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Le nouveau Bretton Woods de LaRouche

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Solidarité et Progrès s’est engagé depuis plusieurs années dans une campagne visant à faire convoquer une nouvelle conférence monétaire de Bretton Woods. Aujourd’hui, avec la guerre en Irak et la dépression économique mondiale qui s’abbat sur le monde, il est plus que jamais urgent de remettre cette initiative en avant et d’en faire, avec notre campagne pour un Pont terrestre eurasiatique, les bases d’une politique de paix durable dans le monde. Nous présentons ici une historique de ce combat.


 
Une bonne cinquantaine d’années après la conférence de Bretton Woods et trente ans après que l’ordre monétaire mondial ait été détruit sans être remplacé, le système financier d’après-guerre est, de fait, en faillite. Depuis la fin des années 80, le système financier mondial a survécu seulement parce que les gestionnaires de crise ont, dans un effort désespéré, multiplié les opérations de renflouement. Ils ont adopté comme devise : « En cas de trouble, double ». Les bulles spéculatives financières n’ont pu se développer qu’en injectant toujours plus de liquidités dans les marchés financiers, toujours plus que la fois précédente, nourrissant ainsi de nouvelles générations de bulles spéculatives et cela au détriment de l’économie physique. Il est grand temps de cesser d’ajourner la déclaration de faillite globale, afin que les gouvernements puissent emprunter librement la voie vers un système économique, monétaire et financier mondial reposant sur de nouveaux fondements.


Depuis la fin des années 80, les catastrophes financières se sont succédées. En octobre 1987, les marchés financiers ont connu le plus grand krach depuis la Deuxième Guerre mondiale. Un peu plus tard, le marché américain des junk bonds a implosé et une crise des savings and loan (caisses d’épargne-logement) a éclaté. Les années 90 ont commencé avec l’éclatement de la bulle japonaise du marché des valeurs et de l’immobilier, crise dont ne sont jamais remis ni les banques ni l’économie physique du Japon.


En janvier 1995, même selon les propres termes de Michel Camdessus, directeur du FMI à l’époque, le système financier se trouvait au bord d’une « véritable catastrophe mondiale ». Afin de soutenir le Mexique, le gouvernement américain et le FMI ont dû accorder une aide d’urgence de 52 milliards de dollars, une intervention d’une ampleur sans précédent. Le dollar américain a été mis à rude épreuve, approchant le point de rupture. Ensuite est venu l’effondrement de la banque Barings. Et, au printemps 1995, le système bancaire nippon, avec ses 1 200 milliards de mauvaises dettes, se trouvait au bord de l’abysse collectif.


Certains gouvernements ont proposé une réforme financière globale durant l’été 1995, à l’occasion d’une réunion du G7. Au lieu d’adopter cette réforme, les plus importantes banques centrales du monde ont utilisé ce qu’elles considéraient comme étant une « arme miracle » : la reflation mondiale, c’est-à-dire la relance par l’augmentation de la masse monétaire. Les taux d’intérêt à court terme devaient progressivement baisser afin de mettre à la disposition du système financier de gigantesques sommes de liquidités supplémentaires. Au Japon, les taux d’intérêt à court terme sont même descendus à un demi-point pour que les banques puissent engranger des gains sans risques. La tactique reflationniste des principales banques centrales a permis une nouvelle explosion des prix sur les marchés obligataires mondiaux.


A partir de l’été 1997, la seule région qui connaissait encore une croissance économique - l’Asie du Sud-Est - devint la proie des spéculateurs. Dès lors, les devises de ces pays ont vu leur cours brusquement chuter de 50 à 80%, donnant le signal aux investisseurs étrangers de s’en aller au plus vite. C’est ainsi qu’ont été brisés les systèmes bancaires de ces pays piégés, entraînant l’ensemble de leur économie dans la déroute. En juillet 1998, le ministre chinois des Affaires étrangères, Tang Jiaxun, a considéré que les effets de cette crise avaient causé « des dommages semblables à ceux d’une guerre ». Les aides d’urgence du FMI, d’un montant total d’environ 200 milliards de dollars, n’ont été approuvées que par les créditeurs occidentaux directement menacés. Juste après, en août 1998, la bombe de la dette russe explosa. Enfin, à l’automne 1998, il y eut la chute du hedge fund LTCM.


Les crises financières d’Asie, de Russie et d’Amérique latine ont eu un effet secondaire : la création d’un puissant flux de capitaux négatifs vers ce qui était considéré comme valeur refuge, à savoir les Etats-Unis. Le mythe de la « nouvelle économie » et l’extension excessive du crédit intérieur ont fait le reste, gonflant ainsi à la fin des années 90 la plus grosse bulle spéculative de tous les temps.


Mais cela aussi est aujourd’hui arrivé à son terme. En dépit du fait qu’Alan Greenspan a baissé onze fois les taux d’intérêt en douze mois, l’économie américaine ne tient plus debout. Les ménages comme les entreprises sont surendettés, sans espoir de s’en sortir. On a pu voir avec le cas exemplaire des entreprises de la nouvelle économie qu’il s’agissait d’une vaste fraude. Depuis mars 2000, les marchés financiers ont implosé. Pour la première fois depuis 1939-1941, la Bourse américaine a baissé durant trois années consécutives. Depuis le printemps 2000, 7 000 milliards de dollars sont déjà partis en fumée. Quelques milliers de milliards de dollars supplémentaires se sont aussi évaporés en Europe et en Asie. Et l’on ne voit nulle part le bout du tunnel. En même temps, de mégafaillites sont annoncées aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis. Depuis décembre 2001 se sont produites cinq des huit plus grandes faillites de l’histoire américaine.


Après avoir circulé en périphérie, la crise financière et économique mondiale termine sa course au cœur du système. La Réserve fédérale a depuis longtemps épuisé ses munitions. Le gouvernement américain, incapable et peu enclin à agir contre cette rupture systémique, fonde ses espoirs en une fuite en avant militaire.

LaRouche et le nouveau Bretton Woods


Les appels en faveur d’une réorganisation du système financier mondial font souvent référence au nom de Lyndon LaRouche. En effet, celui-ci a depuis de nombreuses années analysé que le changement de paradigme politique, économique et financier intervenu depuis les années 60 - en particulier, l’abrogation du système monétaire international en 1971, l’abandon des secteurs productifs au profit des services, les doctrines de prospérité néolibérales des années 80 et 90, l’illusion de la nouvelle économie - allait mener le monde au désastre. Au printemps 1994, LaRouche a publié une analyse selon laquelle une désintégration des marchés financiers était inévitable et que celle-ci prendrait sans doute la forme d’un effondrement progressif, rampant, comparable à une coulée de lave. Les événements qui ont suivi confirment parfaitement cette évaluation.


En avril 1995, LaRouche a publié un appel aux principaux gouvernements du monde, intitulé Crise financière mondiale : être, ou ne pas être. Dans ce texte, il souligne qu’il a été l’un des rares économistes à avoir décrit, bien longtemps à l’avance, la crise systémique et ses causes profondes. Il compare aussi les gouvernements du monde au personnage de Hamlet : vont-ils enfin reconnaître la faillite du système financier et adopter les mesures nécessaires à sa réorganisation, dans le cadre d’une procédure de mise en règlement judiciaire ? Dans ce cas, ils devraient alors élaborer un plan d’action concerté qui nécessiterait quelques stipulations générales, résumées par LaRouche en sept points :

  • Tant que les gouvernements s’accrocheront à la règle du jeu du système monétaire et financier actuel, il n’y aura aucune possibilité d’empêcher la désintégration du système.
  • L’effondrement de la République de Weimar en 1922-1923 constitue la seule situation du XXème siècle qui puisse être comparée à l’évolution actuelle du système monétaire international.
  • Il n’y a aucune possibilité d’arrêter l’effondrement financier général, ni la désintégration du système financier mondial qui s’ensuivrait, tant que le FMI et les banques centrales de toutes les principales puissances économiques ne se soumettront pas à une réorganisation. Toute tentative de réformer le FMI sans rompre avec ses principes de bases actuels ne ferait qu’empirer la situation.
  • Cestrentedernières années, la populationa été amenée à croire qu’il fallait abandonner les politiques économiques traditionnelles en faveur d’une approche postindustrielle. On ne pourra donc réussir un nouveau départ économique que si les gouvernements et une bonne partie de la population reconnaissent qu’il s’agissait bel et bien d’une erreur.
  • L’un des résultats de la politique économique actuelle peut être observé dans le fait qu’une part de plus en plus petite des transactions financières quotidiennes a un lien avec la production de biens tangibles. Depuis le début des années 80, on constate un déclin du taux de production de biens à l’échelle mondiale par personne, par ménage ou par surface utilisée, alors que la valeur financière nominale ne cesse de grimper. La croissance constante de la bulle financière n’est possible que par un processus de cannibalisation de l’économie réelle. Or c’est de celle-ci que dépend l’existence des pays et de leur population.
  • La procédure de mise en règlement judiciaire des institutions monétaires et financières doit être engagée en même temps que certaines mesures positives prenant en compte la situation particulière des différents pays. Dans le cas des Etats-Unis, il faudra suivre les étapes suivantes :
    • Une procédure d’insolvabilité pour les institutions financières de l’ancien système, engagée de manière à éviter le chaos social et sans causer de préjudice au citoyen normal.
    • Une réforme monétaire qui, en conformité avec le premier article de la Constitution américaine, soumet l’émission de monnaie au Trésor américain plutôt qu’à la Réserve fédérale.
    • La reprise de la politique protectionniste traditionnelle pour défendre l’investissement productif.
  • Revenir à la politique économique traditionnelle qui a constitué la base de toutes les économies nationales qui ont réussi avant 1964, c’est-à-dire accroître les pouvoirs productifs du travail grâce à une méthode économique à forte intensité capitalistique et énergétique, investir dans la recherche et le développement et améliorer l’infrastructure.


Pour cela, il faut revenir à une banque nationale, en s’inspirant d’Alexander Hamilton, le premier secrétaire au Trésor des Etats-Unis.


Nous allons maintenant citer quelques-unes des multiples initiatives de LaRouche et de ses collaborateurs pour assurer la mise en place d’un nouveau Bretton Woods.


En février 1997, la présidente de l’Institut Schiller, Helga Zepp-LaRouche, et la parlementaire ukrainienne Natalia Vitrenko lancent un appel au président Clinton pour qu’il convoque de toute urgence une nouvelle conférence de Bretton Woods, réunissant les plus importants pays, afin de placer le système financier international en règlement judiciaire et de créer, grâce à une réforme profonde, les conditions d’une véritable reprise économique. Plusieurs centaines de parlementaires du monde entier et de nombreuses personnalités ont endossé cet appel.


En novembre 1997, l’Executive Intelligence News Service organise un séminaire à Bonn-Bad Godesberg (Allemagne) pour débattre de la nécessité d’un nouveau Bretton Woods. Parmi les 140 participants, on compte de nombreux chefs de petites et moyennes entreprises, des syndicalistes et des représentants d’associations économiques, des hommes politiques d’Europe de l’Est et des délégations de vingt ambassades.


Les propositions de LaRouche ont eu un impact particulier en Italie. Le 16 février 2000, un membre italien du Parlement européen a soumis une requête écrite appelant la Commission européenne à organiser « une conférence comparable à la conférence internationale de Bretton Woods de 1944 », dont l’objectif serait « d’éliminer progressivement les mécanismes qui ont rendu possible le développement de la bulle spéculative et d’établir un nouvel ordre économique mondial qui pourrait mettre en œuvre des programmes dirigistes de revitalisation de l’économie réelle ».


Suite à la rencontre de LaRouche avec des parlementaires italiens à Rome, vingt-cinq sénateurs déposent une motion au Sénat italien, le 19 octobre 2000, incitant le gouvernement italien à favoriser l’organisation d’une nouvelle conférence de Bretton Woods.


Le 26 février 2002, une résolution appelant à une nouvelle conférence de Bretton Woods est transmise au Parlement italien. Cette résolution a été signée par quarante-cinq parlementaires et quarante-neuf sénateurs de tous partis.

Mise en règlement judiciaire, nouvel ordre monétaire et reconstruction


Etant donné le stade avancé de désintégration économique et financière, toute proposition visant à apporter des corrections mineures au système nous entraîne dans une impasse. Nous pensons notamment aux propositions mises en avant depuis des années par la Banque des règlements internationaux (BRI) pour établir une « nouvelle architecture financière » - régulation des centres financiers offshore, contrôle des hedge funds, etc. - ainsi qu’aux efforts, parfois bien intentionnés mais totalement insuffisants, de quelques organisations non gouvernementales pour mettre un grain de sable dans la machinerie du système financier.


En fait, pour effectuer une véritable réforme économique et financière, il faut au minimum prendre en considération ces trois aspects :

  • Une forme de mise en règlement judiciaire à l’échelle mondiale des instruments financiers, car leur volume est dans une telle disproportion par rapport à la substance de l’économie réelle que seule une procédure de ce type pourrait éviter une situation de chaos.
  • Un nouveau cadre de principes de politique financière et économique reposant sur l’expérience récente : d’un côté, la réussite relative du cadre représenté par le système de Bretton Woods d’après-guerre jusque dans les années 60, de l’autre, l’échec total du changement progressif de paradigme ces trente dernières années.
  • Une reconstruction productive de l’économie mondiale, incluant la création ou l’élargissement d’institutions de crédit nécessaires pour atteindre cet objectif.


En particulier, on peut élaborer les points suivants :

  1. Faire le tri
    • Il faut faire le tri du papier financier fictif. Il est évident que le capital fictif et spéculatif doit être passé par pertes et profits, et cela par décret gouvernemental, sans indemnisation ni remboursement.
    • Le papier financier de nature douteuse doit être gelé.
    • Il faudra un moratoire sur le service de la dette publique, afin de préserver les fonctions vitales de l’Etat.
  2. Réorganisation
    • Il faut protéger les instruments financiers impliqués dans l’économie réelle et productive.
    • Il faut protéger les moyens de payer les retraites, la sécurité sociale et autres obligations sociales indispensables qui incombent à des institutions privées ou publiques, de telle sorte qu’elles puissent continuer à fonctionner.
    • Il faut protéger les comptes d’épargne traditionnels et assurer qu’ils restent viables.
    • Il faut préserver le fonctionnement des banques privées qui financent et commercialisent les activités de l’économie réelle et productive.
  3. Financement dirigé et banque nationale
    • Sur la base de la souveraineté financière des Etats-nations, les banques nationales doivent émettre des crédits à long terme et à bas taux d’intérêt. Ces crédits doivent être orientés exclusivement dans l’expansion productive de l’industrie lourde, l’agriculture et les PME-PMI. Les grands projets d’infrastructure nationaux et transnationaux agiront comme « locomotive » pour l’ensemble de l’économie.
    • Les crédits publics devront aller de pair avec les activitésde crédit des banques privées vis-à-vis de l’industrie lourde, de l’agriculture et des PME-PMI.
    • Il faudra concevoir les grands projets d’infrastructure transcontinentale, par exemple le pont terrestre eurasiatique, ou les programmes spatiaux (comme la colonisation de Mars), comme catalyseur pour une relance de l’économie.
  4. Un nouveau système de Bretton Woods
  5. Les gouvernements chargés de mettre en œuvre ces objectifs doivent se réunir d’urgence dans une conférence internationale au cours de laquelle les Etats-Unis et la Chine, dans les conditions actuelles, auront un rôle clé à jouer.
  6. Un nouveau système monétaire mondial sera créé - un nouveau Bretton Woods - de telle sorte que les économies politiques seront basées sur des taux de change fixes, un système à réserve-or et une priorité absolue donnée au développement de l’économie réelle (et à la reconstruction).

  7. Le système monétaire et financier international de Bretton Woods qui a été détruit le 15 août 1971 par le président Richard Nixon, a permis, malgré ses défauts considérables, une croissance économique mondiale remarquable dans les années 50 et 60. A l’époque, les devises et le système financier étaient étroitement liés à l’économie réelle et reposaient sur les économies nationales. Les taux de change fixes ainsi que la référence-or ont rendu peu attrayante la spéculation sur les devises au sein même du système de Bretton Woods. Les objectifs économiques des ménages et des entreprises portaient dur le long terme et l’expansion de la production réelle a connu un essor considérable. Assurer le plein-emploi était l’objectif politique des gouvernements.


    Dans ce contexte historique, il est pertinent de se rappeler l’argument que l’économiste allemand Wilhelm Lautenbach a développé dans un mémorandum de 1931, rédigé pour une conférence de la Société Friedrich List. Lautenbach expliquait clairement que, dans des conditions de dépression et de crise financière internationale, il n’est pas possible d’assurer le développement économique en laissant l’initiative à ce que l’on appelle les forces du marché (parce qu’un déficit de pouvoir d’achat rencontre une offre excédentaire apparente de biens), ni en prenant des mesures d’austérité pour équilibrer la balance des paiements de l’Etat (parce que cela ne fait que réduire les recettes fiscales et donc exacerber la crise). Lautenbach proposait, au contraire, d’émettre du crédit pour les projets productifs dans lesquels toute économie prospère devrait normalement investir, et pour le bien-être général, étant donné que ces mesures amélioreraient l’efficacité du processus de production.


    Si Lautenbach avait réalisé ses propositions de financement dirigé, on aurait pu empêcher les conditions économiques et politiques qui permirent deux ans plus tard à Hitler de prendre le pouvoir. A nous de ne pas répéter la même erreur !

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