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Journées de formation S&P : Puissance de pensée et d’action

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Jean Trébuchet (à dr.) lors de son exposé, au côté de Jacques Cheminade.

Les 19 et 20 mars 2016, S&P avait convié ses militants à deux journées de formation particulièrement enrichissantes. Le but ? Renforcer le pouvoir de pensée et d’action de chacun en puisant l’inspiration auprès des savants, éducateurs et artistes qui ont porté l’espèce humaine vers le progrès.

Nous installerons progressivement les transcriptions des différentes présentations, dans la liste ci-dessous.

Journée du samedi 19 mars

  • La Théorie des jeux, perversion scientifique du XXème siècle, Jean Trébuchet.
  • Brahms/Schumann La révolution musicale au cœur du XIXe siècle, Alexandra Bellea-Noury, Sébastien Périmony.

Journée du dimanche 20 mars

Le résumé des deux journées

Jacques Cheminade ouvrit cette rencontre en opposant le pire de nos ennemis, le mathématicien Bertrand Russell, au meilleur que l’humanité produisit au XXe siècle : le physicien Albert Einstein. Pour le premier, « la seule base solide de notre prétention de supériorité » sur les animaux est le fait que « nous pouvons détruire les animaux plus facilement qu’ils ne peuvent nous détruire » ! Pour le deuxième, l’homme est au contraire un créateur ayant accès aux plus beaux secrets de l’univers :

L’expérience la plus belle et la plus profonde qu’un homme puisse vivre est le mystère. C’est le principe sous-jacent de la religion et de toute entreprise artistique ou scientifique digne de ce nom.

Jacques Cheminade cita la célèbre réplique d’Einstein au savant Niels Bohr, un amateur de jeux de probabilité : « Dieu ne joue pas aux dés », car l’univers est fait de raison et d’harmonie. En écho à cela, Jean Trébuchet s’attaqua ensuite à la « théorie des jeux ». Il montra comment ces théories, élaborées par le mathématicien Von Neumann, sont aujourd’hui partout (trading, biologie, anthropologie, cinéma, mode, etc.), parasitant la vie mentale des gens sans même qu’ils s’en rendent compte.

S’agit-il de jeux d’échecs ou autres jeux de société ? Non, répondit Von Neumann à Jacob Bronowski qui lui posait la question. « Les vrais jeux n’ont rien à voir avec ça. (…) La vraie vie consiste à bluffer, à élaborer des tactiques pour induire l’autre en erreur, à se demander ce qu’il imagine que nous allons faire. C’est de ces jeux-là qu’il est question dans ma théorie. » Leur but est de profiler le comportement économique des acteurs du marché pour mieux manipuler leurs choix.

Comprendre le principe de la vie de Pasteur

Sébastien Drochon et Agnès Farkas se sont penchés sur les travaux de Louis Pasteur, chimiste et cristallographe. Vladimir Vernadski, dans son Étude de la vie et de la nouvelle physique, avait lancé un défi aux savants : faire en sorte que le principe de la vie ne soit plus mis de côté mais qu’il redéfinisse toute la physique – la notion même d’espace et de temps ! Ce sont les découvertes de Pasteur sur la dissymétrie de la vie qui permettront d’y arriver.

Pasteur découvrit que certaines substances chimiques, confrontées à certains phénomènes optiques, se comportent différemment par rapport à d’autres, qui ont pourtant les mêmes propriétés chimiques. Sébastien Drochon nous fit suivre pas à pas l’hypothèse du chimiste : la distinction essentielle entre processus vivants et non-vivants réside dans le fait que seuls les premiers se caractérisent par des processus dissymétriques.

Agnès Farkas montra comment, par la méthode expérimentale, Pasteur a démoli la théorie aristotélicienne de la « génération spontanée » des organismes vivants, défendue notamment par Jean-Baptiste Van Helmont, le comte de Buffon, Félix-Archimède Pouchet ou encore le russe Alexandre Oparine. Le schéma est souvent le même : de l’eau, de la terre, un lieu clos d’où surgissent des animalcules grâce à une chaleur vitale, et un choc qui provoquerait la vie… Pour Vernadski, le non-vivant, la vie et le cognitif ne dérivent pas les uns des autres : ces processus sont issus d’un principe actif qui les englobe tous, responsable de l’évolution dans l’univers.

La musique force motrice de l’intuition scientifique

C’est par la musique que s’est conclue la journée de samedi, d’abord avec une présentation sur Schumann et Brahms, par Odile Mojon et Alexandra Bellea. Quoi de plus révolutionnaire que la musique de Bach, Mozart et Beethoven ? Dans l’Allemagne d’après la poussée réactionnaire du congrès de Vienne (1815), cet héritage risquait pourtant de disparaître en faveur de l’école « néo-allemande », calamité symboliste inspirée par Franz Liszt et son jeune collaborateur Richard Wagner. Robert Schumann, qui n’est pourtant pas destiné à être musicien, relève le défi en 1841 avec sa première symphonie et se bat pour sauver la musique classique. Il participe aux côtés des Mendelssohn aux célèbres Musikabend (soirées musicales), qui sont le point de rencontre entre mathématiciens, musiciens et physiciens de génie.

En 1853, il passe le flambeau à Johannes Brahms, alors âgé de 20 ans, qu’il présente comme le « Messie de la musique du futur ». Il en sort un art qui, comme le disait Friedrich Schiller en définissant le sublime, « nous ouvre une porte de sortie » au monde des sens, « monde dans lequel ce qui se résume à être ‘beau’ voudrait nous enfermer pour toujours ». C’est à nous de rallumer le flambeau aujourd’hui. Le motet de Brahms, Warum ist das Licht gegeben dem Mühseligen ? (Pourquoi donner la lumière à un malheureux ?) en livra le soir même, lors de notre concert, un témoignage.

S’ensuivit une séance « main à la pâte » : toute l’assemblée se réunit pour chanter, après échauffement des voix, la première page de la Messe du couronnement de Mozart. En soirée, des amateurs engagés présentèrent des œuvres en solo, duo et trio, le tout couronné par le motet de Brahms interprété par le chœur de S&P, ainsi que le Va Pensiero de Verdi, entonné par toute la salle.

Élévation du caractère et instruction

La matinée de dimanche fut consacrée à étudier les graves menaces qui pèsent sur notre système éducatif. Maëlle Mercier mit en cause la réforme numérique de l’école, prévue pour la rentrée, et dont le rapport Ferry du Conseil national du numérique de 2014 a été l’inspirateur. Le danger qui nous guette, avec une école de plus en plus ouverte aux acteurs extérieurs, notamment privés, de l’internet, est l’uberisation de l’enseignement et la fin de ce projet collectif par lequel tout Etat façonne la notion même de citoyenneté. Ce serait alors la voie ouverte à la théorie des jeux et au cauchemar russellien et orwellien.

Les intervenants suivants se sont alors tournés vers l’histoire. Aux conceptions empiristes et utilitaires de Locke, Rousseau et Voltaire, pour qui l’esprit n’est au départ qu’une tabula rasa que viendront remplir nos impressions sensorielles, Yannick Caroff opposa la pensée de Leibniz, pour qui l’individu naît déjà, comme le marbre, avec une veine qui ouvre la voie de son esprit aux idées universelles. Il évoqua aussi l’enseignement mutuel promu par Lazare Carnot et Gaspard Monge, fondateurs de l’École polytechnique en France.

Bruno Abrial et Odile Mojon présentèrent les courants allemands qui, dans la tradition de Leibniz, ont inspiré jadis ce peuple de poètes, philosophes et musiciens. Guillaume de Humboldt proposa un enseignement public pour tous, à la fois formation du caractère et instruction, et trois niveaux d’enseignement, primaire, secondaire et universitaire, devant assurer l’autonomie croissante de l’élève. Odile Mojon évoqua enfin ce grand pédagogue et psychologue méconnu qu’est Johann Friedrich Herbart. Précurseur en psychologie de l’étude sur l’impact physique de la formation des idées sur le cerveau, il chercha en pédagogie à éveiller chez l’élève le « pouvoir » de la pensée, et l’intérêt de poursuivre son éducation tout le long de sa vie.

Pierre Bonnefoy a clos les exposés, à la façon d’une belle œuvre musicale, en résolvant à un niveau supérieur les problématiques posées au début, à travers ce que l’Inde peut nous apporter aujourd’hui. Le Premier ministre indien Modi est l’expression vivante d’un combat renouvelé depuis Gandhi contre les pratiques de l’Empire britannique. Une Inde dont l’autre père fondateur s’appelle Tagore, un savant qui partageait avec Einstein le rejet de l’empirisme et l’optimisme sur l’humain.

Jacques Cheminade conclut les deux journées en donnant à tous rendez-vous devant l’histoire !

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Vos commentaires

  • Le 8 avril à 18:23
    par Mathieu Cossard

    Eh bien ! L’obscurantisme a encore de beaux jours devant lui.
    Vouer Russell aux gémonies pour une phrase, c’est faire peu de cas de la révolution conceptuelle qu’il a fait naître en mettant son paradoxe en évidence et en donnant un langage pour le résoudre, même s’il n’a pas établi la « bonne » théorie des ensembles lui-même. Sans Russell, pas de théorie des types, sur laquelle la moitié des langages informatiques sont fondés.
    Quand Einstein disait que « Dieu ne joue pas aux dés », c’est parce qu’il refusait la nature essentiellement probabiliste du monde quantique et qu’il espérait l’existence de « variables cachées » pour rétablir le déterminisme de la mécanique newtonienne. Mais voilà, il s’est trompé sur ce point, comme le montre la violation expérimentale des inégalités de Bell. Il n’y a pas de variable cachée et la mécanique quantique est bien probabiliste.
    Enfin, jouer sur l’analogie superficielle entre le « jeu de dés » d’Einstein et la théorie des jeux qui n’a aucun rapport avec les probabilités, c’est faire de la bouillie intellectuelle.

    • Le 13 mai à 19:58
      par Christine Bierre

      Bonjour,
      J’ai tardé à répondre à votre message, car j’attendais que le texte de l’ensemble de la présentation de Jacques Cheminade, qui forcement vous donnera une idée plus complète que celle que j’ai pu développer dans ce court article, puisse être publié. C’est chose faite : vous pouvez foncer, elle est sur le site S & P : http://www.solidariteetprogres.org/pourquoi-nous-sommes-relativement-idiots.html
      Beaucoup d’aspects du personnage ne sont pas connus du public assez vaste de lettrés qui s’intéressent à ces questions.
      Christine Bierre

    Répondre à ce message

  • Le 9 avril à 16:27
    par ericbasillais

    Même si les arguments de S&P contre Russel sont bizarre, il faut signaler que Russel avait écrit les Principia Mathematica dans lesquels il envisageait de réduire le fondement des mathématiques ( l’arithmétique en fait) à la logique.
    Sauf erreur d’interprétation de ma part, Gödel a démontré que cet espoir était vain (théorème d’incomplétude). Eh bien, ni Russel ni ses continuateurs n’en tiennent compte et nous vivons toujours sous l’emprise des nombres, élevée au rang de religion scientifique, alors que c’est logiquement impossible d’obtenir une théorie complète non contradictoire sur cette base.

    Pourquoi devrions-nous croire à une théorie contenant l’arithmétique ?

    • Le 13 mai à 19:58
      par Christine Bierre

      Bonjour,
      J’ai tardé à répondre à votre message, car j’attendais que le texte de l’ensemble de la présentation de Jacques Cheminade, qui forcement vous donnera une idée plus complète que celle que j’ai pu développer dans ce court article, puisse être publié. C’est chose faite : vous pouvez foncer, elle est sur le site S & P : http://www.solidariteetprogres.org/pourquoi-nous-sommes-relativement-idiots.html
      Beaucoup d’aspects du personnage ne sont pas connus du public assez vaste de lettrés qui s’intéressent à ces questions.
      Christine Bierre

    Répondre à ce message

  • Le 8 avril à 15:01
    par Eric Mercier

    Il faudrait réinventer une Marseillaise en ces temps pré-révolutionnaires.. ^^
    Un atelier de chant à monter place de la République ?
    Souvenez vous d’Amélia et la force de leurs chants de résistance quand elle était avec ses amis en prison pour défendre les droits civiques...

    Répondre à ce message

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