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Krach : banques trop grosses pour être renflouées !

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Les alertes se sont multipliées ces derniers jours sur le fait que les conditions d’un nouveau krach financier sont réunies, formant un chœur désordonné se diluant dans le flot d’actualité, sans que pour l’instant aucun responsable politique n’appelle à agir ni même ne semble (publiquement, en tout cas) préoccupé par cela. A bord du Titanic financier, les rats quittent le bateau. Les économistes de la Deutsche Bank, le FMI dans son récent rapport, le ministre allemand de l’Économie sur le départ Wolgang Schaüble, le conseiller économique de la Maison-Blanche Gary Cohn, et de nombreux autres analystes des marchés financiers, semblent découvrir le problème qu’ils ont aidé à créer : des bulles ont été formées en pagaille par les banques centrales depuis 2008, et elles menacent d’emporter tout le système.

Singulièrement, un seul média spécialisé en parle en France : le journal Les Échos, qui a publié depuis quelques semaines une série d’articles ; le dernier en date est paru le 15 octobre, avec son titre sans détour « Et si nous étions à la veille d’un krach ? » L’éditorialiste Guillaume Maujean y souligne les sommets vertigineux atteints actuellement par les marchés des actions en bourse, notamment aux États-Unis. : « les chiffres sont spectaculaires », écrit-il. « Et parfois même un peu effrayants. Les États-Unis viennent de connaître leur 100e mois consécutif d’expansion. C’est la troisième séquence la plus longue depuis 1854. Wall Street en est lui à son 11e mois de hausse d’affilée, du jamais vu depuis 1959. (…) La Bourse du Japon est au plus haut depuis 21 ans, les marchés émergents depuis 6 ans. Le rythme s’accélère même. La semaine passée, toutes les actions cotées sur la planète ont encore engrangé 800 milliards de dollars. Elles capitalisent désormais 88.000 milliards, un sommet historique, plus que le PIB mondial ! »

Guillaume Maujean rappelle que le mois d’octobre est le mois des krachs boursiers (c’est en effet un certain « lundi noir » d’octobre 1987 que le Dow Jones s’était effondré de 22 %), et comme l’a montré l’économiste Robert Shiller, « Wall Street n’a été aussi cher qu’en deux occasions dans l’histoire : à la veille du krach de 1929 et à la veille de l’éclatement de la bulle internet... Les cassandres n’en demandent pas tant ».

Tout le monde sait que cette euphorie boursière ne repose en rien sur des bases solides. La croissance que nous connaissons à l’échelle mondiale est générée à 60 % par le partenariat des pays des BRICS, les Nouvelles Routes de la soie de la Chine jouant un formidable rôle de moteur. En Europe et aux États-Unis, le merveilleux retour de croissance, dont le refrain tourne en boucle comme un slogan publicitaire, n’est qu’une illusion statistique, les chiffres étant boostés par la diminution des coûts du travail, à travers la « flexibilisation » et son lot d’emplois précaires. Un récent rapport d’Eurostat montre que 23,4 % de la population européenne (117,5 millions de personnes) vit dans des conditions de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2016. En Grèce, cela représente 35,5 % de la population, en augmentation de 28,1 % depuis 2008.

Le système financier transatlantique est donc sous l’effet de la perfusion monétaire des banques centrales, et c’est pour cela qu’il est encore debout, de l’aveu même de certains responsables à l’intérieur du système. La grande peur est la réaction des marchés face à l’arrêt progressif des programmes d’ « assouplissement quantitatif » (rachats d’actifs et taux d’intérêts bas) des banques centrales. Comme le dit le FMI dans son dernier rapport, toute augmentation trop rapide des taux pourrait provoquer la faillite brutale de 20 % des entreprises américaines. « Le marché des obligations est dans un état sans précédent », a déclaré le 9 octobre sur CNBC Brian Raven, du Tavistock Investments. Un faux pas de la part des banques centrales « peut causer des retours de bâton et des effondrements dans des marchés manquant de liquidités ».

Des craintes s’expriment également au niveau du marché des produits dérivés financiers hors bilan (OTC), qui constituent la véritable partie émergée de l’iceberg, avec 600.000 milliards de dollars (chiffres de la Banque de règlements internationaux de Bâle) de paris spéculatifs échappant à toute régulation, et n’apparaissant pas dans les bilans des banques. Gary Cohn, le conseiller économique principal de Donald Trump, a déclaré devant un parterre de consultants financiers à Washington D.C que les chambres de compensations créées après la crise de 2008, censées réduire les risques sur les centaines de milliers de milliards de dollars de paris sur ces dérivés, sont elles-mêmes devenues des concentrations de risques.

« Nous n’avons pas su prendre la mesure du danger que pourrait créer le fait d’accumuler les choses dans les chambres de compensation, sans les garde-fous nécessaires », a-t-il affirmé. « L’absence de transparence et le manque d’actifs liquides dans ces chambres commence à me faire penser que nous sommes face à un nouveau problème systémique » (source Financial Times). Notons toutefois que Gary Cohn, ancien dirigeant de la banque Goldman Sachs, prône davantage de dérégulation financière, contrairement à d’autres dans l’entourage de Trump qui appellent à rétablir le Glass-Steagall Act de Franklin Roosevelt séparant banques de dépôt et banques d’affaires.

Les regards se tournent notamment vers la Grande-Bretagne, où les négociations pour le « Brexit » sont en cours et font planer un risque d’explosion de la bulle des dérivés. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre a déclaré hier devant la Chambre des députés que pas moins de 25.000 milliards de dollars de dérivés présentaient un risque en cas de Brexit désordonné. Notons que Londres abrite la moitié de la totalité des dérivés circulant dans le monde.

Ce n’est donc pas une petite tempête qui se profile, mais un ouragan financier de catégorie 5, comme l’avait bien dit Jacques Cheminade lors de la campagne présidentielle.

En 2008, les décideurs politiques ont mis en œuvre les remèdes préconisés par ceux-là mêmes qui avaient créé le mal. Proclamant les « banques trop grosses pour faire faillite » (« too big to fail »), ils avaient prétendu qu’aucune autre alternative n’existait que le renflouement bancaire, et c’est ainsi que la gangrène financière a été diffusée dans les organes vitaux de la société.

Aujourd’hui, il est temps de convoquer les bons médecins. Diagnostic : banques trop grosses pour être renflouées. Prescription : peines de prison fermes pour les récidivistes et intervention chirurgicale d’amaigrissement, par la séparation bancaire et l’effacement des dettes toxiques.

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