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Les éditoriaux de Jacques Cheminade

Blum, aujourd’hui

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Les éditoriaux de Jacques Cheminade sont publiés tous les quinze jours dans le journal Nouvelle Solidarité, sur www.solidariteetprogres.org ainsi que www.cheminade2007.org, et consitutent le principal regard du candidat à la présidentielle de 2007 sur l’actualité française et internationale.

Plutôt que de se plonger dans la sinistre actualité de l’affaire Clearstream, il est essentiel, en ce soixante-dixième anniversaire, de tirer les leçons de l’exercice du pouvoir par Léon Blum.

Pourquoi ? Parce que la politique du Front populaire, à la fois en ce qui concerne ses choix économiques et le réarmement face à Hitler, intervient à un moment de l’histoire présentant de troublantes similitudes avec le nôtre. Ceux qui la sabotèrent sont les mêmes qui, aujourd’hui, voient dans le néo-libéralisme et l’abolition de notre souveraineté nationale une fatalité.

Le 5 juin 1936, quand Blum prend officiellement le pouvoir, c’est un mois et demi avant le déclenchement de la guerre d’Espagne (le 18 juillet), et six mois après l’expérience Laval. Pierre Laval, président du Conseil entre janvier 1935 et janvier 1936, avait réduit la capacité de production, les dépenses de l’Etat, le traitement des fonctionnaires et les pensions de retraite. Cette politique brutale de déflation, semblable à celle de Brüning en Allemagne, provoqua l’effondrement de l’économie et un marasme social.

Blum incarne un sursaut. L’on connaît les mesures sociales du Front populaire, prises avec l’appui des « grèves de la joie ». L’on connaît moins sa politique économique et militaire. Blum accroît la tutelle de l’Etat sur la Banque de France et étend le droit de vote à tous les actionnaires, réservé jusqu’alors aux deux cents plus gros (les deux cents familles), pour tenter de mettre la finance au service de la collectivité. Et il procède à une politique de réarmement dépassant les exigences de l’état-major. Si cette politique avait été suivie, le potentiel des forces françaises aurait doublé entre juin 1936 et juin 1940.

D’où vient alors l’échec ? Du sabotage par la synarchie financière, et notamment par Pierre-Etienne Flandin, le futur chef du gouvernement (1940-1941) de Pétain, et par la faction du parti radical alliée aux Britanniques, animée par Louis Malvy et Joseph Caillaux. Ensuite et surtout, par Londres. C’est sur les pressions de Londres, des banquiers français et du Quai d’Orsay, devenu un « temple de l’anglophilie » sous le règne d’Alexis Léger, que la Banque de France ne fut pas réellement nationalisée et le redressement militaire face à Hitler saboté. Enfin, bien que l’ambassadeur William Bullitt ait dit à Roosevelt que « Blum (...) tente, à sa manière, de faire ce que vous aviez fait en Amérique », Henry Morgenthau s’opposa à l’octroi d’une aide financière à la France, « étant donné les proportions que prend son budget de guerre ». Roosevelt, plus tard, le regrettera.

Retenons un point fondamental : Blum sous-estima le rôle de l’oligarchie financière britannique et de ses collaborateurs français. Il ne comprit pas leur volonté de détruire l’Europe. Aujourd’hui, une cabale financière transatlantique poursuit le même dessein, avec un euro qui est devenu son arme. La combattre est la principale leçon à tirer de la tentative avortée du Front populaire.

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