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Le passé de l’Afrique lui promet un grand futur, les manuscrits de Tombouctou s’invitent à Rennes

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Compte-rendu de la réunion de Solidarité et Progrès à Rennes sur les manuscrits de Tombouctou et l’avenir de l’Afrique.

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Par Alexandra Noury, Solidarité & Progrès, Rennes

Il a fallu une guerre pour se rendre compte du trésor écrit du Mali. Les milliers de manuscrits conservés depuis des siècles dans la ville de Tombouctou pourraient bouleverser l’image que nous nous faisons du passé et du futur de l’Afrique !

En lisant la presse locale, nous avions remarqué les conférences de Karim Kahlal, ancien chef de projet qui, pendant trois ans, a piloté un projet international pour sauver et promouvoir les manuscrits de Tombouctou. Intéressés nous-mêmes par le développement de l’Afrique, nous l’avons alors invité à faire une conférence dans notre bureau rennais. Une vingtaine de personnes y ont assisté, partageant avec Karim, trois heures durant, une réalité, une passion et des aspirations justifiées pour une Afrique lumineuse et radieuse. Un héritage culturel souvent ignoré ou occulté, qui fut pourtant, durant des siècles, le symbole d’une Afrique cultivée, savante et innovante.

Aujourd’hui, Tombouctou évoque pour nous un mystère ou quelque chose de lointain, d’inaccessible. Il se peut que les travaux de restauration et de sauvegarde, en cours et planifiés, fassent changer cette situation et que Tombouctou devienne une future Florence de l’Afrique.

Le grand passé de l’Afrique

Capitale de la sixième région administrative de la République du Mali, Tombouctou se trouve au point de jonction du désert du Sahara et du fleuve Niger. Sa configuration géographique en fit un point de rencontre naturel entre populations sédentaires africaines et nomades berbères et arabes.

Fondée par les Touaregs Imaghcharen aux environs de 1100 de l’ère chrétienne, elle devint rapidement un point de mire pour le commerce caravanier émergent de l’Afrique du Nord et des oasis sahariennes. Le développement attira des savants ou érudits de provenances multiples, y compris d’Afrique méditerranéenne, d’oasis sahariennes et de bourgades ouest-africaines telles Djenné et Oualata.

Pendant toute la période coïncidant avec la fin du Moyen Age européen, Tombouctou devint la capitale culturelle de l’Afrique de l’ouest, rayonnant le savoir et la tolérance à des milliers de kilomètres. Parmi ses 100 000 habitants, Tombouctou comptait à cette époque environ 30 000 étudiants fréquentant les écoles et les mosquées. Des jeunes et des savants de toute l’Afrique s’y installaient pour se former ou mener des recherches. Une économie florissante se développa autour de la transmission du savoir : production de papier, d’encre, conservation des livres, etc. Pour comprendre l’importance de la ville, à la même époque, Anvers ou Florence comptaient à peu près autant d’habitants !

Musique, bonne gouvernance, philosophie, astronomie, médecine, agriculture, etc., les manuscrits sont d’une richesse inouïe qui, malheureusement, demeure inconnue et inaccessible.

L’existence même des manuscrits de Tombouctou, certains datant de 600 et même 1000 ans, bouleverse et réfute l’idée reçue d’une « Afrique orale ». Par exemple, saviez-vous que pendant que l’héritage de la culture grecque avait quasiment disparu d’Europe (la langue grecque fut redécouverte au début du XVe siècle et les écrits de Platon, disparus au Moyen âge, ne revirent le jour qu’avec la Renaissance), les scribes de Tombouctou avaient accès aux sources les plus diverses, y compris aux écrits de Platon ? Et aussi que, tandis que la culture écrite en Europe était réservée aux élites latinisantes, les savants de Tombouctou traduisaient leurs livres non seulement en langue arabe, la langue du savoir, mais aussi dans les langues locales, donnant ainsi au peuple l’accès à la science ?

Quel futur ?

Aujourd’hui, Tombouctou ne compte plus que 30 000 habitants. Les activités intellectuelles et les industries du livre associées sont en perte de vitesse, pour ne pas dire inexistantes. De nombreux facteurs sont à l’origine de cette situation : instabilité politique de la région avec une menace accrue des extrémistes et des obscurantistes, évolution négative du contexte éducatif (déstructuration des systèmes endogènes), enclavement de la région, conditions socio-économiques de plus en plus difficiles, faiblesse de la coordination entre les acteurs œuvrant dans le domaine, absence d’inventaire des collections. Il faut aussi noter que la majorité des manuscrits appartiennent à des collections privées et qu’ils doivent leur longévité à une longue tradition de conservation. Or aujourd’hui, beaucoup de leurs possesseurs ne soupçonnent même pas la valeur de ce patrimoine écrit. Dans sa présentation, Karim Kahlal a su relever le paradoxe d’un monde qui ne voit plus la valeur de la culture et de l’esprit humain et tend à sa propre dégradation.

Cependant, malgré la morosité de la situation et les obstacles qui perdurent, des actions ont été menées pour sauvegarder et faire connaître ces quelque 100 000 manuscrits. A l’image du projet luxembourgeois qui depuis quatre ans, essaye de sortir ce patrimoine de l’anonymat et de mettre en œuvre des projets économiques et culturels s’inspirant des manuscrits comme levier de développement.

Karim nous a même donné une leçon d’économie et, au-delà de quelques divergences, l’idée que l’économie est à l’image d’un corps organique a bien résonné. Car si nous tenons à sauver ces précieux manuscrits, un catalogue de mesures déconnectées les unes des autres ne suffira pas. Certes, il est important de construire une bibliothèque, mais il faudra aussi penser à son fonctionnement. D’où viendra l’électricité, comment acheminer chercheurs et visiteurs, par quelles voies de communication ? Comment assurer la formation, payer les salaires ?

Le dialogue avec la salle était constant et ce qui est ressorti, c’est que l’antenne S&P de Rennes recèle des passions secrètes pour l’Afrique ! La soif avec laquelle l’auditoire a suivi l’ensemble de la présentation et le flot de questions posées montrent que les Français ressentent un irrésistible besoin d’ailleurs. Chacun était heureux de découvrir cet univers nouveau et passionnant. Un jeune d’origine africaine fut trahi par son émoi : pour lui, cette méconnaissance de la culture africaine est toujours une plaie béante, ce sujet le touche au plus profond de son être.

L’idée qui a marqué les esprits ce soir-là, c’est de voir comment les chemins du futur s’entrecroisent, à quel point la tâche de développer l’Afrique sera complexe, mais aussi comment la coopération peut la rendre faisable. De l’histoire de Tombouctou se dégage un passé de tolérance et de dialogue des cultures, une plateforme de discussion de haut niveau sur laquelle M. Kahlal nous a invités à nous hausser pour réfléchir à ce qui unit les humains, à l’universel. C’est avec cet état d’esprit en quête de vérité que nous devrions renouer plus souvent pour trouver le meilleur du passé, sans mélancolie, et nous retrousser les manches pour bâtir le futur.

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Vos commentaires

  • Le 27 juin 2013 à 22:24
    par petite souris

    not’exprésident a dit que l’Afrique n’avait pas d’histoire
    çuid’maintenant y fait la guerre !
    Quel P de la R française aura le courage de développer l’afrique par de grands projets d’infrastructure afin d’avoir avec ce continent des relations de paix réelle et durable ?

    Répondre à ce message

  • Le 26 juin 2013 à 20:34
    par Eric

    "Comment assurer la formation, payer les salaires ?"
    "A l’opposé du mot d’ordre conservateur : "Un salaire équitable pour une journée de travail équitable", les prolétaires doivent inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire : "Abolition du salariat".
    Karl Marx, "Salaire, prix et profit", 1865/7

    Répondre à ce message

  • Le 27 juin 2013 à 02:53
    par Pragmatique

    l’urgence est d’inventorier et scanner ces manuscrits au plus vite.
    et d’abord qu’est ce qu’il en reste, aux infos ils ont dit que la collection de la bibliothèque avait été sauvée avant que les obscurantistes salafistes viennent les détruire, et puis ils ont ensuite dit qu’ils l’avaient bien été.
    faudrait savoir, et savoir faire la lumière sur l’état des lieux.
    bon sang je pouvais meme pas m’imaginer que cette collection était laissée à l’abandon. ils ont de l’or culturel entre les mains et sont pas fichus de le mettre en valeur, c’est toute l’histoire de l’afrique résumée dans ce triste événement.

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  • Le 11 mai 2013 à 22:49
    par Panafricain

    Tout cela, ce n’est que la pointe de l’iceberg : Nok, Ile Ife, Nubia, Kush, etc.

    Répondre à ce message

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