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Les écrits de Lyndon LaRouche

De la méthode stratégique :
Prévision contre prédiction

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Nous publions ici la version légèrement abrégée du discours prononcé le 26 mai 2000 à Bad Schwalbach (Allemagne) par Lyndon LaRouche lors de la conférence de l’Institut Schiller.

 

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Introduction

Compte tenu de la situation mondiale actuelle, la politique des Etats-Unis, dont les grands médias et les trois branches dysfonctionnelles de leur gouvernement fédéral sont le reflet, constitue la recette infaillible pour une catastrophe globale d’une ampleur et d’une profondeur monstrueuses. L’élément essentiel de cette tragédie est le fait que les Etats-Unis, ainsi que le reste du monde, se trouvent dans la phase terminale de la pire crise financière, monétaire et économique jamais connue depuis plus d’un siècle.

L’aspect le plus sinistre de cette situation n’est pas la crise économique elle-même, mais plutôt l’état d’esprit des dirigeants, non seulement à Washington, mais aussi à Londres et dans nombre de gouvernements du monde. C’est l’état d’esprit caractéristique des sociétés qui semblent avoir perdu l’aptitude morale et intellectuelle à survivre à l’effondrement mondial économique qui se profile. De ce fait, il est probable, sinon certain, que des catastrophes se produiront, tôt ou tard, au cours des mois à venir.

L’aspect crucial de ma présentation est le suivant.

Le moment exact où se produira ce changement de phase critique dans le processus économique sera déterminé par les choix judicieux ou non que feront certains individus. Par conséquent, les dates exactes des évolutions décisives ne peuvent être prévues que dans des conditions inhabituelles, extrêmes. De telles conditions étaient réunies en juin 1987, date à laquelle je prévoyais, pour octobre de la même année, un probable écroulement de la Bourse - qui s’est effectivement produit. Elles l’étaient également le 12 octobre 1988, quand j’annonçais,lors d’une conférence de presse à Berlin, l’imminence de l’effondrement du système économique soviétique, ouvrant la voie à la réunification de l’Allemagne dans un avenir proche.

Si l’on échappe à l’irrationalité qui dicte habituellement les pronostics simplistes pour adopter des formes compétentes de prévisions à long terme, on s’engagera dans le genre d’estimation qui ne cherche que rarement à prédire la date exacte des convulsions boursières. Il est préférable de fournir des prévisions dont le calendrier est secondaire, mais qui soient adéquates et, de plus, constituent pour les gouvernements ou les grandes entreprises privées, des guides fiables pour leurs prises de décision à long terme.

Cette qualité est indispensable dans la mesure où les investissements dans les biens d’équipement constituent des engagements à long terme avec lesquels nous devrons vivre pendant une décennie, voire une génération. Prenons l’exemple des travaux publics, de l’éducation ou de tout autre investissement à long terme, ou encore du temps qui s’écoule entre la première étape de génération d’une nouvelle série de produits et sa production réelle pour utilisation de masse quelques années plus tard. Ces prévisions sont indispensables pour permettre d’évaluer les risques encourus à long terme si l’ continue d’adhérer aux politiques actuelles.

Si autrefois, les hommes d’Etat relativement compétents reconnaissaient généralement que les changements économiques, au niveau d’une nation ou du monde, sont déterminés par les choix politiques effectués lors des phases critiques du processus en cours, aujourd’hui, la majorité des hommes politiques tombent trop souvent dans le piège consistant à compter sur des prévisions objectives ou statistiques. Il ne faut jamais oublier le facteur déterminant : c’est la volonté humaine qui, en choisissant ou refusant d’effectuer des changements politiques cruciaux, détermine l’avenir des nations et de l’humanité. (...)


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Les crises récentes : déflation et hyperinflation

La crise dite « asiatique » de 1997 a, en réalité, marqué l’entrée du système financier, monétaire et économique mondial dans la phase terminale de son déclin. Ce sont les décisions politiques erronées, prises entre autres par le gouvernement américain en réponse à la « crise asiatique », qui ont mené, plus ou moins inévitablement, aux conditions globales reflétées dans la crise des obligations russes (GKO) d’août-septembre 1998.

De même, bien que le président Clinton ait menacé, en septembre 1998, d’ouvrir le débat sur la réforme structurelle du système financier international, au moment de la conférence monétaire d’octobre, il a finalement choisi de capituler devant les politiques dominantes du Fonds monétaire international (FMI) dictées par les Anglo-Américains.

Les décisions prises lors de cette conférence de Washington ont plongé le système financier international dans une phase hyperinflationniste. (...) Cette politique hyperinflationniste s’est confirmée lors de l’inévitable crise brésilienne de février 1999 pour arriver, plus récemment, au stade désespéré que représente la création du « Comité de protection contre les plongées ». Il s’agit des conséquences du choix adopté entre autres par le Président américain pour empêcher qu’un krach financier global ne fasse voler en éclats les aspirations présidentielles d’Al Gore.

J’entends souvent, venant de cercles dirigeants américains, que l’élection d’Al Gore à la Présidence « peut être lue dans les cartes ». Mais ce n’est pas vrai. Le soutien à sa candidature est plutôt le résultat de tours de passe-passe effectués ces quatre derniers mois par le secrétaire au Trésor Larry Summers et le directeur de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, entre autres.

Comme on le voit avec la formule Black-Scholes, aucune formulation statistique ne peut prédire un événement économique de façon mathématique. Tous les processus sociaux, y compris économiques, ont pour caractéristique l’intervention de la volonté humaine dans la prise de décision politique. Telle est la nature des possibilités et des défis en matière de prévision dans le monde réel.

Dans toute prévision politico-économique, nous pouvons introduire une qualité scientifique, à condition d’adopter la même approche qu’un scientifique cherchant à découvrir, prouver et appliquer volontairement un nouveau principe physique universel. En étudiant les processus financiers comme un phénomène dont les effets pratiques sont ultimement régulés par des politiques appliquées essentiellement à des processus économiques non financiers, purement physiques, nous sommes en mesure d’indiquer les futurs changements de phase devant intervenir approximativement à tel ou tel moment. En général, nous ne pouvons pas déterminer à l’avance le mois ou même l’année où ils seront atteints, mais nous pouvons et devons prévoir la manière dont ils interviendront. Ainsi nous devons être prêts à en reconnaître les signes avant-coureurs.

De même, nous pouvons pressentir les nouveaux choix critiques qui s’offrirons à nous, lors de nouveaux revirements, une fois atteint le point de crise vers lequel nous nous dirigeons maintenant. Aussi, nous pouvons vraisemblablement prévoir comment chacun de nos choix déclenchera un processus tendant forcément à nous amener au prochain point critique. Dans cette succession, chaque point de crise est déterminé par des choix délibérés qui, pris ensemble, représentent une approche critique délibérément adoptée, selon les méthodes auxquelles nous nous sommes habitués.

Pour prendre un exemple, considérons une étude réalisée au milieu des années 70, connue sous le nom de «  Projet pour les années 80  »et publié par le Conseil des relations extérieures. Il s’agit d’un ensemble de choix politiques déterminants formulé pour Jimmy Carter, le candidat de la Commission trilatérale à la présidence américaine. Ces choix décidés en 1975-76, destructeurs au point d’être suicidaires, continuent néanmoins à influencer la clique de Wall Street qui façonne depuis lors les politiques américaine et internationale.

Ainsi, ce Projet pour les années 1980, préparé sous la direction de Cyrus Vance, le secrétaire d’Etat de Carter, de Zbigniew Brzezinski et d’autres, prévoyait une politique globale de « désintégration contrôlée de l’économie mondiale ». Quatre ans plus tard, Paul Volcker mettra en œuvre cette même politique, provoquant la désintégration dirigée des économies des Etats-Unis et d’autres pays. Elle se poursuivra sous la direction successive de Paul Volcker et d’Alan Greenspan jusqu’à aujourd’hui, au moment où je vous parle, un quart de siècle après l’adoption de ce projet politique pour une future administration Carter.

La méthode employée par cette bande de banquiers et d’avocats de Wall Street était erronée et même perverse, mais ils avaient une vision des changements culturels qu’ils voulaient induire dans la nature de la société américaine au cours des décennies à venir. Si ces individus gagnent si souvent dans le grand jeu de l’histoire actuelle, c’est qu’ils détiennent non seulement le pouvoir, mais qu’ils pensent à l’avance, alors que la plupart des citoyens ordinaires ne se préoccupent que de mendier une meilleure situation personnelle ou quelques avantages dans la communauté et dans leur famille, pour l’année prochaine ou celle qui suit.

Si l’on étudie le comportement de puissants centres de pouvoir et de décision politique et que l’on prend en compte leurs divers échecs et succès dans le façonnement de l’histoire actuelle, il devrait nous paraître évident que, dans toute tentative de prévision portant sur des périodes allant de plusieurs décennies à des générations, il existe certains facteurs connaissables gouvernant le déroulement dans le temps du processus, de manière relative mais pas exacte, comme dans la prévision de tout processus physique.

Normalement, les estimations d’échéancier ne peuvent être faites qu’en termes larges, comme lorsqu’en 1959-60, j’ai correctement prévu l’éclatement probable d’une série de crises monétaires pour la deuxième moitié des années 60 et, suite à cela, l’effondrement concomitant de la forme existante du système de Bretton Woods. Je n’ai jamais prédit, ni même songé à prédire le moment précis de l’éclatement des crises monétaires de novembre 1967 et mars 1968, ni la date de l’écroulement du système au milieu de 1971, mais les approximations larges que j’avais esquissées plus d’une décennie avant la crise d’août 1971, étaient aussi correctes et précises qu’on peut l’espérer en la matière.

Ainsi, la fonction de la prévision économique n’est pas de fournir une prédiction mathématique formelle de la date exacte pour tel ou tel événement à venir. Le prévisionniste compétent refuse de répondre à la question : "A quelle date précise dois-je me retirer du marché ? » La prévision compétente à long terme est avant tout un guide pour la prise de décision politique à moyen et long terme ; elle se soucie de déterminer quels choix, parmi les voies disponibles de redressement, peuvent être faits et, approximativement, à quelle échelle de temps l’on atteindra le point décisif. Les prévisions à long terme nous indiquent quelles politiques nous devrions soutenir et celles que nous devrions rejeter, au moins par simple prudence. L’objectif de la prévision n’est pas de savoir comment calculer la date limite jusqu’à laquelle on peut encaisser des gains spéculatifs avant que le marché n’explose.


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La fin de ce système approche

Actuellement, nous sommes arrivés au moment où l’on peut prévoir, sans trop de risques, l’avenir à court terme de l’économie mondiale dans les limites que je viens de résumer. On peut donc prévoir avec certitude que la forme actuelle du système financier et monétaire international est condamnée. On ne peut pas prédire à quel moment exact le système se désintégrera parce que, parmi trois options possibles, la décision politique qui sera choisie n’est pas encore définitivement arrêtée ; néanmoins, pour ce qui est du calendrier, ce que nous devons savoir est déjà disponible.

En gros, il n’y a que trois voies débouchant sur la disparition du FMI et des systèmes globaux afférents dans le futur proche.

Jusqu’à la conférence d’octobre 1998 à Washington, le scénario le plus vraisemblable était un écroulement déflationniste comme celui qui s’est produit entre 1929 et 1931, ou le krach boursier de 1987. Les décideurs politiques ayant alors réussi à reporter l’effondrement déflationniste à coup d’injections financières hyperinflationnistes, ils ont créé en même temps une nouvelle menace, encore plus mortelle : une explosion hyperinflationniste du type de celle du Reichsmark allemand en 1923, mais cette fois-ci à l’échelle mondiale.

Dans son fonctionnement actuel, le système financier et monétaire international est prisonnier de ces deux alternatives opposées, chacune d’elles s’aggravant au fil des semaines : le système n’est soutenu que dans la mesure où les responsables des gouvernements et des institutions financières internationales acceptent d’augmenter le taux des injections hyperinflationnistes, accélérant à son tour le taux sous-jacent d’inflation. Dès que l’inflation financière accumulée se manifestera sous forme d’inflation dans le prix des denrées, ce sera le désastre. La continuation de la politique anglo-américaine actuelle signifie que ce taux d’hyperinflation se manifestera de manière semblable à ce que l’Allemagne a connu en 1923, mais cette fois-ci à l’échelle mondiale.

Dans ces conditions, la possibilité de faire des prévisions de plus en plus précises augmente. Le ratio des deux processus financiers et monétaires simultanés par rapport à une base d’économie physique en contraction, définit une courbe d’instabilité auto-aggravante, qui n’est pas sans rappeler la définition donnée par le physicien Bernhard Riemann à la génération d’une onde de choc. On s’approche de plus en plus d’un ensemble de valeurs critiques - d’une condition limite. Ces derniers mois, la tendance à une hyperinstabilité de moins en moins contrôlable de fluctuations sur les marchés financiers reflète la convergence vers cette condition limite. On peut la comparer à des pompiers qui tentent d’éteindre un violent incendie (inflationniste) en l’arrosant de plus en plus abondamment avec de l’essence réfrigérée (déflationniste).

Cette image de temps enflammés fait penser à un président de la Réserve fédérale Alan « Sénèque » Greenspan prenant son dernier bain, tandis que le secrétaire au Trésor Larry « Néron » Summers joue du violon.

Voici donc les deux moyens par lesquels le système actuel peut se détruire, en l’absence d’une troisième option qui se présente ainsi : nous mettons le système existant en règlement judiciaire, suite à un effort conjoint de gouvernements d’Etats-nations, et nous établissons presque aussitôt un nouveau système basé en grande partie sur les conditions ayant régi le système de Bretton Woods de 1945 à 1958.


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L’option du nouveau Bretton Woods

La raison pour laquelle nous devons rapidement adopter cet ancien modèle de Bretton Woods de la période du plan Marshall, c’est que les promptes décisions politiques nécessaires à la mise en œuvre des réformes urgentes et radicales, doivent avoir un précédent clair. La qualité révolutionnaire doit être limitée à cette action spécifique, sans y ajouter le fardeau de mesures manquant de précédent clairement visible. Après avoir établi ce nouveau système, on pourra y intégrer, si nécessaire, d’autres innovations au rythme imposé après délibération, dans des conditions relativement moins soudaines.

Certes, parmi les grandes nations du monde, les tendances politiques du gouvernement et des médias américains (cette adhésion maladive des Etats-Unis à la politique anglo-américaine actuelle) constituent la menace immédiate la plus dangereuse. Bien que, dans ces grandes nations, de nombreux cercles politiques reconnaissent l’état pathétique de la politique américaine (et britannique) actuelle, on se demande si le monde pourra survivre à cette crise si la superpuissance militaire américaine ne tient pas, dans les affaires mondiales, un rôle plus utile et relativement plus sain que celui qu’elle joue depuis la fin de 1989. Oui, la politique en question est avant tout de conception britannique, mais son adoption par les Etats-Unis constitue le problème le plus important auquel le monde est confronté.


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Quelle leçon tirer de mes prévisions

Sur ce point, on peut tirer une importante leçon de l’exceptionnelle justesse de mes prévisions à long terme au cours des quarante dernières années.

Au niveau de la situation économique générale, relativement peu d’événements se sont déroulés que je n’aie prévus, à maintes reprises, au cours de la période 1959-73. Si l’on examine les prévisions que j’ai intégrées, entre 1966 et 1973, dans mes cours sur divers campus et ailleurs, on constate que les événements intervenus y correspondent avec une précision relativement grande. (...)

Il nous reste un important problème à considérer : comment pouvons-nous prévoir et influencer les paradigmes culturels qui décideront de la manière dont les populations et les décideurs politiques réagiront à une crise financière et politico-économique internationale comme celle qui approche à grands pas ?

La première leçon de la prévision à long terme, c’est que l’impossibilité pour le prévisionniste d’influencer les décideurs politiques n’est pas forcément due à un manque de preuves ou de rhétorique. Il est évident que, la plupart du temps, les gens, même hauts placés, ne souhaitent pas entendre la vérité si elle semble en conflit avec les préjugés auxquels l’hystérie aveugle prête une qualité axiomatique d’autorité.

Ce n’est que lorsque le choc des événements les amène à mettre en cause leur propre attitude mentale, que les gens acceptent de prêter l’oreille à des vérités gênantes pour leurs propres opinions. En général, les prévisions les plus précises tombent en terrain stérile, mais elles doivent être comme de bonnes semences résistantes qui fleuriront dans des circonstances propices. Le bon prévisionniste doit vivre avec ce fait.


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Axiomes classiques contre axiomes romantiques

Au cours des derniers mois, l’hebdomadaire Executive Intelligence Review a publié quatre de mes essais qui ont un rapport particulier, immédiat, avec le sujet concernant les paradigmes culturels que je vais aborder aujourd’hui. Avec ce que je vais ajouter maintenant, ces quatre essais représentent ma position officielle en tant qu’unique adversaire du vice-président Al Gore pour l’investiture présidentielle du Parti démocrate américain. L’objectif de ces essais et de ce discours est de mettre en perspective les décisions politiques, devant être prises rapidement, pour sortir le monde de la crise stratégique globale, catastrophique, à laquelle font face toutes les régions et les nations de la planète.

La première série d’articles, publiée dans l’édition du 28 janvier, comprend trois éléments : d’abord la transcription d’un discours télévisé que j’ai prononcé le 14 janvier 2000 au sujet de la « destinée manifeste » de la république des Etats-Unis ; ensuite, un résumé de Nancy Spannaus du plus important précédent à ma déclaration de politique étrangère, à savoir la doctrine énoncée en 1823 par John Quincy Adams, à l’époque secrétaire d’Etat américain ; et finalement un bref rapport sur un autre précédent, celui de James G. Blaine, secrétaire d’Etat en 1881, puis, à nouveau, de 1889 à 1892.

Le deuxième essai a trait à «  La mort à venir de l’analyse des systèmes  », dans lequel j’explique quels nouveaux standards révolutionnaires de comptabilité sont nécessaires pour gérer une réorganisation économique et monétaire générale dans le monde d’aujourd’hui. Ce rapport, rédigé à partir du 2 mars, est paru dans l’édition du 31 mars.

Le troisième essai, rédigé à partir du 2 avril sous le titre «  Lorsque Andropov fit comme Hamlet  », présente le cas de deux secrétaires-généraux de l’Union soviétique, Andropov et Gorbatchev, sous forme d’une tragédie classique dans la tradition d’Eschyle, Shakespeare et Friedrich Schiller. La folie d’Andropov, si semblable à celle de Hamlet, manifestée à partir du 24 mars 1983, représente un tournant en matière de pensée stratégique, qui allait virtuellement condamner à l’effondrement le système soviétique en 1989-91 et après. J’y aborde aussi la tragédie globale similaire, bien que plus fatale, qu’il importe d’éviter aujourd’hui dans les relations russo-américaines. Cet article se trouve dans l’EIR du 21 avril.

Le dernier essai de cette série, commencé le 18 avril, examine les implications du processus de désintégration de la « société de l’information », basée aux Etats-Unis, et de sa bulle financière. Ce rapport, intitulé «  La société de l’information : un empire du mal condamné  », est paru dans l’édition du 28 avril.

Outre ces études, j’attire votre attention sur un discours enregistré sur vidéo que j’ai préparé pour une conférence organisées fin avril en Australie. J’y présente un aperçu du changement intervenu ces quarante dernières années dans les caractéristiques de l’économie américaine et mondiale, depuis l’abandon du système monétaire à taux fixes qui avait fonctionné relativement bien de 1944 à 1966 et l’introduction en août 1971 du système monétaire à taux de change flottants.

Aujourd’hui je vous donne une image un peu différente de celle présentée aux Australiens, celle du changement des traits culturels caractéristiques de la civilisation européenne au sens large, changement remontant à l’attentat perpétré le 6 octobre 1901 contre le Président américain William McKinley et à sa mort le 25 du même mois. C’est dans cet aspect culturel que se trouve la possibilité de prévoir, parmi les choix possibles en matière politique et économique, lesquels seront probablement adoptés dans les conditions de crise actuelles.


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L’assassinat de McKinley

Le remplacement de McKinley, le dernier des Présidents dans la tradition des vétérans patriotes de la Guerre de sécession, par Theodore Roosevelt, un rejeton non repenti de la Confédération des Etats du Sud, a inauguré un changement stratégique fondamental, non seulement de la politique américaine mais de toute la politique internationale.

C’est ce changement qui a permis la réalisation du projet du roi anglais Edouard VII pour rallier la France et la Russie à son plan visant à détruire l’Allemagne. Cette dérive, qui ne sera neutralisée que temporairement par les gouvernements de Franklin Roosevelt et de John Kennedy, constitua, du temps de Theodore Roosevelt et de ce fanatique du Ku Klux Klan que fut Woodrow Wilson, un tournant tragique dans la politique américaine, qui s’écarta dès lors de la tradition anti-britannique commune à tous les patriotes américains avant l’assassinat de McKinley. Les Etats-Unis sont pour ainsi dire devenus, dans la majeure partie du siècle qui vient de s’achever, un géant stupide à tête d’argile, un Golem virtuel, un accessoire des politiques britanniques de « libre-échange » et autres.

En conséquence de l’adoption de ces politiques britanniques par les Etats-Unis, nous avons connu la Grande dépression, la Deuxième Guerre mondiale et les conflits prolongés de la période 1945-89, et cette tendance politique anglo-américaine globale s’est poursuivie jusqu’à ce jour.

C’est ce changement de paradigme culturel du gouvernement américain qui a établi, pendant les présidences de Theodore Roosevelt et de Woodrow Wilson, le pouvoir croissant, presque dictatorial, d’un groupe anglo-américano-canadien (souvent surnommé, en abrégé, le BAC) dont le centre américain se situe dans les institutions financières de Wall Street et les influents cabinets juridiques qui leur sont rattachés. L’exemple de John J. McCloy est typique du rôle du BAC dans l’après-guerre. L’alliance entre Wall Street et la tradition de la Confédération est à la base de la formulation de la politique américaine depuis 1901, avec quelques exceptions, dont Franklin Roosevelt. Le legs de la présidence de Theodore Roosevelt est l’ennemi contre lequel se battit Franklin Roosevelt, celui que défia le président Kennedy et que je me suis engagé à vaincre. C’est un engagement que je tiens depuis l’époque où j’ai fait mon service militaire en Asie, pendant la Deuxième Guerre mondiale.


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Thatcher et l’empire mondial

Considérons l’histoire mondiale de la dernière décennie à la lumière de ce legs depuis l’assassinat de McKinley.

Considérons les efforts du Premier ministre britannique Margaret Thatcher, du Président français François Mitterrand et du Président américain George Bush pour utiliser l’effondrement du système soviétique comme base de la tentative anglo-américaine pour instaurer une copie mondialisée du vieil empire romain : ce que le Président Bush appelait un nouvel ordre mondial. Aujourd’hui comme hier, ce nouvel ordre mondial à dominante anglo-américaine a pour but, tout comme la promesse d’Hitler d’établir un reich millénaire, de régner sur l’ensemble de la planète aussi loin que l’on puisse imaginer. La doctrine « prédatrice » de libre échange et de globalisation est un produit conforme de cette nouvelle forme spécifique de symbiose entre Londres et Wall Street qui s’est développée après l’assassinat de McKinley.

Dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Président Franklin Roosevelt entendait libérer le monde de la domination du « libre échange » et d’autres aspects de l’héritage colonial. Mais après sa mort prématurée, le gouvernement corrompu de Harry Truman rétablit les puissances coloniales. Truman a été utilisé, par des cercles proches de Bertrand Russell et d’autres, pour lancer l’ère de la bombe et d’autres aspects répugnants de l’ordre mondial post-1945 qui nous ont menés, à travers le long conflit entre Anglo-Américains d’une part et, d’autre part, l’Union soviétique et les dirigeants du mouvement des pays non alignés, à la situation catastrophique qui s’est développée depuis 1989. Ceci, à son tour, nous a menés au bord de la catastrophe globale où nous sommes aujourd’hui.

Pour affronter efficacement la crise globale, oublions les commentaires incompétents sur l’actualité entendus dans les médias habituels et, à partir de l’ensemble des événements apparemment très variés de ces cent dernières années, alléguons un seul concept, un seul principe, à l’aide duquel nous pourrons reconnaître les forces sous-jacentes qui déterminent à long terme le cours de l’histoire actuelle. A cette fin, nous devons d’abord considérer - comme proposa de le faire le grand poète, tragédien et historien Friedrich Schiller- la naissance de toute l’histoire de la civilisation européenne telle qu’elle s’étend dans le monde aujourd’hui, c’est-à-dire l’émergence de la Grèce classique.


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Schiller et l’histoire européenne

Depuis la Grèce classique, la civilisation européenne a toujours été, à tout moment, le champ de bataille entre deux forces culturelles opposées : la tradition classique de la Grèce contre les héritiers de l’ancien modèle oligarchique de Mésopotamie, qui constitue le legs transmis à l’ancienne Rome païenne. C’est ce legs que certains chrétiens et juifs du premier siècle après Jésus-Christ décrivaient comme « la nouvelle Babylone » ou « la putain de Babylone ».

On reconnaît cette « putain de Babylone », ce legs de la Rome impériale et païenne, dans ce qu’on appelle la tradition culturelle romantique. Toute l’histoire interne de la civilisation européenne, depuis sa naissance dans la Grèce classique, ne peut être comprise autrement que comme la continuation du conflit entre deux courants culturels irréconciliables - classique contre romantique. C’est le courant républicain, tel qu’il s’exprime dans les réformes de Solon et les dialogues de Platon, opposé au modèle oligarchique romantique qu’on associe à l’ancienne Mésopotamie, à Tyr et à la Rome païenne.

C’est dans l’histoire de la civilisation européenne, longue de quelque 2500 ans, que nous pouvons découvrir les forces axiomatiques sous-jacentes ayant contribué à modeler l’histoire mondiale des cent dernières années, histoire de plus en plus dominée par les Anglo-Américains.

A l’école, la façon la plus efficace de présenter ce conflit culturel historique est de considérer les deux courants comme deux géométries physiques mutuellement incompatibles. On les décrit aussi parfois comme deux attitudes mentales. Il est utile de commencer par examiner ces deux géométries, ou ces deux attitudes mentales, du point de vue des différences irréconciliables entre deux ensembles opposés de définitions, d’axiomes et de postulats. Au lieu de s’enliser dans un débat sur les théorèmes de ces deux ensembles, concentrons-nous sur la différence au niveau des axiomes qui déterminent la façon dont les théorèmes sont générés et adoptés.

La différence la plus essentielle entre les attitudes mentales classique et romantique réside dans leur définition opposée de la nature humaine. Le romantique, dont des exemples types sont Thomas Hobbes, John Locke, Adam Smith et Jeremy Bentham, définit l’homme comme un être prédateur et naturellement méchant, comme une espèce animale de plus, dotée de différents types fixes surtout sauvages - d’impulsions sensuelles innées, et dont les relations avec la nature et avec ses semblables sont définies en termes de perceptions sensuelles. Pour le point de vue classique, notamment son expression chrétienne, la nature humaine est naturellement bonne, l’homme est différent des bêtes et supérieur à elles, fait à l’image du Créateur de l’univers ou, dans le Timée de Platon, reflet de la personnalité qu’on allègue être le Compositeur de l’univers.

Dans la tradition romantique, l’ordre naturel de la société se traduit par le pillage exercé par une minorité à l’encontre de ses semblables, de la même façon que l’agriculteur élève, utilise ou supprime le bétail selon son bon vouloir. La notion de propriété de John Locke est un exemple typique de cette perverse conception, oligarchique et bestiale, de la forme naturelle de composition de la société. La notion qu’a Locke du profit aux propriétaires d’esclaves (ou son expression contemporaine qui est le profit aux actionnaires), est typique de cette conception de l’humanité et de la société. L’argument irrationnel et mystique de François Quesnay pour justifier le « laissez-faire » est du même ordre général, bestial, que celui de Locke, d’Adam Smith et, plus généralement, des utilitariens.


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Le fascisme aux Etats-Unis : Scalia

A titre d’exemple, l’influence croissante d’un nouveau type d’insurrection fasciste aux Etats-Unis, depuis environ le milieu des années 70, reflète un mélange du legs de John Locke doublé d’une forme extrême de positivisme radical en matière de droit et de politique ; c’est une conception positiviste et erronée du droit, bien pire que celle de Savigny, Carl Schmitt et Ronald Freisler dans l’Allemagne des années 30.

Aux Etats-Unis, cette tendance, dont les axiomes sont clairement fascistes, se manifeste très visiblement dans la majorité actuelle de la Cour suprême, regroupée autour du juge Antonin Scalia, le représentant le plus fanatique du « profit aux actionnaires ». La défense, par Locke, de l’esclavage au nom du « profit aux propriétaires d’esclaves », ainsi que la notion de « profit aux actionnaires » défendue par Alan Greenspan et Scalia, ou encore le fait de breveter, en tant que propriété, un génome produit par le corps humain, représentent des conceptions erronées de la nature humaine, comme si l’homme était une bête, du bétail, à élever, utiliser et éliminer au gré des actionnaires. Un exemple typique de ce legs est l’attitude des directeurs des HMO [plans privés d’assurance médicale à but lucratif] envers les « bouches inutiles ». Ces notions bestiales de l’homme découlent, pour ce qui est de la civilisation européenne, de la loi païenne de Rome et de la notion romaine de vox populi.

Bien que tout historien qualifié reconnaisse que la culture de l’ancienne Rome païenne est un écho du mal oligarchique des anciennes cultures mésopotamiennes et de celle de Tyr, le modèle le plus proche adopté par Rome est Sparte, où le code de Lycurgue était associé au culte delphique de l’Apollon Pythien. Ce culte engendra une culture prédatrice chez une partie des latinophones, dans laquelle la majorité des membres, les populari (qui signifie, plus ou moins, prédateurs) furent déployés comme force militaire par l’oligarchie dirigeante pour piller, voler et conquérir leurs voisins.

Toutes les formes de fascisme européen sont directement dérivées de ce legs pagano-romain, de type spartiate. L’ensemble des opinions dépravées induites parmi les populari, destinées à amener la masse des Romains ordinaires à se faire leur propre police, était désigné la vox populi : la « voix du peuple » définie comme prédateur. Un dogme similaire dominait le Parti démocrate d’Athènes qui tua Socrate. Cette tradition romantique de la Rome païenne nous a été transmise sous forme de l’adoration philosophiquement irrationnelle des dieux païens, des opinions et goûts populaires ou publics.

La notion orwellienne de vox populi, ou opinion publique, est une idée perverse, intégrée dans la pratique d’une société moderne corrompue comme moyen de contrôler le stupide troupeau de moutons politiques populaires, à l’instar du récit de Rabelais sur Panurge ou de Ding Dong et ses moutons. Une telle opinion populaire n’a jamais défendu l’intérêt de quiconque hormis l’oligarchie dirigeante - dans la Rome de jadis comme dans les nations modernes tels les Etats-Unis.


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L’alternative classique

A l’opposé, la conception classique de l’homme met en valeur les pouvoirs cognitifs de l’esprit individuel permettant de découvrir des principes universels justes et vérifiables de manière véridique, que ce soit des principes physiques ou autres, artistiques par exemple, au moyen desquels on partage ces découvertes avec la société. Dans la culture classique, ce sont les idées nées de la cognition - telle que les dialogues socratiques de Platon définissent la génération d’idées - qui fournissent la définition empiriquement vérifiable de la nature humaine, située dans la bonté et la fécondité naturelles de ces pouvoirs cognitifs.

En raison de l’appréciation chrétienne de cette conception, remontant à la Grèce classique, de l’universalité et de la bonté innées du nouveau-né, il a été établi comme principe universel, au fil des siècles, que tout gouvernement ou forme de gouvernement n’a l’autorité morale de gouverner que s’il s’attache efficacement à promouvoir le bien-être de toutes les individus et de leur postérité. Telle est la pierre angulaire de la loi naturelle. La révolution dans l’art de gouverner, effectuée en Europe au cours de la Renaissance du XVème siècle, a établi les précédents pratiques de ce principe républicain de bien-être général dans la France de Louis XI et l’Angleterre de Henry VII. Ces précédents trouvent un écho dans les trois premiers paragraphes de la Déclaration d’Indépendance américaine de 1776 et dans le Préambule à la Constitution fédérale des Etats-Unis.

Avec l’affaiblissement du pouvoir de l’aristocratie foncière féodale, représenté par la chute de Metternich, le conflit essentiel dans l’aire de la civilisation européenne devint un conflit entre républicains, d’une part, symbolisés entre autres par le Président Abraham Lincoln, et les intérêts et idéologies oligarchiques, représentés par la City de Londres, les banquiers de Wall Street et le système esclavagiste, de l’autre.

Le legs de Lincoln représente donc l’héritage classique républicain, alors que les rejetons de la Confédération traîtresse, adoptés par Wall Street - les Présidents Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson, suivis plus tard par Calvin Coolidge, Richard Nixon, Jimmy Carter et George Bush, de même que les traîtres esclavagistes antérieurs à Lincoln comme von Buren, Polk, Pierce et Buchanan, sont typiques d’une gouvernance dominée aujourd’hui par les oligarchies financières anglo-américaines.

Pour comprendre l’histoire de l’Europe ancienne, médiévale et moderne, il est indispensable de ne pas se laisser enfermer dans une discussion de points d’actualité spécifiques, comme s’ils étaient, en soi, les causes de conflits politiques et autres. Pour comprendre, partiellement ou complètement, l’histoire de la civilisation européenne, il faut définir les grandes questions par rapport à leur source ; le conflit continu entre les conceptions oligarchique (romantique) et républicaine (classique) de l’homme et de la relation entre l’homme et la nature.


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L’exemple de la Première Guerre mondiale

Considérons maintenant une esquisse des faits marquants les plus pertinents de l’histoire de la civilisation européenne depuis la première victoire (1776-83) des Etats-Unis et de leurs alliés et amis, contre la tyrannie de la monarchie britannique.

A partir de 1782, lord Shelburne, alors Premier ministre d’Angleterre et principal représentant de la Compagnie britannique des Indes orientales, était fermement déterminé à détruire à la fois la France de Louis XI et les jeunes Etats-Unis. La clé de la politique de Shelburne est à rechercher dans les négociations préliminaires de 1782 concernant le traité de paix entre la Grande-Bretagne et la France. Typique de ces méthodes, Shelburne avait positionné son laquais, Jeremy Bentham, de facto à la tête du Foreign Office nouvellement créé et de son « comité secret » qui, entre autres projets, lança et dirigea la terreur jacobine en France.

Cette politique visait avant tout le cercle des admirateurs influents de la république des Etats-Unis en France. Suite à l’accord libre-échangiste que les cercles de Shelburne imposent à la France, la monarchie française tombe en faillite grâce aux bons offices de Jacques Necker, ministre français des Finances et autre pion de Shelburne.

Alors que les cercles de Lafayette cherchent à redresser la situation par une réforme constitutionnelle, Bentham orchestre la destruction du courant de Lafayette en lançant et orchestrant depuis Londres la Terreur jacobine, à l’aide de pions comme Philippe Egalité, Necker, et de démagogues comme Robespierre, Danton et Marat.

Cinq années de terreur, du 14 juillet 1789 jusqu’à la fin des assassins Robespierre et Saint Just, ont dépouillé la France d’une bonne partie de son élite républicaine naturelle. La disparition de l’élite rationnelle crée les conditions dans lesquelles la direction politique de la France passe des dignes mains de l’organisateur de la victoire Lazare Carnot à celles du monstre Barras, puis du premier fasciste moderne, qui aspirait à devenir César, Napoléon Bonaparte. Il faut reconnaître aujourd’hui que Napoléon fut un précurseur de Benito Mussolini et une personnalité imitée par Adolf Hitler et Tony Blair.

Le Congrès de Vienne, qui impose à la France la Restauration d’une monarchie fantoche de l’Angleterre, couplé aux décrets de Carlsbad, de Metternich, met en danger l’existence même des jeunes Etats-Unis. A la suite de ce congrès orchestré par Metternich à Vienne, toute l’Europe - que ce soit l’Europe habsbourgeoise ou financiéro-oligarchique - se voue à la destruction des républiques naissantes dans les Amériques, à commencer par les Etats-Unis.


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Lincoln

Cela signifiait un désastre stratégique pour l’Europe, comme pour les Etats-Unis. Ce n’est qu’avec la déroute imposée par le Président Lincoln au projet de lord Palmerston (la trahison des Etats confédérés du Sud), que les effets du Congrès de Vienne ont pu être renversés.

La victoire de Lincoln et le brillant succès de la mobilisation économique opérée entre 1861 et 1876 ont fait des Etats-Unis une puissance mondiale et le modèle d’une nouvelle forme d’économie agro-industrielle basée sur l’Etat-nation. A la suite de l’Exposition centenaire de Philadelphie en 1876, le modèle du système américain d’économie politique établi par Hamilton-Carey fut copié, au cours du dernier quart du XIXème siècle, en Allemagne avec Emil Rathenau, en Russie par Mendeleev et Sergei Witte, au Japon, par les cercles de Sun Yat-sen et ailleurs.

C’était pour contrecarrer la propagation de ce modèle dans les Amériques et ailleurs que la monarchie britannique a planifié et lancé la Première Guerre mondiale. Sous la direction du prince de Galles, qui deviendra Edouard VII, la monarchie britannique, aidée en cela par la panique revancharde anti-allemande que l’affaire Dreyfus avait déclenchée en France, développe l’Entente cordiale entre la France et l’Angleterre, tout en amenant la Russie à accepter la ruine auto-imposée du système tsariste dirigé par un neveu d’Edouard VII, le pathétique Nicolas II. Le soutien britannique à la première guerre sino-japonaise, à la colonisation japonaise de la Corée et à la guerre russo-japonaise de 1905, a été un prélude crucial aux guerres des Balkans et à la mobilisation générale de la Russie en vue d’une attaque contre l’Allemagne, qui déclencha effectivement la guerre mondiale voulue par Edouard VII.

L’intention stratégique de l’Angleterre, en organisant ce qui allait devenir la Première Guerre mondiale, était d’une part de monter les uns contre les autres les pays eurasiatiques admirateurs du modèle Lincoln-Carey de développement agro-industriel et, d’autre part, de dissocier les Etats-Unis de ceux qui avaient été leurs amis traditionnels pendant la deuxième moitié du XIXème siècle, comme l’Allemagne et la Russie. Londres craignait surtout que le succès du système ferroviaire transcontinental aux Etats-Unis ait pour effet de réveiller dans l’Europe de Mendeleev, Witte, Rathenau et Siemens, la vieille proposition de Friedrich List pour le développement des chemins de fer dans la vaste masse terrestre eurasiatique très peu développée. Ce projet ferroviaire - que nous avons remis à l’honneur et que nous définissons depuis le début des années 90 comme le pont terrestre eurasiatique - a renforcé la détermination de Londres de détruire l’Allemagne et la Russie au moyen de ce qui allait devenir la Première Guerre mondiale.

Les Britanniques ne pouvaient mener une telle guerre sans avoir d’abord brisé l’amitié traditionnelle des Etats-Unis pour l’Allemagne et pour la Russie et sans avoir mobilisé l’énorme puissance agro-industrielle des Etats-Unis pour l’effort de guerre britannique.

Ainsi, de 1782 jusqu’à la défaite de la Confédération, le but de la politique britannique consistait à isoler et à détruire les Etats-Unis, à ruiner leur économie, à les diviser en baronnies balkanisées ennemies que Londres pouvait facilement manipuler et contrôler. Suite à l’échec de la Confédération dirigée par Palmerston, Londres dut changer de tactique : au lieu de lancer une nouvelle tentative brutale de démanteler les Etats-Unis par des actions directes, il fallait parvenir à les contrôler par la corruption politique. L’assassinat de McKinley par des terroristes liés au foyer de réinsertion d’Henry Street à New York, a permis de réaliser cet objectif de Londres pour le XXème siècle - en un seul coup pour ainsi dire.

Teddy Roosevelt, avec l’aide d’un membre maudit de la famille de Napoléon, son ministre de la Justice Charles Bonaparte, instaura au sein du département de la Justice, une force de police politique calquée sur le modèle d’Etat policier de la France napoléonienne - ce qui allait devenir le FBI. De même, une partie importante de la bureaucratie de la branche exécutive se transforma - avec l’aide du prédécesseur corrompu du Parti démocrate Grover Cleveland - en bureaucratie de style européen contrôlée directement par des représentants d’institutions financières de Wall Street et leurs cabinets juridiques.

Les présidences de Teddy Roosevelt et de Woodrow Wilson (...) voient naître le Système de la Réserve fédérale et la transformation en conséquence des institutions gouvernementales. Comme aujourd’hui avec les candidatures de Gore et Bush, Londres et ses complices de Wall Street comptaient alors sur la base politique et sociale fournie par Wall Street et la tradition toujours vivante de la Confédération.


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L’intérim de FDR

C’est l’élection de Franklin Roosevelt à la présidence qui, après trois décennies, remettra temporairement au pouvoir les courants patriotes des Etats-Unis. La destruction du legs de Roosevelt, entre autres avec l’assassinat de son admirateur John Kennedy, permit la résurgence - depuis la « stratégie du Sud » menée par le Parti républicain du milieu jusqu’à la fin des années 60 - de la vieille Confédération qui, alliée à Wall Street, constitue aujourd’hui la principale force raciste à la Cour suprême, au Congrès (dans le courant de Gore du Parti démocrate) et dans d’importantes parties de la bureaucratie permanente de la branche exécutive.

Depuis la mort de FDR, les forces du BAC ont œuvré à détruire ce que l’ancien secrétaire d’Etat Henry Kissinger a déjà appelé la « tradition intellectuelle américaine » patriote. Le rôle du positivisme radical, comme celui de Norbert Wiener et de John von Neumann, venant s’ajouter au rôle perfide de l’école de Francfort qui a élu résidence temporairement, comme autant de termites culturels, dans les institutions intellectuelles des Etats-Unis, en est un exemple type. La dépravation caractéristique de la tradition pagano-romaine est prépondérante aujourd’hui dans les cultures populaires et académiques des Etats-Unis et d’Europe, où elle a pratiquement éliminé tout vestige de la tradition classique parmi les dirigeants de moins de cinquante ans.

En raison de cette influence perverse sur les Etats-Unis depuis l’époque de FDR, la génération des personnes âgées actuellement de 35 à 55 ans, aujourd’hui représentée à tous les niveaux de pouvoir exécutif, a perdu, à quelques exception près, mais des exceptions importantes, les capacités morales et intellectuelles qui étaient l’apanage de ceux qui ont grandi pendant la Grande dépression ou la guerre.

Dans de telles circonstances, le seul espoir pour notre civilisation, c’est qu’une secousse brutale fasse voler en éclats la confiance dans les normes de comportement culturelles et scientifiques qui dominent parmi ceux de moins de 55 ans. Dans l’histoire américaine moderne, le type de choc dont nous aurions besoin aujourd’hui serait semblable, par exemple, à la soudaine réaction populaire devant la nouvelle du bombardement japonais de Pearl Harbor. Il pourrait très bien venir d’un effondrement catastrophique du système financier. Comme lorsqu’on allume la lumière dans la cuisine et que les cafards sont pris de panique...

Pour trouver les causes plus profondes de l’effondrement général qui menace non seulement le système financier mondial mais l’économie physique mondiale, nous devons examiner sept changements structurels dans la forme de l’Etat-nation européen moderne, changements qui se sont affirmés depuis le bombardement d’Hiroshima.


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Sept changements structurels

Dans toute la période depuis la mort de Roosevelt jusqu’à aujourd’hui, le changement le plus évident a été l’introduction de la politique en matière d’armes atomiques, notamment la proposition de lancer une « attaque nucléaire préventive » contre l’Union soviétique, esquissée par Bertrand Russell dans l’édition de septembre 1946 du Bulletin of the Atomic Scientists. Depuis le début, tout au long du XXème siècle, Bertrand Russell qui, de son propre aveu, détestait les Etats-Unis, s’est attaché à éliminer l’existence de l’Etat-nation souverain et à imposer une nouvelle version du vieil Empire romain païen qu’il appelait le « gouvernement mondial ».

Russell a dit et répété qu’il entendait que sa version d’un « gouvernement mondial » - qu’on appelle aujourd’hui « globalisation » ou « Etat de droit » - soit instaurée comme effet secondaire après la ruée des gouvernements terrorisés vers la conclusion de traités de contrôle des armements. La crise des missiles de Cuba de 1962, orchestrée depuis Londres par Bertrand Russell et suivie de l’assassinat de Kennedy, a pleinement enclenché cette dynamique.

Le deuxième des changements radicaux intervient juste après l’assassinat de Kennedy. (Jusqu’à sa mort, Russell fut un élément clé de toutes ces monstrueuses concoctions.) Il s’agit de l’auto-destruction d’une grande partie de la population d’étudiants nés dans l’après-guerre, ce qui a donné la « contre-culture rock-drogue-sexe ».

La sélection des recrues à cette contre-culture, qui allaient par la suite monter, barreau par barreau, jusqu’aux postes influents dans le gouvernement et d’autres institutions, a fourni les bataillons de troupes de choc du type qu’avait décrit John Rawling Rees de la clinique Tavistock de Londres. Ces victimes de la contre-culture « rock-drogue-sexe » ont servi de meute pro-terroriste - à l’instar de celles de Robespierre, Danton, Marat, Saint-Just entre 1789 et 1794, ou de la bande à Baader - déployée en vue de changements qui ont eu un impact dévastateur sur les gouvernements, les économies, la philosophie du droit et les institutions des Etats-Unis, d’Europe occidentale et d’ailleurs.

Le troisième changement intervient dans l’effort pour mettre fin au progrès technologique, que ce soit au nom de la défense de l’« environnement » ou de l’interdiction de mettre au point des technologies à « double utilisation », sous prétexte que ces technologies pourraient servir à développer des « armes de destruction massive ».

Ce changement remonte à la période 1966-67 et à la réduction des dépenses du programme spatial de Kennedy, visant à « ramener sur Terre » les dépenses qui, expliquait-on de manière frauduleuse, serviraient à combattre la pauvreté. La rhétorique élaborée à cet effet a été introduite en 1970-71 au nom de l’« écologie ». Ce changement de paradigme culturel appliqué à la politique scientifique et technologique, combiné aux effets dévastateurs de la transformation, en août 1971, du FMI en « système monétaire à taux de change flottants », a mené à la stagnation et à l’effondrement, à la fois du taux de croissance de la productivité et du niveau de vie en Europe et dans les Amériques, ainsi qu’à l’émergence d’une catastrophe indescriptible pour l’Afrique.

Sous l’administration Carter (dominée par la Trilatérale), on a assisté à un quatrième changement, l’effort pour détruire les fondements les plus essentiels de l’économie américaine : l’infrastructure économique de base. Cet effort était partie intégrante de la tentative de détruire l’existence institutionnelle de l’Etat-nation souverain. La nomination de Paul Volcker à la tête de la Réserve fédérale a ravagé l’économie américaine au point que ses effets n’ont jamais été inversés depuis. Le but était la « désintégration contrôlée de l’économie », terme provenant des manuels de la Commission trilatérale repris par Volcker en 1979.

La cinquième attaque déterminante contre la civilisation visait le processus d’élimination des formes humanistes d’éducation classique, tant dans les écoles qu’au niveau universitaire.

Sixièmement, on constate qu’en l’absence des mesures protectionnistes, anti-libre-échangistes, qui caractérisent le système américain d’économie politique, il est impossible de maintenir une forme autonome d’économie saine. Il n’existe pas d’économie nationale basée sur le libre-échange qui ait prospéré, si ce n’est en pillant ses propres ressources naturelles et sa propre population, comme le fit la Grande-Bretagne, ou en pillant d’autres nations, comme le firent l’empire britannique et le système colonial, ou encore comme le fait depuis 1989 l’hyperpuissance anglo-américaine. Le recours à l’impôt, aux droits de douane, aux politiques commerciales équitables, aux investissements publics dans l’infrastructure économique de base, est essentiel pour fixer des niveaux de prix permettant d’effectuer des améliorations capitalistiques à long terme de la productivité, par tête et par kilomètre carré, mesurée en termes du « panier de la ménagère ».

Le déchaînement du libre-échange sous les présidences Nixon et Carter a détruit le secteur productif privé, agricole et industriel des Etats-Unis. Nous voyons le même processus au Royaume uni, dans les efforts de Harold Wilson, Margaret Thatcher et Tony Blair - tous des luddites anti-technologie -pour replonger ces îles dans l’âge de pierre orwellien qu’on appelle la « société de l’information ». Ceci a été fait - de la façon dont opèrent tous les grands escrocs, comme John Law - en proclamant avec passion son désir de promouvoir la gloire de la « libre entreprise ».

Septièmement, enfin, sans système de banque nationale, dépendant absolument de l’Etat-nation souverain, il est impossible de mobiliser, dans le temps, les crédits publics à long terme et à faible loyer nécessaires pour soutenir une forme saine de système bancaire privé, mais aussi pour assurer les taux d’investissements productifs nécessaires à une véritable croissance économique, tant au niveau national qu’entre partenaires commerciaux.

Le déclin de la politique économique américaine sur ces sept points illustre bien la situation désespérée dans laquelle se trouvera notre planète tant que ces tendances ne seront pas renversées, tant que le cancer romantique de la « globalisation » ne sera pas éradiqué.


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Culture et économie physique

Pour comprendre l’importance de la forme moderne d’Etat-nation républicain souverain, nous devons comprendre sa fonction indispensable pour le maintien d’une forme civilisée de vie humaine sur cette planète. Bref, il faut souligner les points suivants.

Ce qui différencie, axiomatiquement, l’espèce humaine de toutes les autres espèces vivantes, est la fonction de développement des pouvoirs cognitifs de l’individu. Ceux-ci sont caractérisés par la capacité unique de l’espèce humaine à engendrer des découvertes valides de principes physiques universels et à développer, de la même manière, les méthodes classiques de composition artistique et de l’art de gouverner.

C’est en cultivant ces pouvoirs de cognition individuelle, à travers l’éducation humaniste classique, que l’espèce humaine exprime sa capacité unique d’accroître délibérément sa densité démographique potentielle relative. C’est dans la mesure où elle universalise les relations sociales encourageant le développement et l’expression des pouvoirs cognitifs de chaque membre de la société, que la forme républicaine d’Etat-nation souverain est la seule forme d’institution politique conforme au besoin de véritable liberté personnelle, celle qu’exige la nature de l’espèce humaine.

C’est en encourageant la découverte de principes universels -que ce soit une découverte originale ou la reproduction d’une découverte antérieure - que l’humanité est arrivée au point où elle peut promettre de fournir aux toute prochaines générations des conditions de vie véritablement humaines pour chaque personne sur cette planète. Sans la poursuite de cette qualité de progrès, une vie humaine décente pour tous ne serait pas possible. Il en découle que si cette qualité n’est pas rétablie, un nouvel âge des ténèbres s’ensuivra sur cette planète. Etant donné que l’administration volontaire des affaires d’un peuple doit être organisée sous une forme lettrée de culture scientifique et de culture-langue, l’Etat-nation souverain fournit le seul instrument bien adapté à la participation de l’individu à la société en général. Cette participation empêche que certaines parties de la société soient réduites au statut de simple bétail, comme tendent par exemple à le faire les politiques du juge Scalia, de la Cour suprême. Le rôle de la culture classique dans la vie de l’Etat-nation républicain encourage l’individu à participer à toute l’humanité ; c’est un résultat qui tend à devenir universel, à travers une communauté de principe entre Etats-nations républicains souverains.

Ainsi, la promotion de la méthode cognitive pour développer et propager la culture scientifique et classique, par le biais de nos institutions éducationnelles et économiques, est une précondition pour assurer la poursuite de la vie civilisée sur cette planète aujourd’hui.

Pour satisfaire les besoins physiques de toute l’humanité, il faut mettre une emphase particulièrement forte sur les investissements productifs dans la recherche et l’application du progrès scientifique, qui s’exprimera par l’accroissement de la productivité des travailleurs, l’accroissement du pouvoir de l’homme sur l’univers. Sans cela, un retour à la barbarie, ou pire, est inévitable. Sans la forme d’économie protectionniste de l’Etat-nation, assurant cette fonction, la descente vers un âge des ténèbres et de barbarie est inévitable et marquera les prochaines décennies.

Ainsi, la défense de l’institution du modèle protectionniste parfaitement souverain d’Etat-nation républicain n’est pas vraiment sujette à débat. A moins d’effectuer dès maintenant le renversement des tendances politiques mentionnées, il n’y aura pas d’avenir pour les Etats-Unis ni pour la majeure partie de la population de cette planète. Les apôtres du « libre échange » et de la « globalisation » ont toujours été les ennemis pro-oligarchiques de la liberté humaine.

Les chocs à venir, que j’ai identifiés ici, tout comme des guerres ou des batailles décisives représentent un danger. Ils comportent inévitablement une grande part de risque. Dans une telle situation, comme dans les stratégies de flanc les plus remarquables de chefs militaires renommés, une grande intuition créatrice est nécessaire pour éviter la catastrophe. Faute de dirigeants efficaces, toute crise de ce genre garantit un désastre.

Dans de telles crises, il existe de brèves périodes pendant lesquelles la population en général, ou sa majeure partie, est réceptive à de nouveaux dirigeants et de nouvelles politiques. En ce qui concerne les Etats-Unis, il est heureux que Franklin Roosevelt ait fourni cette qualité de leadership, qu’on trouvait par ailleurs chez les chefs de guerre, notamment le général Douglas MacArthur. Un dirigeant accompli, dans de telles circonstances de crise, ne compte jamais sur un appel à l’opinion populaire ; au contraire, il la révolutionne en faisant appel à la raison. Il compte sur une révolution dans la pensée de ceux qui sont sous son commandement ou influencés par d’autres modes de leadership. Sans une telle qualité de dirigeant, une grande crise, comme celle qui se déroule aujourd’hui, conduit avec une certitude axiomatique à de grandes catastrophes, voire à des catastrophes de plus en plus graves.

Cette nécessité découle de la nature des crises véritablement tragiques comme celle que le monde affronte aujourd’hui.


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Le principe tragique dans l’histoire

Comme le montrent les grandes tragédies classiques d’Eschyle, de Sophocle, de Shakespeare et de Schiller, l’humanité ne subit aucun péril, à l’exception de désastres naturels échappant momentanément à nos moyens de contrôle, qui ne soit la conséquence d’un défaut de caractère fatal, soit au niveau du gouvernement soit dans la culture de la société dans son ensemble. Ainsi, toutes les catastrophes causées par l’homme sont toujours l’aboutissement de l’adhésion dans le temps à une attitude mentale étrangère aux principes selon lesquels l’univers est constitué.

C’est pourquoi une grande crise, qui s’est développée de cette manière, ne peut être maîtrisée que par des méthodes et des politiques qui doivent apparaître comme révolutionnaires aux diverses générations de la société. En de telles périodes, les dirigeants véritablement grands sont ceux qui vont à l’encontre de l’opinion populaire dominante, au nom de la raison, plutôt que d’agir de la manière habituelle, intrinsèquement irrationnelle, qui avait conduit à cette crise. Telle est la caractéristique des développements importants qui font l’histoire ; c’est ce que les grands prêtres de la social-démocratie de la fin du XIXème et du XXème siècles dénonçaient comme « les maux du volontarisme ». Ayez pitié de ces pauvres grands prêtres ! La plupart d’entre eux se seraient sentis insultés de se voir ainsi ridiculisés, mais ils rappellent les spectateurs insensés et rapaces au Colisée romain, applaudissant les lions qui déchiquetaient les chrétiens dans l’arène, levant le pouce comme la vox populi.

Aucune société ne peut s’auto-détruire de son propre gré, à moins qu’elle n’y soit contrainte pour maintenir l’adhésion à l’attitude mentale dominante. L’individu, ou le groupe, victime de cette illusion, aura surtout tendance à en appeler à l’autorité de l’opinion publique, c’est-à-dire à ce que stipule l’attitude mentale établie. Ainsi, dans la phase finale de tout cycle tragique de l’histoire de toute nation, de toute culture, c’est l’adhésion à l’opinion publique courante qui fait qu’un peuple perd l’aptitude morale à survivre. L’effondrement des régimes russes, non seulement du tsar insensé Nicolas II, mais de tous les gouvernements réformateurs qui lui ont succédé après 1917, est un bon exemple de la façon dont les populations et leurs dirigeants insensés se font contrôler par l’influence d’illusions courantes. Si une nation frappée par la crise veut survivre, elle doit se comporter exactement comme doit le faire un savant lorsqu’il est confronté à une erreur obstinée dans l’opinion scientifique pré-existante ; cette nation doit identifier et éliminer le défaut fatal ancré dans son propre attitude mentale habituelle. D’où la nécessité d’action révolutionnaire dans un tel cas. Non seulement il faut changer d’axiomes, mais l’action à engager doit refléter ce changement.

Que faut-il donc changer au niveau de l’opinion ? L’aboutissement de toute cette période d’histoire mondiale dépend de notre capacité à reconnaître le choix correct en la matière.

Le changement essentiel à opérer est de remplacer les vestiges du règne oligarchique, comme l’oligarchie financière, par l’auto-gouvernement républicain. C’est un changement culturel. On purgera la société de la vieille syphilis, du legs romain commun à la majorité des institutions et populations de la civilisation européenne d’aujourd’hui, pour remettre la société sous la domination culturelle du legs classique, anti-romantique.

Le principal élément tragique dans la culture européenne et américaine est l’expulsion des formes humanistes classiques d’éducation et des formes et principes classiques de composition artistique. La cause de la tragédie actuelle de la civilisation réside dans ce qui passe aujourd’hui pour des loisirs et dans la forme d’opinion populaire congruante avec ces formes dégradées de loisirs.

Par exemple, la vulgarisation des jeux Nintendo et des arts martiaux chez les jeunes enfants et les adolescents qui sont si vulnérables, des jeux calqués sur la pire parodie de la mythologie des samuraï japonais, est la marque d’une culture qui, en détruisant ainsi ses propres enfants, se proclame une culture post-moderne, sans la moindre perspective pour l’existence future, si ce n’est une bestialisation totale.


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Retour à la culture classique

La considération cruciale que j’ai élaborée en identifiant les sept actes de destruction de l’Etat-nation, est de redécouvrir le principe selon lequel les relations humaines, à l’opposé des relations bestialisées, résident essentiellement dans les processus cognitifs, mis en relief dans les dialogues socratiques de Platon. C’est par ces processus cognitifs que l’on génère un principe physique universel vérifié ou un principe vérifié de la forme classique de composition et d’interprétation artistiques. C’est par le partage de telles découvertes cognitives que s’accroît le pouvoir de l’humanité sur l’univers, par tête et par kilomètre carré.

C’est le partage de ces expériences scientifiques et artistiques cognitives qui exprime les relations naturelles et naturellement fructueuses entre êtres humains. C’est à cela qu’il faut retourner si nous voulons que nos nations survivent à la calamité qui nous menace.

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