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Face à l’effondrement financier :
Schacht-Rohatyn contre Roosevelt-LaRouche

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LaRouche contre Rohatyn :
Pas de nouveau Bretton Woods sans LaRouche !

Par Mark Burdman, Nouvelle Solidarité du 31 août 2001

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Felix Rohatyn accepte-t-il la définition de LaRouche du terme « nouveau Bretton Woods » ?

 


L’accélération de l’effondrement du système économique international donne lieu à un phénomène paradoxal, mais néanmoins légitime. Certains dirigeants de l’establishment anglo-américain ont, de toute évidence, décidé de reprendre à leur compte certaines politiques de Lyndon LaRouche - bien que sous une forme dénaturée et hypocrite - tout en excluant LaRouche lui-même de toute participation active au débat.

C’est pourtant lui qui, il y a plus de sept ans, a prévu cette crise systémique. C’est ainsi que le 18 août, [2001] Felix Rohatyn, un important banquier de Wall Street et ambassadeur en France du président Clinton, a signé un commentaire dans le Financial Times intitulé « Retour à Bretton Woods ». Il appelle à un « nouveau Bretton Woods convoqué par le Président des Etats-Unis » qui apporterait « une réponse sérieuse aux questions réelles ».

Or tout lecteur avisé de ce quotidien financier sait que Lyndon LaRouche fait intensément campagne depuis un certain temps déjà pour une initiative de ce type et que celle-ci a été officiellement soutenue par des parlementaires italiens, par de nombreux parlementaires d’Etats aux Etats-Unis, ainsi que par des économistes et personnalités politiques de renom à travers le monde.

Comme Rohatyn ne peut pas ne pas être au courant du contenu et de la portée des idées économiques de LaRouche, l’absence de toute référence à ce dernier dans son commentaire est sans doute plus significative que le texte lui-même et donne à penser que Rohatyn n’est pas vraiment sincère, pour dire le moins.

Que cette proposition soit faite par un homme comme Felix Rohatyn en dit long sur le désespoir ressenti à Wall Street et dans la City de Londres, à propos d’un effondrement global qu’ils ne peuvent plus se permettre de nier. En outre, le thème le plus brûlant des pages financières de la presse européenne, ainsi que parmi les élites politiques russes, est la crise imminente du dollar qui promet d’être gigantesque. Depuis le début du mois de juillet, la monnaie américaine a déjà perdu près de 10% de sa valeur par rapport aux principales monnaies.

Qui est Rohatyn ?

Voyons d’abord qui est Felix Rohatyn. Pendant des décennies, il a dirigé Lazard Frères, l’une des plus influentes banques d’investissement anglo-américaines qui contrôle entre autres le Washington Post, un influent quotidien de l’establishment qui, au milieu des années 70, avait enjoint aux autres médias de ne jamais mentionner LaRouche, hormis pour le diffamer.

Au cours des années 70, Rohatyn a personnellement supervisé la mise en oeuvre à New York du programme d’austérité dicté par les financiers, le fameux « Big Mac », dont la ville ne s’est jamais remise.

LaRouche et son mouvement politique avaient alors monté une forte résistance contre la politique de Rohatyn et de ses amis, proposant que la municipalité déclare un moratoire sur ses dettes illégitimes plutôt que de couper des dépenses essentielles. Rohatyn côtoie aussi Henry Kissinger, l’homme à l’origine des efforts du FBI ayant abouti à l’incarcération de LaRouche et de certains de ses associés. Le financier de New York a, par exemple, inspiré un chapitre du dernier livre de Kissinger (L’Amérique a-t-elle besoin d’une politique étrangère ?), dans lequel il exprime son inquiétude quant à un éventuel effondrement financier.

Rohatyn, qui exerce une certaine influence dans le Parti démocrate, a compris qu’avec la politique du gouvernement de George W. Bush, « la partie est terminée » pour lui et ses amis et que, par conséquent, l’influence de LaRouche peut à tout moment s’étendre de manière non linéaire. Tout d’abord, le fait que le secrétaire au Trésor, Paul O’Neill, nie l’existence d’une crise fondamentale en Argentine et dans l’économie américaine même, constitue un danger évident pour les banques que représente Rohatyn.

Mais plus fondamentalement, Rohatyn estime que, sous « W. », l’influence américaine dans le monde diminuera énormément, ce qui représente en soi une menace pour tout ce qu’il considère comme « le système ».

Au cours des dernières semaines de son séjour à Paris en tant qu’ambassadeur américain, Felix Rohatyn a attaqué à de nombreuses reprises, dans des interviews ou des articles parus dans la presse française, la politique de Bush en matière de peine de mort, notant que la France et d’autres pays européens sont horrifiés par le cours suivi par la politique américaine.

Eviter le pire

Pour revenir à son article du 18 août, Felix Rohatyn écrit donc : « Je pense depuis un certain temps que le moment est venu pour une nouvelle conférence de Bretton Woods. Le rôle des institutions créées il y a cinquante ans doit être actualisé pour se conformer aux besoins d’un monde qui a changé au-delà de toute reconnaissance. (...)

« Malgré les efforts énergiques menés pendant des années par les institutions financières internationales et les grands pays industrialisés, la pauvreté et la maladie sont toujours omniprésentes dans la majorité de la population mondiale et l’inégalité de la richesse semble augmenter au lieu de diminuer. Je crois fortement aux bienfaits de la mondialisation et du capitalisme moderne, mais je crois aussi que ceux-ci ne sont pas évidents pour tout le monde. (...)

« Un nouveau Bretton Woods, convoqué par le Président des Etats-Unis et le secrétaire général des Nations unies, comprendrait des représentants du monde en développement, ainsi que du monde développé ; il comprendrait aussi des représentants d’organisations non-gouvernementales et des dirigeants du secteur privé. (...)

« Une nouvelle conférence de Bretton Woods, avec une large participation du secteur privé et des ONG, contribuerait à arrêter une tendance qui va certainement s’aggraver si des mesures ne sont pas prises. Il est vrai que cette réunion serait controversée, mais ce serait une réponse sérieuse aux problèmes réels. Elle mettrait aussi les protestataires [anti-mondialisation] au défi pour qu’ils soient constructifs.

« Ceci serait très différent que de tenir des réunions toujours plus courtes dans des endroits toujours plus éloignés, tout en affirmant que ce que nous faisons est le meilleur pour tout le monde. Dans l’histoire, cette mentalité de tour d’ivoire a invariablement mené aux conséquences les plus fâcheuses . »

Ni Roosevelt, ni LaRouche

Les personnes informées auront remarqué que l’appel de Rohatyn fait écho à certains éléments sur lesquels insiste LaRouche, notamment que cette conférence soit convoquée par le Président américain et que le secteur en développement y participe, contrairement à celle de 1944. Dans cette mesure, les spécialistes ne se trompent pas en disant que le « facteur LaRouche » est évident dans le texte de Rohatyn. Mais pour le reste, tout lecteur attentif remarquera des différences fondamentales par rapport à l’intention originale de Franklin Roosevelt à Bretton Woods et, à plus forte raison, avec ce que propose LaRouche aujourd’hui.

Dans un communiqué publié le 24 août, LaRouche met Rohatyn au défi de lui répondre sur certains points permettant de voir si sa proposition est sérieuse ou non.

D’abord, il lui demande si, pour lui, un nouveau Bretton Woods est synonyme de l’élimination du système injuste et catastrophique du Fonds monétaire international et du rétablissement d’un régime de taux de change fixes. Il lui demande aussi s’il reconnaît le danger de la gigantesque bulle financière qui risque de plonger le monde dans une catastrophe économique et financière. Pourquoi n’a-t-il rien fait pour la dégonfler ? M. Rohatyn se rend-il compte de la dérive économique qu’ont suivie les Etats-Unis et le monde depuis le milieu des années soixante, ce qui fait qu’en réalité, la prospérité a profité à une petite minorité de la population mondiale, tout en aggravant la situation des autres ?

Dans le septième point de sa déclaration, LaRouche affirme que Rohatyn doit certainement savoir que « ;certaines caractéristiques du fonctionnement du système original de Bretton Woods étaient essentielles pour la reconstruction d’après-guerre », notamment les taux de change fixes, sans lesquels on ne peut accorder des prêts ou faire des investissements internationaux à moyen et long terme. Il faudrait en outre, dans tout nouveau système de Bretton Woods, un système de régulation pour les investissements dans l’infrastructure économique de base et dans l’agriculture, l’industrie, le logement, etc. Faisaient également partie du système original la protection des investissements productifs, le contrôle des capitaux et des changes, et une régulation financière. Si Rohatyn n’est pas d’accord sur ces points, écrit LaRouche, il devrait changer de formulation afin de ne pas duper le monde.

Un sinistre précédent :
La politique de Hjalmar Schacht

Par Michaël Liebig, Nouvelle Solidarité du 19 mars 2004.

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Schacht accompagnant Hitler dans une parade officielle

 


Alors que le système économique et financier évolue rapidement vers une crise systémique, Lyndon LaRouche ne cesse de souligner qu’il n’y a qu’une alternative : soit nous décidons de réorganiser le système financier selon sa propre proposition de nouveau Bretton Woods, fidèle à la tradition de Franklin Roosevelt (et de l’économiste allemand Wilhelm Lautenbach), soit nous mettons en oeuvre une politique économique et financière similaire à celle de Hjalmar Schacht, ministre de l’Economie d’Hitler. Cette politique est aujourd’hui incarnée par le banquier américain Felix Rohatyn.

Que faut-il comprendre par « politique schachtienne » ? Au premier abord, on peut dire que cela se traduirait par une chute brutale des revenus et du niveau de vie de la population en général, afin de pouvoir maintenir, grâce à ce qui aura ainsi été « épargné », les titres financiers surévalués de certains intérêts privés. Ou, en d’autres termes, les intérêts financiers passent avant l’intérêt général. Cela s’impose surtout lorsque le fossé grandissant entre les titres fictifs gonflés et l’économie physique atteint un point de crise systémique. C’est ce qui s’était passé en Allemagne lors de l’hyperinflation, en 1923, et pendant la crise économique mondiale de 1929-33, et c’est ce qui nous menace aujourd’hui, mais dans des proportions infiniment plus inquiétantes.

Faut-il s’étonner qu’un homme comme Hjalmar Schacht ait préféré le service de la dette au bien commun ? Lui qui, lorsqu’il était gouverneur de la Reichsbank dans les années 20 et 30, téléphonait presque tous les jours au gouverneur de la Banque d’Angleterre, sir Montagu Norman (1871-1950), pour discuter de la politique financière et recevoir ses instructions ? En temps « normal », un homme comme Schacht n’a pas une grande importance ; il était même considéré comme un banquier tout à fait médiocre et un opportuniste politique. Mais il fut (comme c’est toujours le cas) catapulté sur le devant de la scène lorsque la crise politique, financière et économique s’aggrava à l’extrême. Autrement dit, au moment où il ne fut plus possible de « gérer » l’écart entre les revenus des gens et les engagements financiers par des arrangements « normaux » et pragmatiques.

Dans ces circonstances, Hjalmar Schacht, le prototype des synarchistes, choisit clairement de donner carte blanche aux financiers et de démanteler les obstacles que représente une république démocratique restant, d’une façon ou d’une autre, attachée à l’intérêt général.

Le 7 mars 1930, six mois à peine après le krach boursier d’octobre 1929, Schacht démissionna de son poste de gouverneur de la Reichsbank, au motif que le système politique de la république de Weimar ne lui permettait pas de s’acquitter correctement de ses responsabilités. En septembre 1930, il entreprit un voyage de plusieurs semaines en Angleterre et aux Etats-Unis, où il examina la situation allemande avec des financiers anglo-américains de premier plan. A son retour, en décembre, il s’entretint avec Hermann Göring (qui allait devenir, en 1933, ministre de l’Intérieur, commandant-en-chef de la police et de la Gestapo et commissaire de l’Aviation). Puis, le 5 janvier 1931, il dîna avec Göring, Hitler et Fritz Thyssen.

Hjalmar Schacht aimait à se présenter comme un économiste « sans engagement partisan », ce qui était vrai dans la mesure où il n’était réellement loyal qu’envers les revendications de l’oligarchie financière synarchiste. Or, celle-ci en était arrivée à la conclusion que même la politique d’austérité de Brüning, imposée par décret, ne suffirait plus à contenir la crise. Schacht n’avait rien contre la politique de baisse des salaires et du budget public adoptée par Brüning - il la trouvait seulement insuffisante. Et il savait qu’il ne serait jamais possible, dans le cadre de la république de Weimar, d’imposer une austérité aussi féroce que celle exigée par l’oligarchie financière.

Dans un discours célèbre, ou plutôt tristement célèbre, qu’il prononça le 11 octobre 1931, Schacht énuméra les exigences financières pesant sur l’Allemagne : « Une dette extérieure qui ne pourra jamais être remboursée dans les délais convenus », « la non liquidité des institutions financières et de l’Etat » et « des finances publiques dans un tel état que même le ministre des Finances ne saurait dire comment elles passeront les prochains mois, ou même semaines ». La situation financière de l’Allemagne, dit-il, « est bien pire qu’on n’a voulu la présenter au public et elle le reste ». Il proposa par conséquent le démantèlement « des fondements erronés du système » existant pour permettre une plus grande « liberté de négociation ».

Jamais, au grand jamais, Schacht n’aurait proposé qu’une Allemagne écrasée par l’endettement déclare un moratoire sur ces dettes intérieures et extérieures. Bien au contraire ! Il savait que le plus grand danger pour l’oligarchie financière serait que la république de Weimar finisse par geler les paiements de la dette, tout en se lançant dans le développement de l’économie physique grâce à l’émission de crédits publics. C’était justement la stratégie préconisée par un groupe d’économistes de différents partis, dont notamment un haut fonctionnaire du ministre de l’Economie, Wilhelm Lautenbach, qui proposa lors d’une session confidentielle de la société Friedrich-List, en septembre 1931, de relancer l’économie à l’aide de crédits destinés à des projets d’infrastructure et d’investissements productifs.

Schacht, qui était diamétralement opposé à l’option Lautenbach, protesta alors : « L’Allemagne ne manque pas d’argent en circulation, mais de capital. Le capital ne peut être imprimé, on doit l’obtenir par le travail et l’épargne. »

Lorsque le gouvernement du chancelier Kurt von Schleicher mit en œuvre, en décembre 1932 et janvier 1933, le plan Lautenbach pour relancer l’économie réelle grâce au crédit productif, Hjalmar Schacht et ses parrains financiers décidèrent d’asséner le coup de grâce à la république de Weimar. Schacht contacta Kurt von Schröder, un banquier de Cologne appartenant au groupe financier anglo-américain Schröder, pour arranger une injection de plusieurs millions de marks dans les caisses du parti nazi, le sauvant ainsi de la faillite. Le président Paul von Hindenburg, soumis au chantage en raison des affaires financières douteuses de son fils, fut convaincu de renvoyer le chancelier von Schleicher et de nommer Hitler chancelier d’une coalition de conservateurs et de nazis.

Le 17 mars 1933, Hjalmar Schacht retrouva son poste de gouverneur de la Reichsbank et en été 1934, après « la nuit des longs couteaux », il fut nommé également ministre de l’Economie. Même s’il n’exerça officiellement cette fonction qu’à titre provisoire, c’est lui qui dicta la politique économique et financière des nazis et put imposer sans obstacle le programme d’armement d’Hitler (« des canons à la place de beurre »).

Avec l’actuelle faillite du système financier international, le monde saura-t-il entreprendre les mesures de réforme nécessaires ` une nouvelle dynamique de développement mutuel, ou se drigera-ti-il dans une logique de guerre permanente ? C’est là tout le sens de la question posée par l’économiste américain Lyndon LaRouche au printemps 2004, dans le cadre d’un débat sur l’avenir du syst&egave;me financier international.

Suite au départ surprise de Horst Koehler du Fonds monétaire international et aux rumeurs sur une démission imminente d’Alan Greenspan de la Réserve fédérale américaine, LaRouche déclarait, le 6 mars : « Nous assistons à un changement de phase dans les affaires mondiales (...) qui reflète le fait que le système monétaire mondial actuel est sur le point d’être enterré. La direction exacte qu’emprunteront les croque-morts pour se rendre sur les lieux de l’enterrement n’est pas encore définie.

« Dans cette situation, dit LaRouche, il existe un courant, représenté par les cercles autour de l’ancien secrétaire au Trésor, Robert Rubin, qui reconnaît la gravité de la crise monétaire et financière actuelle. » Un courant adverse, partisan d’une « politique économique schachtienne », incarné par Felix Rohatyn, promeut « une alternative économique néo-fasciste aux Etats-Unis », c’est-à-dire qu’il vise à remplacer Bush et son administration par quelque chose de plus insidieux, par « un fascisme à un visage plus humain ».

Le nouveau Bretton Woods de LaRouche constitue au contraire ce que l’on pourrait appeler une solution « rooseveltienne » à la crise, à l’opposé des politique « schachtiennes » mises de l’avant par Rohatyn. LaRouche explique que « le contrôle des capitaux sera l’une des mesures à laquelle Rohatyn et Cie s’opposeront sans compromis. (...) Or nous allons devoir revenir à des contrôles de capitaux. (...) Nous devrons mettre le système du FMI en redressement judiciaire. Les systèmes de banques centrales vont être confiés à des "syndics" pour être réorganisés. Les gouvernements vont devoir s’occuper de l’émission et de la gestion des crédits d’Etat. Dans ces circonstances, nous devrons revenir à une régulation du commerce et des finances internationaux. Nous allons devoir adopter des contrôles de capitaux. »

Afin de permettre à nos lecteurs de mieux comprendre cette différence, nous présentons sur cette page un communiqué rédigé par LaRouche le 2 mars, intitulée La nuit où ils sont venus me tuer, et diffusée sous forme de tract. Nous y avons joint des articles relatant le différent l’ayant opposé à Rohatyn en août 2001, la réponse de LaRouche à Rohatyn, ainsi que le parcours de Hjalmar Schacht.

 

La nuit où ils sont venus me tuer

Par Lyndon H. LaRouche, Jr
le 2 mars 2004

Le 6 octobre 1986, une escouade militaire de plus de 400 agents armés fit une descente sur la ville de Leesburg, en Virginie, pour mener un raid contre les bureaux de l’Executive Intelligence Review et ses associés. Ces hommes étaient également déployés pour une mission plus sombre. Les lieux où je résidais à l’époque furent encerclés par une force armée, tandis que des avions, des véhicules blindés et d’autres personnels attendaient l’ordre de tirer. Heureusement, la tuerie ne s’est pas produite, parce que quelqu’un investi d’une autorité supérieure à celle du chef de la division criminelle du Département de la justice, poste alors occupé par William Weld, ordonna l’annulation de cette attaque. Les forces prêtes à intervenir contre moi, ma femme et un certain nombre de mes associés se sont donc retirées dans la matinée.

C’est le second cas parfaitement documenté, impliquant le Département de la justice américain dans des opérations visant à m’éliminer physiquement de la scène politique. Dans le premier, leur implication a pour preuve un document interne au Bureau fédéral d’investigation (FBI) datant de la fin 1973. Il s’agissait là d’une opération interne aux Etats-Unis ; le second cas, du 6-7 octobre 1986, se situe au niveau international, avec l’implication du gouvernement soviétique alors dirigé par le Secrétaire général Mikhaïl Gorbatchev. Pour comprendre le haut niveau de commandement ayant poussé les bureaucrates du Comité national démocrate (DNC) à invoquer l’annulation du Voting Rights Act (1) par le Parti pour tenter de m’exclure aujourd’hui des primaires, nous devons mettre l’accent sur les aspects les plus révélateurs des tentatives de 1973 et 1986 visant toutes deux à m’éliminer physiquement.

Je ne suis pas le seul à avoir des raisons de me plaindre. La grande majorité des Américains est tout autant visée que moi. Ils ont donc le droit de savoir ce qui leur est fait dans ce contexte. Je m’explique.

Ces événements du 6-7 octobre 1986 commencèrent en Suède, lorsque quelqu’un commandita le meurtre du Premier ministre de ce pays, Olof Palme, et m’en fit immédiatement porter la responsabilité. Cette calomnie fut promptement reprise par mes ennemis du Washington Post, vétérans du mensonge à mon égard, et retransmise par les égouts conduisant à d’autres médias réputés. Cet assassinat s’est produit dans un contexte de propagande haineuse à mon égard, fomentée à l’échelle mondiale par le gouvernement Gorbatchev, associé à Armand Hammer. La participation des Soviétiques à cette attaque était motivée par leur connaissance de mon rôle dans l’architecture de ce que le président Ronald Reagan nomma alors publiquement « l’Initiative de défense stratégique (IDS) ». Gorbatchev, comme son ancien parrain, le Secrétaire général soviétique Youri Andropov, me détestait à cause de mon rôle dans la formulation de l’IDS, tant à l’échelle internationale qu’aux Etats-Unis mêmes.

Il devint clair, au cours de cette année, que le sacrifice de la cible Palme avait été utilisé pour créer un environnement dans lequel mon propre meurtre pourrait passer pour « des représailles justifiées » ; en tous cas, à ce jour, aucun autre mobile plausible de l’assassinat de Palme n’a été présenté au public. En retraçant tous les développements pertinents survenus entre l’assassinat de Palme et le raid ultérieur de Leesburg, les 6 et 7 octobre de la même année, l’on s’aperçoit que le schéma d’action qui s’en dégage, y compris les agissements antérieurs de William Weld à Boston, fait apparaître un lien fonctionnel systématique entre les deux événements.

Lorsque l’on considère ces deux opérations d’élimination engagées contre moi en 1973 et 1986 par le Département de la justice, la question évidente est : « Sont-elles reliées ? » Elles le sont, en fait, très étroitement et c’est la clef pour comprendre pourquoi les pouvoirs financiers à l’origine des actions entreprises par le dirigeant du Comité national démocrate, Terry McAuliffe, s’efforcent aujourd’hui si hystériquement d’exclure, de tous les candidats démocrates à la présidentielle en lice, celui qui représente officiellement la plus large base populaire en termes de soutien financier. Pourquoi les instigateurs de ces actes me craignent-ils au point de prendre de tels risques politiques en menant ce type d’efforts pour m’éliminer personnellement et politiquement ?

Dans le second cas, celui des 6-7 octobre 1986, le motif évident de la tentative d’assassinat contre moi-même, ma femme et nos proches collaborateurs était mon rôle dans le développement de l’IDS. Ironiquement, mais non accidentellement, cette opération fut déclenchée alors que le président Ronald Reagan rencontrait Gorbatchev à Reykjavik, en Islande, où le Président réaffirma fermement son engagement en faveur de l’IDS.

Cependant, il existe aussi un lien direct avec la précédente opération menée en 1973 par le FBI. La campagne menée en 1973 pour « m’éliminer », la boucherie évitée de justesse les 6-7 octobre 1986 et les constants efforts déployés aujourd’hui pour m’exclure des débats, tiennent tous au combat que je mène contre les tentatives de certains économistes libéraux et leurs associés visant à soumettre le monde au joug des politiques de l’ancien ministre de l’économie nazie, Hjalmar Schacht.

L’origine ultime de ces actions et de toutes celles qui sont de même nature n’est pas le Département de la justice américain, mais une autorité bien au-dessus de celle du gouvernement des Etats-Unis, à savoir le même assortiment d’intérêts oligarchiques financiers internationaux de type vénitien et leurs cabinets d’avocats qui a déclenché la vague de dictatures fascistes sur le continent européen durant les années 1922-1945. La caractéristique commune de ces intérêts financiers internationaux, à l’époque comme aujourd’hui, se manifeste dans leur effort actuel pour imposer une économie schachtienne aux Etats-Unis eux-mêmes, ainsi qu’à l’ensemble du monde. Le processus de pillage de l’Argentine, actuellement en cours, met en lumière ces pratiques fascistes.

En exigeant que je sois exclu des débats au sein du Parti démocrate, l’intention de ces financiers est de s’assurer que le prochain président des Etats-Unis ne soit qu’un garçon de courses des banquiers pro-fascistes, affecté à l’économie nationale et à la politique sociale. Nombre de ces intérêts financiers pro-schachtiens sont les « grands argentiers » du Parti démocrate.

Trois questions reliées

Derrière toutes les opérations montées contre moi, de 1973 jusqu’à aujourd’hui, se dégage la caractéristique commune à trois questions étroitement connectées. La première est mon opposition rooseveltienne à l’économie schachtienne. La deuxième est mon opposition à la doctrine militaire « utopiste » ;actuellement promue par « l’homme-bête » Dick Cheney. La troisième, c’est mon intention de renverser la folie qui sévit depuis ces quarante dernières années aux Etats-Unis, les transformant de la nation la plus productive du monde en cet actuel désordre prédateur d’un nouvel Empire Romain post-industriel voué « au pain et aux jeux ».

Revenons à l’effondrement de l’été 1971. Après la chute du système de Bretton-Woods, orchestrée par le président Richard Nixon, les 15-16 août 1971, j’ai répondu en dénonçant l’incompétence des dirigeants économiques qui avaient affirmé qu’un tel événement ne pourrait jamais se produire en raison de l’introduction de « stabilisateurs internes » au sein du système. Depuis le milieu des années soixante, j’avais en effet mis en garde, publiquement et à plusieurs reprises, contre la forte probabilité de voir se produire une série de crises monétaires internationales menant à une rupture du système monétaire international actuel. C’est arrivé. Une fois de plus, mes prévisions économiques à long terme se sont avérées exactes, alors que presque tous les manuels universitaires d’économie et presque tous les professeurs ou personnalités similaires se sont totalement trompés à ce sujet.

Ainsi, mes associés et moi avons lancé une campagne contre ces professeurs d’économie « couacadémiques ». L’agitation qu’elle provoqua, sur les campus et ailleurs, fut telle qu’elle força ces pauvres économistes et leurs propriétaires à choisir un champion représentatif de leur cause pour m’affronter dans un débat ouvert. Le professeur Abba Lerner, reconnu comme le chef de file des économistes keynésiens aux Etats-Unis, fut le malchanceux choisi pour mener ce combat.

Nous nous sommes affrontés dans les locaux du campus du Queen’s College de New-York. Aux premiers rangs se trouvaient principalement des professeurs et des notables, les étudiants se tenant, pour la plupart, derrière eux. Mon défi envers Lerner était de lui faire avouer que ses propositions concernant le Brésil se situaient dans le même esprit que les doctrines du ministre de l’économie nazi, Hjalmar Schacht. J’ai souligné que sa politique à l’égard du Brésil était typique des mesures d’austérité fasciste qui allaient être lancées en mettant à profit les conditions nouvelles créées par Nixon. Pendant le temps qui lui était alloué et au-delà, Lerner gesticula dans tous les sens, cherchant à détourner l’attention du sujet que j’avais soulevé comme étant la question test de l’époque : la politique à suivre vis-à-vis du Brésil. Le débat prit fin lorsque Lerner gémit : « Mais si l’Allemagne avait accepté les politiques de Schacht, Hitler n’aurait pas été nécessaire ». En entendant cette déclaration larmoyante, l’auditoire fut comme abasourdi. Lerner fut alors, au sens figuré du terme, mis hors combat.

Dès lors, aucun économiste important, où que ce soit dans le monde, n’a trouvé le courage de débattre avec moi de ces questions cruciales concernant la politique économique schachtienne promue depuis lors par les Etats-Unis. Comme l’a souligné un ami de Lerner, le professeur Sidney Hook : « LaRouche a gagné le débat mais cette victoire lui fera perdre beaucoup plus ». Ce fut sa façon de dire que l’« establishment » ;allait se liguer contre moi, ce qui s’est bel et bien produit.

Il n’y eut nulle coïncidence dans tout cela. Les économies américaine et anglaise s’écartèrent totalement de la matrice américaine en tant que première nation productrice du monde, pour sombrer dans cet utopisme pro-schachtien et post-industriel qui marqua la campagne présidentielle de Richard Nixon au cours des années 1966-1968. Les folies de cette mutation post-industrielle au sein d’un monétarisme sauvage amenèrent le gouvernement américain au point où il se vit forcé, soit d’abandonner la politique économique et culturelle autodestructrice de l’ère post-Kennedy, soit d’opter pour la solution contre laquelle je l’avais mis en garde et que je redoutais justement qu’il n’adopte.

La décision prise par Nixon le 15 août 1971 rendit inéluctable la marche vers la ruine et l’instauration d’une dictature fasciste. Cette décision a ainsi fait du débat entre Larouche et Lerner, survenu lui aussi en cette même année 1971, l’enjeu majeur et constant de la politique économique des Etats-Unis, depuis cette date jusqu’à notre époque où sévit la doctrine néo-schachtienne de Félix Rohatyn et de Lazard Frères. La décision de Nixon enferma les institutions et les électeurs des Etats-Unis dans un bocal économique et idéologique virtuel. Ce qui revient à dire que les pauvres poissons croient qu’ils peuvent changer les règles de l’univers en choisissant de quel côté du bocal ils souhaitent nager, mais le bocal lui-même se déplace sans qu’ils aient conscience de la direction dans laquelle il est transporté. Ainsi les croyances utopistes des cartésiens et des intégristes dans ce qu’ils définissent comme des définitions auto-évidentes, des axiomes ou des postulats, peuvent parfois devenir de tragiques illusions. L’univers dans lequel ils croient n’est qu’un bocal à poissons rempli d’idiots convaincus que leur liberté de choix contrôle leur destin, alors qu’en fait, cette liberté s’exerce dans la prison de leurs croyances.

De nos jours, la plupart des gens ordinaires sous-estiment totalement la violence avec laquelle les financiers libéraux schachtiens haïssent la mémoire du président Franklin Delano Roosevelt. La plupart des cadres baby boomers et tous ceux qui leur ressemblent, tels que mes rivaux dans la course à la présidence américaine, ne savent même pas ce qu’est réellement une stratégie schachtienne. Néanmoins, les efforts des financiers pro-synarchistes et pro-schachtiens pour instaurer une internationale fasciste, pendant la dizaine d’années qui suivirent le traité de Versailles, ayant été tenus en échec, principalement grâce à l’Amérique de Roosevelt, les financiers d’aujourd’hui recherchent tous les moyens possibles pour éradiquer et détruire le type de République constitutionnelle agro-industrielle que la victoire de FDR sur Hitler aurait pu impliquer. Ainsi, en août 1944, aussitôt après que le débarquement en Normandie ait scellé le sort de Hitler, ces cercles financiers, qui avaient temporairement soutenu l’effort de guerre de Roosevelt, amorcèrent un virage à droite, incarné par la tentative de Bertrand Russell d’imposer au monde la doctrine stratégique utopiste d’un gouvernement impérial en brandissant la menace d’une guerre nucléaire préventive.

Pendant ses deux mandats, le militaire traditionaliste qu’était le président Dwight Eisenhower défendit notre ordre constitutionnel contre ces utopistes déchaînés, qu’il identifia sous le nom de « complexe militaro-industriel ». L’assassinat du président Kennedy brisa le front de résistance contre ces utopistes ; les officiels américains s’enlisèrent alors dans les sables mouvants d’une guerre asymétrique en Indochine, en même temps que se produisait le passage à une société post-industrielle au milieu des années soixante, consacrant la victoire des utopistes. Les meurtres de Martin Luther King et de Bobby Kennedy furent des étapes cruciales dans la marche de notre culture économique vers la ruine, et bien pire encore.

Le changement de paradigme culturel du milieu des années soixante, marqué par la contre-culture dyonisiaque « rock-sexe-drogue », a brisé l’esprit et cassé les reins de ce qui avait été la plus grande économie mondiale, l’économie américaine. En induisant ce changement de paradigme culturel, le but poursuivi était de déraciner tout ce qui aux Etats-Unis reflétait les accomplissements de la présidence Roosevelt.

Ma proposition, que Reagan nomma plus tard « Initiative de défense stratégique », fut inspirée par la prise de conscience du risque grandissant de guerre thermonucléaire généralisée que faisait courir la doctrine promue par la cabale de James R. Schlesinger, autour du thème d’un « danger imminent ». Je réagis en partant de la conviction que la folie nucléaire de la Commission trilatérale, entretenue par Brzezinski, Schlesinger et leurs amis, montrait clairement que les Etats-Unis devaient ouvrir une voie susceptible d’engager l’Union soviétique dans une alternative à long terme à la guerre thermonucléaire, implicite dans la continuation de ce que Russell appelait alors la politique de « détente » des années 70.

Ainsi, lorsque le Conseil national de sécurité de l’administration Reagan vit d’un oeil favorable les relations officieuses que j’entretenais avec le gouvernement soviétique pour explorer l’alternative que je proposais, je devins un sérieux danger vis-à-vis de la politique des utopistes, à l’intérieur comme à l’extérieur de nos institutions nationales de défense. A la fin du discours télévisé prononcé par le Président, le 23 mars 1983, ils décidèrent que je représentais pour leurs entreprises une opposition politique trop compétente pour qu’on me laisse vivre. C’est le même problème que je représente aujourd’hui vis-à-vis de Dick Cheney et de sa bande de néo-conservateurs cinglés. Ce fut la principale motivation des événements de 1986 auxquels je me suis référé ci-dessus. Ainsi, mon opposition à l ’économie schachtienne, à la folie militaire des utopistes, ainsi qu’aux quarante dernières années de changement de paradigme culturel dans l’économie, l’esprit et la morale de notre nation, sont trois aspects d’une même question. A cause de cette triple opposition, ils ont voulu « m’éliminer » en 1973, ils ont pensé m’éliminer en 1986 par leur intervention éhontée et ils veulent aujourd’hui éliminer toute trace de mon influence internationale.

Vous avez dit prison ?

L’avortement de la tuerie que l’assaut des 6-7 octobre 1986 était supposé déclencher engendra un débat intense parmi les cercles dirigeants, se traduisant par la question « Est-ce qu’on le tue ou est-ce qu’on le fait jeter en prison ? ». La menace de la faction utopiste était : « Si vous lui donnez l’occasion de faire échouer la machination que nous montons contre lui, alors, cette fois, vous ne nous empêcherez pas de le tuer ! »

Cette décision fut débattue dès le soir du 23 mars 1983, après le discours télévisé du président Reagan. Quelques jours plus tard, les utopistes avaient regroupé leurs forces autour d’un noyau d’extrémistes de droite et de farouches opposants à l’IDS (ainsi qu’à LaRouche et à Edward Teller), constitué de Daniel P.Graham et des utopistes de la Heritage Foundation. Sous leur influence, on conserva le terme d’IDS mais le contenu s’en trouva radicalement transformé, l’accent étant désormais mis sur des technologies existantes et déjà obsolètes, d’aucune utilité pour le type de mission assignée.

Le 12 octobre 1988 , je prononçai à Berlin un discours historique, repris au cours du même mois sous forme d’un programme national télévisé dans le cadre de ma campagne présidentielle américaine. J’y prévoyais la chute imminente du système soviétique, dont le point de départ serait vraisemblablement la Pologne, bientôt suivie de toute l’Europe de l’Est et de l’économie soviétique elle-même. Je proposais une initiative américaine pour saisir, grâce à une discrimination positive dans le domaine économique, l’occasion d’éradiquer les causes d’un conflit militaire majeur généralisé.

Je fus alors jeté derrière les barreaux, après le plus bâclé et probablement le plus crapuleux des procès américains, par la Cour de justice fédérale d’Alexandria, dans le district Est de Virginie. Pour résumer, le président Bush, nouvellement couronné, m’envoya en prison et, un peu plus de cinq ans après, Bill Clinton m’en fit sortir. Aujourd’hui, le monde est à un nouveau carrefour de la crise. Les banquiers sont de retour et, cette fois, ils veulent un garçon de course démocrate à la Maison-Blanche pour servir leur politique schachtienne. Ils sont pétrifiés à l’idée que moi, qui n’ait rien d’un garçon de course, je puisse ne serait-ce qu’approcher du Bureau ovale.

Certain leaders nationaux sont élus, d’autres assassinés ou envoyés en prison pour être livrés à la diffamation. C’est souvent ainsi que la puissante cabale financière dirige le destin des nations et des peuples lorsqu’ils la laissent faire. En conséquence, dans le monde d’aujourd’hui, l’ultime tour de force d’une république est d’élire des leaders compétents et des les garder en vie, afin que leur destin ne puisse être scellé d’un geste de la main par un mafieux financier au service de la synarchie.

Note
1. Le Voting Rights Act a été voté, sous l’administration Johnson, pour assurer que tout électeur puisse voter, quels que soient ses opinions politiques ou son aspect physique. (Retour au texte)

 

Rohatyn ne doit pas s’esquiver

Par Lyndon H. LaRouche, Jr, Nouvelle Solidarité du 14 septembre 2001

Lyndon LaRouche a rédigé cette déclaration le 24 août, à la suite d’un commentaire de Felix Rohatyn, banquier de Wall Street et ancien ambassadeur en France, paru dans le Financial Times de Londres du 20 août, dans lequel il appelle à un « nouveau Bretton Woods ».

De plus en plus, au cours des dernières années, toutes les formes substantielles de propositions appelant à la tenue d’une conférence pour un « nouveau Bretton Woods » ont été associées à mon nom, ceci à l’échelle internationale.

Aujourd’hui, Felix Rohatyn prétend proposer un « nouveau Bretton Woods », mais sans la moindre référence à la proposition du même nom qui se trouve déjà sur l’agenda international. Dès lors, une question implicite se pose : Rohatyn prétend-il avoir inventé la roue ou veut-il laisser entendre qu’il soutient la proposition existante, rendue célèbre au niveau international par moi-même et par des groupes de parlementaires élus ayant fait circuler des résolutions en soutien à ma proposition ? De là, la question évidente : accepte-t-il ma définition ou bien sa déclaration est-elle une diversion « delphique"destinée à duper encore une fois les crédules ?

Vu que le système monétaire international actuel est en passe de se désintégrer, il est urgent de clarifier si Rohatyn entend soutenir ma proposition ou s’il s’agit d’autre chose. Nous ne pouvons pas permettre la diffusion, sous le même nom de marque, de deux types de remèdes, dont l’un est thérapeutique et l’autre constitue un poison mortel. Par conséquent, Rohatyn doit répondre à mon défi, et le faire publiquement.

Faits et Questions

Pour simplifier le problème, je mets Felix Rohatyn au défi de répondre, publiquement, aux questions suivantes :

1.Fait :Par« nouveau Bretton Woods », on entend, parmi les gouvernements et autres cercles internationaux concernés, le remplacement du système désastreux et cruellement injuste du Fonds monétaire international, qui est en faillite. Par « système monétaire international failli », on entend le système de taux de change flottants introduit en août 1971, qui mit fin à la forme protectionniste originale du régime de taux de change fixes. Par conséquent, la proposition de nouveau Bretton Woods signifie l’abandon d’un système actuellement en faillite afin de reprendre, en l’améliorant, le système antérieur de Bretton Woods qui a très bien fonctionné, en dépit des abus en son sein.

Question : Felix Rohatyn accepte-t-il cette définition, largement admise, du terme « nouveau Bretton Woods » ? Dans l’affirmative, il devrait le dire publiquement. Dans le cas contraire, il devrait changer le nom de sa proposition afin d’éviter de tromper le public. (On pourrait considérer ceci comme un genre de « protection » contre la publicité mensongère.)

2.Fait : Pendant la période 1995-2000, les investisseurs américains, pour ne citer qu’eux, ont perdu des milliers de milliards de dollars dans l’une des plus grandes escroqueries financières de l’histoire moderne, la bulle dite de la « nouvelle économie ». De nombreux dirigeants nationaux, y compris des candidats présidentiels, ont continué à défendre cette escroquerie même pendant la campagne présidentielle de 2000. Pendant cette même campagne, j’ai mis en garde contre la propagande trompeuse à propos de la « nouvelle économie », avertissant que le monde aurait à affronter une nouvelle crise financière générale, soit pendant, soit peu après les élections de 2000. Depuis l’arrivée à la Maison Blanche de George W. Bush, la bulle de la nouvelle économie se dégonfle, les investisseurs s’étant laissés duper ont perdu des milliards de dollars et les Etats-Unis ne peuvent plus assurer le rôle d’« importateur de dernier ressort ».

Question : Depuis des années, je mets en garde contre le danger que représente cette bulle financière et contre diverses erreurs afférentes commises par le gouvernement américain et certains autres. Quant à l’expert financier Felix Rohatyn, quand lança-t-il pour la première fois une mise en garde publique contre cette escroquerie géante ? A-t-il conseillé publiquement au candidat démocrate Al Gore de cesser de tromper le public sur cette question ? A-t-il soutenu publiquement mes mises en garde à ce propos, à un moment où son soutien aurait pu contribuer à empêcher des millions d’Américains de tomber dans le piège en investissant dans la bulle ? Maintenant que l’escroquerie de la « nouvelle économie » a été dévoilée, la plus grande crise financière aux Etats-Unis est celle de la gigantesque bulle immobilière que l’on gonfle sous prétexte d’accorder du crédit à la consommation mais dont le but réel, bien moins avouable, est de faire monter les valeurs immobilières afin de couvrir les difficultés imminentes des grandes banques ; ceci était déjà bien connu des experts ayant l’expérience et la stature d’un Felix Rohatyn, lors de la campagne présidentielle de 2000.

3.Fait : Depuis l’entrée en fonctions du gouvernement de Jimmy Carter, la part du revenu national gagné par les 80% des familles situées dans les tranches d’imposition inférieures n’a cessé de baisser de manière catastrophique. Vu l’abandon et le pillage de l’infrastructure économique de base aux Etats-Unis et le pillage de la capacité productive de notre nation, en raison de l’exportation des emplois américains vers des marchés où la main d’ouvre coûte moins cher, les politiques suivies par les Etats-Unis de 1971 à 2000, dans le cadre du système monétaire à taux de change flottants, ont eu pour effet net un effondrement du potentiel productif des Etats-Unis et du bien-être de leur population, notamment les 80% aux revenus les plus modestes.

Question : Felix Rohatyn reconnaît-il ces faits ? Admet-il que l’économie américaine, ainsi que l’économie mondiale, pâtissent de ces changements politiques fondamentaux (par rapport à la période 1945-63) qui se sont avérés des folies systémiques ? Reconnaît-il la nécessité de revenir à la matrice de décision politique qui marqua la présidence de Franklin Roosevelt et la politique américaine d’après-guerre, avant la campagne menée en 1966-68 par Richard Nixon en faveur de la « stratégie sudiste » et des « agrariens de Nashville" ? Rohatyn est-il prêt à admettre et à déclarer publiquement que nous devons réparer ce qui a été détruit par le manque de leadership compétent depuis 1966, y compris sous les présidents Carter et Nixon ?

4. Fait : Contrairement à beaucoup de hauts responsables aujourd’hui, Felix Rohatyn est suffisamment intelligent et bien informé pour savoir que plusieurs aspects du fonctionnement original du système de Bretton Woods (1945 à 1963) furent indispensables pour permettre la reconstruction des économies américaine, ouest-européenne et autres après-guerre. Nous pouvons être certains qu’il sait que, parmi ces conditions, se situe le système de taux de change fixes, décidés par l’administration, sans lequel il n’est pas possible de défendre de faibles taux d’intérêt sur les prêts et les investissements internationaux à moyen et à long termes. Nous pouvons être certains qu’il sait que la création de la masse de crédit, public et privé, nécessaire pour la reconstruction et la croissance après la guerre, n’aurait pas été possible sans un système de régulation, essentiel pour des investissements à long terme dans l’infrastructure économique de base et dans le capital productif destiné à l’agriculture, à l’industrie, au logement et à l’infrastructure urbaine. Il sait certainement que ces mesures comprenaient des formes de protection des tarifs douaniers et du commerce pour les investissements productifs, ainsi que le contrôle des capitaux, le contrôle des changes et la régulation financière. Il sait certainement que le rétablissement de telles mesures est indispensable pour sortir de l’effondrement en chaîne du système financier et monétaire international.

Question : Est-il prêt à affirmer publiquement son attachement au rétablissement de ces aspects pour qu’ils forment le fondement d’un accord pour un nouveau Bretton Woods ?

5.Fait : Pour une économie nationale, la seule source durable d’un véritable profit est l’emploi dans le progrès scientifique et technologique et dans des modes de production à densité énergétique et investissements capitalistiques de plus en plus élevés. Sinon, la création d’un taux de profit apparent sera le résultat soit du pillage des ressources existantes, soit de gains financiers purement fictifs, comme ceux des récentes bulles boursières et immobilières. Aux Etats-Unis, la crise énergétique actuelle, celle du système de santé qui s’aggrave rapidement et la montée en flèche du déficit des comptes courants sont des exemples types des résultats inévitables découlant de la tentative de substituer diverses formes d’économie post-industrielle à l’économie réelle, basée sur la production. Il est impossible que Felix Rohatyn ne le sache pas.

Question : Le dira-t-il ?

Des pas décisifs vers un nouveau Bretton Woods

Sinon, je pense que Felix Rohatyn n’aurait pas de désaccord formel avec les éléments suivants de ma proposition pour une action immédiate, qui reprennent les points que j’ai esquissés lors d’une présentation récente devant une association de comptables mexicains.

Pour moi, comme pour un nombre important de personnes compétentes dans différents pays, il est évident que trois mesures essentielles doivent être prises afin de donner naissance à la forme si urgemment nécessaire de nouveau Bretton Woods.

D’abord, les dispositions obligatoires d’un nouveau Bretton Woods doivent faire l’objet d’une discussion intense parmi ceux ayant les qualifications et la compétence professionnelle de délibérer sur de telles questions techniques de la politique nationale et internationale. Ces cercles doivent non seulement façonner l’ensemble des spécifications dont l’adoption assurera le succès de la mission, mais aussi distinguer entre les exigences qui ne tolèrent aucun compromis et les choix qui se présentent aux institutions politiques devant adopter le projet de réformes du nouveau Bretton Woods.

Deuxièmement, ce premier groupe doit instruire les institutions politiques concernées qui, aujourd’hui, n’ont aucune compétence prédéterminée quant aux aspects techniques de ces questions. Les problèmes doivent être mis sur la table, exposant clairement aux institutions en question la différence entre les choix dont ils disposent et les éléments qui ne peuvent être remis en cause sous peine de faire échouer le système dès sa naissance.

Troisièmement, en même temps, il faut une rééducation thérapeutique énergique de la population afin qu’elle comprenne les rudiments de la différence entre les terribles failles du système qui s’effondre autour d’elle et les principes du nouveau système que tous les citoyens doivent soutenir et dans lequel ils doivent trouver la possibilité d’une participation productive.

Mettons de côté la rhétorique habituelle et la propagande obscurantiste et de nature « delphique » pour obtenir des réponses claires concernant les faits et les questions que je soumets à Felix Rohatyn.

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