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Les écrits de Lyndon LaRouche

Asie du Sud-Ouest : interview avec Lyndon LaRouche

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Le système présidentiel des Etats-Unis

Une question se pose, dans ce contexte, concernant le rôle des Etats-Unis ; c’est la puissance occupante, c’est la puissance dominante dans la région, c’est elle qui soutient la politique d’Israël et qui pourrait déterminer l’issue de la situation. Vous dites qu’il ne faut pas imposer de solution, mais qu’est-ce que les Etats-Unis pourraient faire...

C’est justement là où je voulais en venir. La proposition doit venir de moi, personnellement. Je suis la seule figure politique aux Etats-Unis qui soit en mesure, et qui soit prête, à adopter cette approche de ce que doit être la politique américaine. (...) Notre pays s’est doté d’un système présidentiel, contrairement aux pays européens qui sont fondés sur le modèle libéral anglo-hollandais de système parlementaire. Mais nous, en tant que nation, ne pensons vraiment pas de cette façon, même si c’est le cas pour beaucoup de personnes aux Etats-Unis.

Notre système est présidentiel, basé sur des principes énoncés dans la Déclaration d’Indépendance et dans le Préambule de la Constitution. (...) Par conséquent, la présidence doit prendre les décisions. Le parlement ne peut pas prendre de décisions compétentes, ou il ne le fera pas. C’est pour cela qu’à chaque crise, en Europe, les gouvernements constitutionnels se font renverser. Les Britanniques ont évité le problème en n’établissant jamais de gouvernement constitutionnel. (...)

Le système américain est unique dans la mesure où il fait largement appel à des gens qui sont, pour ainsi dire, des serviteurs permanents du gouvernement - que ce soit dans le militaire, le renseignement, les services diplomatiques ou d’autres fonctions gouvernementales - associés à des collaborateurs traditionnels en dehors du gouvernement. Ce sont eux qui dirigent, en fait, la branche exécutive du gouvernement.

Cependant, notre politique dépend du Président, parce qu’il est le chef de l’exécutif. Et s’il est nul, comme celui-ci, ou s’il est un traître virtuel, comme le furent bon nombre de présidents américains, nous avons des problèmes. Mais, l’essentiel à comprendre, c’est que les Etats-Unis sont le seul pays au monde qui ait conservé, depuis 1789, le même système constitutionnel.

Pour ma part, je ne suis pas seulement candidat présidentiel - je l’a été plusieurs fois - mais pour diverses raisons, je fais partie de ce système présidentiel. C’est comme cela que les choses marchent aux Etats-Unis. Concernant l’Initiative de défense stratégique, par exemple, j’ai dû prêter serment, car j’avais affaire au gouvernement soviétique, dans des discussions officieuses, pour le compte du gouvernement américain. (...)

M. Askary : Eu égard à votre expertise en matière militaire et de sécurité, je voudrais entendre votre évaluation de la situation en Irak même.

M.LaRouche : Je vais vous donner un exemple : nous avons discuté ce week-end de quelques changements en Irak (même [Paul] Bremer a dû modifier un peu son discours). Nous avons eu des discussions avec des cercles dirigeants, aux Etats-Unis et ailleurs : grosso modo, ils sont d’accord avec ma proposition, même s’ils ne l’ont pas encore étudiée en détails, et ils ont exercé des pressions.

Nous avons une crise : il est clair que le Président n’est pas capable d’y faire face, pas plus que les autres. Alors, les gens qui représentent les institutions permanentes du gouvernement - qu’ils soient actifs ou non - disent à leurs amis dans le gouvernement : « Votre approche ne marche pas, voici une solution possible. Au nom de l’intérêt national, nous devons sortir de ce pétrin . »

Cette doctrine LaRouche leur plaît, du moins à certains d’entre eux, et nous en avons vu immédiatement le reflet, lorsque la discussion a commencé sur la proposition initiale. C’était mon but. Je ne cherchais nullement à imposer ce concept, ni à le négocier moi-même, mais je voulais le mettre en avant, pour que les gens dans le monde arabe, en particulier, l’entendent, de même que ceux qui me connaissent, en Amérique et ailleurs. (...)

Une proposition d’action

M. Askary : La situation en Irak est bloquée. Les forces en présence sont incapables de trouver une solution. Certains pensent qu’il n’y en aura pas avant qu’il y ait eu de nombreuses victimes dans les rangs américains. Cependant, il y a des forces en Irak, et au Moyen-Orient, qui vous considèrent comme une personne crédible, en qui elles peuvent avoir confiance, à cause de vos interventions passées dans la région, parce que vous avez fait vos preuves. La question se pose alors de savoir comment vous -individuellement, mais aussi en tant que dirigeant d’un mouvement politique au sein du Parti démocrate et au niveau national - pouvez mobiliser d’autres forces.

M. LaRouche : C’est une question de tempérament. Nous citons souvent Jules César de Shakespeare, où Cassius dit à Brutus : « Nous sommes des subalternes ». La majorité des gens, y compris dans les hautes sphères de gouvernement, pensent qu’ils sont des subalternes. Et que fait un subalterne ? Il diffuse une déclaration en espérant être admiré pour cela ; il reste là, attendant qu’on lui témoigne de l’admiration !

Mais ceux qui ont une certaine expérience en matière de gouvernement, surtout de système présidentiel, n’agissent pas ainsi. Moi, je vais aussi loin que je l’ose pour mettre en oeuvre cette initiative.

Si vous êtes Président, ou si vous occupez un poste de responsabilité au gouvernement, c’est ce qu’il faut faire. Vous avez la responsabilité de prendre des initiatives, mais aussi de ne pas agir sans avoir d’abord clarifié l’objectif et la nature de l’action.

Alors, dans les limites de mes possibilités, je me suis dit : « Je m’engage en tant qu’individu, au sein du système américain, à faire en sorte que les Etats-Unis changent de politique dans cette région ».

Cela implique plus bien que la question irakienne. Revenons, par exemple, à l’origine du problème. Cette guerre était injustifiée, c’était une fraude. Le Congrès s’est comporté comme une bande de couards, y compris John Kerry. Aucun d’entre eux n’a les tripes nécessaires pour être Président des Etats-Unis, ce sont des couards. Si vous acceptez de faire des compromis sur une question aussi fondamentale que la guerre, vous n’avez pas les qualifications nécessaires pour diriger un pays. (...)

Ma proposition n’était pas destinée être discutée, dans un débat parlementaire par exemple. C’est une proposition d’action. Elle s’adresse avant tout à ceux qui représentent les institutions de la présidence et à ceux, au Congrès, que je considère comme des dirigeants responsables, capables de se mobiliser pour rallier le soutien nécessaire. (...) Qu’ils soient républicains ou démocrates, ce n’est pas une affaire partisane. Il s’agit d’une urgence nationale et des membres des deux partis doivent unir leurs efforts pour y faire face.

Voilà mon but : mettre en avant, principalement pour les Américains, une doctrine permettant à la branche exécutive du gouvernement de décider de ses actions. Mon but est qu’elle les entreprenne sans délai, pas après les élections !

Pour cela, les Etats-Unis doivent avoir un interlocuteur, qui ne soit en aucun cas ceux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir en Irak. Nous devons traiter avec un interlocuteur, qui ne peut être l’Irak seul, mais un groupe de nations de la région, préoccupées par ce qui passe en Irak. C’est pourquoi j’ai défini cette politique pour l’Asie du Sud-Ouest. Ces pays, leurs peuples, doivent convenir de la nécessité de traiter cette crise et de trouver une solution, et ils doivent y participer.

Rappelez-vous, lorsque les Etats-Unis ont envahi l’Irak, ils se sont comportés de la pire façon qui soit. Tout chef militaire compétent sait que lorsqu’il envahit un pays (qu’il l’ait voulu ou pas, il obéit simplement aux ordres), dès que l’on s’est emparé d’une quelconque partie du territoire, il faut aller voir les responsables locaux, les représentants des institutions locales, pour leur dire : « Ok, nous sommes là. Notre tâche, pour le temps où nous resterons, est d’assurer que tout fonctionne bien. Nous établirons une liaison ensemble et vous continuerez à faire ce que vous feriez normalement, pour la vie du pays . »

M. Askary : Vous voulez dire, les institutions existant déjà, comme l’armée, la sécurité ?

M. LaRouche : Exactement. Vous leur dites : « Nous sommes là. Nous combattons votre chef, qui sera peut-être évincé. Mais c’est vous qui administrez le pays, c’est votre pays, pas le nôtre. Vous, militaires, êtes responsables de la sécurité. Vous devez aussi vous occuper de la coordination économique. On ne veut pas d’un désastre. » Puis, vous allez dire aux civils qui dirigent diverses institutions, les centrales électriques, etc. : « Restez à vos postes. Si vous avez un problème, si vous avez besoin de coopération, venez nous voir, et nous vous aiderons . »

Il est clair que votre présence n’est pas celle d’une force d’occupation permanente, mais de force militaire responsable, moralement, de son comportement envers le pays occupé.

Sur le terrain

M. Askary : Les forces d’occupation ont non seulement démantelé toutes ces institutions, mais elles se sont ingérées dans les lois constitutionnelles du pays. Vous avez souligné, dans une précédente déclaration, l’importance de rétablir une ancienne Constitution irakienne durant une période de transition, pour que les Irakiens traitent eux-mêmes des problèmes.

M. LaRouche : D’autant plus que la guerre était injuste. Beaucoup d’Irakiens n’aimaient pas Saddam Hussein, mais certains voient maintenant en Paul Bremer son sosie ; assis au même endroit, adoptant des pratiques que les Irakiens rejetaient chez Saddam Hussein. Si nous voulons démocratiser le pays, la première mesure à prendre est de vider Paul Bremer. Et je dirais qu’il faut aussi virer son parrain, George Shultz, parce qu’il ne fait rien de bon. (...)

Après les sanctions

Alors que la situation était déjà mauvaise, après des années de sanctions dans le cadre de l’occupation de l’ONU, on arrive avec une force d’occupation et on commence à détruire la structure même de ce pays déjà complètement pillé. On crée ainsi une situation idéale pour la « guerre asymétrique ». On prend l’armée irakienne - c’était une force militaire entraînée et capable, même si elle n’avait pas les armes les plus modernes au monde - on la purge, puis on commence à tuer les gens qu’elle était censée défendre, son propre peuple. On ferme les institutions vitales permettant de faire fonctionner raisonnablement le pays et tout le pays se retourne contre nous, avec un sentiment non seulement de haine, mais aussi de désespoir. (...)

L’armée irakienne était entraînée pour la guerre asymétrique - disparaître dans le désert pour resurgir ensuite dans des zones urbaines. On les a obligés à le faire. Maintenant, on menace d’aller dans d’autres pays pour faire la même chose. On crée le sentiment dans le monde dit arabe, et au-delà, que l’Irak n’est qu’un début. Puis ils regardent Israël et la Palestine. (...) Ce que fait Sharon, avec le consentement et le soutien du président des Etats-Unis et de Dick Cheney, c’est du meurtre à l’échelle de masse ! Ce sont des crimes qui rappellent Hitler.

Quelles en sont les conséquences ? On établit les préconditions, on crée le combustible qui va s’enflammer.

La guerre asymétrique, comme forme de résistance, passe à une nouvelle phase où elle devient une institution, un gouvernement de type spécial. Nous en sommes là aujourd’hui.

C’est pourquoi les Etats-Unis ne peuvent pas décamper purement et simplement, parce qu’ils ont détruit la structure de stabilité. Les Européens et autres n’ont pas de troupes à envoyer sur place. Où va-t-on en trouver ? Eh bien, il y a des troupes irakiennes, il y a des institutions irakiennes. Ce n’est pas la peine d’importer des institutions en masse. Nous devons simplement fournir coopération et assistance pour reconstruire le pays. (...) Si l’on remobilise les Irakiens pour sauver leur pays, vous verrez que cela marchera.

Je me suis demandé comment mettre cela en œuvre. Ce qu’il faut, c’est que les peuples de la région, ou tout au moins les principaux gouvernements, s’accordent pour dire que cette zone, et pas seulement l’Irak, présente un intérêt stratégique cohérent, que cet ensemble de pays et de peuples a un intérêt cohérent à établir des relations pacifiques et productives mutuelles, sans ingérence extérieure. C’était la première préoccupation.

En cas de réponse favorable, je pourrais alors m’adresser à des personnes aux Etats-Unis et ailleurs, en leur disant : « Maintenant, nous avons un interlocuteur. Il y a des gens qui disent vouloir ce genre de politique. » (...)

Jusqu’à présent, l’Asie du Sud-Ouest a été comme le no man’s land d’Asie ; il n’existait aucune définition cohérente d’un intérêt stratégique.

M. Askary : Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par l’« intérêt américain » ?

M. LaRouche : Eh bien, notre intérêt est d’écarter ce phénomène ayant engendré les deux guerres mondiales, qui n’est toujours pas sous contrôle. Nous risquons de sombrer dans un nouvel âge des ténèbres et pour l’éviter, il y a des mesures, économiques et autres, à prendre un peu partout dans le monde. La Chine doit jouer un rôle positif dans toute solution de sécurité et de développement. Même si elle a des conflits avec ses voisins, elle s’efforce de les minimiser pour parvenir à un accord avec la Russie, l’Inde, etc., afin de devenir un partenaire dans la coopération.

Nous avons le Pakistan, l’Inde et le Bangladesh. Nous avons l’Asie du Sud-Est, la zone de développement du delta du Mékong, le Myanmar, etc. La coopération entre toutes ces zones est essentielle pour accomplir une reprise économique. Il est également indispensable de briser cette routine de nouvelle guerre mondiale, à l’oeuvre depuis quelques décennies. C’est pourquoi nous voulons mettre sur pied un système économique positif de coopération en Eurasie, en particulier. Or, si la coopération fait défaut en Asie du Sud-Ouest, ce sera la plaie qui fera capoter tout l’accord.

En Afrique, nous avons affaire à un génocide. Pour l’Egypte et le Soudan, le problème c’est l’eau. Les Etats-Unis y jouent un sale jeu au niveau de l’approvisionnement en eau, en essayant, par le biais d’une opération dirigée conjointement avec la Grande-Bretagne et Israël, de s’emparer des sources du Nil. Or, si l’on draine les sources du Nil et qu’on les dévie, l’Egypte et le Soudan vont disparaître.

Notre intérêt en matière de sécurité va donc au-delà de la simple protection - il exige que nous ayons des accords prépondérants, pour lesquels les habitants de cette région doivent convenir que toute tentative de les briser se heurtera à une résistance conjointe de toutes les nations en présence, d’un commun accord, au nom d’un intérêt commun. Il n’est pas nécessaire d’être d’accord sur tout, mais on doit définir certains points d’entente, qui soient reconnus comme devant être défendus dans l’intérêt de tous. Voilà mon intention.

L’Asie du Sud-Ouest doit être considérée comme un carrefour entre la Méditerranée et l’Océan indien. Pour son développement économique, au lieu de considérer le désert comme un problème insoluble, il faut planifier la gestion de l’eau à grande échelle ; à long terme, on doit considérer les ressources en pétrole et gaz naturel, non pas comme des combustibles, mais comme des matières premières pétrochimiques, pour le développement d’industries régionales. Cette zone carrefour doit être une zone de développement. Nous construirons des voies de communication, non seulement des canaux, mais des routes terrestres le long desquelles de nouvelles villes deviendront des centres de production. Cela signifie une transformation de la région désertique par un développement graduel, à long terme. Ce sera un élément essentiel des relations entre l’Europe et l’Asie.
Il s’agit là de notre intérêt national.

M. Askary : Vous situez d’habitude ces questions stratégiques dans le cadre de votre évaluation de la situation financière et économique mondiale. Vous êtes d’avis que la stabilité et la paix sont essentielles pour assurer le développement. Mais sans doute y a-t-il des forces qui n’y voient pas le même intérêt...

M. LaRouche : Dick Cheney et quelques autres à Londres, dans le gouvernement Blair, sont totalement opposés à cela. En particulier la Fabian Society, l’instrument d’un HG Wells ou d’un Bertrand Russell. Le premier nous a donné la Première Guerre mondiale, qui était une tentative de jouer les nations d’Asie et d’Eurasie les unes contre les autres, en fomentant une guerre afin de préserver l’Empire britannique. Plus tard, Bertrand Russell est arrivé avec l’idée d’un gouvernement mondialiste, imposé à l’aide d’une guerre nucléaire préventive et de la guerre perpétuelle - dans le style de l’Empire romain, l’arme nucléaire en plus.

Il est clair que la Fabian Society n’est pas vraiment une institution amicale pour les gens normaux ! Cette société, et ses amis aux Etats-Unis, dont Cheney, sont déterminés à provoquer une guerre mondiale, dès maintenant, en utilisant s’il le faut des armes nucléaires- notamment des armes nucléaires miniatures, qui ont une faible radioactivité, mais une forte puissance. (...)

Ils ont effectivement l’intention de frapper le réacteur nucléaire iranien, mais aussi d’utiliser des armes nucléaires contre la Corée du Nord. Cheney en a bien l’intention - partagée par certains dans le gouvernement Blair. Ce gouvernement est truffé de fanatiques de la Fabian Society - le genre de personnes que j’aime avoir comme ennemis, dans un certain sens.

Par conséquent, nous sommes arrivés au point où nous ne pouvons plus tolérer ce genre de guerres. Nous devons réfléchir à de nouvelles alternatives. Nous ne pouvons pas éliminer la nécessaire défense stratégique, pour nos pays, mais nous pouvons éviter le genre de guerres comme celles que nous avons déjà menées et que certains voudraient provoquer à nouveau.(...)

Le legs de l’Empire romain

M. Askary : Quelle est la motivation des forces qui s’opposent à la solution que vous préconisez pour la région, qui serait aussi, d’ailleurs, une solution à la situation politique aux Etats-Unis ? Les forces à l’oeuvre derrière la guerre en Irak, celles qui soutiennent la politique de Sharon et entendent propager ce type de guerre, quelle est leur motivation ?

M. LaRouche : Eh bien, nous avons à nouveau affaire aux Croisades. Ceux qui les lancèrent n’étaient pas de vrais chrétiens, c’étaient... eh bien, des croisés ! C’était des Normands, appartenant en grande partie à cette chevalerie normande qui, sous le contrôle de familles oligarchiques vénitiennes et de certaines autres forces en Europe, domina l’Europe pendant longtemps, environ depuis la fin du Xe siècle jusque vers la fin du XIVe. Les Croisades représentent l’extension dans le temps de l’Empire romain ; ces gens croyaient incarner une nouvelle forme d’Empire romain et ils conduisirent les Croisades dans cet esprit. Par exemple, dans la Quatrième Croisade, que se passa-t-il ? Ils s’emparèrent de Byzance ou, du moins, de ce qui en restait, pour l’occuper et la piller. Si vous allez à Venise, vous trouverez encore des objets volés au cours des guerres du XIIIe siècle.

Pour résumer, la conception fondamentale, dans l’Empire romain et dans son legs en Europe, de même que dans l’esclavage, c’est que certaines personnes, qui sont des bêtes, possèdent des laquais, considérés eux aussi comme des animaux. On ne peut pas traiter des êtres humains de cette façon. (...)

Ces individus ne veulent pas d’un système mondial dans lequel les gens prennent en mains leur propre destin, car ils y perdraient alors leur pouvoir.

On le voit chez Cheney, chez Shultz, chez certaines forces derrière Blair. Ils veulent détruire l’économie, comme ils le font depuis 40 ans. Nous avons fermé des industries vitales, nous avons cessé d’investir dans l’infrastructure, le développement n’est plus notre politique. Nous voulons que tout soit « moins cher, encore et toujours moins cher ».

Nous pillons le monde. Nous pillons les matières premières, comme le pétrole. L’utilisation du pétrole comme combustible n’est pas efficace, les combustibles à base d’hydrogène le sont bien plus. Le pétrole est essentiellement une ressource pétrochimique, il ne faut pas le brûler pour produire de la chaleur. Nous avons cessé de brûler le bois pour ne pas détruire les arbres qui sont essentiels pour le climat. Ce que nous voulons, c’est utiliser plus efficacement les ressources naturelles ou biosphériques, afin d’en tirer un plus grand bénéfice.

Aujourd’hui, on refuse le développement technologique au nom de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (c’est le thème central des accords de Kyoto). En réalité, la planète se porterait beaucoup mieux si l’on produisait davantage de gaz carbonique, car les plantes aiment cela. Avec davantage de végétation, d’arbres et de plantes, le climat s’améliore - et il devient plus tempéré. On peut commencer à faire reverdir le désert. En fait, la motivation réelle de ces gens consiste à arrêter le progrès technologique.

Cette conception dégradée de l’homme ne date pas d’hier : certaines personnes décident d’instaurer un système dans lequel elles régneront sans permettre aux autres, aux gens ordinaires, de développer la capacité de prendre en mains leur propre destin. Au contraire, elles adoptent des politiques - en matière de santé et de soins médicaux - qui reviennent à tuer les gens. « Ah, ce n’est pas la peine qu’ils continuent à vivre, laissez-les mourir ! »

C’est cette attitude qui est en cause. Malheureusement, la majorité des gens sont des subalternes. C’est pourquoi ceux d’entre nous qui ne le sont pas doivent défendre les populations, en leur redonnant courage, en leur montrant le sens supérieur de leur existence, afin que les individus deviennent plus créateurs, plus confiants et moins susceptibles d’être attirés par ces absurdités. (...)

M. Askary : La population américaine doit être mobilisée, elle aussi. Que lui diriez-vous pour qu’elle soutienne votre initiative ?

M. LaRouche : Notre problème n’est pas tellement de ce côté-là, c’est une autre histoire. Ce n’est pas par manque de connaissances, puisque je suis l’une des personnalités les plus connues aux Etats-Unis. En réalité, ma base de soutien est beaucoup plus large que celle qu’avait Kerry, récemment encore. (...)

Le vrai problème, c’est que les gens pensent que l’ennemi ne permettra jamais que je gagne. Et qui est mon ennemi ? C’est l’oligarchie, principalement l’oligarchie britannique qui a pris le contrôle des Etats-Unis et de notre système financier. C’est elle qui est derrière Tony Blair, et il en fait partie.

Mais lorsque nous atteignons un point de crise - et nous en avons eu plusieurs, comme à l’époque de Roosevelt - les Américains tendent à se libérer de cette mentalité de « subalternes ». Ils répondront à un vrai leadership et agiront en conséquence. Mais si ce genre de leadership fait défaut, ils n’agiront pas. De plus, ils ne répondront à quelqu’un que s’ils sont convaincus qu’il les défend vraiment - qu’il ne cherche pas à les rouler - et s’il propose des mesures concrètes. Du genre : « Ah, vous voulez créer beaucoup d’emplois ? C’est bien . »

Dans cette période de crise où nous sommes, soit nous nous dirigeons vers l’enfer, soit nous empruntons une autre voie. Comme pour Roosevelt en 1933, nous allons devoir faire un choix. Nous sommes à un tournant. Et comme les Etats-Unis sont la seule nation dotée des pouvoirs nécessaires, nous devons trouver le courage de faire le premier pas pour sortir le monde entier de la crise financière dans laquelle il se trouve.

Pour tous ceux qui comprennent les Etats-Unis, et la situation mondiale, lorsqu’ils examinent ce problème, comme je l’ai fait, on a un sens de sa responsabilité personnelle, malgré toutes ses limites. On se dit : quelle initiative peut-on prendre pour obtenir le changement qui est si urgent et nécessaire ?

Il ne s’agit pas de rester passif, ni d’écrire un livre rempli de propositions pour les générations futures. Vous devez agir maintenant, pour sauver des gens maintenant. (...)

L’autre Amérique

M. Askary : Au Moyen-Orient, surtout chez les personnes plus âgées, qui sont conscientes de votre rôle, et même chez certains responsables religieux, on reconnaît que les Etats-Unis qu’ils ont connus dans les années 40 et 50, lorsqu’ils étaient étudiants, étaient totalement différents de ce qu’ils sont devenus aujourd’hui. Et ils disent que c’est vous, Lyndon LaRouche, qui représentez cette Amérique-là. Vous parlez de la mission des Etats-Unis, qu’est-ce que c’est ?

M. LaRouche : Nous sommes arrivés au point où l’objectif pour lequel notre pays a été créé dépend de nous. Nous avons été créés par des Européens qui avaient perdu l’espoir de pouvoir créer une véritable république en Europe à cette époque, dans les conditions du XVIIIème siècle et de l’émergence de l’Empire britannique. (...)

Ils pensaient que la création d’une république en Amérique du Nord créerait les conditions permettant de répercuter le processus en Europe. Cela ne s’est jamais réalisé, à cause de la Révolution française, orchestrée par les Britanniques. Il n’y a jamais eu de véritable république en Europe. On s’en approcha du très près avec de Gaulle, dans ses meilleurs moments.

Les institutions européennes reposent sur des normes libérales anglo-hollandaises. En temps de crise, elles donnent un gouvernement totalement impuissant. Il fonctionne peut-être très bien, en temps normal, mais pas en période de crise. Il ne peut pas prendre d’initiative. Voilà la nature du problème. Par ailleurs, l’Europe a été détruite par deux guerres mondiales, ce qui a entraîné une démoralisation, avec un effet cumulatif de génération en génération.

Les Etats-Unis ont la responsabilité de mener à bien la mission que l’Europe leur avait confiée : servir d’exemple pour déclencher en Europe une vague de changement de régimes gouvernementaux. Le prochain sur la liste devait être celui de la France, mais elle fut, au contraire, transformée en monstre par la Terreur jacobine et Napoléon. L’Europe ne s’en est pas remise à ce jour.

Or les êtres humains, par le fait même qu’ils sont humains, développent toujours des choses bénéfiques pour l’humanité. Nous avons eu en Europe des institutions, et des tendances, tout à fait bénéfiques, mais on ne leur permit jamais de garder le pouvoir. A chaque fois, les banquiers libéraux anglo-hollandais et des influences similaires ont réussi, à l’aide de guerres ou autres, à reprendre le dessus.

Nous, les Etats-Unis, avons la responsabilité de libérer le monde du legs de la tyrannie anglo-hollandaise et de montrer que nous pouvons très bien gérer les affaires de la nation sans recourir à aucune forme de dictature, quelle qu’elle soit. (...)

Le besoin de développement

M. Askary : Pour le moment, les populations du Moyen-Orient se considèrent comme des victimes, comme des nations affaiblies...

M. LaRouche : Ils le sont !

Leur réaction se traduit donc par un sentiment de frustration et de désespoir. Mais dans vos propositions, vous faites référence au fait que les pays arabes et musulmans pourraient contribuer au dialogue des civilisations, au lieu d’accepter une politique imposée de l’extérieur. Quel serait leur rôle, avec leur culture et leur bagage historique, pour aider à mettre en place ce genre de solution ?

C’est simple ! Vous avez là une région qui a besoin d’être développée. Le désert en est l’exemple le plus flagrant. Je suis allé en Irak en 1975 et j’ai remonté l’Euphrate. J’ai vu (je connaissais l’époque de Haroun al-Rachid) un pays dont la population, au XXe siècle, est moins nombreuse que sous Haroun al-Rachid. En remontant l’Euphrate, on voit des roues hydrauliques [pour l’irrigation] et là où elles fonctionnent, il y a un village, de la végétation, des fruits, tandis qu’ailleurs, la roue ne tourne plus et le village a disparu. (...)

On voit la destruction de ce qui avait été développé au cours de l’histoire : on avait une population estimée à 35 millions de personnes - dans un contexte économique mondial plus primitif - qui avait un niveau de vie plus élevé. (L’effondrement du Califat est une autre histoire, mais néanmoins, à cette époque, sous al-Mamoun, etc., il y eut un certain développement.)

Lorsque vous êtes sur place, voyant cela, vous vous dites : c’est inadmissible !

Le système de distribution d’eau existe toujours, il faut le gérer. Nous pouvons augmenter artificiellement les ressources en eau ; nous pouvons changer le climat, à condition d’avoir suffisamment de végétation, pour que se forme un microclimat. A l’époque, en 1975, la population irakienne faisait beaucoup de progrès. Bagdad comptait, je crois, quelque deux millions d’habitants. C’était un petit pays, mais avec des chantiers partout - on y construisait partout ! En se promenant dans les rues, on apercevait une mosquée en construction, de conception pakistanaise (probablement financée par un prince saoudien). Partout, on construisait. Tel était l’esprit de cette population, dotée d’un bon niveau culturel. J’ai eu affaire à de nombreux Arabes relativement « ordinaires » ; - ils parlaient couramment l’anglais, à cause de l’occupation britannique - qui étaient très cultivés. Ils étaient attachés à l’amélioration de leur pays. Tout cela a été détruit.

Ainsi, si nous faisons ce qui doit paraît évident, alors cette zone - en raison de sa position géographique, dans un contexte de développement de toute l’Eurasie - deviendra un carrefour de développement, et pas seulement un réseau d’oléoducs pour exporter le pétrole. Si on met en place un système de transport, comme on l’a vu avec le chemin de fer transcontinental aux Etats-Unis, on peut transformer tout cet axe en zone de production. Tant et si bien qu’en fin de compte, avec les bénéfices tirés de la production, le chemin de fer n’aura rien coûté. (...) Toute cette région représente un potentiel énorme.

Prenez la population palestinienne, du moins ce qu’elle était il y a peu de temps encore, avant d’être brutalisée. Les Palestiniens sont, en général, cultivés et très motivés sur le plan culturel. Si on leur en donne l’occasion, ils deviendront un facteur tout à fait positif. La population égyptienne a les mêmes qualités.

Considérez ce que j’ai vu à Abou Dhabi : le développement en l’espace de seulement 20 ans. Un endroit où il n’y avait que deux bâtiments dans un désert aride, au bord du Golfe, est devenu une ville active, pleine de gens venus de tout le monde arabe. Certains sont citoyens, d’autres pas, mais ils ont tous des visas permanents pour y travailler. C’est une belle ville, développée à partir du désert et il existe des projets de développer ainsi l’ensemble du pays. Toute cette région a naturellement un potentiel de développement.

Il est rare, dans les discussions politiques, que l’aspect économique soit évoqué. Nous avons eu un problème similaire dans les accords de paix israélo-palestiniens : tout le monde voulait bien parler de solutions politiques mais personne ne voulait aborder les solutions économiques, comme s’il s’agissait de deux choses séparées.

C’est la mauvaise approche. En fait, certaines personnes le souhaitaient, mais la Banque mondiale est intervenue sur les accords d’Oslo pour empêcher tout développement.

Nous parlons d’une région qui a besoin d’eau pour se développer. Nous avons traversé la Jordanie : il y a du sable et quelques enclaves. Du sable, rien que du sable. Vous arrivez au Soudan par avion, on voit du sable partout ! Il est évident que le développement de l’eau et de l’énergie sont les deux piliers du développement économique de la région. S’il n’y a pas assez d’eau pour les Israéliens et les Palestiniens, comment voulez-vous avoir la paix ? Si l’on prive d’eau les Palestiniens, comment peut-on espérer la paix ?

M. Askary : M. LaRouche, que comptez-vous faire maintenant, dans les jours et les semaines à venir ?

M. LaRouche : Je vais poursuivre mes efforts dans ce domaine, avec la doctrine que j’ai définie. Nous avons rencontré de l’intérêt en Europe, nous avons des réponses dans le monde arabe. Nous avons des personnes aux Etats-Unis, assez influentes dans le système présidentiel ou au Congrès, qui s’y intéressent, parfois même beaucoup.

Je suis en discussion avec des personnes d’un certain niveau, qui sont des experts de cette région, pour qu’ils rejoignent un groupe de travail spécifique formé dans le cadre de ma campagne présidentielle, en tant que conseillers, etc. Si la réponse est positive, alors nous pourrons passer à une escalade rapide du débat au niveau international. Je suis sûr qu’il y a aussi des gens dans différentes parties du monde, comme au Caire, enclins à soutenir une telle discussion pour développer une idée générale - pas un contrat détaillé, mais un accord de principe sur les objectifs à atteindre. Les grandes lignes peuvent être très simples : « Voilà ce qu’il faut faire pour instaurer la paix ».

J’ai eu des discussions techniques sur la façon de procéder. Il s’agit de remettre au travail, sans délai, les techniciens irakiens et les militaires. Il faut redonner aux Irakiens leur gouvernement, avec leur Constitution. Ce n’est pas le moment de faire des essais, de tenter de résoudre chaque problème, mais il faut faire en sorte que le pays puisse fonctionner. Les forces américaines et autres pourront soutenir les militaires irakiens. En effet, l’Irak exigera, instinctivement, d’avoir la capacité de se défendre. Par conséquent, il faut rebâtir l’armée irakienne. C’est l’une des tâches qui nous incombe, afin de renverser la vapeur ; nous ne venons pas en ennemi, nous venons vous aider à bâtir quelque chose pour vous, pour que vous puissiez vous défendre.

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