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Les éditoriaux de Jacques Cheminade

Après DSK

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Dominique Strauss-Kahn a dû démissionner. Les donneurs de leçons sont tombés dans leur propre piège. Cependant, ce qui frappe le plus dans la manière dont les médias ont couvert l’événement est leur incapacité de le situer par rapport aux enjeux actuels de la politique internationale. Les hommes politiques, eux, jouent la vieille comédie des « camps franco-franç : Mairie de Paris contre MNEF, sans mesurer d’où et vers quoi souffle le vent de l’histoire.

Notre devoir est, au contraire, d’éclairer le débat. D’abord pour tenter sérieusement de comprendre quelle faiblesse originelle a permis qu’on en arrive là et, ensuite, à la lumière de cette compréhension, pour montrer que, paradoxalement, ces événéments pourraient être une chance pour Lionel Jospin, pourvu qu’il ait le courage politique de la saisir.

L’origine de tout est l’accord passé, dès 1974, entre trotsko-lambertistes du PCI (Parti communiste internationaliste) et socialistes mitterrandiens, avec quelques ajouts bienvenus de minoritaires de la LCR. Le ciment de cet accord fut un anti-communisme à façade de gauche, doublé d’un anti-gaullisme viscéral. Les ressources très désagréablement musclées de l’Alliance des jeunes pour le socialisme (l’AJS,« jeunes » du PCI) épousèrent ainsi le talent byzantin et les amitiés particulières de François Mitterrand. Pierre Lambert appela à voter Mitterrand dès le premier tour en 1974 et, dès 1979, après le putsch de Jean-Michel Grosz, les socialistes récupérèrent le MNEF, et les lambertistes, un syndicalisme étudiant en voie de réunification. Les socialistes, jouant les renards de la fable, recrutèrent en 1986 Cambadélis et quelques centaines de militants de l’OCI, laissant Pierre Boussel-Lambert le bec dans la farine politique, mais gardant toute son influence syndicale à Force ouvrière.

C’est autour de ce groupe que Lionel Jospin - qui joua en bon diplomate l’intermédiaire entre PCI et mitterrandiens - bâtit sa fortune politique. Tous venaient du syndicalisme étudiant. Tous - Jean-Marie Le Guen, Jean-Christophe Cambadélis, Julien Dray et Dominique Strauss-Kahn - se retrouvent autour des affaires de la MNEF. Tous sont en orbite, au début des années 90, dans l’Association d’amitié France-Taïwan.

Tous avaient senti monter en eux une ambition légitime, que Mitterrand sut flatter, au cours des luttes étudiantes de l’époque. Leur école fut celle de descentes sur les campus pour certains, des manipulations d’AG pour d’autres, de gestion de rapports de force pour tous. Là est le vice initial. Suite à quoi les grenouilles - souvent nourries par un vent d’Amérique soufflant lui aussi contre gaullisme et communisme - se crurent plus grosses que le boeuf. Elles firent avec le monde des affaires ce qu’elles avaient si bien appris à faire entre groupes étudiants : des arrangements. On connaît la suite.

Il y a aujourd’hui beaucoup d’hypocrisie, à droite, chez ceux qui condamnent. Leurs turpitudes sont antérieures et pas plus glorieuses. Les communistes, eux, n’ont guère plus de raisons historiques de s’indigner...

Aussi, nous devons nous extraire du contexte franco-français et nous demander pourquoi soudain l’histoire prend le mors aux dents. Il y a certes « bons juges », partis sur le sentier de la guerre pour venger leurs affronts passés. Cependant, il faut bien savoir comment ils fonctionnent : à coups de dénonciations et de lettres anonymes, le plus souvent guidés par des poissons-pilotes intéressés.

Or à qui profite le crime d’une France qui serait déstabilisée et affaiblie ? Aux intérêts anglo-américains, les mêmes qui s’en sont pris à Clinton aux Etats-Unis. Certes, nous dira-t-on, DSK, en jouant les Tony Blair français, était pour eux davantage un atout qu’un problème. Il ne faut cependant pas négliger le double jeu propre à ce politicien intelligent et avisé : d’un côté serviteur des marchés internationaux, mais de l’autre, reflétant les intérêts institutionnels français, avec en tout une composante personnelle forte. Aussi, notamment en vue des débats à l’OMC, on comprend pourquoi ces intérêts anglo-américains ont pu vouloir bousculer un tel homme, surtout au moment d’un rapprochement entre la France et l’Allemagne.

Lionel Jospin doit maintenant tirer les leçons de sa chute. Quelles qu’en soient les causes, un point est clair : nous sommes arrivés à un moment dramatique de l’histoire où seule une rupture décisive avec une logique d’accommodements et de rapports de force est de nature à écarter les vulnérabilités du passé en ouvrant les portes de l’avenir. Laisser entrer les fonds anglo-américains sur notre marché financier ici, privatiser là, déréguler ailleurs devient une politique non seulement antisociale, mais autodestructrice.

S’il veut politiquement survivre, Lionel Jospin n’a dorénavant d’autre choix que de passer à l’offensive, en s’élevant au dessus de l’expérience politique qui permit son ascension. Il en a les capacités de jugement ; il lui reste à démontrer qu’il en a l’audace. A la réunion de l’Internationale socialiste et à Florence, pour celle des « réformateurs de gauche », il doit prononcer un discours qui tranche, déchirant au besoin, comme d’autres surent le faire, celui que ses collaborateurs lui ont préparé, en assumant sa responsabilité d’homme seul.

Suivant la voie tracée par le bon discours de son ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, prononcé à l’occasion du 20ème anniversaire de l’IFRI, il doit attaquer sans faiblesse tous les responsables d’un ordre international injuste et destructeur, les Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski, Samuel Huntington et Francis Fukuyama. Sortant des généralités de Vers un monde plus juste - le document socialiste officiel - il doit condamner la politique du ministre américain des Affaires étrangères, Madeleine Albright, systématiquement dirigée contre l’indépendance des Etats nations et responsable tant du bombardement de l’usine pharmaceutique du Soudan que de l’ambassade de Chine au Kosovo.

Surtout, il doit dénoncer sans prendre de gants la « nouvelle gauche » de Tony Blair. Celui-ci vient de s’illustrer par deux fois, d’abord en ouvrant des prisons pour enfants, ensuite en réduisant les allocations aux handicapés, mesure que même Mme Thatcher n’avait pas osé prendre ! Il est temps, là aussi, de briser net.

Lionel Jospin a devant lui un rôle historique déterminant à jouer. Nous sommes convaincus que Christian Sautter, avec un François Villeroy de Galhau qui reste son directeur de cabinet, dispose d’un appareil institutionnel aussi solide que celui qu’avait organisé Strauss-Kahn.

Il reste à l’utiliser, en lui donnant un dessein politique et un plan de bataille. Par dessus le microcosme français, Lionel Jospin doit s’adresser aux peuples et aux dirigeants de pays comme l’Inde, la Chine ou la Russie, et à l’ensemble des forces sociales et politiques de plus en plus nombreuses que le système actuel exclut. Là est le combat essentiel, à la veille de l’effondrement qui vient du système financier et monétaire international. Là se trouve la réalité du monde sensible et la voie de la République moderne.

Le nouveau Bretton Woods que nous proposons, support d’un pont terrestre eurasiatique, est de nature à rassembler cette allliance de pays qui, dans le monde, ferait d’un tel combat non pas une aventure, mais la rupture raisonnable avec un cours de choses désastreux.

DSK a su faire avec ce cours ; la leçon de sa chute est qu’il faut désormais faire contre.

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