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Les écrits de Lyndon LaRouche

Cervantes aurait été impressionné

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Lyndon LaRouche nous livre ici ses réflexions sur un livre de Yudl Rosenberg paru en 1909, The Golem and the Wondrous Deeds of the Maharal of Prague*, traduit de l’hébreu en anglais par Curt Leviant.

Critique de livre
Cervantes aurait été impressionné

Lyndon LaRouche nous livre ici ses réflexions sur un livre de Yudl Rosenberg paru en 1909, The Golem and the Wondrous Deeds of the Maharal of Prague*, traduit de l’hébreu en anglais par Curt Leviant.

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Ce livre est, sans la moindre exagération, un joyau ! C’est une joie de le lire, mais prenez garde, il contient des significations plus profondes qui, sous une ironie feinte, tentent de rendre anodines des réalités effrayantes.

Un mérite spécial revient au traducteur Curt Leviant pour la beauté qui ne manquera pas de saisir le lecteur. Son introduction m’a impressionné comme l’œuvre d’un esprit contemporain vraiment marquant, quelle que soit la langue. La traduction reflète bien l’intention, et le génie authentique, mais aussi le sens de l’humour de l’auteur, Yudl Rosenberg. Il suit les pas de Miguel Cervantes avec une insolence ravissante et réellement créatrice, que Curt Leviant réussit fort bien à rendre dans sa présentation de la scène. Comme je ne lis pas l’hébreu, mes commentaires sont à une certaine distance du texte original de l’œuvre de Rosenberg, mais certaines significations défient de telles barrières.

Mis à part ce défaut affectant mon rôle de critique, je suis un Américain de naissance ayant fréquenté pendant mon adolescence et après, de la fin des années 1930 jusqu’à la fin des années 70, de nombreux Juifs américains adultes issus de quatre générations différentes, surtout d’origine allemande ou est-européenne, alors que j’habitais dans les environs de Boston et de New York. Je jauge cette expérience à la lumière de l’importance que j’accorde au rôle de Moses Mendelssohn dans la grande révolution classique des dernières décennies du XVIIIe siècle, par contraste avec la lutte de Henri Heine pour résister et vaincre l’ennemi qu’il voyait dans la dépravation de l’école romantique post-1815 et qu’il détestait, tout comme moi. Ainsi, j’ai l’avantage de connaître les aspects fondamentaux du contexte historique dans lequel le Juif européen a dû le plus souvent lutter pour trouver et défendre son sens d’identité dans ce monde globalement menaçant qui l’entourait.

Toutes ces considérations prises en compte, ce livre peut être estimé comme on estime un joyau. J’expliquerai pourquoi je peux le dire sans risque d’être accusé d’exagération.

Le thème de la vie intérieure des peuples soumis à une persécution prolongée et récurrente, en raison de leurs origines ou de leurs croyances, me fascine depuis mon enfance, et plus encore depuis mon adolescence passée dans les environs de Boston, dans un environnement où je trouvais odieuse la discrimination vicieuse alors couramment pratiquée à l’égard de personnes d’origine italienne, juive d’Europe orientale et afro-américaine.

Dans ce contexte, deux modèles de résistance à cette discrimination aux Etats-Unis furent particulièrement importants pour moi. Mes souvenirs les plus heureux sont les réalisations triomphales de Moses Mendelssohn et le cas relativement mélancolique de Henri Heine, qui se battit pendant presque toute sa vie d’adulte pour une grande cause : la Renaissance classique de la fin du XVIIIe siècle en Allemagne. Presque jusqu’à la fin de sa vie, Heine lutta contre l’ordure du romantisme post-napoléonien propagé par le proto-fasciste GWF Hegel, un correspondant secret du prince Metternich, et contre l’école romantique dans son ensemble. Puis, plus récemment, nous avons la Renaissance yiddish, incarnée dans les Etats-Unis de ma jeunesse par des noms comme le « Workman’s Circle » (cercle des travailleurs) et les écrits de Sholem Aleichem.
Comme le montre Yudl Rosenberg dans le Golem, la défaite relative, la presque abolition des accomplissements héroïques de Moses Mendelssohn, a laissé, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, un vide dans lequel s’est créé un humour juif terriblement nécessaire, qui se base implicitement, comme le Golem de Yudl Rosenberg, sur l’image de l’« ami invisible » du petit enfant, ou son « nounours ».

Il y a deux décennies, au cours d’une visite à Florence, nous étions assis, ma femme et moi, dans un endroit herbeux de l’autre côté de l’Arno où j’imaginais que Boccace aurait pu s’installer pour écrire son Décameron, tout en observant l’holocauste de la Peste noire dans les rues de Florence, de l’autre côté du fleuve. La manière dont Cervantes traite l’Espagne corrompue du XVIe siècle sous Philippe II fait écho à Boccace, par le biais des personnages moralement défaillants de Don Quichotte et Sancho Panza, qui servent de repoussoirs. Il est important que le lecteur reconnaisse que Yudl Rosenberg n’est pas un quelconque romantique pessimiste et morose, il exprime un sens de l’humour délicieux qui caractérise aussi les plus grands auteurs de tragédies classiques.
A cet égard, en lisant le Golem, on devrait penser à la célèbre remarque de Schiller concernant l’intention du drame classique : le spectateur, après avoir vu se dérouler sur scène la folie ambiante, devrait se résoudre, en quittant le théâtre, à devenir un citoyen meilleur, conscient de sa responsabilité dans l’évolution de la société. Schiller reflète ainsi un optimisme essentiel, l’optimisme du citoyen provoqué à réfléchir à ce que peut s’auto-infliger une société négligée par ses citoyens, comme le fait implicitement la tragédie classique lorsque l’ensemble de l’action présentée sur scène est horrifiante.

On ne trouve aucun élément tragique dans l’œuvre de Moses Mendelssohn ni de son cher ami et collaborateur, Gotthold Lessing. Jeune fils pauvre d’un scribe de Dessau, Mendelssohn brandit la bannière de Gottfried Leibniz, et de Platon avant lui, et ébranle les piliers du temple philistin dans le Berlin de Frédéric le Grand, prenant d’assaut la corruption de l’école empiriste des voltairiens comme D’Alembert, Leonhard Euler et Joseph Lagrange. Ces deux amis, avec le mentor de Lessing, le mathématicien Abraham Kästner, déclenchèrent en Allemagne un grand élan classique qui se propagea en Europe et fut même décisif dans la création de la République constitutionnelle des Etats-Unis.

Ces amis, souvent sans le sou, secouèrent le monde en leur temps. Par exemple, comme certains de mes collaborateurs l’ont montré dans différents écrits, les disciples de Jean-Sébastien Bach, notamment Wolfgang A. Mozart, Ludwig van Beethoven, Franz Schubert, etc., se trouvaient dans la mouvance, à Leipzig et Berlin, de la famille de Moses Mendelssohn. Depuis cette époque, il n’est rien de véritablement grand dans la culture allemande qui ne soit ancré dans la conspiration classique dans laquelle les cercles de Lessing et de Mendelssohn jouèrent un rôle crucial. C’est de ces cercles qu’émergea le génie de Friedrich Schiller pour créer en grande partie ce qui reste, aujourd’hui encore dans notre monde, inégalé. On en trouve un écho chez Benjamin Franklin et son réseau aux Etats-Unis, et dans les cercles exemplaires de Percy Shelley et de John Keats en Grande-Bretagne.

Mais il y eut la perversion de la prise de la Bastille, la puanteur satanique des Jacobins et leur Terreur, et de Napoléon Bonaparte, cette marionnette virtuelle de Joseph de Maistre. Les négociations à Vienne de 1812 à 1815 firent reculer l’histoire européenne.

Le génie de Schiller, Beethoven et Schubert reflétait une glorieuse époque révolue. La maladie de ce que Henri Heine appelait « l’école romantique » et sa perversion imprimèrent une autre tendance. Plus tard, vint le limogeage du chancelier allemand Bismarck, qui ouvrit la voie aux Première et Deuxième guerres mondiales, conséquence de l’intention d’Edouard VII de Grande-Bretagne. En même temps, on assista à un tournant illustré par Serguei Zoubatov, l’étrange chef de police et bourreau de l’Okhrana qui fut l’architecte de la Révolution russe de 1905, un complot s’appuyant sur les pogroms de l’Okhrana contre les Juifs d’Europe de l’Est.

A cette époque, le Bund [Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, Pologne et Russie] fonda une tradition qui marquait aussi les communautés d’immigrés juifs affluant dans la version américaine des ghettos. Cette génération ressentait le profond besoin d’une vie secrète partagée par ceux qui sentaient la présence de cet « ami invisible » de l’enfant. Le Golem, présenté dans cette œuvre de Rosenberg, reflétait ce désir d’« ami invisible » avec qui exprimer, en chuchotant, ses espoirs de justice miraculeuse. Il arrive à n’importe quel enfant, bien au chaud dans son lit, d’imaginer ce que chuchotent ses parents dans la pièce du bas. Pour s’endormir, cet enfant, qui pense que ses parents sont certes courageux, mais sans doute sans défense face au danger rôdant à l’extérieur, s’adresse alors à voix basse à la présence réconfortante d’un ami imaginaire et puissant.

L’important dans la présence ressentie de l’ami invisible n’est pas ce que l’enfant croit explicitement, mais plutôt la crainte qui sous-tend son vœu plein d’espoir. Cet enfant, dans ce qu’il a de mieux, est le citoyen ordinaire de Schiller, devenu meilleur lorsqu’il quitte le théâtre, bien que, souvent, le dramaturge - Shakespeare ou Schiller - lui ait dépeint comme un avertissement inspiré la dépravation totale des principaux personnages (ceux de Wallenstein, ou le marquis de Posa et le Roi dans Don Carlos) et les craintes tapies dans les voix étouffées des parents, dans la pièce en-dessous.

Sous les planchers du rêve

Sur ce dernier point, j’encourage le lecteur à prêter une attention particulière aux pages XXIII à XXXIV de l’introduction de Curt Leviant. Permettez-moi de parler brièvement des implications plus profondes de l’œuvre, telles que je les vois, et des réflexions sur la question de l’« ami invisible » que ces pages ont provoquées en moi.
Albert Einstein a décrit notre univers comme fini dans son ensemble, et pourtant auto-limité sans « barrières » externes. Il invoque à ce sujet Johannes Kepler et Bernhard Riemann, qui illustrent bien comment le pouvoir de l’individu humain de découvrir les principes non visibles qui façonnent l’univers dans lequel nous agissons, reflète un genre de connaissance portant sur ce qui réside au-delà d’une lecture littérale de l’expérience sensible. Nous rencontrons ce domaine supérieur dans la découverte et la maîtrise de principes physiques universels, et nous retrouvons le produit de cette merveilleuse faculté humaine dans une grande composition artistique classique. Il se peut que l’enfant qui commence à s’endormir sente la présence de principes universels plus puissants que les simples objets de la perception sensible. Ce sentiment reflète la faculté mentale dont dépend la découverte des principes universels du système solaire et de la galaxie, le sens d’un pouvoir qui est, par nature, bon, agissant sur le monde, ombre de l’expérience sensible dans le petit.

En jugeant de l’ironie que je viens de décrire, nous devons prendre en compte un fait connu de tout grand physicien : les images de perception sensible, renvoyées par les sens de l’être mortel, ne sont que les ombres projetées sur les perceptions sensibles par une réalité que l’on ne voit pas directement. La réalité qui se trouve derrière cet aspect de l’expérience perçu par les sens, est le domaine dans lequel nous situons la connaissance expérimentale de la certitude de l’existence de certains principes.

L’exploration de ces types d’ironies a abouti, de manière répétée, à la notion d’un univers physique similaire au domaine de la sphérique connue des anciens pythagoriciens et de Platon et, à l’époque moderne, à la réaffirmation de ce principe de la sphérique par Nicolas de Cues, dans sa Docte ignorance. Cette méthode fut aussi employée par Kepler et nombre de ses disciples, dont Fermat, Leibniz et Riemann. C’est la notion anti-euclidienne et anti-cartésienne que nous associons aux travaux de Kepler, Leibniz et Riemann, comme l’a reconnu Einstein.

En poursuivant convenablement cette voie, nous passons du développement de la notion de l’harmonique par Kepler au système de contrepoint de Bach, qui reflète à la fois les méthodes vocales bel canto de l’école florentine et les travaux de Kepler. Nous voyons des reflets de cette méthode dans la révolution de la peinture accomplie avec succès par Léonard de Vinci. Ces expériences montrent que l’esprit est capable de connaître les principes de la géométrie physique contenus dans l’univers réel, au-delà de nos perceptions sensibles. Le pouvoir, et l’impulsion, de les connaître réside dans l’esprit de l’enfant grandissant qui invente son « ami invisible ». Il ne s’agit pas d’une fantaisie ; ce qui le serait plutôt, serait de nier la signification efficiente de ce phénomène relativement courant chez les jeunes enfants. Le Golem de Yudl Rosenberg est fictif, mais la faculté de l’esprit humain qui génère l’existence imaginée du Golem, elle, ne l’est pas.

Ceux d’entre nous qui ont rejeté depuis longtemps les fantaisies euclidiennes et cartésiennes, et qui ont reconnu le fondement d’une géométrie physique riemannienne dans l’ordonnancement des processus légitimes démontrés de changement qualitatif du principe des processus, peuvent assurer à cet enfant qu’il existe bel et bien quelque chose comme un ami invisible dans cet univers essentiellement bon. L’esprit de l’enfant avance, disant « s’il te plaît ». Un jour, si cet enfant suit le fil menant à la vraie science et à la véritable composition artistique classique, il y trouvera les preuves de l’existence du véritable ami auquel il aspirait dans sa petite enfance.

Le Golem de Yudl Rosenberg n’existe pas, mais le monde dans lequel il devrait exister est réel. Si les cauchemars associés à ses aventures semblent exprimer le pessimisme, son personnage est l’expression d’un optimisme profond. Son délicieux sens de l’humour, reflété dans sa création d’un univers fictif similaire à celui du Don Quichotte de Cervantes, exprime une forme profonde d’optimisme inné, dans un monde qui est par ailleurs une abomination. On entend comme le frémissement de l’espoir, qui chuchote derrière le rideau de la terrible tragédie ; il n’est pas sur scène, mais il est présent. Adultes, nous appelons cela la science et la composition artistique classique, nées toutes deux en tant qu’expression de la même substance essentielle. Cette substance, nous la connaissons comme la créativité de l’individu humain.

Le sens de la présence de cette créativité est l’essence de ce que j’ai lu au cours d’un vol transatlantique où j’ai eu l’occasion de me concentrer d’un trait, presque sans interruption, sur cette lecture, et je remercie beaucoup Curt Leviant pour cela. Je vous recommande de faire comme moi. Sachez toutefois que le prix du billet est à vos frais.

*The Golem and the Wondrous Deeds of the Maharal of Prague, de Yudl Rosenberg, Yale University Press, mai 2007.

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