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Les analyses de Jacques Cheminade

Retraites : rétablir la priorité du travail humain et de la justice sociale !

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Par Jacques Cheminade


Les faits

Il y a plus de 15 millions de retraités en France.

Plus de 12 millions de retraités du régime général (salariés du secteur privé) et 1,5 million de pensionnés de droit direct dans la fonction publique d’Etat, plus de 790 000 dans les fonctions publiques territoriales et hospitalières. 600 000 pensions de droits dérivés (réversion) dans les trois fonctions publiques.

Pension moyenne en brut (base plus complémentaire) tous régimes confondus : 1112 euros par mois en 2008, 825 euros pour les femmes et 1426 pour les hommes (chiffres excluant pensions de réversion et minimum vieillesse).

Pension moyenne de base en brut des nouveaux retraités 2009 qui ont eu une carrière complète au régime général (salariés du privé) : 979 euros. Dans la fonction publique territoriale 1191 euros, 1265 euros dans l’hospitalière et 1952 euros pour les pensions civiles de la fonction publique d’Etat.

Pour le privé, la pension est de 50 % des 25 meilleures années en cas de carrière complète (les salaires annuels sont pris en compte chaque année dans la limite du plafond de la Sécurité sociale, qui est en 2010 de 2885 euros). Dans le public, c’est 75 % du salaire de référence calculé sur les 6 derniers mois de traitement (en excluant les primes).

Les réformes de 1993, alors qu’Edouard Balladur était Premier ministre et que Nicolas Sarkozy gérait le budget de l’Etat, et de 2003 ont entraîné une baisse du pouvoir d’achat des pensions de plus de 20 %. Pour le régime de base, on calcule depuis 1993 la pension sur la moyenne des 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures. Pour les complémentaires, à salaire égal, le salarié acquiert chaque année moins de points. Les femmes et tous ceux et celles qui ont connu et connaissent d’importantes périodes de chômage et de précarité sont les plus défavorisés. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) prévoit que le taux de remplacement moyen (niveau de la retraite par rapport au salaire) passera de 72 % en 2007 à 59 % en 2050. Les dividendes versés par les sociétés sont passés de 3,2 % du Produit intérieur brut (PIB) en 1982 à 8,5 % en 2007. Entre 1993 et 2007, la part des dividendes dans la valeur ajoutée est passée de 10 % à 24 %.

Il y avait 3,14 actifs cotisant pour 1 retraité en 1975, il y en a eu 1,51 pour 1 en 2006 et l’on calcule qu’il y en aura 1,21 pour 1 en 2050. Le déficit du budget des retraites sera d’environ 30 milliards cette année. Avec des projections financières qui portent sur 40 ans, le COR annonce un besoin de financement cumulé de 2600 milliards d’euros d’ici à 2050, toutes choses égales par ailleurs. Cela ne représente cependant qu’un peu plus de 2 % des richesses qui auront été créées sur la période, là aussi en extrapolant. En effet, selon le « scénario moyen » du COR, le déficit devrait passer de 32 milliards en 2010 à 100 milliards en 2050, laissant paraître une multiplication par trois du « trou ». Cependant, en application des mêmes extrapolations, le PIB aura doublé. En pourcentage de la richesse nationale, le besoin de financement passera ainsi de 1,7 % du PIB en 2010 à 2,6 % du PIB en 2050.

Enfin, le taux d’emploi des seniors (55-64 ans) est de 38,3 % en France contre une moyenne de 45 ,6 % dans l’Union européenne.

Quatre choses frappent d’abord en examinant ces chiffres sur les retraites en France, que nous avons volontairement livrés en vrac tant ils parlent d’eux-mêmes :

  • le niveau très bas des retraites moyennes, tout particulièrement pour les salariés du secteur privé, les femmes et les précaires ;
  • la baisse de ce niveau depuis la réforme Balladur-Sarkozy de 1993 ;
  • que l’on parle de repousser l’âge de départ à la retraite (légal ou à taux plein) alors que plus de 60% des personnes âgées de 55 à 64 ans ne travaillent plus !
  • que le problème posé par le gouvernement n’est pas celui du pouvoir d’achat des retraités, en diminution, mais de leur financement, en soulignant que le nombre d’actifs diminue par rapport au nombre de retraités, et que dans un système de répartition, dans lequel les actifs paient pour les retraités, on doit inéluctablement diminuer encore davantage le pouvoir d’achat des retraites ou faire travailler davantage et plus longtemps les actifs pour équilibrer les comptes.

« Logiquement », le gouvernement, qui prétend ne pas vouloir toucher au niveau des pensions, propose d’examiner toutes les pistes au sein du système existant, c’est-à-dire allonger l’âge du départ à la retraite, allonger la durée des cotisations ou augmenter leur montant. Des mesures anti-sociales se trouvent ainsi transformées en fatalité démographique et statistique, masquant la priorité financière. Les modes de calcul doivent ainsi permettre, malgré les déclarations plus ou moins ronflantes, de réduire de fait les pensions : exiger que les salariés travaillent et cotisent plus longtemps, alors que l’âge moyen de cessation d’activité est de 59 ans, ne vise qu’à réduire le pouvoir d’achat. « Au lieu de voir dans la retraite par répartition une transmission perpétuelle et solidaire de la prise en charge d’une génération par la suivante, le gouvernement et le patronat, afin d’attiser la division, la stigmatisent comme un fardeau pour la seule génération à venir ».

Un raisonnement fallacieux

C’est le fondement même de cette façon de penser qui est fallacieux. On procède en termes de nombres, sans considérer le potentiel de production économique, comme si chaque agent actif opérait à un niveau fixe de production dans le temps. Il s’agit d’une conception statique, et donc fausse par rapport à la réalité de l’activité humaine, qui est dynamique. De plus, on reste volontairement enfermé dans les contraintes du système libéral existant, qui condamne à l’austérité sociale en prenant comme point de départ, toutes choses égales par ailleurs, une logique dans laquelle la part des profits financiers augmente tandis que celle des salaires baisse.

L’on pourra se référer, pour comprendre la logique socialement et économiquement destructrice du système, à cet appel lancé par des universitaires, élus, syndicalistes, responsables politiques et associatifs, intitulé « Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites ». L’on pourra aussi lire notre article, « La solution est une économie organisée de plein emploi ».

Ici, nous voulons simplement dénoncer une triple escroquerie intellectuelle. Rétablissons, par delà les faits, les principes fondamentaux :

  • Tout d’abord, lorsque la productivité du travail augmente, un nombre moindre d’actifs peut prendre en charge davantage de retraités. Cela suppose un changement de notre orientation politique, favorisant l’économie physique productive et non la spéculation financière ;
  • Ensuite, l’argent des retraités n’est pas stérilisé ; les retraités consomment et leurs dépenses contribuent à la croissance. En soutenant leurs enfants, ils infusent du pouvoir d’achat supplémentaire ;
  • Enfin, une politique volontariste, juste et optimiste, soutenue par une hausse des allocations familiales et l’ouverture de crèches en faveur des familles en difficulté et des classes moyennes, renverserait à terme la supposée « fatalité démographique ».

La vraie question politique est que tous les gouvernements depuis plus de trente ans ont favorisé les intérêts financiers contre les salaires et les retraites, et qu’aujourd’hui on veut renflouer les banques en émettant de la monnaie de singe et faire payer les frais de la « crise » à ceux qui en ont été victimes, par la déflation salariale d’abord, puis par l’inflation à venir.
Tout ce qu’on fera sans changer de priorité politique aboutira à un désastre social et économique, et nous soutenons totalement les syndicats pour qu’ils ne se fassent pas prendre au piège d’une logique fallacieuse dans son fondement même, et menant au désastre. La Grèce n’est que le maillon le plus faible d’une chaîne dans laquelle nous sommes tous impliqués. Lorsque M. Olivier Blanchard, l’économiste en chef du Fonds monétaire international, ami des comportementalistes de l’administration Obama, nous conseille de « pratiquer une diète intelligente », l’on comprend sans peine vers quoi nous mène l’ensemble du « projet » : les politiques du chancelier Brüning et de Pierre Laval dans les années trente, avec les résultats que l’on sait.

Que faire ?

La question des retraites pose celle de notre avenir, celle de la société dans laquelle un futur nous sera offert. Car celle des politiques en cours n’offre que destruction sociale et économique, rupture de la solidarité entre générations et exclusion des plus faibles, les femmes comme les précaires.

Changer de politique n’est cependant pas simplement une priorité sociale, c’est en même temps la priorité économique qui permet cette priorité sociale, la solidarité avec et par le progrès. Pour cela, il faut non seulement mettre à contribution des revenus non salariaux, augmenter les prélèvements collectifs sur la richesse produite, mais en même temps accroître cette vraie richesse pour pouvoir le faire. Cela suppose redonner priorité à la création humaine, aux découvertes scientifiques et à leurs applications sociales sous forme de technologies nouvelles. Il nous faut ainsi le nucléaire de la quatrième génération et la fusion nucléaire, à mettre en oeuvre à l’horizon de 2050-2060, en rétablissant un « penser long » contre le penser court de l’intraday et du flash trading. Par exemple, porter, comme au cours des années soixante, la part de la recherche fondamentale dans notre PIB à plus de 3 %, contre moins de 2 % actuellement. Pour préparer les générations montantes en vue de ce travail futur, de plus en plus qualifié, prévoir qu’à partir de 18 ans, tout le monde puisse faire valider ses droits de partir à la retraite par une cotisation prise sur la solidarité nationale : la période de formation ou d’éducation constitue le meilleur atout pour la société car elle améliore le niveau de la qualification et la productivité du travail à venir.

Maintenir puis élever le pouvoir d’achat des retraites, c’est donner un horizon à la société : ceux qui ont œuvré dans le passé doivent être ainsi soutenus par ceux qui oeuvrent à un degré plus élevé de productivité humaine pour le futur. Ici apparaît l’idée de responsabilité, tant vis-à-vis des générations nouvelles que de celles du passé, la solidarité entre passé, présent et futur portée par une politique de découverte et d’espérance. Cela n’est souvent pas compris aujourd’hui par ceux qui défendent la justice sociale, dont le progrès scientifique et technologique est l’autre versant.

Là est la bataille que nous menons ici, conjuguant les deux pour sortir du monde dans lequel nous sommes plongés et qui s’autodétruit, car les êtres humains n’opèrent pas dans un jeu à somme nulle, mais créent en explorant l’univers et en demeurant fidèles à ceux qui l’ont exploré avant eux, les retraités qui ne doivent pas être mis à l’écart mais participer au projet futur en contribuant par leur expérience créatrice, librement et non encadrés par des calculs statistiques castrateurs les réduisant à des instruments.


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