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Tribune militante sur l’action politique

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De l’art d’étouffer la résistance dans l’œuf ou le syndrome Frédéric Lordon

par Mathilde Flusin, militante S&P

Frédéric Lordon est un économiste et sociologue français, directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de Sociologie Européenne. Depuis plus d’une dizaine d’années, il écrit des ouvrages mettant en cause le capitalisme et les formes qu’il a pris depuis une vingtaine d’années ( Les quadratures de la politique économique 1997, Fonds de pension, pièges à cons 2000, La politique du capital 2002). Dans le cadre des troubles qui ont agité les milieux financiers ces deux dernières années, il s’est distingué par la parution en 2008 d’un livre intitulé Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, par quelques articles publiés dans le Monde Diplomatique, notamment « Quand la finance prend le monde en otage » ou « Fermer la bourse » et par des interventions publiques (en particulier son interview récente par Daniel Mermet sur France inter).

Le 18 février dernier, Frédéric Lordon était invité au Moulin à café, un café associatif du 14ème arrondissement de Paris, pour faire un état des lieux de la situation économique et financière actuelle et exposer ses propositions.

Ce fût très troublant …

Il est indéniable que M. Frédéric Lordon est très compétent : il a une connaissance très fine et détaillée des mécanismes financiers actuels, ce qui lui permet de saisir avec clarté les ficelles qu’utilisent les milieux financiers pour asseoir leur pouvoir et leur influence, ainsi que tous les artifices qu’ils ont pu employer pour se sortir des difficultés qu’ils ont traversées dernièrement.
C’est un intellectuel atypique, dissident, qui n’est jamais tombé dans le piège de la doctrine économique qui a été promue pendant les quarante dernières années. Il a la prétention de déranger.

Mais M. Frédéric Lordon est-il vraiment dérangeant ?

Au début de la réunion, l’économiste annonça avec humilité qu’en sa qualité d’orateur il allait s’effacer, pour proposer à son public de lui poser des questions et ainsi privilégier le débat participatif.

Vous avez dit débat participatif ?

A peine une question était-elle posée qu’il partait sur les chapeaux de roues, à un rythme tel et en usant d’un vocabulaire pointu et technique tel, que s’il avait voulu que personne ne le comprenne, il n’aurait pas mieux fait. Et de fait, au lieu d’éclairer son auditoire, de lui donner de la substance pour sa réflexion, il semblait davantage le fasciner, le griser par l’excellence et la dextérité de son élocution. D’autant plus qu’il y avait bien une bonne partie de l’auditoire qui par servilité souriait au maître d’un air convenu, en faisant mine de le comprendre, alors qu’elle était à moitié perdue.

Une demi-heure après le début de la réunion, on pouvait déjà se demander si on se trouvait vraiment dans une cellule de résistance, tant un détestable esprit mondain et courtisan flottait dans l’atmosphère.

Vous avez dit débat participatif ?

Simple effet d’annonce …

M. Frédéric Lordon a préparé son show et nous le livre de toutes façons, prenant son élan à partir des questions parfois confuses que lui posent de pauvres gens un peu perdus et inquiets qui, eux, ne sont pas initiés comme lui au secret des dieux.

A mesure qu’il parle, l’homme semble jouir de l’ampleur de son savoir, de l’excellence de son analyse, de son génie oratoire. Il s’écoute parler, constamment à l’affût des effets qu’il produit dans l’assemblée. Le pire étant qu’il se plaît à ponctuer régulièrement son discours de plaisanteries raffinées, soit-disant spontanées, usant ainsi dans son propos d’un ton insupportablement badin et léger, inacceptable quand on pense à la gravité de la situation.

Frédéric Lordon, dérangeant ?

Aussi dérangeant qu’un parasite auquel un organisme aurait fini par s’habituer.
Ce n’est qu’un universitaire qui se donne le rôle de dissident. Et qui dit rôle dit mise en scène. Frédéric Lordon n’est qu’en représentation. C’est un tartuffe. Sa pensée se donne à voir : elle est spectaculaire, c’est tout ! Et son analyse ou ses propositions, aussi provocantes soient-elles, ont leur place dans la marée des opinions et des controverses, dans le monde des idées. Et comme on le pense bien souvent à notre époque, les idées sont abstraites, elles n’ont rien à voir avec la réalité. On ne peut croire un instant qu’elles puissent s’actualiser dans la réalité par un effort quelconque, à moins d’être un naïf ou un idéaliste fou.

Donc, tout cela n’est que palabre. Et sur ce point Frédéric Lordon est franc : Aux personnes qui lui demandèrent au cours du débat pourquoi il ne prenait pas plus de risques, il avoua : « Vous savez, moi, je ne suis qu’un universitaire dans sa cave ». « Je suis un créateur d’idées, mais en aucun cas un homme d’action » Il a au moins le mérite de revendiquer honnêtement sa simple position d’observateur, d’analyste.

Honnête ? Peut-être, mais il n’en est pas moins dangereux.
En effet certaines personnes étaient venues là en quête de réponses claires à leurs questions et surtout pour savoir comment agir dans une situation qu’elles pressentent de plus en plus grave.

Or, le personnage ne fit que semer davantage de trouble et d’impuissance.
Par exemple, les moments où son auditoire pouvait se raccrocher à ce qu’il disait étaient souvent des moments où il faisait appel à l’indignation des gens contre les politiques ou contre les banquiers, où il usait de ressorts oratoires pour scandaliser émotionnellement les gens, pour faire ressortir leur exaspération. Ce qui effectivement marchait puisqu’on sentait alors systématiquement une sorte de début d’effervescence remuer la salle et quelques personnes grommeler.

Par ailleurs, il évoqua lui-même presque explicitement sa seule conception de l’action, c’est-à-dire le moment où la population serait à bout et descendrait dans la rue pour aller casser la devanture des banques avec des battes de base-ball.

Vision sur laquelle il s’appuya ensuite pour développer sa conception de la nature humaine. En gros, l’homme est pour lui profondément égoïste et mesquin : « Je pense que pour l’instant nous avons encore trop à perdre (sous-entendu, c’est mon cas comme le votre) pour pouvoir bouger ». En gros, il faut attendre que les choses empirent, que l’on arrive à la pire extrémité pour que la population soit mûre et aille tout casser. Quelle délicatesse dans la bouche d’un homme lettré !

A une dame qui constatait que le gros obstacle à la résistance était l’atomisation de la société et se demandait comment réunir les gens, il répondit avec cynisme qu’il ne croyait pas à une « ingénierie de la fabrication d’amitié », soulignant encore par là la nature principalement conflictuelle des rapports humains.

Ainsi, il y avait de quoi décourager les personnes qui avaient un tant soit peu la volonté de tenter quelque chose dès maintenant, sans attendre d’avoir tout perdu.

Frédéric Lordon ne croit pas qu’il puisse exister des gens qui aient la volonté et le courage de mettre leur conviction au service d’un changement, d’une amélioration du monde, des gens qui défendent et pensent un idéal. Son regard de sociologue lui fait concevoir l’évolution des sociétés selon des espèces de lois générales, de larges mouvements spontanés qui se déclenchent inéluctablement à un moment où on ne l’attendait pas :
Il dit, entre autres, ne pas savoir et ne pas pouvoir prévoir s’il y aura une crise sociale ou non, mais il reconnaît que ça commence à « glouglouter dans la marmite »

Il dit aussi que si un jour la société se recomposait, ce serait un peu par hasard : « Un maillage se recréera, la mayonnaise prendra, elle sera agrémentée d’idées générales, d’initiatives, cela fera une chimie bizarre qui prendra une forme collective et qui fera un truc… »

Ou encore : « Changer la donne ? Est-ce en notre pouvoir ? Très honnêtement, je n’en crois rien … C’est l’Histoire, la pression de l’histoire qui forcera la main » des pouvoirs en place… Merci M. Lordon ! de nous livrer cette théorie, bien pratique, qui nous permet de nous décharger de toute responsabilité sur de grandes entités un peu floues : la pression de l’Histoire, la mayonnaise sociale, un truc …

En gros, notre aimable universitaire nous dit : Ne vous fatiguez pas ! N’ayez aucune volonté, les choses se feront toutes seules, il y aura bien des pots cassés. Mais vous savez, comme l’a dit un grand homme : Du désordre renaît toujours quelque chose de neuf.

Chez Solidarité et Progrès, nous croyons au contraire que les idées ne sont pas des objets stériles et improductifs que l’on exposerait dans une vitrine pour faire plaisir aux esthètes, que l’idéal que nous portons en nous doit faire accoucher la réalité d’autre chose que ce qu’elle est, quand ce qu’elle est, est dangereux et criminel. Que les gens de l’espèce de Frédéric Lordon sont aussi nocifs que ceux qu’il dénonce et que s’il cherche à décourager ses fidèles en les écoeurant à tout jamais de l’action politique, nous voulons, quant à nous, redonner à celle-ci son sens noble : La politique n’est pas le jeu de massacre qu’elle est devenue, de même que nous ne sommes pas de potentielles bêtes sauvages qui, quand elles auront tout perdu, descendront s’enrager dans la rue ; nous pouvons anticiper raisonnablement ces dangers, penser de manière fructueuse, défendre et transmettre coûte que coûte une vision constructive de la société et du rôle que chacun peut y jouer : Voilà ce qu’est vraiment la Politique.

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  • oj • 14/03/2010 - 03:13

    Je suis pourtant d’accord avec lui.

    on peut estimer que nous vivons une periode historique ou l’on sent qu’il va etre necessaire que les choses soient fortement bousculées.

    Or bizarrement dans tous les cercles politiques contestataires, rien ne ce passe, on parle on discoure, on explique , on fait des conférences on vote et tout cela contribue a perpetuer le meme systeme.

    Non decidemment je crois qu’il a raison car moi-meme le pense : nous approchons d’un cap ou SEULE un bouleversement par l’agessivité, la violence pourra influer sur nos destins.

    Pour l’instant, individuellement, les seuils ne sont pas encore atteints, mais si cela survient , c’est la rue , les citoyens en colère, exedés qui devront agir sous cette seule forme non contestable : la violence de la rue pour bousculer definitivement tout le systeme institutionnel qui par nature a toujours tendance a refrené pour retablir l’ordre, meme si l’ordre devient obsolete et contre-productif.

    Non decidemment il a raison, mais vous etes comme beaucoup d’autres un ténor dans votre domaine et donc , dans la situation actuel , un institutionnel , aussi.

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