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Editoriaux de Jacques Cheminade

Irrationalité

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Les éditoriaux de Jacques Cheminade sont publiés tous les quinze jours dans le journal Nouvelle Solidarité, sur www.solidariteetprogres.org ainsi que www.cheminade-le-sursaut.org.


Le pire ennemi auquel doivent faire face ceux qui combattent pour un nouveau système économique, politique et social est une irrationalité de masse qui répand le pessimisme et l’impuissance. C’est ainsi que toute une société s’autodétruit. Attaquer de front cette corruption de la pensée et de l’action exige qu’on la défie à sa source et dans ses diverses manifestations, car comme toute folie, une fois qu’on en a admis le principe de départ, la suite paraît terriblement logique.

Premier exemple, un ouvrage intitulé Impertinences 2009, édité par La documentation française avec le label et la préface de Valérie Pécresse. David Le Bris y écrit : « La création de richesse est ainsi mesurée en permanence par la Bourse qui valorise les profits futurs des entreprises (…) Depuis le milieu du XIXe siècle, il n’apparaît pas de corrélation entre la croissance économique et la part des entreprises industrielles (...) A la question la France peut-elle se développer sans industrie, la réponse de la Bourse est clairement affirmative. »

En résumé, le profit est la différence entre le prix d’achat et le prix de vente, la Bourse valorise ceux qui font le plus grand écart, quels que soient le bien ou le service produit, et l’économie consiste à encourager ces écarts. Qu’une telle folie, sans la moindre référence à la nature des productions, à la vie des êtres humains ou à l’économie physique, puisse circuler dans un ouvrage officiel ne devrait cependant pas surprendre. David Thesmar, professeur à HEC, Pascal Salin ou Florin Aftalion, de Paris Dauphine, promeuvent ce monétarisme libéral sans queue ni tête. Tous soutiennent la titrisation et les dérivés de crédit, prétendant que ces escroqueries permettent de répartir les risques sur un grand nombre d’acteurs et de promouvoir les innovations financières.

On a vu le résultat, mais ils persistent ! Jean Tirole, notre économiste nobélisable, inspiré par les théories des jeux et de l’information, assaisonnées de psychologie et de sociologie, repousse lui aussi avec arrogance ceux qui veulent éliminer la titrisation, les produits dérivés ou les hedge funds : « De toutes façons ce n’est pas possible, oublions ça ! » Il l’a dit le 8 octobre 2008, devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Cet adepte de l’école comportementaliste anglo-américaine ne s’intéresse en rien à la création, il mesure des comportements pour anticiper et établir des stratégies.

La principale influence exercée sur Barack Obama est aujourd’hui celle de ces économistes comportementalistes, entourés de psychologues comme Robert Book Cialdini, expert dans la « Science de la persuasion », en politique comme en marketing. Son dernier ouvrage s’intitule Yes : The Psychology or Persuasion. Ce sont eux – « Yes, we can » – qui ont conduit la campagne d’Obama comme un immense téléthon caritatif orwellien. La Fondation « progressiste » Terra Nova veut faire de même en France. Un de ses buts est d’éliminer non les effets toxiques ou autres maux sociaux, mais des candidats comme… Jacques Cheminade, alors que Jean-Marie Le Pen ou Olivier Besancenot seraient, selon elle, des « représentants de réels courants d’opinion français ». A lire cela, à voir ces convergences, à voir la manipulation des comportements se substituer aux idées, on se dit que le choix est entre fascisme à visage humain ou à visage découvert. Il nous reste ici à rompre la règle de ce jeu mortel.

Voir les 2 commentaires

  • dra • 28/04/2009 - 12:54

    bravo et bon courage avec des équipes sans cesse plus nombreuses.
    Vouloir introduire de la raison dans des cerveaux vidés de leur substance pensante,
    dans des êtres dont on nie et l’âme et le bon sens : Vaste programme ! aurait dit le général de Gaulle .

    • pachoz • 28/04/2009 - 16:25

      peut-être pas si vaste ? par exemple, si une simone Weil (avec le W, pas le V) n’avait pas cédé au complexe du martyr, mais inspiré de son vivant le type de sursaut moral esquissé dans ’l’enracinement’ (qui allait si bien au gaullisme de résistance), la mission serait moins ’impossible’...
      C’était trop demander à une élève du pessimisme des Alain et consorts, aussi géniale et anti-cynique fut-elle. Car ceux qui s’évertuent à percer "l’idée de progrès" en tant que tel, désespérent, ou pire. Un peu d’esprit de jeu, celui qu’il nous faut retrouver, peut disposer à inverser les termes de la question et partir du phénomène du "progrès des idées" ; mais au regard de sa contrepartie réelle, économique. Dans ce sens, simone weil aurait pu devancer Larouche dans la découverte du "potentiel démographique relatif", qui mesure la capacité d’accroissement volontaire par l’homme (par son activité mentale créatrice) du rendement de la biosphère ; accroissement exploitable par l’homme au profit de son espèce (noosphère) et des autres.
      Ce principe de raison humaine ainsi identifié comme source du progrès psychique et physique, permet de percer le "chaos" des reflets qui tendent à le masquer : les découvertes fondamentales, les révolutions technologiques, et les guerillas éducatives qui les accompagnent - comme celle si actuelle entre l’économie libérale fictive et l’économie physique humaine...
      "l’économie est faite pour l’homme, non l’homme pour l’économie"

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