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Malaisie : retour au pouvoir de Mahathir, la bête noire des marchés financiers

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Le Dr Mahathir Mohamad a prêté serment jeudi dernier en tant que nouveau Premier ministre de la Malaisie. Il revient au pouvoir à 92 ans, après avoir dirigé le pays de 1981 à 2003. Tout comme le vote du Brexit, l’élection de Duterte aux Philippines et l’élection de Trump, la réélection de Mahathir est un reflet du changement de paradigme en cours, où de plus en plus de nations osent – en écho au mouvement des pays non-alignés d’antan — entrer en résistance contre la dictature des marchés financiers transatlantiques et s’engager aux côtés de la Chine pour bâtir un nouvel ordre économique mondial autour des Nouvelles Routes de la soie.

En 1997-1998, dans le contexte de la crise financière qui frappait alors les pays d’Asie, le Dr Mahathir avait mené un combat frontal contre le spéculateur George Soros, qui se trouvait derrière les attaques spéculatives contre la monnaie malaisienne. Soulevant l’indignation et l’incrédulité parmi les « experts » occidentaux, Mahathir avait refusé de suivre les préconisations du FMI et de la Banque mondiale et, s’inspirant de l’approche économique de l’homme politique américain Lyndon LaRouche, avait imposé d’urgence, le 1er septembre 1998, le contrôle des changes et des capitaux.

En quelques mois, l’économie du pays avait retrouvé des bases solides, ce qui porta un coup à la crédibilité du FMI, forcé d’admettre que la Malaisie s’en était mieux sortie grâce à ces contrôles que les pays qui avaient appliqué les politiques préconisées par le Fonds.

Ce combat courageux de Mahathir avait montré qu’il était possible pour une nation de se lever face aux prédateurs financiers, et il inspira par la suite plusieurs dirigeants, notamment en Amérique du Sud, comme le président argentin Nestor Kirchner, lorsqu’il décida en 2003 de dire non au paiement de la dette au FMI.

Mahathir, LaRouche et les non-alignés

À l’époque, les liens entre le Premier ministre malaisien et Lyndon LaRouche, dont il avait reçu les représentants, étaient connus, et l’oligarchie financière craignait que les conceptions économiques révolutionnaires de LaRouche puissent de nouveau inspirer des dirigeants politiques dans le monde. Saisi de panique, le Wall Street Journal avait d’ailleurs publié un article à la une, titrant « L’étrange source de la Malaisie de Mahathir dans sa campagne contre Soros : les médias du pays pointent du doigt le complotiste Lyndon LaRouche, Jr ».

Dans les années 1970, les idées de LaRouche avaient en effet beaucoup circulé au sein du mouvement des pays non-alignés, notamment lors de la 5e conférence du mouvement, qui s’était tenu à Colombo, au Sri Lanka, en avril 1976, et où les 85 nations présentes (représentant deux milliards d’êtres humains) avaient adopté la proposition de LaRouche visant à bâtir «  un nouvel ordre économique mondial » impliquant l’établissement d’un « nouveau système financier et monétaire universel » au service de transferts des technologies les plus avancées, y compris l’énergie nucléaire civile. Comme le préconisait LaRouche, les dirigeants non-alignés, emmenés par la Première ministre indienne Indira Ganghi, avaient alors brandi la menace de la « bombe de la dette », c’est-à-dire d’un moratoire en cas d’un non-recevoir des pays du Nord devant ces demandes.

Par la suite, alors que les réseaux de Kissinger étaient à la manœuvre pour saboter l’initiative de la conférence de Colombo, le ministre guyanais des Affaires étrangères Frederick Wills, qui avait rejoint le combat de Lyndon et Helga LaRouche, prononça un discours à la tribune des Nations Unies, le 27 septembre 1976, appelant à remplacer le système du FMI par des « banques de développement », suivant ainsi la proposition lancé par LaRouche l’année précédente lors d’une conférence de presse à Paris, de créer une « Banque internationale de développement » (BID).

Dans un entretien accordé en janvier 1999 à la revue Executive intelligence review (EIR, le magazine international en langue anglaise du mouvement de Lyndon LaRouche), le Premier ministre malais avait souligné l’importance de faire prendre conscience aux gens que nous faisons face à « une nouvelle forme d’impérialisme, où l’arme utilisée est le capital, qui peut être utilisé pour appauvrir les pays jusqu’au point où ils se voient obligés de quémander de l’aide. Et lorsqu’ils le font, alors on peut leur imposer des conditions, et l’une de ces conditions, bien sûr, est qu’il faut ouvrir l’économie et permettre aux entreprises étrangères d’entrer et opérer librement. Ces sociétés étrangères sont des grandes sociétés, des mégabanques. Elles viennent et entrent en concurrence avec des petites entreprises et des banques de moindre taille. Ces dernières font éventuellement faillite et sont absorbées par les grosses banques étrangères, et nous finissions par ne plus avoir de banques qui nous appartiennent ».

Il s’agit d’une véritable « occupation financière », comme l’a dénoncé en France Jacques Cheminade lors de sa campagne présidentielle, où le pays en question perd progressivement son indépendance, pour devenir une vulgaire république bananière. Et « s’ils n’aiment pas qu’une personne devienne président, par exemple, ils peuvent monter une opération permettant d’écarter cette personne, comme ils l’ont fait dans certains pays », avait ajouté Mahathir.

La Malaisie et les Nouvelles Routes de la soie

Lors de la première conférence du Dr Mahathir suite à sa réélection le 9 mai, l’attention des médias se portait principalement sur la Chine, étant donné que Mahathir avait en partie fait campagne contre les coûts d’emprunts élevés de certains projets réalisés par la Chine en Malaisie dans le cadre de l’initiative de la ceinture et la route (« Belt and road initiative », ou BRI) qu’ils compte renégocier. Mais le nouveau Premier ministre a insisté sur le fait qu’il ne compte nullement tenir son pays à l’écart : « Nous soutenons le programme de la ceinture et la route. En réalité, j’ai moi-même écrit à Xi Jinping à propos de la nécessité de créer des connexions terrestres avec l’Europe par train, moyen plus rapide que par bateaux », a-t-il déclaré.

Évoquant le problème de la disparité entre le transport ferroviaire et le transport maritime malais, Mahathir a suggéré à Xi Jinping que la Chine, qui dispose de la technologie pour construire des trains, contribue au développement du réseaux ferroviaire en Malaisie, afin de faciliter le transport des marchandises vers l’Europe, et également de rendre l’Asie centrale — Kazakhstan, Ouzbékistan, etc — plus accessible, afin que les marchandises et matières premières puissent être transportées vers la Chine, le Japon et l’Asie du Sud-Est.

Mahathir avait rencontré le président chinois en octobre 2013, un mois après que celui-ci ait lancé l’initiative des Nouvelles Routes de la soie terrestres et maritimes. Tous deux avaient alors formé l’association Zheng He, du nom du célèbre explorateur chinois de confession musulmane du XVe siècle, afin de promouvoir une relation d’amitié entre la Chine et la Malaisie.

La question est de savoir ce qui se passera sous le nouveau gouvernement, puisque pour remporter les élections, Mahathir a dû former une coalition avec certains de ses anciens ennemis, et en particulier Anwar Ibrahim qu’il vient de gracier. Lors de la crise de 1998, alors qu’il était ministre des Finances, Anwar s’était aligné sur la politique du FMI, obligeant Mahathir à le limoger, et il est devenu par la suite son pire ennemi. Mahathir a promis qu’en cas de réélection, Anwar lui succédera au pouvoir lorsque lui-même se retirera dans deux ans. Espérons que sur le fond, l’orientation politique choisie aujourd’hui puissent réunir les Malais dans la construction d’un avenir meilleur.

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