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Les analyses de Jacques Cheminade

La France et l’Allemagne ont pour mission de donner substance à la paix

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Discours prononcé le mardi 4 février, à l’occasion de la conférence de l’Institut Schiller intitulée « La vieille Europe se rebiffe ».

Le 9 septembre 1962, le général de Gaulle prononce en allemand, dans la cour du château de Ludwisburg, une allocution qui s’adresse à la jeunesse allemande :

« Quand à vous, je vous félicite ! Je vous félicite, d’abord, d’être jeunes. Il n’est que de voir cette flamme dans vous yeux, d’entendre la vigueur de vos témoignages, de discerner ce que chacun de vous recèle d’ardeur personnelle et ce que votre ensemble représente d’essor collectif, pour savoir que, devant votre élan, la vie n’a qu’à bien se tenir et que l’avenir est à vous. (...) Je vous félicite enfin d’être des jeunes de ce temps. (...) Votre génération voit, et sans doute continuera de voir se multiplier les résultats combinés des découvertes des savants et de l’agencement des machines qui modifient profondément la condition physique des hommes. Mais le champ nouveau et prodigieux qui s’ouvre ainsi devant vos existences, c’est à ceux qui ont aujourd’hui votre âge qu’il appartient de faire en sorte qu’il devienne la conquête, non de quelques privilégiés, mais de tous nos frères les hommes. Ayez l’ambition que le progrès soit le bien commun, que chacun en ait sa part, qu’il permette d’accroître le beau, le juste et le bon, partout et notamment dans les pays qui, comme les nôtres font la civilisation, qu’il procure aux milliards d’habitants des régions sous-développées de quoi vaincre à leur tour la faim, la misère, l’ignorance et accéder à une pleine dignité. (...) Eh bien ! Cette solidarité désormais toute naturelle il nous faut, certes, l’organiser. C’est là la tâche des Gouvernements. Mais il nous faut aussi la faire vivre et ce doit être avant tout l’œuvre de la jeunesse. Tandis qu’entre les deux Etats la coopération économique, politique, culturelle ira en se développant, puissiez-vous pour votre part, puissent les jeunes Français pour la leur, faire en sorte que tous les milieux de chez vous et de chez nous se rapprochent toujours davantage, se connaissent mieux, se lient de plus en plus étroitement ! »

Qu’y avait-il avant ce discours et que s’est-il passé après, et, enfin, quel défi devons-nous relever aujourd’hui, alors que nous fêtons le quarantième anniversaire du Traité de l’Elysée du 22 janvier 1963 ?

Avant, il y eut la Première Guerre mondiale, matrice du mal du XXème siècle, la boucherie des tranchées, la barbarisation des hommes qui ont dû y combattre. Il y eut l’hitlérisme en Allemagne, le pétainisme en France et l’incapacité, dans les années trente, d’empêcher la dérive vers la guerre, avec la politique de Brüning en Allemagne, qui, au lieu d’adopter les propositions de Lautenbach et de Woitinsky en faveur d’une politique de développement économique mutuel et d’argent émis pour des grands travaux afin de créer la base économique de la paix, imposa au contraire l’austérité sociale et pensa à rétablir une monarchie. Rien de fait pour arrêter la machine de guerre ni la montée de Hitler au pouvoir. Rien non plus en France : en 1935, Laval pratique la même politique que Brüning tandis que le Front populaire sombre dans l’impuissance, sous les pressions de banques anglaises et américaines qui empêchent Blum de réaliser son projet (il se montre beaucoup trop timide dans son action), c’est-à-dire mettre en œuvre une politique rooseveltienne en France.

Après la guerre, c’est la reconstruction européenne, grâce à ce qu’il reste de ce que Roosevelt appelait le Global New Deal, une nouvelle donne à l’échelle du monde. Roosevelt voulait mettre en œuvre de grands projets partout dans le monde, de grands projets d’infrastructures créant les bases pour une production technologique plus avancée dans l’intérêt de tous les peuples. Roosevelt entendait, du même élan, mettre fin aux empires coloniaux anglais, français, portugais et néerlandais, et créer ainsi un environnement de progrès mondial. Il voulait organiser un financement systématique en faveur de ces grands projets. Ce fut l’origine du système de Bretton Woods et de la Banque mondiale, tel qu’il l’entendait et non tel qu’il devint. Et, enfin, il voulait établir la paix par le développement mutuel avec la Russie.

Inutile de dire qu’à part le plan Marshall en Europe, rien de tout cela n’a réellement été mis en œuvre, en raison de la trahison des dirigeants américains et en particulier de Truman. On a donc eu la Guerre froide, mais aussi, dans ce cadre, la reconstruction européenne. De Gaulle et Adenauer voient, en 1958, que la reconstruction européenne peut être un modèle et que, de ce point de vue, la France et l’Allemagne peuvent devenir un exemple pour l’Europe et pour le monde, à la fois contre le système soviétique et contre la dérive financière qui s’imposait déjà aux Etats-Unis. Auparavant, Robert Schuman et Jean Monnet avaient créé, dans cet esprit, la Communauté européenne du charbon et de l’acier en 1952 et le Marché commun en 1957-58. Le 14 septembre 1958, Adenauer se rend à La Boisserie, à Colombey-les-deux-Eglises ; commence alors la fameuse « histoire d’amour » entre Adenauer et de Gaulle.

Il faut bien savoir que ce ne fut pas une entreprise facile. Quand Adenauer vient à La Boisserie, Mme de Gaulle informe Philomène et Louise, les deux employées de maison, de la visite du chef d’Etat allemand. Elles s’écrient toutes deux : « Un Allemand ici ! Jamais, jamais ! ». Face à leurs préjugés, de Gaulle lui-même, avec sa femme, doit leur expliquer qui est Adenauer et pourquoi ils le reçoivent.

En 1961-62, c’est le grand débat sur l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun. Déjà à cette époque, De Gaulle dénonce le cheval de Troie d’un ordre libéral financier. Du 2 au 8 juillet 1962, Adenauer est en France et c’est la rencontre de Reims. Devant la cathédrale, une plaque commémore aujourd’hui l’évènement, mentionnant de Gaulle, Adenauer et Mgr Marty, et l’on évoque le Te Deum célébré à cette occasion. Ce qu’on ne dit pas, c’est qu’il y avait aussi beaucoup de pancartes dans la foule qui disaient « pas de nazis en France », « les nazis hors de France ». Ce n’était donc pas aussi facile qu’on le pense parfois en enjolivant le passé.

A ce moment-là, de Gaulle parle d’une union entre la France et l’Allemagne. Il dit, le 8 juillet 1962 : « Comme l’Allemagne et la France ne s’unissent que pour servir ensemble la liberté, la prospérité et la fraternité, d’abord chez elles, à partir de là entre les Etats occidentaux de notre continent et à l’intérieur du monde libre sur les deux rives de l’Atlantique, puis, un jour peut-être, à travers l’Europe tout entière et, du même coup, au profit de tous les humains, comme un pareil but est celui-là même que fixe à notre espèce la loi suprême de sa vie, on peut bien dire, qu’à votre passage à Paris et dans nos provinces, « la voix du peuple fut la voix de Dieu ».

Ce sont ainsi des paroles très fortes et lourdes qui furent prononcées. A cette même époque, en mars 1962, les accords d’Evian sont passés entre les représentants du FLN Algérien et le gouvernement français, et le 1er juillet 1962, a lieu le référendum sur l’indépendance de l’Algérie. A part la Françafrique, la France se délivre donc du boulet colonial. C’est dans ces circonstances, la France étant libérée de ce poids, qu’a lieu le voyage de De Gaulle en Allemagne, le 9 septembre 1962. Le 14 janvier 1963, de Gaulle déclare que la Grande-Bretagne n’est pas prête à entrer dans le Marché commun. Et c’est le 22 janvier 1963, une semaine après que de Gaulle ait claqué la porte à la Grande-Bretagne, que le traité franco-allemand de l’Elysée, dont nous fêtons aujourd’hui le 40ème anniversaire, se trouve signé.

Il est essentiel de voir ce traité dans la perspective historique de son avènement pour dissiper toutes les illusions qui pourraient fausser notre mémoire. C’était une époque dure, c’était une grande querelle, et ce combat était mené par deux grands hommes. C’est à ce moment-là que se crée l’Office franco-allemand de la jeunesse et beaucoup parmi nous, allemands et français de notre génération, sont allés en France ou en Allemagne grâce à cet Office , dans le contexte d’un véritable échange culturel qui est aujourd’hui ce qui manque le plus à l’Europe. En même temps, le jumelage entre villes et villages créa cette base d’amitié qui fait qu’aujourd’hui la France est le pays le plus apprécié de l’Allemagne et que, réciproquement les Français se sentent plus proches des Allemands que de tout autre peuple. Qui aurait pu le prédire lorsque Louise et Philomène s’écriaient : « Pas de nazis à la Boisserie ! ». Cette mutation doit être bien présente à l’esprit de chacun d’entre nous.

Le moteur franco-allemand s’est donc mis en marche, et de Gaulle veut en étendre les effets de l’Atlantique à l’Oural. A ses yeux, l’amitié franco-allemande, l’un des faits les plus importants des temps modernes, doit devenir exemplaire. Elle doit inspirer ceux qui, comme la Russie, se trouvent de l’autre côté du rideau de fer. Le 1er décembre 1966, c’est son fameux « toast » à Kossyguine qui, bien qu’il ne fasse que quelques lignes, est un texte fondamental : « Enfin, pour qu’apparaisse une Europe rassemblée, il lui faut des ambitions. Lesquelles ? Celles que lui commande notre époque : à l’intérieur d’elle même, le développement scientifique, technique, économique, dont désormais tout dépend et qui est le meilleur terrain de convergence internationale ; à l’extérieur, outre l’exploration de l’espace, qu’une Europe unie poursuivrait avec des chances illimitées, un concours concerté à apporter, partout dans le monde, à l’avance des peuples retardés ainsi qu’au maintien de la paix. » La conquête de l’espace se trouve ainsi associée au développement du tiers monde. C’est à partir du moment où il n’y a plus de conquête de l’espace qu’il n’y a plus de développement du tiers monde, et réciproquement.

Voilà l’ambition, voilà ce que fut le projet. Eh bien ! Les résultats ont été, il faut bien le dire, très limités - en tout cas, pas à la hauteur de ce que des hommes, dans la Résistance ou dans les camps de concentration, avaient rêvé et conçu. Dès la signature du traité de l’Elysée, une offensive est déclenchée contre Adenauer et de Gaulle. Adenauer est éliminé, de Gaulle affaibli. Au cours de ces années-là, les tentatives constantes d’assassinat et de déstabilisation se multiplient contre lui. Son entourage de godillots ne comprend rien à son grand dessein. Il faut dire la vérité : il y a eu de Gaulle mais il n’y a pas vraiment eu, à cette époque-là, contrairement à l’épopée de la guerre, de vrais gaullistes. Après le départ de de Gaulle, l’on assiste à une dégradation de plus en plus rapide du système financier et monétaire international. Le 15 août 1971, c’est le découplage entre l’or et le dollar, la dérégulation, comme on dirait aujourd’hui, la loi de la jungle à l’échelle internationale, décidée par Richard Nixon. Celui-ci entreprend une stratégie « sudiste » républicaine, une politique néo-conservatrice à dominante financière totalement contraire à celle de Roosevelt. Après cette stratégie sudiste républicaine de Nixon, Carter pratique à son tour, à partir de 1976, une stratégie sudiste démocrate. Ce n’était donc pas une affaire de partis, mais, hélas, de tendances profondes de l’époque. Inspirés par Paul Volker, Nixon et Conally découplent l’or du dollar.

Ceci débouche donc sur un terrible échec par rapport aux espérances. Après le référendum de 1969, de Gaulle part et, depuis, les hommes politiques se comportent comme des nains, non comme des nains juchés sur les épaules de géants, pour reprendre l’expression de Thierry de Chartres, mais comme des nains juchés sur des épaules de nains !

Aujourd’hui, par rapport à ces années de recul, une immense chance se lève devant nous. En cette quarantième célébration du Traité de l’Elysée, l’Europe s’éveille. Le 14 septembre à Paris, Chirac et Schröder disent ensemble « notre politique est semblable et même identique en ce qui concerne la guerre contre l’Irak ». Nous cherchons une solution à ce problème que représente Saddam Hussein, mais par des méthodes autres que la guerre, qui provoquerait chaos et déstabilisation. Nos parlements et nos gouvernements siègent en commun à Versailles. Paris et Berlin ouvrent la voie à une coopération économique plus étroite, dont on peut espérer l’épanouissement. En France, Nicole Fontaine, ministre déléguée à l’Industrie déclare que l’idée est bien de mettre en place, à terme, « une véritable politique industrielle commune ». On crée un Centre économique international à Bruxelles où Français et Allemands pourront définir des initiatives communes qui seraient promues ensuite à l’échelle internationale. Un forum économique et financier franco-allemand, créé en 1985, est réactivé ; les questions de travail, santé, retraites, feront l’objet de la création de groupes de travail franco-allemands pour « discuter continuellement de ces thèmes et essayer de s’enrichir mutuellement. » On parle de double nationalité, de l’adoption d’une initiative institutionnelle commune en Europe qui, bien que peu brillante en soi, a le mérite d’exister. Surtout, l’on remet en cause le Pacte de stabilité qui bloque toute politique européenne digne de ce nom.

Cette remise en cause est très importante parce que ce Pacte de stabilité avait été fait sous la pression de Bush et Thatcher, et endossé par Mitterrand, pour empêcher que la réunification de l’Allemagne n’engendre une autre politique que celle de l’ordre néo-libéral financier.,Que François Fillon, ministre des Affaires sociales, puisse aujourd’hui déclarer : « Reste à lever les vents d’une croissance européenne, voir euro-atlantique, que le couple franco-allemand, désormais affermi, peut être en mesure de susciter en transcendant les scénarios trop orthodoxes du Pacte de stabilité », est donc extrêmement important. C’est dit en termes diplomatiques, mais c’est quand même dit. De son côté, le Chancelier Schröder appelle de ses vœux une interprétation plus souple du Pacte, rappelant que si la stabilité est un aspect important de la macro-économie, la croissance l’est bien davantage. On voit apparaître, depuis la politique de paix envers l’Irak jusqu’à cette esquisse d’une action commune entre la France et l’Allemagne, une remise en cause d’un certain ordre des choses.

Bien que ce soit terriblement insuffisant, ce n’est pas rien. Preuves en sont la sortie de Donald Rumsfeld contre la « Vieille Europe « franco-allemande et les attaques dans la presse américaine et britannique contre la France, d’une violence sans précédent. Dans sa manchette du 24 janvier, le New York Post parle de « l’axe de la sournoiserie » (Axis of the Weasel) - qui serait celui de Schröder et de Chirac, à l’opposé de la « bonne Amérique ». Le Miami Herald, proche de la mafia cubaine, dit que les Français sont des « singes capitulards mangeurs de fromages ». Dans le New York Times, William Safire affirme que « Schröder a fait à Chirac une offre qu’il ne pouvait refuser : asseoir la domination franco-allemande sur les 23 autres nations d’Europe continentale » et le Washington Times déclare : « En France, les principes dont parle le ministre des Affaires étrangères ont depuis des siècles été érigés de façon à laisser les Français libres d’être odieux, lâches, ingrats, orgueilleux, cupides et indignes de confiance ».

C’est une expression torride, pour utiliser un mot que comprendrait l’ancien président Clinton. C’est quelque chose d’une violence sans précédent. Je pourrais aussi citer quantité de textes de la presse anglaise, tel celui du Daily Telegraph qui « se félicite que les Américains aient dit son fait à ce mariole de Chirac, avec tout le mépris qu’il mérite » ;.

Pourquoi toutes ces attaques ? Il a été créé aux Etats-Unis, à l’initiative de Donald Rumsfeld et de tous ces « faucons mouillés » américains - c’est-à-dire des gens qui s’érigent en faucons tout en s’étant eux-mêmes efforcés d’échapper au service militaire et à la guerre du Vietnam - un organisme de propagande noire contre la France et l’Allemagne. En octobre 2001, Rumsfeld créait l’Office of Strategic Influence (OSI), chargé de mener des campagnes de guerre psychologique contre tous les opposants aux politiques adoptées par les Etats-Unis au lendemain des attentats du 11 septembre. Dénoncé par le New York Times, Bush l’a fermé pour le reconstituer aussitôt sous la direction de William J. Luti, sous-secrétaire adjoint aux Plans spéciaux, jusque-là conseiller du vice-président Cheney. Ce poste se trouve placé sous l’autorité de Douglas Feith, un protégé de Richard Perle et de Paul Wolfowitz. Feith est sous-secrétaire à la Défense et Perle, président du Policy Defense Board. Voilà les enragés de ces milieux « ultra-conservateurs », les Rumsfeld, les Wolfowitz, les Perle, les Lewis Libby, tous déchaînés contre la France. C’est donc bien que la France a dû faire quelque chose méritant le respect ! En tous cas, nous avons de violentes répliques en France, comme par exemple, dans Le Journal du Dimanche, l’éditorialiste Jean-Claude Maurice qui écrit : « On n’accusera même pas M. Rumsfeld d’Alzheimer précoce, lui qui, apparemment, ne se souvient pas de sa visite à Bagdad en décembre 1983. A l’issue de laquelle on vit soudain l’Irak commander aux Etats-Unis des lots d’anthrax, des hélicos et des vues aériennes par satellite pour espionner l’ennemi iranien. Aujourd’hui, le voyageur de commerce est devenu ministre de la Défense. Peut-être veut-il savoir où sont passées ses livraisons ? » Face aux attaques apparaissent ainsi des réactions salutaires.

Ensuite, il y a le fait qu’inspirés par le Wall Street Journal et l’administration Bush, huit chefs d’Etat de pays européens - ceux qu’on appelle le triangle BAB, Blair, Aznar, Berlusconi - ont publié une lettre de soutien à la politique actuelle de Bush sans avertir ni Paris, ni Berlin, ni la présidence grecque, ni Javier Solana, le « Monsieur politique étrangère » de l’Union européenne. Cet axe-là a clairement choisi les aventuristes de Washington contre Paris et Berlin. Tout cela rend parfaitement dérisoires les efforts d’une Europe à 25 pour se doter d’une politique étrangère et de sécurité commune. La PESC a sombré dans cette affaire. Maintenant, la Convention européenne apparaît comme du bla-bla diplomatique et l’Europe à 25, telle qu’elle avait été votée à Nice, comme un « machin ». Les pays qui ont pris parti contre Paris et Berlin l’ont fait contre leurs propres opinions publiques : 82% de la population des 15 membres de l’Union européenne et 72% de celle des treize candidats à l’Union sont contre la guerre. Il s’agit, soulignons-le, des pays qui pratiquent la politique la plus néo-libérale et la plus complaisante à l’égard de l’oligarchie financière anglo-américaine, comme la Pologne, la République tchèque de Vaclav Havel, une fois de plus dans le camp de l’oligarchie financière.

Ainsi, le couple franco-allemand renaît de ses cendres. Cependant, ce premier pas relève encore du symbolique. La France et l’Allemagne n’ont en rien traité du grand problème de l’époque, qui est l’effondrement du système financier et monétaire international. Or, face à cet effondrement, elles ne peuvent désormais, en aucun cas, rester où elles en sont. Si l’on reste au milieu du Rubicon, on se noie en effet dans la rivière. On ne peut donc que reculer et se soumettre, ridiculisant ses propres paroles, ou bien sortir du dilemme par le haut, en gagnant l’autre rive.

Pour y parvenir, la France et l’Allemagne doivent s’engager sur trois points fondamentaux : 1) les deux gouvernements doivent proposer à l’Europe et au monde, un projet économique qui éradique la logique de guerre. Le vrai conflit concerne la stratégie économique à suivre. Il s’agit d’assurer la paix par un développement mutuel entre les peuples, de créer la substance de la paix. Dire « non » à la guerre sans créer la substance de la paix est une attitude impuissante. 2) Ce développement mutuel ne peut pas être obtenu dans le chaos du système monétaire actuel, au sein d’un système qui a déjà les deux pieds dans la tombe et ne peut, en aucun cas, assurer un avenir à l’humanité. Paris et Berlin doivent donc en proposer un autre s’ils veulent être pris au sérieux : le nouveau Bretton Woods, le Pont terrestre eurasiatique et un plan Oasis en faveur du Proche-Orient doivent en être les éléments. Ce sont les propositions de Lyndon LaRouche, celles que nous défendons ici, et ce n’est que lorsque Paris et Berlin s’en saisiront que leurs engagements pourront être réellement pris au sérieux. 3) Enfin, pour soutenir ce combat qui est inéluctablement mondial, Paris et Berlin doivent mobiliser les opinions publiques européenne et internationale, et d’abord les nôtres, française et allemande. Cela implique que chez nous, tout choix d’austérité soit définitivement abandonné. Nous sommes face au scandale du groupe Metaleurop (on dit que c’est un scandale mais on ne fait rien pour le régler), à celui de la marée noire du Prestige, de la fermeture d’usines et de licenciements à tout va, et malgré tout cela, on n’a pas abandonné une politique d’austérité qu’il faudrait à tout prix abandonner pour être crédible, pour mobiliser le peuple français derrière le projet que nous défendons ici. Cela implique une politique de croissance sans entraves financières et que cette politique de croissance soit mise en œuvre sans plus tarder.

Si Paris et Berlin ne prennent pas ces engagements, ils referont aujourd’hui par défaut les choix de Brüning et de Laval avec les conséquences que l’on connaît. C’est le défi de notre époque devant lequel personne ne peut se dérober.

Ce qui est arrivé après la signature du traité de l’Elysée numéro 1, celui du 22 janvier 1963, doit être pour nous une leçon. Faute de se porter là où de Gaulle entendait la transcender, l’alliance franco-allemande s’est engluée dans de bonnes intentions, parfois même utiles, mais limitées et, en tout état de cause, d’une insuffisance politique absolue.

L’attaque contre notre alliance, de la part, déjà, des intérêts anglo-américains, a été virulente dans ces années-là. Rappelez-vous, nous sommes à l’époque tragique où le président Kennedy a été assassiné, ensuite suivront Martin Luther King, Robert Kennedy et Malcolm X. Cependant, la France et l’Allemagne ne se rebiffent pas et c’est là le problème parce que Français et Allemands, surtout après le départ d’Adenauer et de de Gaulle, nous nous sommes inclinés devant les axiomes, devant les postulats et les théorèmes, la contre-culture d’un ordre destructeur. Et aujourd’hui, la première chose à comprendre dans cette guerre contre l’Irak, c’est qu’elle n’est qu’un élément d’un ensemble, un détonateur pour promouvoir un choc des civilisations selon les plans de Samuel Huntington et de son précurseur, le vieil agent anglais Bernard Lewis - un choc des civilisations pour que cesse toute possibilité d’une intégration et d’un développement eurasiatique, pour promouvoir un retour de Washington à des politiques opposées à celles de Roosevelt.

Car le but poursuivi dans cette guerre contre l’Irak est bien double : empêcher un développement eurasiatique et faire que Washington ne pratique pas les politiques de Roosevelt. Il faut bien voir que si l’on a une guerre contre l’Irak, si l’on n’aborde pas la question fondamentale économique et financière, on se rend complètement impuissant. Il y a un temps pour d’utiles manœuvres diplomatiques, mais à partir de maintenant, le temps pour les choses essentielles est venu.

Par rapport à cela, je voudrais d’abord montrer la triple courbe fondamentale de Lyndon LaRouche, qui donne sens à la situation actuelle. Ce sont trois courbes en tendance. D’abord (c’est la première courbe, graphique 1), vous avez ce qui s’est passé depuis le début des années 64-70 jusqu’en mars-septembre 2000, en particulier aux Etats-Unis, puis en Europe. Vous avez un découplage entre, d’une part, l’évolution de l’émission de monnaie et les actifs financiers, qui croissent de façon hyperbolique, et , d’autre part, la production physique par tête qui tend, elle, à diminuer. Cette diminution concerne ce qui assure l’avenir d’une société : biens de consommation, d’équipement, de production, infrastructures humaines - santé publique, recherche et développement, éducation -, ce qui transforme physiquement la nature, ce qui assure le développement de l’économie et permet donc d’accroître la capacité d’accueil, la vie d’êtres humains par unité de surface, c’est-à-dire la densité démographique.

Ce graphique I reflète le passage d’une société de production - celle des « trente glorieuses » de l’après-guerre - à une société de consommation, où, à un type d’homme qui travaille au sein d’un projet commun, dans l’intérêt général, se substitue un autre, qui consomme pour lui-même et son entourage. L’émission de monnaie s’accroît pour maintenir une bulle financière et immobilière, non pour produire. La « logique » devient celle d’une austérité comptable pénalisant le travail et la production, et d’une émission d’agent « à tout va » favorisant le court terme et la spéculation. Un tel monde, depuis le début des années 70, a détruit sa propre substance, sa capacité à assurer un avenir. Le résultat est le graphique2 : à partir de mars-septembre 2000, il se produit un krach boursier. L’émission de monnaie ne parvient plus à maintenir la bulle financière, qui s’effondre, alors que la croissance du taux d’émission de monnaie dépasse la croissance du taux d’émission d’actifs financiers et que la courbe de la production physique par tête plonge. L’Argentine est un cas limite, mais la « logique » de ce qui s’y passe n’est que la conséquence d’une crise générale qui, si l’on ne change pas de système, atteindra, de proche en proche le monde entier.

Cette situation est comparable à celle de l’Allemagne de Weimar lors du printemps 1923.

Dans le domaine culturel, elle se reflète par une crise tout aussi profonde et aussi grave. A une culture de la vie, du développement des pouvoirs créateurs de chaque être humain, s’est substituée une contre-culture du rapport de forces, de la possession et de la domination. A la spéculation financière à court terme correspond une fixation égoïste dans le présent, sans souci des générations à naître. Ainsi se développent différentes formes d’asservissement au présent : violence, consommation de drogues, sexe-marchandise, musique-bruit, univers du virtuel dans lequel on zappe sans réfléchir.

Si vous lisez le graphique II et comparez à la situation culturelle de l’Allemagne de Weimar, les choses deviennent plus claires.

La sanction est une chute démographique, qui traduit un monde sans espérance, sans sens de mission. La France fait un peu moins mal que les autres en Europe, surtout grâce à l’apport des populations musulmanes, mais la chute se produit partout. Il se répand, dans ces conditions, un pessimisme culturel énorme, induit par un recul de la capacité d’accueil et d’hospitalité du monde. Voilà où nous en sommes. Il faut renverser ces paramètres, les choix des 30 à 40 dernières années, il faut renverser ces axiomes. Et c’est seulement si l’alliance franco-allemande entreprend ce renversement qu’elle peut devenir irrésistible.

C’est d’abord une logique de grands travaux, de transformation de la nature. On pense en termes de ce que deviendra le monde avec, comme LaRouche l’a dit, les yeux du futur. Je veux montrer maintenant ce qu’on devrait faire si on ne pensait pas avec les yeux du futur. On donnerait priorité à « la banane européenne ». On agirait là où se trouve la plus forte densité démographique en Europe, puisque c’est là qu’il y a le plus des gens qui ont des besoins. C’est l’Italie, toute la région du nord de la France, de l’Allemagne, des Pays Bas jusqu’en Angleterre. Mais ce n’est pas comme cela qu’il faut faire si nous voyons avec les yeux du futur.

Ce qu’il faut faire, c’est un Pont terrestre eurasiatique, à l’échelle de l’Europe et de l’Eurasie, certes, mais aussi du monde. Pour désenclaver et développer les régions du monde les plus dépourvues, en mobiliser les ressources humaines laissées en friches, et non pour servir les plus riches au détriment des autres ou en abandonnant les autres. Il s’agit du concept-clé de « développement mutuel ». Ce n’est rien d’autre que ce que Roosevelt voulait faire en 1945, le Global New Deal, rien d’autre que ce dont de Gaulle parlait dans son discours à l’Université de Mexico, en 1964, lorsqu’il évoquait la « cause commune de toute l’humanité ». Aujourd’hui, nous répondons avec Lyndon Larouche en disant, « c’est le moment, il est très tard, on est près de minuit, il faut faire vite ».

Vous avez, au départ, cette masse eurasiatique, parce que c’est là qu’il y a une substance globale suffisamment grande. Du point de vue politique, il faut revenir au discours prononcé par Evgueni Primakov en Inde en 1998, proposant la création d’un triangle stratégique « Russie-Inde-Chine » ;. Ce discours a provoqué plus tard son éviction du pouvoir, mais depuis, Poutine revient à cette orientation, Primakov redevenant très actif, et cette orientation est cohérente avec celle définie jadis par Lyndon LaRouche, ainsi que par Helga Zepp-LaRouche lors d’un voyage en Chine en 1996 où, au cours d’une conférence officielle, elle s’est opposée à sir Leon Brittan, qui représentait la Communauté européenne. Dans son discours, elle avait développé le concept d’une nouvelle « route de la soie » ;, irriguée par un capital public organisant, donnant le la à des intérêts privés. Leon Brittan, lui, plaidait uniquement en faveur d’intérêts privés, sans penser à l’avenir, sans aller plus loin, en donnant la priorité aux profits à court terme. Aujourd’hui, nous devons penser dans les termes du Triangle stratégique - Russie, Inde, Chine - et de l’alliance entre la France et l’Allemagne, dans une dimension d’ensemble eurasiatique, pour réorienter l’économie mondiale, pas pour combattre les Etats-Unis en tant que pays et en tant que peuple, mais pour les entraîner dans cette vision et leur faire rompre avec ce système anti-américain qui, aujourd’hui, occupe les allées du pouvoir aux Etats-Unis, avec les Rumsfeld, les Cheney et les autres.

Redonner voix à l’autre Amérique, comme on dit en France, mais c’est une expression que je n’aime pas, je préfère parler de la « vraie Amérique », des Etats-Unis d’Amérique définis par leur Indépendance, par la Révolution américaine, Etats-Unis d’Alexandre Hamilton, de Henry et de Mathew Carrey, de Lincoln, de Roosevelt... C’est cette Amérique-là qui pourra réapparaître grâce au Pont terrestre eurasiatique. C’est de ce point de vue que nous devons voir les choses, pas celui d’un vain pro-américanisme ni celui d’un vain anti-américanisme, tous deux également impuissants, mais en ayant à l’esprit la cause de la vraie Amérique, ce projet historique des républicains européens.

Pour créer une Europe et une Eurasie exemplaires, il faut des technologies de pointe dont le symbole, pour nous, est le Maglev allemand, le chemin de fer ultrarapide à lévitation magnétique, qui a été construit par la Chine pour relier Shanghai à son aéroport international. Il s’agit d’un premier tronçon de 30 km, mais actuellement, d’autres projets du même type se mettent en place en Chine et au Japon. Nous avons là un type de projet qui doit permettre un développement allant toujours de pair avec un raccourcissement des distances, c’est-à-dire le critère de moindre temps (temps minimum de parcours entre deux points). Ce n’est plus le moindre espace mais le moindre temps. Vous avez une sorte de carte du monde où les choses sont de plus en plus proches.

Ce que nous pouvons offrir, nous autres, Français, c’est notre nucléaire. Il y a une réflexion à mener en France. Aujourd’hui on pense à reprendre le nucléaire. Mme Bachelot et M. Mer ont fait des déclarations à ce sujet, mais il n’y aucune réflexion en profondeur, aucun sens économique d’ensemble de ce qui doit être fait pour permettre ce retour au nucléaire. Ce sera aussi une rude tâche de convaincre les Allemands de la nécessité du nucléaire dans cette entreprise de développement économique, mais l’on doit en passer par là pour avoir une vision cohérente et complète.

Le concept clé est ici celui de « partage des technologies » - non pas simplement d’exportation, mais de partage. Le rayonnement technologique permet en effet d’induire une croissance générale qui apporte plus de bénéfices à tous - y compris à celui qui l’offre aux autres - que le prix de la perte du monopole. Le même raisonnement doit être fait pour les médicaments génériques : le gain d’ensemble induit par leur usage compensera la perte du monopole détenu par les laboratoires.

L’on doit aussi avoir une approche d’« irrigation intérieure ». Et pour cela je veux montrer trois projets. Le premier est le canal Main/Danube, déjà construit mais qui voit relativement peu de circulation parce qu’il n’y a pas d’activité économique réelle. Il est cependant fondamental pour créer le lien Ouest-Est. Autre exemple, le canal Rhin/Rhône. Aujourd’hui, dans l’état des choses, ce second projet n’a pas d’intérêt économique, mesuré en termes comptables, il n’est pas nécessaire, car les « pertes » en termes d’environnement ne sont pas compensées par les « gains » en termes de développement mutuel. Mais c’est seulement vrai dans le système actuel. C’est donc de système qu’il faut changer ! Dans l’optique du Pont terrestre eurasiatique, oui, il faut faire le canal Rhin/Rhône et le canal Seine/Escaut - troisième projet - pour établir le lien essentiel Sud-Nord, Méditerranée-Eurasie. Car alors, les « gains » en termes de développement mutuel permettront d’améliorer l’environnement, si l’on pense à moyen et long terme.

Surtout, il faut construire des corridors de développement. Il faut construire entre l’Europe et l’Asie, dans leurs régions intérieures, des corridors de développement avec des transports rapides. Mais pas des corridors pour aller d’un bout à l’autre. Des transports scandés d’arrêts successifs, permettant de faire rayonner le développement. Voici un schéma un peu compliqué (Figure 3), où l’on voit une rivière, un canal, une ligne principale - Maglev ou TGV - associé à une autoroute, et des réseaux qui, sur une distance d’environ 50 km de part et d’autre de l’axe principal, créent du développement, créent du progrès et des villes « secondaires ». Que transporte-t-on ? Des marchandises, des technologies, des hommes et surtout, quelque chose qui ne se mesure pas et qui est plus important que le reste : des idées ! Et c’est cela la conception politique d’un Pont terrestre eurasiatique. Pourquoi est-ce rentable ? Parce qu’avec ce qu’on apporte, on a des effets induits de développement économique bien supérieurs au coût du transport et des infrastructures construites, et on donne aux peuples les moyens de s’intégrer dans l’économie mondiale, de participer à un projet de développement d’intérêt mutuel. C’est extrêmement important politiquement, car la thèse impériale ou coloniale anglo-néerlandaise était de dominer en contrôlant les mers par le commerce maritime, en contrôlant la finance et les services secrets. Ce système là n’a pas créé et ne crée pas de développement intérieur. Aujourd’hui, avec les transports ultrarapides, on peut créer un réseau apportant ce développement intérieur et qui permettra à tous les peuples de participer à un projet de développement mutuel. Même chose d’ailleurs en Afrique ou en Amérique du Sud, mais l’intérêt primordial de l’Eurasie est sa dimension, qui en fait un levier de taille suffisante pour changer d’orientation le « système » de l’économie mondiale.

Ce sont de très grands projets, et il faut les faire à grande échelle. Il faut une logique de financement de ces grands projets. Il faut les financer de sorte qu’ils payent eux-mêmes pour leur réalisation dans le temps. Que le produit du projet rembourse les crédits émis en sa faveur. On peut parler de crédits à long terme et à faible taux d’intérêt et on peut parler également de paiements différés, c’est-à-dire que le projet remboursera l’investissement effectué de façon « différée ». On avait considéré cela à l’époque du plan Marshall, il faudrait le refaire aujourd’hui.

Pour y parvenir, il faut empêcher que l’argent aille ailleurs, et actuellement il va ailleurs, dans des investissements spéculatifs à court terme. Arrêter ce mécanisme suppose de mettre en faillite un système qui est déjà virtuellement en faillite, celui des banques et du Fonds monétaire international. Plus de 50 banques dans le monde sont menacées actuellement. Il suffit de voir la proportion de produits dérivés par rapport à leurs avoirs. Ces banques sont ruinées, il faut avoir le courage de dire simplement qu’elles sont en faillite.

Il faut substituer à ce système - BCE, Réserve fédérale américaine et autres banques d’influence financière - un système de banques nationales. Que disait Hamilton (l’inspirateur de Roosevelt) au moment de la Révolution américaine ? Précisément, qu’il fallait une banque nationale des Etats-Unis. Celle qu’il a alors mise en place a permis la reprise des Etats-Unis, après leur indépendance, alors que le pays était complètement surendetté par sa guerre de libération. Hamilton orienta les investissements publics vers de grands travaux à l’intérieur des Etats-Unis. Plus tard, Carey reprit le flambeau avec la construction de chemins de fer transcontinentaux, un projet qui apparaissait aussi invraisemblable à l’époque que nos projets eurasiatiques d’aujourd’hui. Or, sans ce projet, les Etats-Unis n’auraient jamais pu prendre leur essor.

Il faut revenir à ce type de vision, cette façon de penser à l’avenir, en s’inspirant de ce qui a été accompli dans le passé par des prédécesseurs qui ont eu le courage de « changer la règle du jeu ». Il faut un protectionnisme économique et militaire, non par amour du protectionnisme mais parce que ce développement a besoin d’être protégé contre des intérêts prédateurs. Il faut contrôler autant que de besoin les flux de capitaux, comme Mahathir l’a fait en Malaisie, lorsqu’il a permis à son pays de surnager dans la crise asiatique d’il y a quatre ans, et établir si nécessaire un contrôle des changes. Appliquer une série de mesures « protectrices » lorsqu’elles s’avèrent nécessaires, pour permettre ce type de développement. Il faut disposer d’un système de changes stable, ne pas avoir une monnaie sur laquelle on spécule dans tous les sens, pour éviter qu’un George Soros ou d’autres, plus ou moins manipulés, puissent jouer contre le sort des Etats nations jusqu’à les détruire, comme ils l’ont fait avec l’Argentine.

Il faut, dans ce contexte, une culture pour les jeunes, et les former pour qu’ils soient capables de participer à ces projets. Et c’est ce que le mouvement des jeunes pour LaRouche a pour mission d’être et est en train de devenir : répondre aux exigences de ceux qui réclament leur part de futur, rouvrir pour eux ce « champ nouveau et prodigieux » dont de Gaulle voulait, à Ludwisburg, qu’il devienne la « conquête non de quelques privilégiés, mais de tous nos frères les hommes ». Nous devons bâtir un mouvement de jeunes en Europe et dans d’autres pays, comme nous le faisons actuellement aux Etats-Unis. En particulier en ce qui concerne l’Europe et les Etats-Unis, dans notre véritable relation profonde, parce que depuis que les monarchies absolues se sont établies en Europe et qu’il est devenu extrêmement difficile d’y bâtir des républiques, depuis les guerres de religion, l’Europe a eu pour projet de bâtir en Amérique quelque chose qui correspondrait au rêve européen. Et aujourd’hui, c’est quelque chose qui doit nous revenir, que nous devons réaliser avec le pont terrestre eurasiatique en Europe et en aidant Lyndon LaRouche à rétablir cette vraie Amérique aux Etats-Unis. C’est un paradoxe intéressant que le pont terrestre eurasiatique puisse aider la vraie Amérique à ré-émerger aux Etats-Unis. La vie humaine est faite de solutions apportées à de tels paradoxes.

Dans la sous-culture actuelle, les gens voient à la télé des ombres projetées par des sources lumineuses secondaires, comme dans la caverne de Platon. La culture que nous devons rétablir, c’est celle de la lumière et de la vérité, celle qui ne se voit pas, ne se représente pas mais qui est celle de la connaissance, des idées. Armé de cette culture, le mouvement des jeunes représente quelque chose qui, comme l’alliance franco-allemande si elle relevait le défi, et avec elle, deviendrait inarrêtable, capable d’engager le combat fondamental que nous voulons mener.

Toute idée naît à partir de paradoxes, d’une contradiction entre ce que vous disent vos sens et la vérité qu’il faut trouver. C’est toujours la réponse à une question qui paraît évidente. Pourquoi le ciel est-il bleu ? Pourquoi la terre est-elle ronde ? Pourquoi le pôle nord est-il toujours en haut dans le globe terrestre et le pôle sud en bas ? Que veut dire tout cela ? Tous les jeunes devraient pouvoir répondre à ces questions en mettant la recherche de la vérité au-dessus tout, avec une méthode de discussion qui consiste à pousser jusqu’au bout quelque chose, jusqu’à trouver les limites dans un certain ordre, en identifiant ainsi ce qui contraint à passer à un ordre supérieur. Cela s’appelle la méthode socratique. Cette méthode, c’est l’arme absolue d’un mouvement de jeunes et, moralement, cela signifie reconnaître sa part de participation à la pensée humaine, sa capacité d’assimiler et de découvrir de nouveaux principes physiques universels.

Le grand moment politique que nous vivons nous éclaire sur ce que de Gaulle, à la Libération de Paris, appelait nos pauvres petites vies - c’est-à-dire les ambitions, la carrière, les petits égoïsmes - tandis que là, dans la recherche de la vérité et de la justice, il y a quelque chose qui est absolument fondamental et que Lyndon LaRouche définit comme la « part d’immortalité « de chaque être humain. Ce n’est pas la peur de la mort, ce n’est pas la fuite en avant dans la mort, c’est l’application de toutes ses capacités à refuser l’opinion établie, à pouvoir même être seul contre tous, pour la cause qui est celle d’améliorer le monde, de découvrir une loi nouvelle, de l’appliquer et, ce faisant, de transformer le monde de façon légitime. Ca veut dire accroître la capacité d’accueil, d’hospitalité de la terre, et se préparer à aller au-delà, dans l’exploration de cet espace dont nous percevons l’existence.

De Gaulle avait cette double ambition, l’Europe de l’Atlantique à l’Oural et l’espace. C’est exactement à cette ambition que l’on doit revenir aujourd’hui, saisissant l’occasion de la tempête qui se déchaîne sur le monde pour le porter au-delà de lui-même, pour le « changer ».

Et cela va complètement à l’encontre de la vision impérialiste, la vision actuelle de la globalisation, qui est aussi celle de la géopolitique britannique consistant à considérer les choses existantes en termes de rapports de forces et de conflits, conception pessimiste d’un monde dans lequel il faut dominer ou être dominé, gagner ou être battu. « La France qui gagne »... Si vous en restez là, vous êtes absolument incapables d’accéder à quoi nous devons accéder, à un projet de développement mutuel dans un univers restant à découvrir. Ce n’est plus la géopolitique, où l’on prend ce qui existe, un univers en peau de chagrin qui rétrécit, mais un univers que l’on découvre et que l’on crée, un univers élargi qui définit notre avenir.

Si l’alliance franco-allemande se donne cette inspiration, elle peut dès lors devenir invincible. Mais pour cela, il faut lutter contre la sous-culture dominante. Voici l’exemple même de l’horreur qui nous entoure. C’est une publicité de Volvo. Vous voyez les gens enchaînés au bord de la route, comme les Noirs le sont maintenant à nouveau dans certains Etats des Etats-Unis. Voyez ici l’heureux conducteur d’une Volvo (un Européen, pas un Américain) et on peut lire que « dans chaque Volvo 850-TDI, il y a un homme heureux ». Le bonheur est représenté comme le spectacle de cet homme jouissant de sa possession en voyant les autres enchaînés au bord de la route et réduits à briser des pierres. C’est de telles ignominies que nous devons combattre alors que, dans le quotidien de nos vies, on nous inflige ces images en attendant que la réalité les suive.

Vous devez au contraire voir l’Univers comme une réalité à découvrir, où les hommes participent à la découverte de lois physiques fondamentales et les appliquent pour améliorer les conditions de vie de tous, pour servir le bien commun. De ce point de vue, il n’y a pas de recettes mathématiques, pas de formules magiques à appliquer, pas de martingales institutionnelles.

Aujourd’hui, consciemment ou inconsciemment, on croit qu’en inventant un système mathématique suffisamment sophistiqué, on n’aura pas besoin de physique, que cela ne sert à rien. J’ai un modèle. La simulation mathématique suffit. Il s’agit d’une théorie de l’organisation des ensembles qui ne prend pas en compte les transformations et c’est pour cela que les gens en France ou en Allemagne n’arrivent pas à sortir du système. J’ai un texte du Bundestag allemand qui dit : il faut réformer le FMI, changer un peu les institutions, mais surtout pas leur en substituer d’autres. La France, elle aussi, voudrait repondérer les voix au sein du FMI, sans changer de système. Ainsi, si vous acceptez de vous laisser enfermer, vous devenez incapables de concevoir que le changement profond de système peut être la matière même de la politique.

En écoutant le discours de Lyndon LaRouche sur l’état de l’Union, le 28 février, je me disais au contraire : voilà le changement, l’amélioration devenue état « naturel », le propre de l’homme, voilà ce que de Gaulle, Adenauer et Roosevelt auraient voulu, malgré ce qui les séparait par ailleurs, voilà ce que Kepler, Leibniz, Abraham Kaestner, Lessing, Mendelssohn, Lazare Carnot, auraient voulu. Voilà le « projet Amérique » ; nourri par le meilleur de l’Europe. Voilà ce que nous devons recréer autour d’un dialogue des civilisations, des cultures et des religions, dans lequel chacun apporte le meilleur de lui-même et reconnaît dans l’autre ce qu’il a de mieux qu’en lui-même. En ce sens, la lutte pour amener LaRouche à la présidence des Etats-Unis constitue, paradoxalement, la meilleure garantie pour le Pont terrestre eurasiatique et pour l’Europe. Ce qui se passe aux Etats-Unis est, de ce point de vue, déterminant pour l’Europe, et ce qui se passe en Europe, déterminant pour les Etats-Unis. C’est cette compréhension du monde à laquelle il faut accéder pour être sûrs de pouvoir faire pour les générations futures ce que de Gaulle exprimait dans ses discours et que son entourage manqua si misérablement de faire. Munir les jeunes Allemands, les jeunes Français et tous les jeunes du monde de tout ce que les cultures française, allemande, italienne et andalouse ont accompli de meilleur, une formation à ce principe de découverte partout où il a eu lieu, depuis la Chine et l’Inde jusqu’à chez nous, faisant des grands moments de Renaissance de l’histoire humaine le fondement même de l’éducation. Voilà sur quoi devrait reposer l’alliance franco-allemande, l’évocation vivante de ces grands moments du passé pour nous inspirer dans le présent et inspirer cette intervention dans l’histoire, ici et maintenant, dont je vous ai parlé ce soir.

Nous sommes attachés à ce projet, le porter est notre chance d’avenir. Pour cela, je dois vous dire ce soir : aidez-nous. Il n’y a pas, heureusement ou malheureusement, en ce début du XXIème siècle, d’autre choix aussi fondamentaux qui soient offerts.

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