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Les analyses de Jacques Cheminade

L’éducation, une nouvelle frontière politique

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par Jacques Cheminade

Il s’agit ici d’extraits d’un texte rédigé en vue de l’élection présidentielle d’avril 2007. Il me paraît plus que jamais d’actualité. En effet, nous ne pourrons sortir de la désintégration financière, économique et sociale actuelle que par l’expression de valeurs opposées à celles qui prévalent dans le monde depuis plus de trente ans. Or, cette expression de valeurs ne peut s’accomplir que portée par un vrai projet politique, en passant du court terme de la spéculation et de l’avoir à la durée longue de la création humaine et de l’être. C’est pourquoi tout enseignant, pourvu qu’il prenne le risque d’être dépassé par ceux à qui il enseigne, est la clé de notre avenir.


Mon mouvement politique est fondé sur un double engagement : faire face dans l’immédiat aux effets désastreux de la dislocation financière et monétaire internationale, en se battant pour un nouvel ordre économique au service des pouvoirs créateurs de l’homme, et développer ces pouvoirs dans le combat, en faisant revivre par les jeunes combattants les grands moments de découverte de l’histoire universelle.

Il ne s’agit donc pas d’apprendre des formules, de répéter après lui ce que dit l’enseignant ou de se faire plaisir en travaillant ou en expérimentant ensemble pour le plaisir d’expérimenter, mais, dans des groupes de 15 à 25 personnes, de redécouvrir par le dialogue socratique des principes physiques universels, de revivre la démarche de ceux qui, hier, sont parvenus à faire cette découverte en ayant toujours présent à l’esprit ce que cette approche partagée de la connaissance nous donne comme responsabilité pour demain.

Ainsi se constituent des responsables, des « leaders » si l’on veut, qui ne se prennent pas pour une espèce supérieure, les membres initiés d’une secte, mais pour des êtres humains se juchant sur les épaules de géants du passé, avec un humble sentiment de vertige. Dans notre pays, tout particulièrement, qui est si affecté par une idéologie cartésienne réduisant l’être humain à un automate fonctionnel plus ou moins bien dressé, la question qui alors se pose est d’aller au-delà de l’apprentissage des choses, jusqu’aux causes qui les engendrent. Or ces causes ne sont pas inscrites dans un univers figé et objectif, mais dans le mouvement de la pensée qui explore et découvre. Cette pensée est elle-même associée aux émotions les plus intenses qu’un être humain puisse éprouver.

C’est à ce point, que ne touche généralement pas l’enseignement français, surtout depuis les « réformes » de 1963 inspirées par l’OCDE, que se situe la source même de l’éducation. Car si l’intelligible reste comme une chose en soi, sans être constamment nourri par le sensible, il se fige et devient dogme, puis instrument de pouvoir.

Le défi le plus grand que doit relever notre mouvement, tout comme l’enseignant français, est donc l’éducation des émotions les plus profondes que puisse éprouver un être humain, celles qui sont associées aux grandes découvertes. Cela implique un contexte social dans lequel pour ainsi dire s’immerger, dans lequel nul n’est supérieur à l’autre – et surtout pas l’enseignant par rapport à l’enseigné – si ce n’est par sa contribution au tout, son « mérite » de se mettre au service d’autrui. Cela s’appelle, en termes simples, la compassion, la passion pour l’autre – l’autre de la connaissance à venir et l’autre physiquement (ces « frères humains qui après nous vivrez » de François Villon) – sans laquelle l’éducation perd tout sens.

Le défi est de rendre l’intime public. Car en se situant à ce niveau de découverte, dans l’émotion qui la porte, l’on révèle nécessairement le plus intime de son être, de son âme. L’éducation, en ce sens, est de redécouvrir l’innocence originelle à la frontière des connaissances les plus avancées de l’esprit humain.

C’est là son paradoxe, et en quoi elle est toujours révolutionnaire.

Le préambule de la Constitution américaine de 1776 exprime que les droits inaliénables de l’homme sont « la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cette affirmation, inspirée par le philosophe allemand Leibniz, repris par Franklin, va à l’encontre de ce que le philosophe anglais Locke aurait voulu voir inscrire : « la vie, la liberté et la propriété ».

La recherche du bonheur ainsi exprimée, opposée à la « possession », est l’attribut de l’esprit qui découvre et fait le bien. Or cette recherche passe par le plus intime de nous-même : la conscience. Cette conscience est celle de notre mortalité individuelle face à l’immortalité de l’âme, cette part de nous-mêmes accordée à l’autre, à l’univers, que nous découvrons en nous-mêmes en découvrant les lois et les principes de cet univers et en les donnant gratuitement en partage, sans retenue.

Ce principe d’immortalité est donc au fondement même de l’éducation, et en tant que tel, il ne peut demeurer une simple spéculation philosophique, mais devenir guide de conduite intérieure et extérieure. Sans ce « guide », la paralysie cartésienne est fatale : on est ce qu’on sent, on est ce qu’on pense, on est ce que Dieu, l’Etat ou la famille ont bien voulu régler en nous. On devient alors un automate plus ou moins policé, un singe savant habité par Dieu, l’Etat ou la famille. Le bonheur, tel que nous le concevons ici, devient alors impossible : l’automate sans référence autre que sa mécanique, son milieu, ne peut voir ce bonheur-là que comme une menace, la menace de concevoir une identité supérieure, plus belle et plus haute.

Cette peur du bonheur est ce que l’éducation permet de surmonter, en faisant du bonheur son sujet même. A travers elle, revit ainsi en nous notre part d’immortalité, ce par quoi nous participons à l’intention de ceux qui ont découvert dans le passé et ce que nous espérons pouvoir léguer aux générations à naître.

Notre mouvement de jeunes explore constamment cette éducation, par le chant choral et en faisant revivre le moment essentiel de la découverte de grands principes physiques universels.

Le chant choral, dans une grande oeuvre à caractère universel comme le motet « Jesu mein Freüde » de Jean-Sébastien Bach, offre à des êtres humains un moment où ils peuvent être pleinement leur part d’humanité, c’est-à-dire le niveau de vie sociale le plus élevé qui puisse être conçu. L’esprit humain, à travers le rapport de sa voix avec les autres voix, découvre qu’il n’est pas une chose en soi, mais un enrichissement de l’ensemble, que sa voix n’est plus la même avec les autres voix, qu’elle n’est pas seule, en elle-même. Par delà tout formalisme, l’esprit humain peut entendre un contrepoint de voix qui n’est pas un contrepoint de notes : le chant choral apparaît entre les notes, dans la plénitude de son exécution même, par delà la partition en soi.

Ce qui peut paraître parfois dissonance entre deux voix, par exemple, disparaît avec l’apparition d’une troisième, car la continuité du développement musical est exprimée par l’apparition de la « voix manquante », celle qui « manquait » dans l’exécution du chant.

Ainsi, ce type d’association humaine, dans lequel l’esprit « entend des idées », exclut par sa nature même toute tricherie avec le sentiment, parce que tricher s’y exprime sous forme de laideur insupportable. Elle incite donc à l’acte juste dans le domaine du politique ; même si le passage n’est en aucun cas mécanique entre le domaine esthétique et le domaine politique, le chant choral introduit, contre toute objectivité mathématique, une exigence de beauté partagée qui inspire ce passage.

Se remettre dans les pas de Kepler lorsqu’il découvrit le principe de gravitation universelle, dans une démarche associée au chant choral, permet de découvrir un autre paradoxe, rejoignant celui de sa voix dans le choeur des voix : le principe de gravitation universelle étant universel, c’est-à-dire partout présent dans l’univers, comment puis-je le découvrir ? Les formalistes et les empiristes ne peuvent répondre à cette question. Comme Claude Allègre l’admet honnêtement dans « La défaite de Platon », il ne peut comprendre pourquoi ce fut Kepler et non Galilée — malgré ses grands dons d’observation et son expertise de polisseur de lunettes – qui découvrit le principe de gravitation physique universelle... Notre mouvement de jeunes s’est donné, lui, des moyens, dans son travail politique et intellectuel d’éducation du sentiment, de pouvoir comprendre. Car c’est dans l’infinitésimal – l’intervention d’une voix ou le mouvement non uniforme d’une planète perçu par l’homme – que s’exprime, que se révèle, par la mutation qui apparaît, la nature même de la composition harmonieuse, le principe physique universel sous-jacent.

Ici se trouve, dans toute sa splendeur, l’aspect subjectif – émotionnel — de la connaissance. C’est ce que nous nous battons pour réinsérer dans les écoles, les collèges, les lycées et les universités, c’est ce qui appartient en puissance à tout être humain et en fait l’égal de tout autre. Par delà même les divers éléments de mon projet, c’est cette exigence fondamentale qui le sous-tend.

Notre chorale répétant en public, reprenant des airs classiques pour y insérer des paroles politiques faisant rire des réputations usurpées, est le meilleur exemple de ce processus – de cet « en cours de découverte » mis à la portée de tous.

L’éducation devrait toujours être cela : le risque pris par l’enseignant, en revivant des principes connaissables par tous et aux yeux de tous, d’être dépassé par les enseignés. Et, plus que tout, aimer ce risque.

C’est de cette approche, subjectivement révolutionnaire, non pour le plaisir de changer mais pour la joie de bâtir, que découle notre démarche.

Le débat actuel sur l’enseignement ne s’attache que très rarement à son contenu ; or si l’on veut réellement parvenir à l’égalité des chances, il faut partir du contenu en offrant à chaque être humain ce par quoi il est potentiellement égal à tout autre, en éveillant en lui sa disposition à créer, à connaître et à comprendre les lois de l’univers où il vit, et à agir pour le bien commun en fonction de ce qu’il a créé, connu et compris.

Les points suivants sont essentiels :

– l’enseignement étant fondé sur l’idée même que le progrès de l’esprit humain est possible, il faut donc d’abord enseigner les grands moments de l’histoire où ce progrès s’est manifesté ;

– le but est de permettre à 100% d’une classe d’âge d’accéder à la fois à cette culture générale de la découverte telle que nous l’avons définie et de disposer en même temps d’un passeport pour l’emploi ;

– l’école maternelle doit être le tremplin de notre réforme. Y apprendre le chant choral dès le départ, accompagnant l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, permettra de rompre avec le dogme plat de l’apprentissage de l’écrit, de la grammaire et de l’arithmétique, en introduisant le sensible à la source de l’intelligible ;

l’astrophysique permettra de regarder au-delà de la « banlieue terre » et de comprendre pourquoi et comment ont été conçues les formules de la trigonométrie, notamment en étudiant Kepler. En même temps, l’histoire des sciences et des techniques doit être intégrée dans la formation de tous les élèves ;

la préhistoire et l’histoire ancienne, enquête élargissant la mémoire et allant aux sources, donnera dans le temps ce que l’astrophysique apporte dans l’espace, la combinaison des deux insérant d’emblée les jeunes enfants comme éléments actifs dans l’espace-temps physique du monde qu’ils habitent ;

ce tronc commun de culture générale doit être préservé et privilégié jusqu’en classe de troisième, avec l’appui de parcours scolaires différents : l’idéal est celui de l’unité dans la diversité ;

– pour soutenir cette orientation sociale et sensible de la connaissance, le débat philosophique doit être enseigné dès les petites classes (9 à 15 ans), avec des sujets simples : « Qui suis-je ? quelles sont les différences et qu’y a-t-il de commun entre garçons et filles ? qu’est-ce que vieillir, qu’est-ce que connaître ? », etc. Cela apprend aux enfants à s’écouter mutuellement et à développer leur sensibilité « en trouvant des mots pour dire » ;

deux heures d’instruction civique hebdomadaire doivent être introduites dans ce contexte, obligatoires du CM2 à la seconde, pour communiquer les bases, associées à la philosophie, d’une véritable culture républicaine. Il s’agit ici de « libérer la parole des maîtres », non pour se livrer à une ennuyeuse description des institutions, mais pour témoigner sans complexes des principes moraux qui constituent notre bien commun ;

– dans ce contexte, notre principe républicain de laïcité sera renforcé et étendu en l’enrichissant dès l’école par la confrontation sans prosélytisme des traditions religieuses et humanistes. Non par affrontement de dogmes stériles, mais pour que chaque élève découvre en elles ce qu’elles ont de commun en vue du bien : dialogue des cultures, des civilisations, des religions et des humanismes permettant l’essor de nouvelles formes de respect mutuel, comme dans le dialogue philosophique, sans clôture identitaire ni juxtaposition de communautés ;

– l’enseignement de l’économie physique montrera aux élèves que dans la réalité, l’économie ne consiste pas à faire de l’argent, mais à accroître les pouvoirs de l’homme sur la nature grâce à la découverte, à la maîtrise et à l’application de principes physiques nouveaux, à lui permettre de connaître et de « faire connaître » au-delà du connu ;

l’enseignement d’une langue étrangère dans le primaire doit s’inscrire dans le projet d’ensemble de connaissance de l’autre et de découverte de soi – à commencer par celle de sa propre langue ;

– justement, le français est devenu une langue anémiée, émasculée par l’esprit de Cour, la cartésianisme et la désolante machine de répression politico-scolaire qui les anime. C’est pourquoi, enfin, mon projet est de faire « parler croquant » (cf. Claude Duneton), en remettant la langue de Rabelais et de Villon au poste de commande contre la bourgeoisie langagière et académique. Nous ne devons plus jamais laisser des Céline marauder et braconner aux frontières de notre langue. Nous devons nous-mêmes lui redonner une vie parlée, la couleur et la tonalité d’une langue musicale vivante.

C’est la combinaison de ces matières qui pourra engager un changement de perspective dans notre enseignement. Bien entendu, tout ne pourra être fait en une fois, mais les principes ainsi établis deviendront source d’ardeurs nouvelles.

L’action à entreprendre et l’organisation des établissements doit refléter l’esprit de frontière du savoir. Dans cet esprit, les chefs d’établissement doivent disposer d’une très grande autonomie d’initiative et d’innovation, en devenant le point d’ancrage d’une équipe responsable associant professeurs, parents et quelques grands élèves. C’est cette équipe qui dialoguera avec l’autorité académique pour établir le profil personnel des nouveaux professeurs en fonction du projet de l’établissement.

Les équipes pédagogiques devront, elles, échapper au contrôle des chefs d’établissement et pouvoir organiser leurs horaires, avec un temps de concertation rémunéré d’au moins trois à quatre heures par semaine, chaque élève en difficulté ou difficile étant ainsi suivi individuellement, avec l’assistance des médecins scolaires, infirmières et assistantes sociales ;

L’établissement pourra ainsi devenir une République en petit, avec un enseignement plus ludique et moins formel, qui s’interrogera constamment sur les résultats de sa pratique, au lieu d’appliquer des instructions ou des formules

L’université doit se voir fournir, en investissement par étudiant, les moyens d’arriver à la parité avec les classes préparatoires aux grandes écoles. Il est à prendre, en rétablissant une culture de la réflexion scientifique (la culture « humboldtienne » de l’université allemande du XIXème siècle) et en bannissant la division entre « scientifiques » et « littéraires ». L’un de nos engagements est de réintroduire l’enseignement sur l’histoire des découvertes scientifiques et les débats philosophiques qui les ont accompagnées, dans un contexte vivant et polémique.

A la société actuelle, dans laquelle les figures dominantes sont le banquier, le publicitaire et l’homme médiatique, mon projet entend substituer une société inspirée par l’éducateur, le chercheur et l’entrepreneur.

Actuellement, 160000 élèves quittent chaque année l’école sans aucun diplôme du second cycle (BEP, CAP ou baccalauréat), 100000 quittent l’enseignement supérieur sans diplôme et 100000 autres avec un diplôme ne correspondant pas à « des qualifications reconnues par le marché du travail ». Enfin, au sommet de la pyramide, les élèves disposant d’un diplôme deviennent administrateurs ou financiers dans un système de castes, ayant perdu tout esprit réellement créateur dès leur obtention, un peu avant ou un peu après.

Mon projet est donc un projet de rupture. La croyance en l’éducation, c’est-à-dire en la perfectibilité de l’esprit humain, en ce que demain pourra être meilleur qu’aujourd’hui, est le plus bel héritage que nous ont laissé, pendant la Révolution française, ceux qui entendaient gagner la bataille des idées. Donnons donc raison à cet esprit d’enthousiasme, à ce que les Grecs nommaient le « dieu intérieur », et nous gagnerons une fois de plus la bataille des générations à naître.

Changer les fondements de l’éducation ne peut se faire qu’en changeant, parallèlement, les orientations de toute la société, où elle s’insère.

Si vous voulez donc en savoir plus, consultez Mon projet contre les puissances de chantage du fascisme financier

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