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La leçon de l’Afrique à Macron

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Lorsqu’il y a espérance, la disposition vis-à-vis de l’ordre des choses change. C’est précisément ce sentiment qui gagne le continent Africain, grâce aux immenses opportunités de développement que les Nouvelles Routes de la soie apportent aux pays qui y participent. Fin novembre, lors de sa tournée de trois jours en Afrique, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire – où se tenait le sommet Union européenne - Union africaine – et au Ghana, le président français a pu s’en rendre compte à ses dépens.

À l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, M. Macron a livré devant les étudiants burkinabés un discours d’une heure quarante dont l’un des principaux objectifs, comme l’a amplement fait savoir l’équipe de communication de l’Élysée dans les jours précédant le voyage, était d’affirmer la fin d’une époque où la France se comportait en donneuse de leçon auprès des pays africains. Mais, sans doute dans un excès d’autosatisfaction, Emmanuel Macron a osé une saillie sur un ton se voulant humoristique : « Vous me parlez comme si j’étais toujours une puissance coloniale, mais moi je ne veux pas m’occuper de l’électricité dans les universités au Burkina Faso ! C’est le travail du président ! », égratignant au passage son homologue burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré, qui se trouvait, bien que ce n’était pas prévu, à ses côtés…

Franc CFA

La question complètement éludée du discours de Macron, comme l’a fait remarquer l’économiste Kako Nubukpo, ancien ministre du Togo, est le franc CFA, qui suscite pourtant de plus en plus de tensions à travers l’Afrique francophone ; les étudiants attendaient avec impatience de connaître l’opinion du président français à propos de cette monnaie, véritable instrument de servitude monétaire postcoloniale. Mais il a fallu attendre les questions de la salle pour que le sujet soit abordé. Macron a esquivé en disant que celui qui voulait en partir était « libre », mais que pour la France « le franc CFA est un non-sujet ».

Un « non-sujet », certes, mais que les autorités françaises prennent très au sérieux. Preuve en est la suspension de Kako Nubukpo de ses fonctions de directeur de la Francophonie économique et numérique au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), au lendemain du voyage de Macron en Afrique, et après que l’économiste togolais ait refusé de démissionner. Cette décision a été prise suite à la publication par Nubukpo d’une tribune dans Le Monde Afrique, intitulée « Franc CFA : les propos de M. Macron sont ‘déshonorants pour les dirigeants africains’ ».

Le président Ghanéen : « il faut en finir avec l’image de mendiant de l’Afrique »

Lors de sa conférence de presse commune avec le président français, le président Nana Akufo-Addo a prononcé un vibrant discours, explicitement contre la logique « généreuse » d’aide au développement des pays occidentaux vis-à-vis de l’Afrique, qui est rapidement devenu viral sur Internet. Afuko-Addo a été élu début 2017 sur la base d’un programme pour un Ghana indépendant et auto-suffisant, avec comme slogan « construire un Ghana sans aide ».

« Nous ne pouvons plus continuer à élaborer des politiques pour nous-mêmes, notre pays et notre continent, basées sur l’aide que les Occidentaux, la France ou l’UE, peuvent nous donner », a-t-il déclaré. « Cela ne marchera pas. Cela n’a jamais marché, et ne marchera pas. Notre responsabilité est de trouver un moyen de développer nos pays, nous-mêmes. Pour un pays comme le Ghana, indépendant depuis 60 ans, il n’est pas normal qu’aujourd’hui les budgets à la Santé et à l’Éducation soient dépendants de la générosité et de la charité du contribuable européen. Nous devrions être capables de financer nous-mêmes nos besoins élémentaires. Si nous voulons concevoir les 60 prochaines années comme une période de transition, une période à l’issu de laquelle nous nous assumerons pleinement, notre perspective ne devrait plus être dictée par les choix du contribuable français. »

« (…) Ce continent, après tout ce qu’il a traversé, » a continué le président ghanéen, « possède encore au bas mot 30 % des ressources mondiales de minéraux. C’est un continent qui a des terres vastes, fertiles et cultivables. Un continent avec la plus jeune population du monde. Il a donc l’énergie, le dynamisme, et nous l’avons vu à travers ces jeunes hommes pleins de résilience, de créativité, même lorsqu’ils traversent le Sahara, ou s’embarquent sur des bateaux de fortune pour traverser la Méditerranée. Nous voulons que ces énergies travaillent dans nos pays. Mais elles ne le feront que lorsque nous aurons créé un environnement leur redonnant l’espoir et leur faisant comprendre que les opportunités existent ici, avec nous ».

« (…) Nous, nous voulons que les jeunes Africains restent en Afrique ! Et pour y arriver, nous nous devons d’abandonner cette mentalité de dépendance. Cette mentalité qui nous pousse à toujours nous demander ce que la France peut faire pour nous. (…) Notre responsabilité en tant que dirigeants et citoyens africains est de nous préoccuper de ce que nous devons faire pour développer nos pays par nos propres moyens. (…) Nous devrions nous préoccuper de ce que nous devrions faire en ce XXIe siècle pour dissocier l’Afrique de l’image de mendiant du monde qui lui est associée. Compte tenu des ressources qu’elle a, c’est plutôt l’Afrique qui devrait faire des dons aux autres pays aujourd’hui. Nous avons beaucoup de richesses sur ce continent, et même dans ce pays, le Ghana. Mais nous devons adopter une mentalité qui dit : « si d’autres ont pu y arriver, pourquoi pas nous ? » Une fois que nous aurons adopté cette mentalité, nous nous émanciperons à coup sûr ».

« (…) Ce nouvel Africain, dont les pères fondateurs rêvaient au temps de l’indépendance, deviendra une réalité pour notre génération, » a conclu M. Akufo-Addo. Voilà un langage qui ne doit pas plaire du tout aux Bollorés et consorts.

Alors que la tournée d’Emmanuel Macron touchait à sa fin, les Burkinabés, qui ne manquent pas d’humour, ont fait remarquer que le président français rentrait en France afin de réparer la panne d’électricité à la gare Montparnasse...

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