), avait mille fois raison.

Comme le dit Jean-Michel Naulot : « On pourrait morceler le problème en filialisant les activités de marché des banques et en séparant celles de dépôt des activités spéculatives. Mais l’Europe n’en prend pas du tout le chemin. »

Pour Cheminade et Solidarité & Progrès, le lobby bancaire ne sera jamais too big to fail.

Contactez-nous !