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AG 2011 de Solidarité et Progrès

Eric de Keuleneer :
Mettons fins aux abus des banques universelles !

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Intervention d’Eric de Keuleneer lors de la table ronde des économistes à l’Assemblée générale 2011 de Solidarité & Progrès.


Eric de Keuleneer est un économiste belge, professeur à la Solvay Business School de l’ULB et administrateur-délégué chez Credibe SA. Il est outre-quiévrain, le partisan le plus résolu du retour au vrai Glass Steagall de Roosevelt.


Je voudrais donc dans un premier temps vous parler brièvement de la vue actuelle qu’on peut avoir sur ce Glass Steagall Act, la séparation d’activités de banque de dépôt d’un côté et d’activités de marché de l’autre. Cette loi est née aux Etats-Unis en 1935, après une intense introspection du Congrès américain qui s’est livré à une analyse en profondeur des causes de la crise de 1929 et dont le diagnostique avait été que c’étaient les risques excessives qui avaient été pris par les marchés et par les banques qui avaient conduit à cette crise.

On a donc imposé une séparation avec un double objectif, de protéger les dépôts des déposants sans pour autant nécessiter une intervention permanente de l’Etat, et d’autre part d’éviter les conflits d’intérêts permanents entre les différentes activités des banquiers, les banques d’affaires qui conseillaient les émetteurs des titres, et les banques de dépôt qui conseillaient plutôt les épargnants. Cette séparation a été mise en vigueur entre 1933 et 1935. Pendant les années 60, 70 et 80, elle est restée en vigueur et c’est vraiment sous la pression de la concurrence des banques universelles européennes, qui avaient toutes les activités, jugées tout à fait déloyales par les banques américaines, que les banques américaines on pu obtenir une suppression du Glass Steagall Act à la fin des années 90, finalement supprimé en 1999.

Il y a une nouvelle version de cette loi qui a été adoptée par le gouvernent anglais sous proposition d’une commission indépendante créée pour faire des recommandations en matière de régulation bancaire, présidée par un Monsieur Vickers. Le 12 septembre dernier ils ont déposé leurs recommandations. Ils n’imposent pas nécessairement la séparation en deux entités completement indépendantes, mais ils imposent en tout cas pour toutes les banques qui ont des activité de dépôt et de crédit, qu’il y ait une entité juridique, une société anonyme, qui soit gérée de façon completement indépendante, autonome par rapport à d’autres activités. Ils imposent un clôturage. Parlons de Barclays par exemple, une grande banque anglaise, elle devra créer une Barclays Banque de Dépôt, société anonyme, qui ne pourra pas prêter à la maison mère, ou a des activités de trading spéculatives de la maison mère, plus qu’une fraction modeste de fonds propres de Barclays Banque de Dépôt.

Ce sont les règles qui ont été décidées en Angleterre qui rencontrent la plus vive opposition de la part des banques anglaises mais le gouvernement anglais, conservateur pourtant, a décidé de mettre cela en pratique et fondamentalement, si c’est bien mis en pratique, avec la qualité qu’ont les anglais d’organiser l’autonomie même au sein des groupes, avec des filiales, cela devrait probablement permettre d’atteindre l’essentiel des objectifs. Fondamentalement on peut alors s’attendre à ce que la plupart des banques universelles séparent leurs activités de dépôt, puisqu’elle ne pourront plus en abuser.

Aujourd’hui elles abusent a deux titres. D’une part elles utilisent leurs dépôts pour financer à bon compte leurs activités spéculatives, d’autre part elles peuvent se servir de ces dépôts pour obliger les Etats à leur venir en aide, si les activités spéculatives engendrent des pertes trop lourdes.

C’est l’objectif de cette législation anglaise qui devrait probablement avoir une influence profonde sur les autres pays européens. Evidemment une défense classique des banques universelles pour combattre ce type de législation est d’utiliser l’exemple de la banque Northern Rock, l’une des premières banques à avoir des difficultés en 2007-2008, ainsi que Lehman Brothers, en disant que la Northern Rock était une pure banque de dépôt et qu’elle est pourtant tombée en faillite, et que Lehman Brothers, qu’on a laissée tomber en faillite s’est avérée être très dangereuse pour le système, même si elle n’était pas une banque de dépôts.

Cet argument est particulièrement malhonnête comme très souvent les arguments des lobbyings, parce que Northern Rock n’était pas une banque de dépôt mais une banque qui dépendait des marchés pour son financement, elle n’avait pas assez des dépôts, et dès que les marchés se sont fermées elle a été asphyxiée. Lehman Brothers s’était vautrée quant à elle dans toutes ces activités de dérivés et de CDS, qui étaient conduites en conjonction avec d’autres banques, et c’est l’impact que la faillite de Lehman a eu sur les autres banques de dépôt qui a fait de la faillite de Lehmann un problème systémique.

On le voit bien dans le cas Dexia justement. C’était une banque franco-belge, ou belgo-française puisque la maison mère est en Belgique. Elle a une grosse activité de banques de dépôt en Belgique, Dexia Belgique, et une grande activité de financement des collectivités locales en France, Dexia Crédit Local, et la Banque belge faisait également du financement des collectivités locales en Belgique, mais elle était un peu excédentaire en liquidités. Donc, elle finançait une partie des activités de financement des collectivités locales en France. Mais dès le début des années 2000, Dexia Crédit Local de France, a eu des rêves de grandeur planétaire et a voulu faire des acquisitions un peu partout qu’elle ne maitrisait pas.

Ils ont développé une activité de salle de marchés et c’est une autre illustration de la perversité de ces activités de marché qui, sous prétexte de leur science financière, ont vendu aux collectivités locales françaises des crédits structurés, qui avaient des clauses de révision des taux complètement déraisonnables où on présentait aux trésoriers d’une collectivité locale le choix simple, apparemment, « vous pouvez soit payer 5% de taux d’intérêt, soit seulement 4%, mais dans trois ans lorsque le taux va être revu, il sera revu selon la petite formule qui est là en bas de page », qui était totalement incompréhensible, mais prévoyait que le taux d’intérêt pouvait légèrement augmenter en fonction de l’évolution de la différence de taux de change avec la lire turc, ou le Franc Suisse, ou de la différence entre le taux d’intérêt à 35 ans aux Etats-Unis et en Allemagne. En bref, cette légère augmentation pouvait être un triplement ou quadruplement, et c’est ainsi que les collectivités locales françaises devraient payer des taux d’intérêt de 12 à 15 % à Dexia et évidemment se rebiffent et sont en justice par rapport à cela.

Je rejoints tout à fait l’explication qu’a faite François Morin de l’utilité fondamentale de beaucoup de ces produits dérivés, qui permettent à des entreprises saines et normales de couvrir les risques de change ou en matière première, grâce à ces produits dérivés, mais ça représente seulement quelques pourcent de l’activité des banques, qui utilisent ces marchés autrement pour se livrer à des spéculations.

Mais le problème est que dès lors que les régulateurs essaient, et ils essaient un petit peu maintenant, de mettre un frein à la frénésie des banques par rapport à ces produits dérivés, les lobbies bancaires sont suffisamment habiles pour ne pas protester eux-mêmes contre les régulations qu’on veut mettre sur ces produits dérivés, ils mettent en avant Airbus, Air-France et Peugeot qui disent, parce qu’ils n’ont pas assez compris, « attention, notre banquier vient de nous dire que taxer les produits dérivés va nous couter très cher, vous ne pouvez pas faire cela messieurs les régulateurs ». Résultat, la plupart des régulations sont complètement plantées.

Le cas Dexia dont je vous parlais offre un excellent exemple de ce qui arrive lorsqu’il n’y a pas le cloturage prévu dans la loi anglaise. Dexia Banque Belgique avait la possibilité de prêter à Dexia France, ce qu’elle a fait très lourdement et il n’a pas été possible aux deux Etats, Belge et Français, devant le désastre qu’ils ont constaté quand à la mauvaise gestion continue depuis de très nombreuses années et qui a encore culminé avec les nouveaux besoins de financement et de garanties, les Etats n’ont pas pu dire qu’ils mettaient la clé sous le paillasson sur Dexia France, entre autres car la Banque Dexia Belgique qui a des centaines de milliers de déposants, avait prêté des montants tout à fait déraisonnables, sept fois ses fonds propres à Dexia France. Le clôturage n’était pas suffisant mais néanmoins la séparation maintenant a relativement facilement eu lieu, c’est à dire que le gouvernement belge a racheté la Banque Dexia Belgique, qui est une banque de dépôt, et qui je l’espère maintenant va le rester, et les activités spéculatives de Dexia Credit Local vont être mises dans une structure de défaisance pour les laisser mourir et les activités de financement des collectivités locales vont être reprises par des institutions plus sérieuses comme la Caisse des dépôts.

C’est un bon exemple de ce qu’il est quand même possible de faire lorsqu’on a au moins des séparations internes, il faudrait qu’elles soient plus strictes, qu’elles permettent d’isoler les banques de dépôts.

Pour terminer, un petit mot sur ce qu’on nous dit quant au besoin de recapitalisation des banques en Europe. Un des problèmes en Europe qui est sous estimé est que les banques sont beaucoup trop grandes, donc quand on parle de recapitalisation la nécessité est d’améliorer leur solvabilité, le ratio de fonds propres par rapport à leur bilan total.

On peut très bien obtenir cela, sans injecter des centaines de milliards dans les banques et sans qu’elles arrêtent leurs crédits à l’économie. Il est très possible de prendre des mesures incitatives pour qu’elles soient incitées à continuer à faire des crédits à l’économie, et qu’elles soient fortement découragées, pénalisées et taxées pour détenir des dérivés. On n’a absolument pas besoin d’avoir des banques pour détenir des emprunts d’Etat.

Une politique à long terme qui viserait à réduire le bilan des banques et à encourager la désintermédiation, diminuer le rôle des banques surtout dans le financement des Etats, permettrait de sortir de cette spirale infernale dont vient de parler Henri Sterdyniak, et permettrait aux Etats de mieux tenir tête aux lobbies bancaires.

Pour terminer, je voudrais rappeler aussi, par rapport à un des problèmes très importants qui est celui de la Grèce aujourd’hui, que la Grèce est aujourd’hui surendettée et clairement insolvable. Quand un pays est dans cet état, ce n’est pas en lui prêtant de l’argent qu’on l’aide. Quand on entend certain chefs d’Etat, entre autres en Belgique et en France, dire qu’il faut aider la Grèce, en fait ce qu’ils pensent est, qu’« il faut aider nos amis banquiers, et en prêtant l’argent public à la Grèce, on permet à la Grèce de rembourser les banques et nos amis banquiers sont contents ».

Il suffit de lire ce matin le Financial Times , à la une, la majorette du lobby bancaire, qui s’appelle Charles Dallarac, patron de l’Institut financier international, et qui déclare que l’accord du 21 juillet sur la Grèce, qui limite les pertes des banques sur la Grèce à 20%, avec des garanties de Etats Européens, que ces pertes ne dépasseront pas cela. Il dit « si cet accord n’est pas appliqué il y aura des pressions sur la dette de l’Espagne de l’Italie etc ». On peut lire cela comme étant l’avertissement de quelqu’un de prudent, qui dit « attention si vous faites cela j’ai peur », mais on peut le lire aussi comme un chantage et une menace, « vous savez si on reçoit pas de retour sur la Grèce eh bien on va s’arranger pour spéculer un maximum sur l’Italie, l’Espagne et on va foutre le bordel partout ».

Par rapport aux CDS je rejoins François Morin que c’est un très gros problème. Je vous livre un moyen très simple, c’est d’assimiler le CDS à un contrat d’assurance, dans beaucoup de pays il suffirait de prendre une directive européenne qui prévoit que le CDS est un contrat d’assurance. Dans la plupart des législations, un contrat d’assurance ne peut pas être pris sans sous jacent, si on assimile le CDS à un contrat d’assurance je crois qu’on retire l’attrait des CDS nus.

Je voudrais clôturer là-dessus, en disant rapidement que je crois qu’il y a des moyens relativement faciles d’améliorer la situation pratiquement désespérée qui est la nôtre, c’est d’allier ces quelques mesures à une bonne taxe sur le transactions financières, d’avoir une taxe sur l’environnement. Si on avait une solide taxe sur les carburants tout le monde sait que cela ne nuirait pas à l’économie ni même aux ventes de voitures, ça nuirait à l’utilisation de la voitures, mais on ne sait plus du tout où les mettre. On aurait besoin d’un renforcement des lois sur la concurrence et d’interdire franchement les fusions et acquisitions car elles visent à réduire la concurrence, contrairement à ce qu’ils essaient de nous faire croire, il n’y a pas d’économie d’échelle.

Pour terminer, il y a des efforts à faire pour améliorer la bonne gestion d’institutions publiques. Une des grandes raisons pour laquelle elles ont été privatisées est parce qu’elles étaient mal gérées. Il faut avoir le courage d’examiner pourquoi elles étaient mal gérées et il faut avoir des régulateurs forts et indépendants, mais bien gérés, et qu’ils fassent des rapports aux Parlements, et surtout qu’ils ne soient pas rémunérées par des bonus.


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