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Derrière la menace de guerre : le tsunami financier

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Qui n’a jamais entendu la fameuse rengaine « Une bonne guerre, et tout repartira... », au détour d’une conversation ? Mais, tandis que la phrase s’éteint, laissant place aux sujets de conversation suivants, l’on ne réfléchit pas au fait que cette « bonne guerre », ce sont les oligarques financiers qui la souhaitent ardemment, car cela représente pour eux le seul moyen de détourner l’attention de leur situation de faillite et de noyer dans le chaos les montagnes de dettes et de produits financiers pourris dont ils regorgent.

Au cours de la campagne présidentielle de 2017, un seul candidat – Jacques Cheminade – a mis en garde contre le fait que la crise du système financier international n’avait pas été résolue : « nous sommes en effet en état d’urgence financier car toutes les plus grandes banques du monde, y compris les nôtres, seraient en faillite si elles n’étaient pas soutenues par l’émission d’argent électronique des banques centrales. Et ce système ne survit qu’en détournant les flux financiers de l’économie réelle vers un vaste Monopoly de capital fictif, c’est-à-dire un capital qui ne correspond pas à la création de biens physiques ou à l’amélioration des conditions de vie des êtres humains. » Et quand lors du débat à onze le 4 avril sur BMFTV/CNews il a prévenu de l’imminence d’un « tsunami financier », certains ont acquiescé, puis on est passé à d’autres sujets...

Sont arrivés les rabat-joie...

Tout allait pour le mieux dans le monde de la finance. Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale des États-Unis (Fed), assurait fin juin à Londres qu’il n’y aura pas de nouvelle crise financière, du moins « pas de notre vivant, en fait je ne le crois pas. » De l’autre côté de l’Atlantique, après quelques heures de suspens angoissant, le patron de la BCE Mario Draghi finissait par annoncer que la politique d’ « assouplissement monétaire » (« quantitative easing », autrement dit la planche à billets) allait continuer, ce qui validait l’idée que la crise était derrière nous, que la croissance était de retour.

Mais voilà que deux des principaux oracles de la mondialisation financière, Jacques Attali et Alan Greenspan (ancien président de la Fed), sont venus remettre tout en cause.

Dans son éditorial du 24 juillet paru dans L’Express, «  la prochaine crise financière  », Attali écrit que « de fait, tout se passe comme si on pensait aujourd’hui qu’il n’y aurait plus jamais de crise économique et financière. Et que le risque était définitivement écarté. (…) Les signes d’une crise prochaine sont là. » Pointant du doigt l’augmentation massive de l’endettement global, public et privé, des 44 pays les plus riches, passé de 190 % du PIB en 2007 à 235 % aujourd’hui, Attali explique que « la croissance ne suffira pas pour avaler ces dettes », et que le moment viendra où les prêteurs prendront conscience que les dettes ne pourront pas être remboursées : « cela partira d’un incident plus ou moins mineur, en Italie, aux États-Unis, en Chine ou au Moyen-Orient. Les banques centrales arrêteront de se comporter comme des Madoff légaux et réduiront les crédits gratuits qu’ils accordent aujourd’hui aux banques ». Le krach !

De son côté, Greenspan a déclaré dans une interview à Bloomberg le 1er août que « nous faisons face à une bulle, pas dans les actions mais dans les obligations ». Le problème est selon lui que « les taux d’intérêts à long terme sont beaucoup trop bas, une situation, donc, insoutenable. Quand ils remonteront, il est probable qu’ils bougent assez rapidement. (…) Le véritable problème surviendra lorsque la bulle des obligations s’effondrera, alors les taux d’intérêts à long terme augmenteront ».

Hormis le fait qu’ils ne présentent aucune solution, Attali et Greenspan se bornent à ne parler que de la partie émergée de l’iceberg ; car aux dettes sont adossés des milliers de milliards de dollars de produits financiers, qui circulent principalement dans la finance de l’ombre, opérant en-dehors du cadre encore (très modérément) régulé. Mais ces derniers jours les grands médias ont pour la première fois commencé à évoquer cette bombe à retardement.

Shadowbanking

Dans un article du 3 août justement intitulé «  ’Shadow banking’, marchés à l’ombre », Libération expose le problème de cette finance parallèle : « les banques ’traditionnelles’ financent des prêts avec les ressources qu’elles collectent auprès de leurs déposants et avec leurs fonds propres. Les banques font ce que les spécialistes appellent ’une transformation d’échéance’. Les crédits qu’elles consentent sont effectués à des échéances plus longues que leurs ressources. Le système bancaire ne tient donc qu’à la stabilité de la confiance des déposants. Si ces derniers, pris soudainement de panique, décident en grand nombre de retirer leur épargne, tout le système bancaire s’effondre. C’est justement pour assurer la confiance des déposants et la stabilité du système bancaire que des règles et des institutions ont été créées dans la plupart des pays (garantie des dépôts, banque centrale comme prêteurs en dernier ressort ou encore supervision prudentielle). »

Rappelons que le shadow banking regroupe un ensemble hétéroclite d’institutions non-bancaires qui échappe aux règles du secteur. Et ce, alors qu’elles réalisent des activités de crédit et de transformation comparables à celles des banques.

Ainsi, les acteurs du shadow banking n’ont donc pas directement accès à une assurance de dépôts ni au refinancement des banques centrales, ce qui les rend donc potentiellement beaucoup plus vulnérables. Or, nombreux sont ceux qui participent à cette finance parallèle : banques d’investissement, fonds spéculatifs (hedge funds), ou fonds d’investissement (fonds mutuels, fonds de pension, sociétés d’assurance).

En plus, pour échapper « à la double pression des exigences toujours plus fortes de rendement des actionnaires et des normes de supervision bancaires, les banques continuent en effet à chercher à accroître et diversifier leur offre de financement. Pour satisfaire les exigences prudentielles, et en particulier le ratio de fonds propres (de réserve en capital par rapport aux crédits accordés), elles sortent donc de leurs bilans une partie des prêts les plus risqués ».

C’est cette stratégie qui les a conduites à un usage massif des fameux produits dérivés et des techniques financières telle la titrisation des créances.

Rappelons que c’est bien la titrisation tout azimut de produits frôlâtes tels que les « subprimes » qui avait rendue le krach quasiment ingérable en 2008.

Or, aujourd’hui, les grandes banques et les fonds d’investissements nourrissent plusieurs bulles en titrisant de cette manière des dettes comme par exemple les crédits étudiants et les prêts automobiles aux États-Unis, spéculant avec dans la finance de l’ombre. D’après Libération, ces opérations et prêts hors radar représenteraient aujourd’hui plus de 100 000 Md$, contre 26 000 Md$ en 2002 et 63 000 Md$ en 2007. C’est précisément là que se trouve le cœur du problème.

L’alternative : la spoliation et la guerre ou la mise en banqueroute organisée

Si tout le monde sait pertinemment que la dette globale ne peut pas être remboursée, la question tabou est « qui va payer ? » Maintenir à tout prix l’ordre établi implique nécessairement de prendre l’argent « réel » là où il se trouve. C’est ainsi que l’Union Européenne a mis en place le 1er janvier 2016 un « mécanisme de résolution bancaire » pour assurer le sauvetage des banques en cas de nouvelle crise bancaire. Ce principe de renflouement interne a été appliqué en Italie à plusieurs reprises, tout d’abord en novembre 2015 (en prélude à la directive européenne), spoliant des petits épargnants comme Luigino d’Angelo, un retraité italien retrouvé pendu chez lui, puis début juillet 2017, lors du sauvetage de la banque Monte Dei Paschi. On assure qu’on ne touchera qu’aux détenteurs d’obligations et de fonds de placement de la banque, au pire aux comptes supérieurs à 100 000 euros, et on promet que les comptes inférieurs à 100 000 euros seront protégés. Mais, tandis qu’on se garde bien de dire qu’aucun fond de garantie nulle part en Europe ne permettra d’honorer cette promesse, on envisage à la Commission de Bruxelles de mettre en place un dispositif pour geler les dépôts en cas de crise.

Bien entendu, compte tenu des proportions gigantesques de la dette globale, aucun mécanisme ne suffira jamais à sauver le système. D’où l’idée que seule une « bonne guerre » en serait capable...

Et bien non, l’alternative existe ; elle a été défendue par Jacques Cheminade pendant la campagne présidentielle, ce qui n’a sans doute pas échappé aux Jacques Attali et consorts : une mise en faillite ordonnée du système, en commençant par « couper les banques en deux pour faire sauter le verrou financier qui bloque la production. (…) Il faut dire aux banquiers d’affaires : ’on ne vous renfloue plus !’ » En même temps, il faut « abroger tous les textes sur les marchés d’instruments financiers, qui permettent d’opérer dans une opacité totale (shadow banking), et interdire de spéculer sur ce qu’on mange, ce qu’on respire et sur la vie elle-même. » etc.

Une mobilisation a été lancée par S&P début juillet afin d’ouvrir au nouveau Parlement le débat sur la séparation bancaire.Le projet de « loi de moralisation de la vie bancaire » n’attend que vous pour se faire connaître auprès des députés et sénateurs qui, s’ils n’agissent pas avant, sauront au moins quoi faire lorsque le « tsunami financier » surviendra.

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