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Les éditoriaux de Jacques Cheminade

Aveuglement national

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La brève conversation que je viens d’avoir avec un dirigeant politique français est malheureusement révélatrice de l’état d’esprit de nos élites. Après un premier rendez-vous, il s’était montré extrêmement intéressé par la perspective d’un nouveau Bretton Woods, actuellement évoquée au Parlement européen de Strasbourg, et m’avait demandé de le rappeler deux semaines plus tard. Lorsque je m’exécutai, il me répondit, avec ce ton agacé qui dénote le surmenage administratif, ne pas s’être occupé du « dossier » car « nous sommes bien entendu trop sollicités par le quinquennat ».

Cet instinct très sûr, fait d’un cumul d’habitudes sociales et d’horizon court, pour choisir l’accessoire au détriment de l’essentiel, est chez nous le plus sûr chemin de l’impuissance.

Car, hélas, mon interlocuteur n’est qu’un maillon d’une longue chaîne. Certes, l’on sait, au sein de nos élites, et l’on pourrait citer plusieurs déclarations intelligentes de Laurent Fabius à ce sujet, que le système financier et monétaire international actuel est devenu une machine à détruire. Certes, l’on sait qu’avec la décision de la Banque centrale européenne de relever d’un demi-point son principal taux directeur à 4,25%, et la probable décision de la Banque du Japon allant dans le même sens, une « guerre des taux » est sur le point de se produire à l’échelle mondiale. Certes, en politique intérieure, l’on sait que le Medef, avec la complicité de la CFDT, remet en cause les fondements mêmes de notre système social. Certes, l’on voit que lorsque les patrons européens se réunissent à Bruxelles, toute la Commission accourt et Romano Prodi célèbre une « flexibilité » et une « concurrence » qui sont l’arrêt de mort de la notion de service public.

Certes, l’on sait. Cependant, l’on préfère d’autant plus s’enfoncer la tête dans les petites affaires du moment et se dire qu’on laissera l’essentiel pour plus tard.

Ici, nous sommes absolument de l’avis contraire. Les emplois fictifs, les électeurs fictifs et la durée des mandats ne sont pas notre pain de chaque jour. Nous sommes convaincus que la France a encore un rôle à jouer dans les affaires du monde, une grande querelle à relever, et que ce défi et cette querelle doivent nous définir.

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