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Les analyses de Jacques Cheminade

Après le fiasco de Bruxelles : construisons l’Europe des peuples

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Les analyses de Jacques Cheminade sont publiées tous les quinze jours dans le journal Nouvelle Solidarité, sur www.solidariteetprogres.org ainsi que www.cheminade2007.org, et consitutent le principal regard du candidat à la présidentielle de 2007 sur l’actualité française et internationale.

Pour Pierre Mendès-France, en 1962, l’Europe doit « être une construction pour le bénéfice de chacun et de tous » et il regrette « les modalités essentiellement libérales, capitalistes et libre-échangistes adoptées pour la constitution du Marché commun ». Pour Charles de Gaulle, en 1965, « la cathédrale européenne » doit se bâtir sur la fondation d’une économie volontariste, et c’est lorsqu’elle sera ainsi faite que « nous la tiendrons ouverte aux autres ». L’un et l’autre avaient en commun d’aimer l’Europe, d’être présents au moment des périls et de rester fidèles à la vérité sans se soucier de l’opinion ou des puissances possédantes. Evoquer ces hommes, ne serait-ce qu’un instant, à la fois nous encourage et nous permet de juger selon ses mérites la tragi-comédie qui vient de se dérouler à Bruxelles, ainsi que la farce grossière jouée par Tony Blair devant le Parlement européen. Par défaut, les histrions occupent la scène.

Le calcul de Tony Blair

Tony Blair, comme l’a dit sans ménagements le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a fait sciemment échouer le sommet européen. L’on peut penser ce que l’on veut de l’agenda retenu - nous le jugeons ici vulgaire et subalterne - la position choisie par le Premier ministre britannique est doublement indéfendable, tant à l’égard de l’Europe que sur le fond. Le voici en effet qui refuse tout compromis sur la politique agricole commune, alors qu’il avait accepté l’accord de 2002, rejette le budget communautaire sur lequel l’ensemble des autres pays s’étaient mis d’accord, et prône un « New Deal » pour l’Union européenne, avec un culot et un cynisme absolu : l’appellation de Roosevelt pour désigner un programme ultra-libéral qui est à ses antipodes !

Que veut en effet M. Blair ? Une Europe au rabais et à sa main : la création d’un marché financier libre transatlantique, le territoire des Vingt-cinq réduit à une vaste zone de libre-échange offerte aux prédateurs financiers, la libéralisation du marché de l’énergie pour anéantir le nerf de toute résistance, la réduction des subventions publiques pour lui en ôter les moyens et, enfin, conséquence « logique », la flexibilité du marché du travail.

Son discours devant le Parlement européen était, à cet égard, une véritable pantalonnade : sautant de mensonge éhonté en pétition de principe, et de pétition de principe en mélasse de spin doctors (conseillers en image), il pense pouvoir ainsi « passer en force » lors de sa présidence - de juillet à décembre - sur les cadavres politiques de Gerhardt Schröder et de Jacques Chirac.

L’impuissance de Schröder et Chirac

Face à ce calcul grossier, Schröder et Chirac ne peuvent l’emporter en jouant sur le terrain de l’ennemi. Celui-ci est en effet, chez eux, déjà occupé par les Sarkozy et les Merkel. C’est pourtant ce qu’ils ont fait.

Bien que tous deux aient dénoncé la manœuvre et l’idéologie de Tony Blair, ils n’ont apporté aucun projet mobilisateur susceptible de répondre au défi de l’époque et à la demande de leurs peuples. Certes, Jacques Chirac, puis Dominique de Villepin en répondant à Jean-Marc Ayrault à l’Assemblée nationale, ont attaqué Tony Blair, avec une virulence peu habituelle. Jacques Chirac a dénoncé la « conception anglo-saxonne extrémiste de l’économie de marché, où l’on écraserait les pauvres et les défavorisés ». Dominique de Villepin a dit, avec son humour de la France d’en haut, « que le chèque britannique (le rabais obtenu par Margaret Thatcher, ndla) constitue à mes yeux (...) une véritable dépense d’Ancien Régime ». Gerhardt Schröder, attaquant directement le Premier ministre britannique, a affirmé qu’il « faut préserver au niveau européen le modèle social et de société particulier qui s’est développé sur le continent... Celui qui veut, pour des motivations populistes ou par égoïsme national, détruire ce modèle, se rend coupable envers les générations futures ».

Cependant, ces flèches, pour aussi bien décochées qu’elles soient, ne serviront à rien sans projet mobilisateur d’envergure.

Les peuples européens ont le sentiment que se déroule sous leurs yeux une bataille de chiffonniers, l’un défendant son rabais, l’autre ses primes agricoles et aucun n’étant capable de présenter des idées ou un budget digne de ce nom.

Tentative de culpabilisation du « non »

L’on commence à entendre les partisans du « oui » dire que le « non » a offert l’Europe sur un plateau à Tony Blair.

La réponse est simple. D’une part, Blair a raison sur un point, la crise est due à l’incapacité des dirigeants de l’Europe, non aux humeurs de leurs peuples. La seule chose que l’on puisse reprocher à nos peuples est d’avoir élu de tels dirigeants. D’autre part, le plan Blair existe depuis longtemps : il est en action depuis 1997, et aucun dirigeant européen important n’a été capable de s’y opposer&nbsp : !

Le traité de Barcelone et l’agenda de Lisbonne, négociés par Jospin-Chirac, ont été deux étapes importantes de la mise sur orbite de l’Europe néo-libérale des néo-conservateurs et du New Labour ! La Constitution européenne n’était pas un document opposé aux conceptions de Blair et de ceux qui le parrainaient, mais ceux-ci avaient imposé leur vision en son cœur même ! Les « conventionnels « de M. Giscard d’Estaing ont dessiné le futur que Blair voulait : interdiction de tout crédit productif public, donc pas de grands projets mobilisateurs ; pas d’harmonisation fiscale ou sociale ; pas de référence à un gouvernement économique européen responsable, pas de remise en cause des lois anti-syndicales de l’ère Thatcher.

Aussi, il est tout de même effarant que ceux qui essayent de culpabiliser les partisans du « non » soient ceux-là mêmes qui depuis plus de huit ans, ont cédé à Tony Blair !

Aujourd’hui, ils sont toujours incapables de définir l’alternative, et creusent ainsi leur propre tombe - ce qui ne serait pas très grave - mais avec elle, celle de leurs peuples et de l’Europe, tout en laissant le monde s’enfoncer dans une crise financière et monétaire qui risque de porter très vite un coup terrible à l’économie, bien au-delà de l’Europe.

L’élargissement se trouve dans le flou, le moteur franco-allemand en panne et les Vingt-cinq ont choisi de ne pas choisir, c’est-à-dire de se retrouver au premier semestre 2006 pour « faire le point » sur le sort de la Constitution. Charlot diplomate serait un bon titre pour le film, s’il n’était tragique.

Construisons l’Europe des peuples

Face à cette situation, nous devons pousser nos dirigeants à aller au-delà d’eux-mêmes, sans leur faire le moindre cadeau, mais sans tomber dans le plaisir dangereux de démolir pour démolir.

Nous devons fournir un horizon. Nous l’avons fait ici lors de la campagne sur la Constitution. Nous allons continuer en illustrant nos principes de départ par des projets, dans l’Europe des vingt-cinq et vers l’Eurasie, l’Asie du Sud-Est, l’Asie du Sud-Ouest et la Chine. L’Europe ne peut plus vivre de formules, elle a besoin de projets transformant la nature et améliorant les relations entre les hommes. Au lieu de se détruire dans des querelles imbéciles, elle doit se fixer un horizon.

Commençons par engager un combat pour changer le statut de la Banque centrale européenne, en lui assignant pour objectif le plein emploi et le développement industriel, et en donnant à la Banque européenne d’investissements la faculté d’émettre du crédit productif public, ne dépendant ni des marchés ni de l’impôt, mais de décisions prises par mandat des peuples. Organisons une discussion sur les grands projets à discuter : canaux, transports à grande vitesse, nucléaire de pointe (réacteurs à haute température, fusion...), moteurs à hydrogène, échanges d’étudiants en multipliant par plusieurs ordres de grandeur la portée des programmes Socrates et Erasmus, création de grands universités communes. Auprès de l’organisation mondiale du commerce comme de la Commission européenne, intervenons pour que les PME puissent bénéficier d’une part important dans les contrats publics, permettant à des équipes de créateurs de démarrer rapidement en apportant des technologies de pointe.

L’étude immédiate d’une taxe sur les transactions financières de produits dérivés, afin de pouvoir évaluer l’ampleur de ces transactions en contraignant à leur notification, serait, compte tenu de l’urgence, un premier élément de coopération entre institutions financières européennes.

Tout ne peut pas être fait d’un coup, mais en tirer argument pour ne rien faire est le pire signe de l’impuissance européenne.

Ici, chez nous, les ordonnances du docteur Villepin ne peuvent, au mieux, qu’atténuer une petite fièvre, alors que nous sommes menacés d’une maladie mortelle. En Europe, nous devons enfin susciter des hommes de caractère par un débat sans concessions ni complaisance. Parler d’une politique européenne n’a aucun sens sans projets physiques, sans réunir les conditions pour les commencer. Or depuis trente ans, nous n’avons plus de grands projets. Il en faut, s’adressant à la dignité des hommes, pour motiver les jeunes générations à œuvrer, à faire. C’est de l’absence de ces projets que nous pouvons mourir, en tant que nation et en tant que culture. L’Europe doit redevenir un projet, pas un débat entre marchands du temple.

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