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Jean-Michel Naulot : un effondrement financier nous menace

La rédaction
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Publié au Seuil, janvier 2017.

C’est assez inhabituel que d’anciens banquiers reconnaissent que le système financier actuel va dans le mur. A part Jacques Cheminade, aucun autre candidat à l’élection présidentielle veut y faire face ou prétend être en mesure d’y apporter des remèdes.

Le titre du nouveau livre de Jean-Michel Naulot Eviter l’effondrement dénote un véritable cri d’alarme devant une situation qui va bien au-delà de la simple « crise économique », un état de fait qui n’émeut plus personne.

Jean-Michel Naulot a été banquier, puis régulateur à l’Autorité des marchés financiers (AMF). Citoyen engagé, il estime que les éléments objectifs d’une crise sont désormais réunis.

Mais derrière l’hypertrophie de la finance, il existe une autre menace, celle de l’idéologie de ces dirigeants qui ne veulent pas reconnaître leurs erreurs… Or, plus ils maintiendront le cap d’une déréglementation financière à marche forcée, plus ils feront monter les populismes.

Voici quelques extraits d’un entretien accordé le 7 février au quotidien Libération :

Ne forcez-vous pas le trait lorsque vous affirmez que les responsables politiques nous préparent une crise financière pire que la précédente ?

Mon expérience de banquier et de régulateur des marchés financiers me fait dire que le pire est malheureusement devant nous. Nous avons eu un aperçu de ce que pouvait être un effondrement avec la crise de 2008. La finance en faillite a alors fait sombrer l’économie mondiale, exploser les inégalités, bondir la dette publique et disparaître la confiance. Les dirigeants occidentaux nous ont vendu voici trente ans le rêve du tout-libéral qui dope la croissance ! Ce rêve n’était qu’une chimère, comme l’était un fédéralisme européen reposant sur la monnaie unique. Les risques d’un véritable effondrement sont là. Si nos dirigeants refusent tout examen de conscience, veulent à tout prix « maintenir le cap », continuent à faire des discours comme on récite un catéchisme, ils nous emmèneront tout droit dans le mur. Par leur obstination, ce sont eux qui font monter les « populismes » ! Et ils ont en outre l’audace de nous dire que si la crise est là, c’est parce qu’on les a empêchés d’en faire davantage ! La crise financière est indissociable d’une crise bien plus profonde, celle d’un libéralisme économique à bout de souffle.

Au point de détruire le système libéral ?

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Oui ! Jacques Rueff, un grand économiste libéral, évoquait « ce régime absurde et insensé de l’économie libérée qui est la négation même de l’économie libérale ». C’est précisément la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.

Le capitalisme sans un Etat qui protège et sans un minimum de gouvernance internationale, c’est un système qui secrète la pauvreté, la violence et la confrontation. Certains observateurs se laissent impressionner par les chiffres du chômage dans la société anglo-saxonne mais la réalité est différente des statistiques officielles. Si le taux de chômage américain est de 5 %, c’est parce qu’il est régulièrement « nettoyé ». Le prix Nobel d’économie Paul Krugman nous dit qu’il faudrait le multiplier par trois. Selon un autre prix Nobel, Joseph Stiglitz, les salaires réels des classes moyennes américaines n’ont pas bougé depuis les années 90. Une petite minorité capte la plus grande partie des richesses. Les Etats-Unis comptent 3,5 millions d’enfants qui dorment dans la rue et 15 % des Américains se nourrissent avec des bons alimentaires. Voilà la réalité de la société ultralibérale !

Mais ce monde au bord de l’effondrement n’a-t-il pas fait des réformes ?

Si, et parfois même très lourdes. Mais ce sont des corrections qui ne s’attaquent pas au problème de fond, à savoir le déséquilibre entre la sphère financière et l’économie réelle. Ce n’est pas en corrigeant à la marge le système financier que nous sortirons des crises. J’évoque dans mon livre quelques réformes simples qui pourraient être faites dans des délais courts sans perturber les marchés financiers. Ne pas le faire est irresponsable.

La faute aux dirigeants ?

Leur responsabilité est évidente. Tenir un discours modéré, comme le font la plupart des politiques, alors que nous sommes face à une situation d’une gravité exceptionnelle, c’est prendre le risque d’un effondrement futur. Pour ces dirigeants, les crises financières sont inhérentes au système capitaliste. Les crises en seraient le prix à payer. S’intéressent-ils même au sujet ?

J’ai été très étonné de voir qu’un candidat à la présidentielle comme Alain Juppé, connaissant le montant des impôts français sur le bout des doigts, semble tout ignorer de la réforme internationale.

En octobre, lors de l’Emission politique sur France 2, le terme shadow banking, soit la finance non régulée, lui était étranger alors que cette finance peu ou pas régulée représente tout de même près de 40 % de la finance mondiale…

Mais où sont les bulles financières qu’il faudrait redouter ?

Actuellement, elles sont un peu partout. En réalité, il ne tient qu’aux banquiers centraux et aux régulateurs de les laisser ou non prospérer. Lorsque les banques centrales tardent trop à augmenter les taux d’intérêt, lorsqu’elles sont peu exigeantes en matière de ratios réglementaires, lorsqu’elles se lancent dans des politiques non conventionnelles, la création monétaire est considérable. Les liquidités monétaires circulent alors en trop grande quantité par rapport aux besoins réels de l’économie et ces liquidités s’investissent dans des actifs financiers à risque pour y chercher des rendements élevés. Les prix des actions et des obligations ne veulent alors plus rien dire.

L’indice dit de « volatilité » des marchés, qui mesure le stress des marchés, était la semaine dernière dans ses plus bas niveaux historiques. Cela signifie que les investisseurs financiers n’anticipent aucun facteur de risque ! L’indépendance présumée des banques centrales est en réalité une dépendance à l’égard de marchés financiers devenus tout-puissants.

Quels sont les éléments les plus notables de cette évolution ?

Depuis dix ans, les banques ont créé des plateformes internes leur permettant d’exécuter des ordres de clients en court-circuitant les plateformes réglementées. Celles-ci ne traitent plus que la moitié des transactions. En 2007, la Commission européenne avait considéré qu’il fallait abandonner l’obligation de centraliser les ordres sur un marché unique et réglementé pour développer la libre concurrence. En réalité, cela s’est traduit par une grande opacité et des prix plus élevés !

Et que dire de l’explosion du trading à haute fréquence depuis la dernière crise… Ce trading, effectué par des robots programmés via des algorithmes, a pour seul objectif de déceler en un millionième de seconde les différences de prix entre les plateformes et de tromper les opérateurs de marché en annulant immédiatement 95 % des ordres émis. Or, en cas de crise, nous ne savons pas quel sera le comportement de ces robots qui représentent la moitié des transactions.

L’augmentation vertigineuse des produits dérivés, qui à l’origine étaient exclusivement faits pour se protéger d’un risque, n’est-elle pas devenue la grande menace ?

Pour avoir été un praticien des dérivés, je dois dire que ces produits sont souvent très utiles pour les entreprises. Ce sont des produits financiers qui permettent de se protéger contre un risque de change, de fluctuation des cours… Mais ces produits sont devenus des instruments redoutables de spéculation. Un dérivé, c’est comme une pièce de monnaie, il y a le côté pile, l’assurance contre le risque. Il y a le côté face, le paiement de l’assurance le jour où le risque se réalise. Et il est tentant d’encaisser des primes en prenant le pari que le risque ne se réalisera pas. Mais si le pari est perdu, cela peut coûter très cher. Or, que voit-on aujourd’hui ? Le montant total des produits dérivés représente huit fois le PIB mondial. Les volumes de produits dérivés échangés chaque semaine sont vertigineux, l’équivalent du PIB mondial !

La situation est d’autant plus préoccupante que la dette mondiale atteint un niveau historique…

La dette mondiale est autant le résultat des dérives du capitalisme financier que la cause des crises. Depuis vingt-cinq ans, les crises financières se traduisent, en effet, à chaque fois par des bonds spectaculaires de la dette publique. Les taux zéro et la pression sur les salaires exercés par une mondialisation non maîtrisée expliquent par ailleurs la dette élevée des ménages.

Le jour où les investisseurs prendront conscience de l’importance de cette dette mondiale, l’effondrement sera là. C’est pour cela que nous devrions tout faire pour encadrer la finance.

Lire la suite sur le site de Libération

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  • Eric • 08/02/2017 - 20:30

    "Par leur obstination, ce sont eux qui font monter les « populismes » !

    Les populismes sont contre l’oligarchie et défendent la démocratie qui est foulée aux pieds par les oligarques. Alors vive les populismes !

    Répondre à ce message

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