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Les analyses de Jacques Cheminade

De Pinochet 1973 à Sarkozy 2007 : prendre aux démunis pour sauver les oligarchies

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Lors de sa visite à New York, en octobre 2004, Nicolas Sarkozy s’est dépeint comme « étranger dans son propre pays » et a proclamé une admiration sans bornes pour le cinéma, la musique et les hommes d’affaires américains. C’était politiquement clair, d’autant plus que ses hôtes d’outre-Atlantique étaient le très néo-conservateur Hudson Institute et l’ancien ambassadeur et banquier « démocrate » Felix Rohatyn, inventeur des fusions-acquisitions et organisateur de la recartellisation de l’économie mondiale pour le compte de Lazard Frères. A un étudiant qui lui demandait ce qu’il ferait s’il était élu président de la République, Sarkozy a cependant rétorqué : « Cela serait dangereux de répondre avec trop de sincérité, c’est trop tôt ». Il a sans doute, du point de vue de sa propre popularité, bien fait, car son projet ultra-libéral, s’il était exposé pour ce qu’il est réellement, lui aliènerait pour toujours les suffrages des Françaises et des Français. L’on pourrait le résumer en disant qu’il se situe dans la continuité des projets Pinochet (1973) et Thatcher (1979-1990), et en connivence avec celui de son complice de l’ultra-droite américano-israélienne, Bibi Netanyahou. On peut résumer ce projet en deux courtes affirmations : prendre aux démunis pour sauver les oligarchies, abolir l’Etat-nation pour empêcher toute résistance.

Le tout enrobé d’une agitation permanente, d’un indéniable professionnalisme, d’une médiatisation effrénée et d’une très réelle admiration envers François Mitterrand et Tony Blair sous l’étiquette frauduleuse d’un gaullisme à la mode de Neuilly.

A la décharge de Nicolas Sarkozy, cependant, l’on doit reconnaître qu’il ne représente que l’avant-garde d’une droite française qui a vendu ce qui lui restait d’âme. Raymond Barre énumère tout haut, dans une interview donnée au Figaro de l’économie du 14 décembre, les mantras de cette idéologie dominante : « Il faut toujours regarder autour de soi. Mais pour en tirer les bonnes conclusions. La Grande-Bretagne se porte bien parce que Margareth Thatcher y a introduit de grands changements. Et Tony Blair s’est gardé de les remettre en question (...) Le chômage structurel ne sera pas entamé par une croissance malsaine, mais appelle une plus grande flexibilité du marché du travail et une révision des politiques d’indemnisation du chômage (...) C’est la question centrale de l’économie française : quand parviendrons-nous à réduire les dépenses publiques qui sont excessives (...) Cet impôt (ISF) est à l’origine d’une leucémie de l’économie française (...) Je ne défends pas ce point de vue pour protéger ceux qu’on appelle les riches. Je le dis pour des raisons objectives (sic) (...) Nicolas Sarkozy a eu raison de choisir une orientation libérale. »

Bref, Nicolas Sarkozy et Raymond Barre affichent ouvertement leur complaisance envers le nouvel empire libéralo-liberticide anglo-américain. Jacques Chirac lui-même adresse ses vœux amicaux à George Bush en souhaitant le renforcement du « lien transatlantique ». La messe est dite.

Bien plus grave encore, car on pourrait invoquer des formules diplomatiques, les faits économiques confirment la forme des discours. Nicolas Sarkozy recevant la Légion d’honneur (après la présidence de l’UMP) des mains de l’actuel Président de la République n’est pas qu’un symbole dont on puisse ricaner.

La politique économique elle-même de notre pays est semblable à celle de l’administration Bush-Cheney et aboutit à des conséquences semblables. L’administration Bush est, aux Etats-Unis, la première depuis la crise de 1929 à avoir détruit des emplois (plus d’un million de moins en 2004 qu’en 2000), mais les gouvernements français lui font pendant : la France a détruit plus d’emplois qu’elle n’en a créés en 2003 et près de deux millions d’« emplois nets » ; ont été détruits dans nos usines au cours de ces vingt dernières années.

L’administration Bush, sur le modèle de José Pinera, le ministre d’Augusto Pinochet, a proclamé son intention de privatiser le Social Security, c’est-à-dire le système de retraites publiques américain. Il se prépare ainsi à démanteler une mesure qui se trouve au cœur de l’Amérique de Roosevelt et qui incarne le General Welfare, le bien commun, le pilier de l’ordre constitutionnel américain. Ah non, dira-t-on, jamais en France, jamais chez nous ! On a notre système de retraites et de sécurité sociale qui est au cœur de notre pacte républicain, avec un code et une administration du travail chargée de le faire respecter.

Parlons-en. George Bush a annoncé qu’à l’avenir, les retraites des agents publics seront indexées non plus sur l’évolution des salaires mais sur l’inflation. Il n’a, pour cela, qu’un train de retard sur... les ultra-libéraux français. Car Edouard Balladur a déjà imposé cette mesure depuis 1993, réduisant de fait le montant des retraites tout en érodant leur base par la manipulation de la période de référence (les vingt meilleures années), ce qui pénalise en particulier les femmes, qui ont des carrières plus discontinues. La loi Fillon n’a fait qu’aggraver cette tendance.

Quant à la Sécurité sociale, tout le beau monde libéral en déplore le « trou », mais examinons plutôt sa nature. Comme celui de la Social Security américaine, creusé par les détournements de fonds pour permettre de combler les déficits budgétaires et les vides laissés par les baisses d’impôt en faveur des plus riches, notre « trou » français est lui aussi un faux trou. Il est évoqué pour culpabiliser les médecins et les malades, mais il n’en est pas moins faux. La nature du déficit social de ces dix dernières années vient en effet de deux sources : l’exonération des charges patronales, non compensée par l’Etat (environ 23 milliards d’euros pour la décennie passée), et le détournement par l’Etat, pour combler ses déficits budgétaires et payer ses dettes, du produit des taxes (alcool, tabac, pollution automobile ou autre) prévues pour le budget social (estimation à 22,5 milliards d’euros en moins en cinq ans). Plus l’effet du chômage sur le volume des cotisations, plus les 1,7 milliard d’euros d’intérêts payés aux banques depuis 1998 pour les défauts de trésorerie en cours d’exercice budgétaire, plus la sous-évaluation chronique des accidents du travail et maladies professionnelles (estimation à 5 milliards d’euros par an, soit 50 milliards d’euros en dix ans). Sur les dix dernières années, le « trou » affiché est de 59 milliards d’euros, mais la Sécurité sociale a été privée de 97,2 milliards d’euros. C’est l’arithmétique bushiste des gouvernements français, au nom de laquelle on ne peut plus se plaindre honnêtement, mais geindre lâchement.

Quant aux règles protectrices du droit du travail, prévues pour ne pas laisser face à face un salarié faible et un employeur fort, elles ont déjà volé en éclats. Ce droit du travail se contractualise et se privatise, le Medef jouant les « flics durs » et le gouvernement les « flics mous ». M. Fillon, en permettant de rendre plus dures les conditions sociales dans une entreprise que dans une branche ou suivant la loi générale, sous le prétexte « d’assurer l’emploi », a détruit la conception constitutionnelle française de la loi et des accords collectifs comme normes supérieures s’imposant à tous les contrats. Les juges classent actuellement sans suite les trois quarts des infractions au Code du travail, bien que les agressions et les injures se multiplient. Les inspecteurs du travail sont eux-mêmes en nombre notoirement insuffisant (il faudrait doubler leurs effectifs) et les sanctions contre les employeurs (500 à 600 euros de dommages et intérêts en moyenne) sont parfaitement ridicules. Enfin, la nouvelle procédure de « plaider coupable » de la loi Perben II pourra permettre de juger sans audiences correctionnelles publiques, par une négociation en catimini de la peine entre le parquet et un employeur fautif qui trop souvent en fréquente amicalement les représentants.

Jacques Chirac, pour « lever un verrou symbolique à l’embauche », vient de proposer d’aller encore plus loin en faveur des employeurs - ce qui n’a aucune justification pour les très gros - en prévoyant que « d’ici à trois ans » l’entreprise ne paie plus de charges de sécurité sociale au niveau du SMIC !

Les salaires des fonctionnaires, eux, ne seront relevés que de 1% en 2005 (0,5% au 1er février, 0,5% au 1er novembre), ce qui correspond à une continuation de la baisse en termes du pouvoir d’achat, s’ajoutant à une baisse de 5% subie depuis 2000. Il est vrai que les fonctionnaires - comme dans l’Amérique de Bush-Cheney - sont traités comme une catégorie d’inutiles ou de semi-parasites, dont le départ à la retraite sont vus comme une providence, le débat tournant sur le pourcentage de postes à ne pas remplacer. Le mépris affiché par le ministre de la Fonction publique, Renaud Dutreil, est comme un chiffon rouge. Ils seront dans la rue le 20 janvier, pour défendre non seulement leur pouvoir d’achat, mais aussi le service public, qui part à vau-l’eau.

Les signes de cet abandon sont multiples sur un fond de privatisations qui se traduira par une hausse systématique des tarifs au détriment des consommateurs, comme en Amérique. EDF devenue société anonyme a besoin de 30 milliards d’euros en trois ans, qu’elle se procurera par une introduction en bourse, une cession d’actifs (une partie des investissements désastreux de François Roussely) et « une augmentation des marges, qui suppose d’agir à la fois sur les coûts et les prix de vente « . Bilan : 25% d’augmentation du prix de l’énergie à la production et 7,5% des prix pour le consommateur d’ici 2007. L’ouverture à la concurrence, préconisée par l’Europe de Maastricht et par le libéralisme dominant aboutit à une hausse des prix, contrairement à la baisse hypocritement annoncée au départ. France-Télécom réclame une hausse de l’abonnement de 23% en trois ans, après avoir reçu 15 milliards d’euros d’augmentation de capital, dont 9 de l’Etat actionnaire. Bref, ici on fait payer le consommateur et le contribuable ! La Poste, elle, substitue au « service public » le « service universel » défini par l’UE : on peut d’ores et déjà en constater les effets sur le ralentissement du courrier, et l’ouverture totale à la concurrence en 2009 remettra sûrement en cause la distribution, six jours sur sept, des lettres et colis sur tout le territoire au même prix. On ne démantèle pas encore brutalement, « à l’américaine », mais avec des manières d’étrangleur ottoman ou magyar.

Quant aux 35 heures, aberration économique en ce moment de l’histoire, à laquelle nous nous sommes toujours opposés, l’on en sort de manière bien pire qu’on y est entré. Avec Martine Aubry, elles ont permis d’introduire en France une flexibilité du travail « à l’anglo-saxonne » et de réduire certaines charges pour les employeurs. Aujourd’hui, avec François Fillon et Jean-Pierre Raffarin, on en sort en permettant autant d’exceptions que possible en faveur des employeurs (le principe paraissait fait pour être violé), mais on maintient les allègements de charges de Martine Aubry ! Même si la croissance reprenait, les entreprises renoueraient avec les heures supplémentaires tout en gardant les allègements Aubry (prévus à l’origine pour créer ou sauvegarder des emplois) sans embaucher, car les nouvelles embauches ne seraient pas, elles, avantagées ! On met ainsi en place un système doublement malthusien, qui favorisera les grands patrons sur-stock-optionnés du Medef, sans inciter à la création d’emplois, sans stimuler la production ni la consommation et sans réellement aider les entreprises qui sont à la source même d’emplois, les PME ! Ainsi une PME dont les salariés sont autorisés à se faire payer les réductions de temps de travail (RTT) plutôt que de les consommer, devra licencier si elle ne gagne pas de marchés, ce qui est un désastre pour l’emploi, et financer le coût des licenciements en coupant dans d’autres dépenses. Il fallait le faire : rendre le colbertisme français malthusien en s’adaptant à la règle du jeu financière anglo-américaine.

Résultat : suivant le BIP 40, édité par le Réseau d’alerte sur les inégalités, depuis trente ans, les inégalités sont reparties chez nous à la hausse, comme aux Etats-Unis. Tant et si bien que la part des salaires dans le Revenu national a baissé de dix points et est actuellement inférieure au chiffre équivalent en Grande-Bretagne ! Suivant le Secours catholique, également, la pauvreté a encore progressé en 2003-2004. D’après l’INSEE, 7% des ménages ont des ressources inférieures au seuil de pauvreté (538 euros par mois), mais d’après l’Eurostat, homologue européen de l’INSEE, ce serait 12,5% des ménages français (soit 7,2 millions de personnes) qui se trouvent sous ce seuil.

Les mesures prévues par la Commission européenne devraient encore empirer les choses. Une directive « services » se trouve ainsi actuellement proposée, visant à définir un cadre général pour une grande partie des métiers (architectes, notaires, métiers du bâtiment, avocats, plombiers...) communs aux vingt-cinq pays européens. Cette directive retient le principe du PPO (principe du pays d’origine), selon lequel le prestataire de services n’aura pas à se conformer au droit du pays d’accueil et pourra se contenter de respecter la loi de son pays d’origine. Ainsi, une entreprise lettone, par exemple, pourra proposer ses prestations en France à des conditions sociales et salariales... lettones, c’est-à-dire avec un protection sociale bien plus faible et des salaires inférieurs de 40 à 50%. Bref, on « délocalisera » à l’intérieur de nos propres frontières !

La conclusion à tirer de cette situation est simple : si nous voulons combattre le modèle ultra-libéral de Bush-Cheney, rejeter la dictature financière, la loi de la jungle et l’avilissement des êtres humains, nous devons rétablir une politique économique respectueuse de la dignité de chacun et protectrice de l’ordre public. Cela s’appelle le respect. Pour l’imposer, il faut une volonté politique. C’est ce qui manque totalement aux dirigeants européens actuels, et en particulier aux Français. C’est pourquoi nous nous battons ici pour construire l’alternative, autour d’un projet mobilisateur qui rompe avec la règle d’un jeu devenu auto-destructeur.

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