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Projet « Global Britain » : l’ultime sursaut d’un empire en fin de vie

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Cette chronique est la deuxième partie d’une trilogie destinée identifier la nature de notre véritable ennemi : l’Empire britannique.

Lire les deux autres chroniques :

Depuis l’élection de Trump, l’harmonie de la « Special relationship » entre le muscle américain et le cerveau britannique est mise à mal. Car, au-delà des innombrables défauts du personnage, Donald Trump s’en est tenu tant bien que mal, depuis son arrivée au pouvoir, à sa promesse de campagne de mettre fin aux interventions militaires américaines à l’extérieur, et de renouer une relation de détente et de coopération avec la Russie, et même avec la Chine.

Malgré un an-et-demi d’efforts constants de propagande, le « Russiagate » – l’accusation de collusion entre Trump et la Russie fomentée par les services britanniques en tandem avec les réseaux ultra-corrompus du Département de la Justice américain, du FBI et de la clique Obama-Clinton — n’a pas porté les fruits escomptés, c’est-à-dire la destitution ou la démission du président Trump.

Ainsi, alors que jusqu’à présent Londres avait pris soin de jouer sa partition impérialiste depuis l’arrière-scène, jouissant de la légende urbaine et universitaire voulant que l’Empire ait rendu les armes quelque part au XXe siècle, elle s’est retrouvée forcée de prendre les devants. Theresa May et Boris Johnson sont entrés en scène avec « l’affaire Skripal », déclenchant par leurs accusations hystériques contre la Russie – sans l’once d’une preuve – une crise diplomatique sans précédent, et dont la montée des tensions a formé le prélude à l’attaque chimique sous « fausse bannière » en Syrie (mise en scène par des Casques blancs financés et manipulés par Londres). Situation que les Britanniques ont exploité, par l’entremise des néocons les plus virulents parmi les conseillers de Trump, et également de notre président Emmanuel Macron, afin de ramener le président dans le « droit chemin ».

Le 17 avril, suite aux frappes américano-franco-britanniques, le Royal Institute of International Affairs, également connu sous le nom de « Chatham House », a publié un rapport intitulé « L’Occident n’a toujours pas de stratégie en Syrie », appelant les États-Unis à aller plus loin : « Maintenant que les États-Unis ont décidé d’agir militairement, rappelons que les attaques ne peuvent être qu’un moyen de parvenir à une fin, le moyen de faire pression sur la Russie pour la convaincre d’accepter des négociations sérieuses ».

« Bien que certains voudraient laisser entendre que l’attaque de la semaine dernière n’était que ponctuelle », continue le rapport, « cet effort devrait idéalement être maintenu tant que la Russie n’accepte pas des pourparlers sérieux sur la transition politique en Syrie. La Russie ne souhaite sans doute pas que son emprise sur la Méditerranée soit composée de ruines ». La menace ne pourrait être plus claire…

La rhétorique impérialiste de Theresa May

Revenons quelques semaines en arrière. Le 13 novembre 2017, la Première ministre britannique a livré, lors du banquet traditionnel du Lord Mayor (maire de la City de Londres), un discours qui s’avère très instructif sur la volonté des élites outre-Manche de rétablir la puissance d’antan sur la scène mondiale. En effet, elle a exprimé un vibrant plaidoyer pour recréer une « Global Britain » dans un monde de « grands changements et de grands défis ».

« Nous sommes la 5e plus grande puissance économique du monde », a-t-elle proclamé. « Nous avons le deuxième plus important budget de défense de l’OTAN. (…) Nous avons (…) le leadership intellectuel de nos universités exceptionnelles, la finance mondiale de cette grande City de Londres ».

Et de prévenir : « Dans ce monde, la tâche de cette Global Britain est claire : défendre l’ordre international fondé sur des règles contre les États irresponsables qui cherchent à l’éroder ». Et, bien entendu, la cible principale est la Russie. Theresa May a dressé la liste des « crimes » perpétrés par cette dernière, depuis l’annexion de la Crimée au cyberespionnage et la manipulation de l’information.

« Nous adressons donc un message très simple à la Russie », a-t-elle ajouté. « Nous savons ce que vous faites. Vous ne réussirez pas. Car vous sous-estimez la capacité de résistance de nos démocraties, la détermination à défendre le libre-échange et la société ouverte, et le dévouement des nations occidentales à l’égard des alliances qui nous unissent ». Comme nous l’avons dit, Theresa May prononçait ce discours devant le Lord Mayor, qui n’est autre que le PDG de la City of London Corporation, le centre de la finance mondiale — surnommée « la lessiveuse » —, et qui perpétue depuis le XIe siècle une véritable tradition médiévale. Autant pour la démocratie !

« La Russie pourrait lancer les hostilités plus tôt que nous le pensons »

La détermination des élites britanniques à aller au bout est rendue manifeste par la nomination par Theresa May du général Sir Nick Carter au poste de chef d’état-major des armées. Dans un discours prononcé le 22 janvier dernier au Royal United Services Institute, portant sur les menaces auxquelles la Grande-Bretagne doit faire face, Carter avait brièvement évoqué le terrorisme et les migrations massives en provenance d’Afrique avant d’entrer dans le vif du sujet :

Reprenant la rhétorique de la Première ministre, il soulignait que le principal ennemi « est la menace croissante de certains États, (…) qui sont devenus des maîtres dans l’exploitation des filons entre la paix et la guerre », ainsi que dans « les pratiques commerciales corrompues, les cyberattaques, les assassinats, les fausses informations, la propagande », etc. « L’archi-représentant de ceci, c’est la Russie », affirmait-il. « Ils n’ont pas de modèle unique de conflit avec l’OTAN ; ils utilisent une approche multi-modèle utilisant des domaines conventionnels, non conventionnels et nucléaires ».

Enfin, dans un langage rappelant à nos mémoires les discours de 2002-2003 sur le danger d’un Irak de Saddam Hussein soi-disant capable « de lancer une attaque chimique ou biologique en 45 minutes » contre une capitale occidentale, Carter mettait en garde : « La Russie pourrait déclencher les hostilités plus tôt que prévu. (…) Cela commencera par quelque chose d’inattendu. Les parallèles avec 1914 sont frappants. Notre génération s’est habituée aux guerres choisies depuis la fin de la guerre froide — mais nous n’avons peut-être pas le choix en ce qui concerne les conflits avec la Russie. Nous devrions nous rappeler le dicton de Trotsky : ‘Vous ne vous intéressez peut-être pas à la guerre, mais la guerre s’intéresse à vous’ ».

Ne nous y trompons pas. La principale menace à la paix mondiale se trouve bien à Londres, cœur névralgique d’un vieux paradigme en faillite, et pour lequel le chantage à la guerre constitue la dernière carte à jouer, même si cela fait courir le risque d’un conflit mondial, c’est-à-dire nucléaire. D’autant plus qu’avec l’administration Trump, en dépit de toutes ses limites, ressurgit potentiellement le cauchemar multiséculaire des élites britanniques : voir s’établir une alliance entre les quatre grandes puissances de la planète – les États-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde.

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