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Les analyses de Jacques Cheminade

Coup d’Etat britannique à Bruxelles

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Avec le nouveau président de la Commission européenne, Romano Prodi, Tony Blair a réussi &aegrave; installer solidement ses troupes &aegrave; Bruxelles, qui prend désormais des allures d’annexe du Foreign Office. Les avis sont unanimes : le remaniement administratif opéré par MM. Prodi et Neil Kinnock, le vice-président britannique de la commission chargé de la réforme interne, s’est fait entièrement &aegrave; l’avantage de Londres, contre les intérêts français et allemands.

« Sur cent vingt postes, dix-sept sont allés &aegrave; des Britanniques et dans huit cas, il s’agit de fonctions de premier plan », souligne La Stampa de Turin. Pour El Pais, « Romano Prodi a ainsi payé la dette qu’il avait envers son complice de la troisième voie, Tony Blair, qui l’a aidé &aegrave; se hisser &aegrave; la tête de la Commission ». Le quotidien madrilène ajoute : « Prodi a consacré deux catégories d’Européens : d’un côté, les aristocrates - les Britanniques et ceux qui parlent la langue de l’empire - et de l’autre, les parias. »

Aristocrates, Empire ? Oui, car c’est bien d’une conception impériale du monde, impériale et romaine, que rêve l’anglophile Prodi. Intervenant devant le Parlement européen le 17 octobre, il a déclaré sans ambages : « Pour la première fois depuis la chute de l’Empire romain, nous avons l’opportunité de réunir l’Europe, non par la force ou les armes, mais sur la base d’idéaux partagés et de règles communes. » Comme si l’Empire romain - ou son confrère britannique - avaient été bâtis sur la base d’idéaux partagés et de règles communes ! M. Prodi, non content de se faire le représentant de commerce des visions anglo-romaines, en rajoute en se moquant du monde.

Examinons comment ont été répartis les postes dirigeants au sein de la bureaucratie bruxelloise.

Au niveau des directeurs généraux (DG) et des directeurs généraux adjoints, chaque pays bénéficiait, depuis 1958, d’une part plus ou moins équitable. Maintenant, les Britanniques se trouvent sur-représentés avec sept postes de DG, alors que les Allemands n’en ont que quatre, les Espagnols un, les Italiens et les Portugais aucun. La France se maintient apparemment &aegrave; un niveau honorable avec six postes, mais elle ne peut plus se prévaloir de diriger un seul service essentiel. Elle a en effet perdu l’agriculture, qu’elle détenait depuis les origines de la Communauté européenne, et la définition de la stratégie d’élargissement ; l’on dit même qu’elle devrait perdre le budget et le service juridique. Globalement, les deux tiers des postes reviennent &aegrave; des pays du nord de l’Europe.

Au niveau des chefs de cabinet et des chefs de cabinet adjoints des directeurs - les équivalents des directeurs de cabinet et des directeurs de cabinet adjoints français - la situation est pire. Les Britanniques ont réussi &aegrave; s’emparer de huit postes (trois directeurs et cinq adjoints), contre trois &aegrave; la France (un directeur et deux adjoints) et quatre &aegrave; l’Allemagne. Plus grave encore, les Français sont écartés de plusieurs cabinets importants. Les Britanniques Neil Kinnock et Chris Patten, chargé des Relations extérieures, n’ont pris aucun de nos compatriotes, alors que les deux commissaires français, Pascal Lamy (Commerce extérieur) et Michel Barnier (Aides régionales) ont nommé tous deux un chef de cabinet adjoint britannique.

Ni le porte-parole de la Commission ni le chef de service « presse et communication » ne sont français. Ricardo Levi, le porte-parole de Prodi - « Call me Ricky », lance-t-il &aegrave; ses interlocuteurs - ne dissimule pas son anglophilie. Secondé par deux anglophones, il maîtrise lui-même médiocrement le français.

Kinnock s’est opposé &aegrave; la nomination d’un Français au poste de porte-parole adjoint, lui préférant... un Britannique. La salle de presse a non seulement été réaménagée « &aegrave; l’américaine », mais a été réorganisée sur les conseils d’Alastair Campbell, le porte-parole de Blair, que celui-ci avait dépêché &aegrave; Bruxelles pendant les bombardements du Kosovo pour « durcir » le discours de l’OTAN.

En même temps, les Britanniques se taillent la part du lion dans les différents cabinets de lobbyistes qui se sont multipliés &aegrave; Bruxelles.

A cette scandaleuse éviction, Paris répond par l’attitude du béat des crèches provençales. A l’Elysée, &aegrave; Matignon et au Quai d’Orsay, on se déclare « satisfait », avalant avec apparemment beaucoup de philosophie la couleuvre que leur vendent MM. Kinnock, Prodi et Levi : les critères retenus auraient été « le souci de rotation, d’équilibre et de mérite ».

Faisant preuve d’encore plus de soumission déférente, tous nos hauts fonctionnaires se mettent &aegrave; parler anglais. Ainsi, le lundi 27 septembre, Christian Noyer, ex-directeur du Trésor et actuel vice-président français de la Banque centrale européenne, auditionné par la commission des Affaires monétaires du Parlement européen, s’est exprimé &aegrave; Bruxelles dans un parfait anglais - alors que la traduction simultanée était disponible dans les onze langues de l’Union. Dis-moi comment tu parles...

« God save la Commission européenne », titre Libération du 29 septembre, que l’on ne peut pourtant pas soupçonner d’anglophobie militante.

Deux choses méritent ici d’être rappelées. L’un des premiers hommes politiques européens ayant soutenu la candidature de Prodi &aegrave; la présidence de la Commission a été - oh yes - Daniel Cohn-Bendit. Et aujourd’hui, la vice-présidente de la Commission et commissaire européenne chargée des Transports, Loyola de Palacio, déclare urbi et orbi qu’« il n ’y a pas de lien entre la libéralisation et l’accident de Paddington » - ce que Blair lui-même n’ose pas dire ! Il est vrai que le gouvernement britannique entend poursuivre ses privatisations dans le domaine des transports, malgré les critiques suscitées par l’accident ferroviaire, avec des projets qui concernent le contrôle aérien et le métro de Londres. Il lui est donc utile que la commissaire européenne déclare sans ciller : « Seule l’ouverture &aegrave; la concurrence permettra d’améliorer la qualité du service et de redonner au rail la place qui lui revient (...) Rien dans le traité de l’Union n’oblige le contrôle aérien &aegrave; être un service public. » Fermez le ban.

Bref, l’Europe qui se fait aujourd’hui &aegrave; Bruxelles est non seulement nocive pour les Etats-nations qui la composent, mais se coupe durablement des citoyens, qui se reconnaissent de moins en moins « dans cette institution qui prétend les gouverner sans rien connaître d’eux », comme le dit amèrement le correspondant de Libération auprès de l’Union européenne.

Oui, mais ce qu’il ne peut pas comprendre, c’est que cette évolution est voulue : un empire « &aegrave; la romaine », et il faut prendre au mot ce que déclare Prodi, est une immense bureaucratie, contrôlée depuis le sommet, manipulant l’opinion publique tout en détruisant la citoyenneté et l’institution même de l’Etat-nation républicain.

Il faut tout de suite intervenir pour arrêter le scandale, sans quoi renaîtra le chauvinisme, et relancer le moteur de l’alliance franco-allemande, dans l’intérêt des peuples, sans quoi c’est depuis Londres que l’Europe sera tenue en laisse, pillée et finalement livrée &aegrave; l’impuissance et au chaos - comme une province de bas-empire.

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