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Crise financière ? Ce n’est pas la Chine, andouille !

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On a vite fait de voir la paille dans l’œil de l’autre, pour ne pas voir la poutre qu’on a dans notre propre œil. La parabole chrétienne est plus que jamais vraie dans le monde aujourd’hui, où il est devenu habituel de désigner un responsable extérieur pour chaque mal qui nous frappe.

Une crise financière terrible est à nouveau devant nous ; presque tout le monde l’admet. Le cours des actions en bourse atteint des sommets vertigineux ne reflétant nullement une véritable prospérité physique des entreprises. La politique de renflouement permanent appliquée depuis dix ans par les banques centrales a créé une véritable orgie de liquidités, qui alimentent en Europe et aux États-Unis des bulles spéculatives menaçant d’exploser à tout moment.

La faute à qui ? La Chine ! Répète-t-on à l’envie. Dans son récent rapport sur la stabilité financière, dans lequel il pointe le danger de crise en raison de l’accumulation de dettes et de la trop grande abondance de liquidités dans le système, le FMI s’inquiète « du cas particulier de la Chine, en raison de la dette chinoise, mais aussi du secteur financier, qui malgré des tentatives de régulation, semble échapper à tout contrôle. Un secteur financier, dit le FMI, dont l’ampleur, la complexité et la croissance laisse entrevoir des risques élevés pour la stabilité financière. Les actifs des banques chinoises représentent désormais 310 % du PIB. Un poids auquel il faut ajouter le développement d’une finance de l’ombre. » (source : France info) Le rapport souligne également le danger que représente la croissance de la dette du secteur non-financier, aujourd’hui de 235 % du PIB, et qu’il prévoit atteindre 290 % en 2022.

Rappelons qu’en France, les quatre plus grosses banques représentent 281 % du PIB, soit 8000 milliards d’euros (chiffres de fin 2015), dont il convient de préciser que 78 % correspondent à de la spéculation, 10 % à des crédits aux entreprises et 12 % à des prêts aux ménages (voir notre article du 25 juillet 2017). Rappelons aussi que la bulle des entreprises non-financières (corporate) a massivement gonflé dans la zone transatlantique, et en particulier aux États-Unis, où elle a presque doublé depuis 2010, passant de 7000 à 13000 milliards de dollars.

Il y a dette et dette

Bien entendu, cela pose la question de la nature de la dette et de ce à quoi elle est liée, que ni le FMI ni les médias occidentaux ne poseront. Deux universitaires de l’Académie chinoise de recherches macro-économiques, Li Shigang et Cao Yujin, ont publié le 12 octobre une tribune dans le quotidien chinois Global Times, intitulée « Le problème de la dette chinoise ne devrait pas être surestimé ». Leur réfutation des prévisions du FMI repose sur deux arguments : 1) la dette chinoise est actuellement dans une phase de décroissance, et 2) elle s’appuie sur des avoirs solides, liés à l’économie réelle. « Contrairement à d’autres pays », écrivent-ils, « la Chine possède de nombreux actifs de haute qualité, dans des secteurs comme les infrastructures, et elle détient des réserves de trésorerie stables pouvant servir de tampon face à la charge de la dette ». D’après les auteurs, les actifs souverains chinois représentent l’équivalent de 15000 milliards de dollars.

Comme le montre l’économiste chinois Wei Shang-jin, ancien économiste en chef de la Banque Asiatique de Développement (ADB), dans une tribune publiée sur le site internet Project Syndicate, la dette occidentale est principalement de nature spéculative, tandis que la dette chinoise correspond à des investissements dans les Nouvelles routes de la soie, lancées par le Président chinois Xi Jinping en septembre 2013. Sous le titre « Étude économique pour la Ceinture et la route de la Chine », Wei note que « beaucoup en Occident s’inquiètent du fait que la Chine souhaite tellement accroître son influence géopolitique, afin de rivaliser avec les États-Unis ou le Japon, qu’elle se lance dans des projets économiques exubérants. Mais, dans la plupart des cas, la pertinence économique de l’initiative [Une ceinture, une route, ou BRI] est très grande. »

Avec les investissements massifs réalisés dans les infrastructures à grande échelle – ports, voies ferrées, routes, écoles, hôpitaux, centrales et réseaux d’énergie – « l’initiative fonctionne comme le Plan Marshall américain d’après-guerre », écrit Wei, « qui est universellement loué pour sa contribution à la reconstruction et à la reprise économique d’une Europe ravagée par la guerre ».

« Une décennie après la crise financière », écrit-il, « la reprise reste faible et provisoire dans la plupart des pays du monde. Des investissements audacieux dans les infrastructures à grande échelle peuvent apporter le stimulus nécessaire à court terme afin d’accroître la demande globale... Sur le long terme, la nouvelle infrastructure va supprimer le goulot logistique, réduisant les coûts des biens de production. Le résultat en sera une productivité accrue et une croissance globale plus rapide ».

Au cours de cette décennie, la Chine a investi environ 10000 milliards de dollars dans les infrastructures sur son territoire, et 300 milliards à l’extérieur depuis que Xi Jinping a lancé l’initiative BRI. Elle a construit par exemple la ligne de train à grande vitesse Shanghai-Kunming, reliant l’Est et l’Ouest sur une longueur de 2.252 kilomètres, qui n’est pas rentable en elle-même (selon les critères de la finance occidentale). Pendant la même période, les banques centrales occidentales ont injecté 15000 milliards de dollars pour renflouer les banques.

Pour conclure, Wei Shang-jin lance un appel implicite aux pays occidentaux : « A une époque où les pays les plus puissants du monde se recroquevillent sur eux-mêmes, parlant d’établir des barrières douanières et d’ériger des murs aux frontières, le monde a besoin d’initiatives visant à bâtir des ponts et des routes, au sens littéral comme au sens figuré, comme le fait la stratégie Une ceinture une route ».

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