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Jean Tirole, l’immoralité au secours du marché

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Jean Tirole est un homme peu médiatisé. Il est président de la Fondation Jean-Jacques Laffont-Toulouse School of economics (TSE), directeur scientifique de l’Institut d’économie industrielle (IDEI) à Toulouse et membre fondateur de l’Institute for Advanced Study in Toulouse (IAST). Le 13 octobre 2014, il a reçu le prix, d’environ un million d’euros, de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, surnommé « prix Nobel d’économie ».

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Comme Jacques Cheminade l’a documenté, Jean Tirole est un « monument universitaire » qui repose sur le socle des Fondations et des Universités américaines qui ont promu dès le départ les thèses du comportementalisme économique dont l’influence néfaste sur l’administration Obama a été maintes fois dénoncée.

Idéologie abusivement élevée au rang de science, le comportementalisme n’est pas fondé sur l’économie réelle, productive, mais, à l’aide des théories des jeux et de l’information, sur l’étude statistique d’agrégats évalués en termes monétaires. C’est pour cela que Jean Tirole défend bec et ongles la titrisation et la bulle des dérivés, à l’origine du krach mondial de 2008 et d’aujourd’hui, qu’il propose simplement de mieux encadrer.

Professeur invité au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) Jean Tirole est depuis 2011, en France, membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

C’est devant cette dernière, dans le cadre de la Fondation Ethique et Economie, qu’il a prononcé le 11 janvier 2016 un discours sur son thème de prédilection, « La Moralité et le marché », organisé en partenariat avec plusieurs groupes privés, dont le géant de l’assurance Allianz.

Positionné debout non loin de l’ancien PDG de la Banque BNP Paribas, Michel Pébereau, Jean Tirole a commencé par exprimer tout son dédain du peuple français :

Les croyances des citoyens en les mérites de la libre entreprise et de l’économie de marché varient à travers le monde. 61 % des habitants de la planète croyaient en 2005 que l’économie de marché était le meilleur système pour fonder leur avenir. 65% des Allemands partageaient cette croyance, 71 % des Américains, et 74 % des Chinois. Mais les disparités sont fortes : seulement 43 % des Russes, 42 % des Argentins et 36% des Français accordaient leur confiance au système libéral et au secteur marchand…

Sur ce sujet, les Français, visiblement moins bêtes que d’autres, estiment que le marché tout seul, aveuglé par la cupidité et une vision du court terme, engendre la plupart du temps injustice et inégalités, et qu’un Etat stratège et protecteur a comme mission de l’orienter dans la bonne direction et d’en corriger les défauts.

Tirole, se voulant ironique, constate que ceux qui veulent réguler les marchés évoquent, pour plaider leur cause, « certains produits et services qui ne sauraient être marchands, comme l’adoption d’enfants, la GPA, l’admission dans une université prestigieuse, les enfants, les organes humains, une véritable amitié, un prix Nobel… »

Lui, Jean Tirole, fort de sa « science » comportementaliste, part alors en guerre contre ce « mythe », car pour tous ces domaines évoqués, s’il faut certes trouver des solutions, pour lui, « les sortir du marché » n’est pas vraiment la solution idéale.

Les réticences morales

Bien sûr, affirme Jean Tirole, « nous avons tous des réticences à l’existence de certains marchés : dons d’organes, mères porteuses, paiement pour éviter la conscription, prostitution… Tous ces marchés sont problématiques. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que nous avons des principes moraux. » Bigre !

Tirole donne alors en référence les travaux du professeur Gary Becker [1], qui aurait démontré que :

L’interdiction de vendre son rein limitait les donations, condamnant ainsi chaque année des milliers de personnes aux États-Unis à mourir faute de donneurs. Pour lui [Becker], les détracteurs du marché des organes ne doivent donc pas se draper dans leur vertu, leur idéal de moralité, qui s’avère aussi coupable de la mort des malades en demande d’organes.

« On ne peut se targuer de moralité, conclut Tirole, quand on est contre le commerce des organes, et la question s’avère plus complexe qu’il n’y parait au premier regard ». (sic)

Il ne s’agit pas là d’une simple provocation intellectuelle, mais du fondement même de la pensée comportementaliste pour qui le jugement du marché doit prévaloir sur les préjugés moraux. Tous nos tabous sur la vie et la mort doivent tomber, car ils sont, dixit Tirole, parfois responsables pour l’augmentation du nombre de décès :

Nos réticences à faire des calculs entre le nombre de personnes à sauver et les moyens mis en œuvre coûtent des vies à des millions de personnes chaque année. N’est-il pas absurde, par exemple, de dépenser des millions d’euros dans un service chirurgical pour sauver une vie lorsqu’on pourrait consacrer la même somme dans un autre service pour sauver davantage de vies ? La possibilité de faire ces calculs choque ; mais il est tout aussi choquant de refuser par principe de les faire, car le prix à payer pour ce refus est important en nombres de vies perdues.

Malthus, revoilà

C’est là où enfin, le loup est sorti du bois. Tirole, comme ses maîtres, opère dans un monde malthusien. Dépourvu de créativité, on y gère un univers en voie d’épuisement dont la mort certaine n’est qu’une question de temps. A l’intérieur de ce système, fatalement, ce qu’on fait pour l’un ne peut que se faire au détriment de l’autre.

Attaquer le marché est trop facile, avance Jean Tirole. Bien qu’il pense que la morale et l’indignation qu’elle provoque sont des mauvais conseillers, Tirole n’hésite pas à nous faire la morale, toujours en s’érigeant en champion agile de sophistique exploitant des exemples absurdes :

L’interdiction de la commercialisation de produits et services explicite peut coexister avec une commercialisation implicite. Ainsi, une personne qui serait scandalisée par l’idée même de la prostitution ou de relations tarifées, peut néanmoins rester avec son conjoint, sans amour, par désir de sécurité financière ou par simple peur de la solitude. Parfois, le marché est donc notre bouc-émissaire : il endosse les critiques que nous pourrions adresser à l’humanité-même car il révèle ou met en évidence ce qui peut déplaire dans la nature même de l’humain. Le marché, en tant que miroir de l’humanité, sert alors à nous cacher notre propre hypocrisie et à révéler certains penchants voire certaines parties de notre âme que nous aurions aimées cacher aux autres et à nous-mêmes.

Inégalité inégale

Hasardeux également, selon Tirole, tout jugement sur l’inégalité. Car si elle peut se mesurer d’un point de vue financier, elle a beaucoup d’autres dimensions que l’argent : l’accès à la santé, le respect, l’intégration dans la société... et surtout : la demande de dignité.

La très grande majorité des êtres humains veulent se sentir utiles à la société. Par exemple, les handicapés demandent plus que de l’argent, ils veulent du travail. L’habitude de nos contemporains de railler les petits boulots précaires ne tient évidemment pas compte de ce besoin, ni des bouleversements extraordinairement violents qui surgissent avec la numérisation de l’économie, à laquelle nous ne sommes pas préparés. Les réflexions éthiques, si elles doivent guider intelligemment nos politiques publiques, ne doivent en aucun cas nous priver des examens de fond qui seuls nous permettront de relever les défis de l’avenir, qui ne se mesure pas qu’en argent mais surtout en demande de dignité.

C’est bien ce raisonnement pervers qu’on retrouve à la base de l’avant-projet de la réforme du Droit du travail qu’annonce le gouvernement de Manuel Valls avec la loi El Khomri. Notons que le député PS Bruno Leroux et l’ancien ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant travaillent sur une proposition de loi en faveur de la légalisation de la drogue. Et les organes, ça sera pour quand ?


Conférence de Jean Tirole (Fondation Éthique et... par acadsmp


[1Gary Becker a obtenu le prix Nobel en 1992 « pour avoir étendu le domaine de l’analyse microéconomique à un grand nombre de comportements humains et à leur interaction, y compris à des comportements non marchands ». Pour lui, les comportements des individus s’expliquent toujours par un calcul. Ainsi l’amour des parents pour leurs enfants s’explique parce que ces derniers représentent une sorte d’assurance vieillesse pour leurs vieux jours. Et si l’amour ne suffit pas, reste la culpabilisation. C’est pourquoi la sécurité sociale menace la famille en supprimant cette raison d’aimer ses enfants ou, en tout cas, d’agir de façon altruiste à leur égard ! Son approche constitue un joli paradoxe, débouchant à la fois sur une formidable ouverture et un redoutable enfermement. Elle marque l’apogée de « l’impérialisme économique » - un terme que revendiquait ce professeur de Chicago.

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