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Les écrits de Lyndon LaRouche

La géométrie physique en tant que stratégie

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Discours prononcé par Lyndon LaRouche à la conférence de l’Institut Schiller et de l’International Caucus of Labor Committees, à Bad-Schwalbach (Allemagne), le 21 mars 2003.

A Washington, se déroule un mélange de farce et de tragédie. C’est un genre de farce shakespearienne, dans laquelle le président joue le rôle du roi Lear et le vice-président celui de Lady MacBeth. C’est pourtant une question très grave.

Parfois, un fou fera ce que d’autres ne feront pas. Parfois aussi, celui qui souhaite voir s’accomplir un grand crime trouve un fou pour l’exécuter, car celui-ci ne répugnera pas à cette tâche, n’en comprenant pas les conséquences. Comme ce pauvre Président qui, sincèrement, ne sait pas ce qu’il fait. Il ne comprend rien à la réalité dans laquelle il évolue.

Dans cette tragédie, comme dans toutes les tragédies classiques, les vraies tragédies historiques, il est important de comprendre que le désastre ne vient pas des dirigeants, ni des institutions dominantes. Ce sont les gens eux-mêmes qui attirent sur eux le désastre en choisissant ou en soutenant des dirigeants qui en sont les agents. C’est ce que nous enseigne la tragédie grecque. C’est ce que nous enseignent Shakespeare, ou Schiller. C’est la pure vérité.

Par conséquent, lorsque survient une période de crise, les gens doivent tout d’abord regarder en eux-mêmes, tout en considérant leurs mauvais dirigeants, pour y trouver l’erreur qui leur a rendus complices du travail néfaste accompli par ces dirigeants.

Ce qui arrive aujourd’hui, au niveau mondial, ne m’a pas surpris. J’en ai conscience, plus ou moins clairement, depuis plus de quarante ans. J’ai vu beaucoup de choses, en particulier à la fin de la guerre. J’étais alors soldat et j’ai assisté, dès le fin de la guerre, à la transformation de ceux avec qui j’avais servi sous les armes. J’ai vu l’ère Truman, qui était une ère funeste, succéder à l’ère héroïque de Franklin Roosevelt. J’ai vu des soldats qui avaient fait preuve de courage pendant la guerre et qui, en rentrant chez eux, aux Etats-Unis, ont très vite, en un an ou deux, capitulé face à leurs craintes, face aux pressions de leur femme. Mais aussi face à la peur d’être écrasés s’ils ne disaient pas ce que l’on attendait d’eux, en cette période marquée par le prétendu conflit américano-soviétique. Peur de perdre leur emploi, de ne pas pouvoir subvenir aux besoins d’une famille, que celle-ci en souffre. Ils se sont donc inclinés. Ainsi, plus de 90% des soldats qui sont revenus ont accepté de ramper.

Ils ont pris l’habitude de ramper, durant toute la fin des années 40, puis dans les années 50. Ils se sont avilis. Ils ont appris à leurs enfants à être prudents, à savoir s’adapter dans la vie, à savoir s’abaisser. Ensuite, [le président] Truman a été remplacé par [le président] Eisenhower. C’était, certes, une amélioration. Truman était un homme pervers ; stupide et pervers. Nous nous en sommes débarrassés pour sauver le pays de ce qu’il représentait. Eisenhower était un général représentant la tradition militaire américaine, alors que les adeptes de Churchill et de Truman représentaient une nouvelle tradition, une tradition perverse ; Eisenhower assura donc une période de stabilité, et de regroupement, pour le peuple américain.

Après qu’il eut quitté ses fonctions, nous avons connu une période très trouble - l’épisode de la Baie des Cochons, la crise des missiles de Cuba et l’assassinat du président Kennedy, qui faisait partie du même ensemble. Kennedy n’a pas été assassiné par Oswald. Il a été tué dans le cadre d’une opération spéciale montée, à l’intérieur même de notre pays, par la section Special Warfare, qui est spécialisée dans ce genre d’actions. Ensuite, nous avons foncé dans la guerre du Vietnam, sous la présidence de Johnson. Johnson n’en était pas responsable, cela faisait partie d’un processus. Dès lors, nous nous sommes dirigés vers l’abîme. Nous n’y sommes pas tombés tout de suite, mais nous en avons pris le chemin. C’était celui de la dégénérescence, représentée par la guerre du Vietnam, par le rock, la drogue, la contreculture du sexe, qui a corrompu une grande partie de la jeunesse qui entrait alors à l’université. Il ne s’en sont pas encore remis.

La société de consommation

De société productive - la première du monde, avec le plus fort taux de productivité par tête , ! - nous nous sommes transformés, pas à pas, en société de consommation parasitaire, vivant de notre capacité à extirper des concessions de la part d’autres pays. Nous avons pillé le monde pour nous nourrir, prétendant à un meilleur niveau de vie parce que nous étions devenus une société de consommation. Nous avons détruit dans la population tout sens de travail honnête pour le remplacer par une course à l’argent, où l’on préfère vivre de sa carte de crédit que de gagner sa vie par le travail. Nous croulons sous les dettes. Nous avons été corrompus. Notre culture a été corrompue. Nos loisirs ont été corrompus. Notre économie s’est désagrégée. Nos universités aujourd’hui sont à peine reconnaissables en tant qu’institutions d’enseignement. Nous ne donnons plus d’éducation aux jeunes - ou rarement. Nous les préparons à pouvoir répondre à des questionnaires à choix multiples. Nous notons sur ordinateur les réponses aux questions. Les étudiants ne savent rien. Ils ont appris à répondre aux questionnaires. Ils ne sont pas récompensés pour cette corruption ; les institutions le sont, relativement, et l’Etat aussi. Les étudiants quittant l’université ne savent rien, mais ils ont un diplôme en mains. Ils sont reconnus sur le plan professionnel.

Nous ne produisons plus de biens. Nous utilisons la méthode du benchmarking. Nous avons renvoyé les ingénieurs des laboratoires, ceux qui développaient les produits et faisaient les essais, pour les remplacer par des informaticiens qui s’immergent dans leurs systèmes informatiques et vous sortent des formules de leur ordinateur. Ils les collent ensemble et vous disent que c’est une automobile... Seulement voilà ! Elle fait un tonneau à 70 km/h et ça peut vous tuer.

Nous produisons des objets qui ne fonctionnent pas. Dans les magasins américains, par exemple, on trouve surtout des produits de très mauvaise qualité. Rien de ce que nous aurions été fiers de posséder il y a des années.

Nous sommes devenus moralement décadents. Et parce que nous nous sommes laissés corrompre par cette décadence, nous en recevons maintenant la punition à travers les dirigeants que nous avons choisis pour nous conduire sur la voie de l’avilissement.

C’est ainsi que nous avons hérité George Bush. Il est intéressant de voir comment c’est arrivé. Dans les élections de 2000, il a été décidé de ne laisser personne ayant les qualités pour devenir Président se présenter, avec quelque chance de succès, à ce poste. Nous avions [le démocrate] Al Gore, qui est plus dangereux que George Bush ; il nous aurait déjà fait entrer en guerre il y a six mois, si ce n’est un an. Il est prisonnier des mêmes personnes qui contrôlent aujourd’hui George Bush. Or celui-ci n’a aucune compétence, sa compréhension de la géographie est plus que limitée. Il a des problèmes, d’honnêtes problèmes.

Nous avons donc mis quelqu’un à la présidence - et l’alternative était aussi nulle que lui - de totalement incompétent, alors que le monde sombrait déjà dans la pire crise de l’histoire moderne. Est-ce lui qui va prendre les décisions ? Evidemment non, c’est une simple marionnette. Une marionnette avec des émotions et dont on tire les fils pour lui faire faire ce qu’on veut qu’elle fasse. Je vais m’expliquer.

Mais je voudrais aussi montrer, en prenant l’exemple de la tragédie, qu’une période tragique se prête à la recherche du sublime. Quand un peuple découvre qu’il s’est comporté stupidement pendant trop longtemps et qu’il en est arrivé au point où il est condamné par cette stupidité, par ses propres opinions erronées, ses idées stupides sur ce qui est bon ou mauvais, etc., alors, ce peuple fait face à une grave crise. Il se trouve confronté à une grande menace. Et si elle est assez terrible, ils en viendront peut-être à se demander ce qu’ils ont fait de mal. Tant qu’ils ne blâmeront que leurs dirigeants, ils ne trouveront pas de réponse. Quand ils se feront des reproches à eux-mêmes, le remède sera possible. Car ils doivent découvrir en eux ce qui les a amenés à accepter cette déchéance.

Cela fut toujours ainsi dans l’histoire. L’humanité n’est jamais devenue adulte. Dans toutes les civilisations, de grandes entreprises furent lancées afin de créer des Etats. Certaines furent des réalisations mémorables, mais elles ont ensuite dégénéré, comme Solon le décrit dans sa lettre aux Athéniens, un poème rédigé à la fin de sa vie, où il leur montre comment ils ont dégénéré quelques années après qu’il les ait conduits vers la liberté.

Telle est l’histoire de l’humanité. De grandes entreprises sont lancées pour bâtir une nation, puis elles dégénèrent. Et les gens s’habituent à cette dégénérescence, elle devient leur façon de vivre, leur opinion. Vient alors un moment de crise, et la question de savoir s’ils pourront retrouver leur honneur, reconnaître la vérité et changer leur façon de penser, afin de changer de comportement.

L’humanité s’est souvent revivifiée ainsi, lorsque survient ce moment sublime où les gens reconnaissent non seulement leurs erreurs, mais aussi qu’en cherchant des solutions, ils découvrent qu’il en existe de valables, qu’il existe des enseignants ou des dirigeants prêts à leur offrir ces solutions ou ces instructions. C’est ainsi que des nations se sont sauvées elles-mêmes.

Le cas de Franklin Roosevelt

Prenons le cas typique de Franklin Roosevelt. De 1901, avec l’assassinat du président McKinley par des Britanniques, entre autres, jusqu’en 1932 et l’élection de Roosevelt, les Etats-Unis ont connu, pour l’essentiel, un processus de dégénérescence. Theodore Roosevelt était un idéologue de la Confédération sudiste vaincue et en était l’héritier. Il représentait précisément cette dégénérescence. Il serait devenu fasciste s’il avait eu le temps d’achever son travail. Vint ensuite le président Taft, un républicain de l’Ohio qui n’était pas trop mauvais, puis un autre fasciste, Woodrow Wilson, qui refonda le Ku Klux Klan aux Etats-Unis. Sous Wilson, on avait le Ku Klux Klan à la Maison Blanche. L’Europe a d’ailleurs eu affaire à ce gentleman.

Ensuite, nous avons eu Harding, une personnalité mélangée. Par contre, Calvin Coolidge était pernicieux et l’appareil qui le mit au pouvoir contrôla aussi le gouvernement Hoover, jusqu’à l’inauguration de Roosevelt, en 1933.

Les Etats-Unis ont donc subi 32 ans de dégénérescence. C’est alors que Franklin Roosevelt, dont l’arrière-grand-père avait été un collaborateur d’Alexander Hamilton et qui avait ravivé cet aspect de sa tradition familiale lorsqu’il était gouverneur de l’Etat de New York, gagna l’élection présidentielle, en faisant campagne pour la cause des gens ordinaires, les « oubliés ». Roosevelt ramena les Etats-Unis à leur tradition originale, aux principes sur lesquels la république avait été bâtie, ceux de John Quincy Adams, et nous nous sommes renouvelés, comme sous la présidence d’Abraham Lincoln.

Ce sont là des exemples du sublime. Des dirigeants surgissent du sein de la nation pour la sortir de son avilissement, en lui offrant des solutions qu’elle est prête à accepter en ce moment de crise.

Nous voici à nouveau dans ce genre de situation. Depuis l’assassinat de John Kennedy, qui s’était engagé à faire revivre la tradition de Roosevelt, les Etats-Unis ont traversé un long processus de dégénérescence, à certains égards plus profond que jamais dans notre histoire nationale. En 2000, le peuple américain a eu deux candidats à la présidence qui répondaient à ses attentes, que ce soit consciemment ou par négligence. Et ce que nous vivons aujourd’hui, aux Etats-Unis et dans le monde, est le résultat de ce choix, de cette négligence, de la part du peuple américain lui-même - mais aussi, d’une certaine manière, des Européens.

Prenez l’exemple récent du chancelier allemand et du président français. Ils furent si horrifiés par la monstruosité de ce qui se présentait à eux - la combinaison d’une dépression mondiale et de la menace d’éclatement d’une guerre généralisée, non seulement en Irak - qu’ils ont formé, avec le président russe Poutine, ce qu’on appelle le triangle européen de résistance aux Etats-Unis. En effet, ils reconnaissaient qu’il ne s’agissait pas d’une guerre contre l’Irak, comme l’a déclaré le ministre français des Affaires étrangères lors de débats à l’ONU : c’était une guerre contre la civilisation entière ! Car cette politique américaine, dont la guerre est une expression, représente une menace pour l’ensemble de la civilisation.

Maintenant, permettez-moi de revenir en arrière.

L’administration Bush

Le 3 janvier 2001, à la veille de l’entrée en fonctions du président George W. Bush, j’ai présenté, lors d’une émission diffusée par vidéoconférence, mon estimation de ce que ferait la présidence Bush. En gros, j’ai prévu en grande partie ce qui se passe aujourd’hui. Je n’ai pas prévu les attaques du 11 septembre 2001, bien entendu, mais je les voyais venir, d’une certaine manière.

Retournons en Allemagne, en 1928-1933. Formé en 1928, le gouvernement Müller tombe en 1930, reflétant notamment la crise financière et économique globale qui frappe très durement l’Allemagne, alors sous la domination des puissances ayant imposé le Traité de Versailles. Le problème reste sans solution. En 1931, certains envisagent une solution, mais elle n’est pas mise en oeuvre. Nous voici en 1932-33. Le chancelier von Schleicher pourrait, dans des conditions optimales, devenir un excellent chancelier pour éviter la guerre. Pourquoi ?

Franklin Roosevelt avait été élu en novembre 1932, à peu près à l’époque où von Schleicher était nommé chancelier en Allemagne. S’il n’avait pas été renversé, il aurait encore occupé ce poste au moment où Roosevelt entrait en fonctions, en mars 1933. Dans ce cas, les Etats-Unis et l’Allemagne auraient engagé une coopération sur des politiques du type de celles effectivement suivies par Roosevelt, au niveau international. Il n’y aurait pas eu de guerre mondiale.

Au lieu de cela, un ensemble de forces - regroupées autour de l’ancien directeur de la Banque d’Angleterre et de son partenaire, la famille [américaine] Harriman, ainsi que le grand-père de l’actuel président américain, Prescott Bush - se mobilisa financièrement de façon à sauver le parti nazi et Hitler, les sortant d’un oubli mérité. Hitler (qui envisageait à l’époque de se suicider) et le parti nazi sortirent non seulement de l’oubli, mais le 28 janvier 1933, von Schleicher fut renversé, sous la pression de Hindenburg, et Hitler devint chancelier le 30 janvier.

Peu de temps après, les nazis organisèrent l’incendie du Reichstag (février 1933). Aussitôt, on fit adopter par le Parlement la loi octroyant les pleins pouvoirs, dont le père conceptuel était Carl Schmitt, le juriste nazi qui avait aussi été à l’origine des décrets d’exception. La mise en œuvre de ces lois, après l’incendie du Reichstag, fit de Hitler un dictateur. Dans cette logique, et avec la vague d’assassinats de l’été 1934, la Deuxième Guerre mondiale devint dès lors inévitable. Il n’y avait aucune force sur la planète capable de l’arrêter, on ne pouvait que s’y préparer.

Aujourd’hui, la situation n’est pas aussi mauvaise. Mais voilà pour cette époque.

Lors de mon intervention vidéo du 3 janvier 2001, j’ai noté que les Etats-Unis se trouvaient déjà, en 2000 au plus tard, dans un mode hyperinflationniste. C’est-à-dire que la quantité d’argent sortant des planches à billets, ou produit par d’autres moyens, dans le but de refinancer des avoirs financiers, était si importante que nous nous trouvions dans une spirale hyperinflationniste. Cela signifiait que tout le système d’après guerre, et surtout le régime de taux de change flottants adopté en 1971, était condamné. A l’époque, rien n’aurait pu sauver ce système financier, pas plus qu’aujourd’hui. Sous sa forme actuelle, le FMI ne peut survivre, ou alors c’est le genre humain qui ne survivra pas.

En janvier 2001, j’ai donc dit que nous en étions là. Il fallait donc s’attendre, étant donné la constellation de forces gravitant autour du futur gouvernement Bush, non seulement à une accélération de la dépression, mais au déroulement d’un événement comparable à l’incendie du Reichstag, un événement terroriste qui serait utilisé comme prétexte pour octroyer des pouvoirs d’exception au gouvernement des Etats-Unis. Celui-ci pourrait alors se lancer dans une guerre ou adopter une attitude belliqueuse pour tenter de garder le contrôle de la situation politique, au lieu de faire face à la crise économique.

Certains pensent que l’offensive militaire en cours n’est dirigée que contre l’Irak. C’est faux. L’Irak n’est qu’un prétexte pour lancer une guerre mondiale. Si on ne l’arrête pas, il n’y aura pas d’après-guerre d’Irak. Cette guerre ne s’arrêtera jamais. La destruction de ce pays peut intervenir dans les prochains jours ou semaines, mais la guerre ne s’arrêtera jamais, car elle débouchera sur un autre conflit, avec ce gouvernement américain totalement voué à un impérialisme fasciste mondial. J’expliquerai cette notion.

Nous devons donc arrêter cette guerre. Sa continuation n’est pas inévitable. Nous devons l’arrêter ! Ceux qui disent qu’il faut accepter une guerre inévitable et essayer de recoller les morceaux après, sont stupides. Il n’y aura pas d’après. Il n’y aura qu’une guerre continuelle. On peut s’attendre au bombardement de la Corée du Nord, presque automatiquement, dans ces conditions. Mais cela ne s’arrêtera pas là. L’Iran est déjà dans le collimateur. La guerre pourrait s’étendre à l’ensemble du Moyen-Orient. On ne pourra enrayer ce processus qu’en stoppant la guerre à sa racine.

La Chine est l’une des nations visée par cette guerre, ce qui vous donne un sens de la dimension qu’elle peut prendre. Nous devons l’arrêter !

Une alternative positive

Cette situation offre néanmoins un aspect positif, que j’ai mentionné, c’est le Triangle européen. L’Europe a été saisie d’effroi et la réponse positive qu’a apportée Jacques Chirac, ainsi que son ministre des Affaires étrangères, le chancelier allemand et d’autres personnes en Russie (je vois une évolution positive de la réponse russe), implique que le monde reconnaît le danger qu’il faut conjurer.

En même temps, au sein du Triangle stratégique Russie-Chine-Inde, on assiste à une prise de conscience des problèmes frappant l’Asie de l’est, du sud et du sud-est. Si les nations qui le composent acceptent de coopérer, ce triangle peut représenter une base de stabilité, sur les plans économique et de sécurité, pour l’ensemble de l’Asie, y compris pour le complexe de l’Asie du nord, les deux parties de la Corée (qui devraient être réunifiées, à un degré ou à un autre), ainsi que la région chinoise adjacente à la Corée et une partie de la Russie. Ceci comprend aussi les forces industrielles, au Japon, qui sont opposées à la politique pro-guerre de l’actuel Premier ministre.

Ces forces savent qu’elles ont besoin d’un programme de reprise. Elles savent qu’un programme de reprise et de coopération représente la seule possibilité d’enrayer la propagation de la guerre. Il existe des forces en Europe et en Asie, qui reconnaissent l’importance d’instaurer des liens de coopération plus étroits, surtout économiques, pour le transfert de technologies à long terme entre l’Europe de l’Ouest et l’Asie.

Il faut s’y mettre dès maintenant.

Il s’agit donc, potentiellement, d’une force pour le bien. Reste à savoir comment la rendre efficace. Tout d’abord, comment en faire un facteur conscient dans l’esprit des gens à travers le monded ? Elle existe, comme le savent certains en Russie, ainsi qu’en Allemagne et en France. D’autres, en Chine, en Corée, au Japon, en Inde, apprécient l’importance de cette opportunité. Mais ce n’est pas suffisant.

L’opinion publique et la guerre

L’opinion publique, même juste, n’arrêtera jamais une horreur et ne résoudra jamais un problème. Quelqu’un doit tirer les ficelles du pouvoir pour faire en sorte que cela se réalise. Et c’est ce que je suis déterminé à faire : tirer les ficelles du pouvoir. Non pas pour diffuser une bonne opinion, ou une bonne information, mais pour amener ceux qui ont une position de pouvoir à agir comme ils le doivent. Et si des dirigeants convenables passent à l’action, les gens répondront.

Tout le monde a des opinions. Considérez toutes les opinions anti-guerre de par le monde. Peuvent-elles arrêter la guerre ? Non, elles ne l’arrêteront pas. Est-ce utile ? Bien sûr, mais elles ne pourront pas arrêter la guerre. Aucun mouvement de la paix n’a jamais arrêté une guerre, même s’il a pu être utile. Quelqu’un doit tirer les ficelles du pouvoir et lancer l’action autour de laquelle l’opinion populaire peut se mobiliser et s’affirmer. Se mobiliser pour quoi ? Pour de l’action, de l’action positive.

Cela veut dire, aujourd’hui, créer un nouveau système monétaire et financier international. On doit mettre le FMI en règlement judiciaire. Les nations doivent se réunir pour le faire, pour créer un nouvel ordre économique mondial juste en se mettant d’accord sur un nouveau système monétaire, basé sur des principes de coopération qui soient acceptables par toutes les nations participantes. Ce n’est pas une seule nation, ni deux, qui donneront des réponses au monde, mais un concert de grandes nations, d’accord sur certains principes et qui décident d’un nouveau système monétaire dont le but immédiat est de sortir le monde de la dépression.

Que l’humanité se mobilise en faveur d’une reprise, pour sortir de cette horreur, voilà ce qui pourrait arrêter la guerre.

Bien sûr, d’autres actions sont nécessaires. Mais la volonté d’agir, de la part du peuple et des institutions, viendra d’une initiative au niveau des dirigeants. L’opinion populaire ne sauvera jamais la civilisation ; elle peut la détruire, mais elle ne pourra jamais la sauver. En attendant que l’humanité devienne adulte, cela nécessite l’intervention de cercles dirigeants, capables et déterminés à faire ce qui correspond au bien de l’humanité. Dans ces circonstances, les populations, libérées de cette crise, tendront le plus souvent à répondre.

En résumé, j’ai dit que le problème vient des axiomes ancrés dans l’opinion populaire, qui ont amené, ces 40 dernières années, les peuples et les nations à s’autodétruire, en Europe, dans les Amériques et ailleurs. Cela signifie que l’on ne doit pas trop se fier à ces « opinions indépendantes ». Bien que vous n’ayez probablement pas de pensée indépendante, vous le croyez pourtant, à tort. Depuis l’après-guerre, et surtout ces 40 dernières années, vous avez vu faire des choses qui ont mené notre civilisation à l’auto-destruction. Il est donc évident que ce que l’on croit d’habitude est faux. L’opinion populaire n’est donc pas vraiment indépendante. Quelque chose contrôle la façon dont on pense et dont on se comporte, qui aboutit à la destruction la civilisation. C’est contre cela qu’à la fin de sa vie, Solon mit en garde les Athéniens, à l’époque où Athènes commençait à dégénérer.

La pensée dite « indépendante » ne l’est pas vraiment. Elle implique un refus de voir les fausses suppositions qui contrôlent son opinion. De la même façon que la géométrie cartésienne stipule que certains axiomes, définitions et postulats sont à la base d’une géométrie formelle, d’une géométrie de « tour d’ivoire ». Cette géométrie ne correspond pas au monde physique réel. Ceux qui l’appliquent sont bêtes, mais ils réussiront l’examen. Sur la base de cette géométrie, ils tireront une conclusion qui leur permettra d’affirmer : « c’est mon opinion indépendante ». En réalité, c’est une opinion qu’ils se sont formée parce qu’ils ont accepté certains définitions, axiomes et postulats qu’on leur a enseignés. Ils se laissent contrôler par ces suppositions. J’en viendrai au libre-échange dans un moment.

Par conséquent, vous devez remettre en question non seulement les suppositions émanant de nations et de gouvernements, mais aussi de vous-même. Il faut toujours hésiter un moment avant de sauter à une conclusion concernant le problème, ou la solution. Car votre conclusion sera probablement fausse, si vous n’avez pas examiné les suppositions qui contrôlent votre façon de penser.

Nous arrivons donc à la question des axiomes. Maintenant, nous allons nous amuser.

L’effondrement économique
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Les trois courbes de LaRouche
Représentation idéalisée de l’évolution de la relation entre le développement de la spéculation financière, l’émission de monnaie et l’affaissement de l’activité économique "physique" de base au cours des trentes dernières années.

Une bonne cinquantaine d’années après la conférence de Bretton Woods et trente ans après que l’ordre monétaire mondial ait été détruit sans être remplacé, le système financier d’après-guerre est, de fait, en faillite. Depuis la fin des années 80, le système financier mondial a survécu seulement parce que les gestionnaires de crise ont, dans un effort désespéré, multiplié les opérations de renflouement. Ils ont adopté comme devise : « En cas de trouble, double ». Les bulles spéculatives financières n’ont pu se développer qu’en injectant toujours plus de liquidités dans les marchés financiers, toujours plus que la fois précédente, nourrissant ainsi de nouvelles générations de bulles spéculatives et cela au détriment de l’économie physique. Il est grand temps de cesser d’ajourner la déclaration de faillite globale, afin que les gouvernements puissent emprunter librement la voie vers un système économique, monétaire et financier mondial reposant sur de nouveaux fondements.

Ces graphiques sont connus de certains d’entre vous. Mais je vais montrer comment une stupidité élémentaire a dominé l’opinion soi-disant indépendante de la majorité de la population d’Amérique du Nord et d’Europe, depuis maintenant une trentaine d’années. Ce que vous voyez ici est un graphique pédagogique (figure 1) ; il ne représente pas des statistiques en tant que telles, seulement une approximation pédagogique. De gauche à droite, on commence en 1966, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, jusqu’à aujourd’hui. Pendant cette période, la dégénérescence du système monétaro-financier international et le déclin économique qu’elle a entraîné, se sont traduites par une augmentation par tête et par km carré de la quantité de valeurs financières, ce qu’on appelle les valeurs du marché (la courbe du haut).

Ensuite, on voit l’agrégat monétaire. Il s’agit de la quantité d’argent (ou de son équivalent) créée pour maintenir à flot les marchés financiers. Les marchés n’ont pas augmenté en volume en raison d’une quelconque hausse de la productivité. Bien au contraire, le volume s’est accru parce qu’on a injecté de l’argent dans les marchés financiers et c’est cette injection qui a produit, en marge, par effet de levier, un accroissement des agrégats financiers, sans qu’il y ait le moindre accroissement de la valeur réelle.

La troisième courbe retrace le déclin, par tête et par km carré, en termes de biens physiques, comme les infrastructures mises en place et disponibles. C’est la tendance qui s’est imposée dans les Amériques et en Europe, et qui a aussi des effets non seulement sur l’Afrique mais aussi sur l’Asie, et en particulier sur le Japon. L’économie japonaise a été détruite par le processus décrit ici.

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Les trois courbes de LaRouche
L’effondrement atteint un point d’instabilité critique lorsque l’émission monétaire devient tellement importante qu’elle surpasse la quantité d’instruments financiers en circulation. Cette situation débouche sur l’hyperinflation.

Passons maintenant à l’autre phase (figure 2), où l’on voit l’année 2000 (encerclée). Laissez-moi vous décrire l’origine du problème survenu en 2000. 1998 a vu l’explosion de la bulle hyper gonflée, créée en grande partie suite au pillage de l’ancienne Union soviétique et des pays membres du Comecon. Le pillage avait commencé à grande échelle, en partie grâce aux bons offices d’amis d’Andropov qui lui ont survécu, à la fin des années 80. Il s’est accéléré avec la chute du pouvoir soviétique et s’est poursuivi avec la nouvelle génération de bandits, pendant l’ère Eltsine, jusqu’en 1998.

Cependant, ce pillage avait atteint en quelque sorte ses limites et l’ultime effort pour le perpétuer était dû au vice-président américain de l’époque, Al Gore, un atout de Marc Rich. Al Gore entretenait une relation douteuse avec la campagne de réélection d’Eltsine, par le biais de Golden Ada, une sale histoire de diamants, de cadavres, etc., une opération de gangsters typique.

Le Long Term Credit Management avait acquis des titres financiers fictifs, créés en Russie sous Eltsine, pour tenter de leur donner une apparence de valeur en les commercialisant au moyen de produits dérivés financiers à long terme. En août 1998, cette bulle éclata. Le système de la Réserve fédérale, et d’autres, sont alors intervenus massivement pour sauver le système financier américain en empêchant l’effondrement des hedge fonds impliqués dans cette opération. A cette époque, des personnes autour de Bill Clinton et le Président lui-même - je crois que je peux le dire aujourd’hui - ont reconnu que j’avais eu raison et que les autres avaient tort. Donc, en septembre 1998, le président Clinton s’est rendu au Council on Foreign Relations de New York, pour annoncer qu’il s’engageait en faveur d’une réforme du système monétaire international, réforme qui s’inspirait de mes propositions. Lui-même et son secrétaire au Trésor, Robert Rubin, pensaient pouvoir la faire accepter. Mais ils devaient rapidement se rendre à l’évidence en comprenant le rôle de Monica Lewinsky à la Maison Blanche : un énorme scandale fut monté pour se débarrasser de Clinton et l’empêcher, sous la menace d’une procédure de destitution (impeachment), de poursuivre les négociations en vue d’une réforme monétaire.

Voilà le fond de l’histoire.

Dès lors, les financiers de New York, avec l’aide de George Soros - qui est aussi un bandit et un bailleur de fonds de la campagne pour légaliser la drogue - ont convenu d’une manière de résoudre le problème qu’ils anticipaient, en raison de la crise brésilienne prévue pour février 1999. George Soros dit alors : « Un mur d’argent. Créons de l’argent, sous toutes les formes, vite. Inondons le monde d’argent. » En injectant assez d’argent (c’est l’agrégat monétaire), on peut empêcher un effondrement financier.

Cela a marché, pendant un temps, comme vous le voyez [sur le graphique].

1999 marque le premier seuil où la quantité d’argent injecté dans le système, afin de refinancer les avoirs financiers en difficulté, commence à dépasser la quantité d’avoirs financiers à refinancer. Il y a un précédent historique à cela : c’est, dans l’histoire allemande de juin à novembre 1923, la grande explosion hyperinflationniste. Voilà ce que représente cette évolution.

Aujourd’hui, du fait que les Etats-Unis peuvent piller beaucoup de pays (ce que les Allemands ne pouvaient pas faire en 1923), ils ont pu en atténuer un peu les effets. Mais ce processus se développe depuis lors.

En 2000, j’ai révisé ces chiffres avec mes associés et nous avons déterminé qu’il ne s’agissait pas d’un phénomène épisodique - une forte embellie - mais d’une partie permanente du processus : ce système ne peut survivre sans l’injection de cette quantité d’agrégat monétaire afin d’alimenter le refinancement de l’agrégat financier. Ce qui signifie l’extermination du système.

Voyons le graphique suivant. Les précédents étaient une représentation idéalisée, ou pédagogique, du problème. Ici vous avez les chiffres réels (figure 3).

L’effet de cette évolution, c’est que, de 1977 jusqu’à présent, en raison de changements intervenus aux Etats-Unis, nous avons assisté à une modification majeure de la répartition des revenus nationaux. La part des 80% de la population la plus pauvre a chuté, en même temps que la valeur réelle des revenus d’une famille moyenne, dans cette tranche de 80%. (figures 4 et 5)

Nous avons donc assisté à une destruction, en termes physiques, de l’économie américaine et à la chute des conditions de vie de ces 80% de la population.

Avez-vous déjà suivi un cours d’économie, à l’université ou ailleurs&nbsp ? Lisez-vous la presse ? On vous dit que c’est l’argent, que c’est le marché qui est important ; que l’accroissement des avoirs financiers, le taux de rendement des obligations, actions, etc., sur le marché, sont un signe de bonne santé économique. On vous dit que la quantité d’argent en circulation, la masse monétaire, est une bonne mesure de la santé financière et économique. Récemment encore, presque toute le monde croyait que les Etats-Unis et l’Europe étaient en excellente forme, à cause de la quantité d’argent en circulation, à cause de la quantité de profits financiers déclarés sur les marchés, n’est-ce pas ?

C’est une fraude totale ! C’est absolument faux. En effet, la valeur physique du produit total de ces économies, par tête et par km carré, a diminué. Et il ne s’agit pas d’un effondrement accidentel, mais d’un effondrement systémique. C’est-à-dire que le système a été conçu de façon à détruire le niveau de revenus réels et le niveau de vie réel, par tête et par km carré, dans tous ces pays.

Par conséquent, si vous vous fiez à cette théorie monétaire, si vous vous fiez à John Maynard Keynes, si vous vous fiez à la comptabilité financière, vous êtes dupe ! Parce que vous partez de suppositions axiomatiques qui ne sont pas du tout en correspondance avec la réalité. Mais vous prétendez quand même avoir une opinion indépendante sur l’état du marché financier, sur la façon de faire de l’argent. Eh bien, cette « opinion indépendante » ne vaut rien.

Passons maintenant à d’autres exemples.

Lorsque nous avons lancé le mouvement de jeunes, nous nous demandions comment encourager les efforts des jeunes pour se développer. Et j’ai répondu : avec Gauss. (...) Parce qu’il représente un principe de vérité, qui veut qu’il existe une vérité connaissable dans l’univers. Il est donc possible d’avoir une opinion indépendante, mais elle doit découler d’un principe de vérité. Et ce principe a une application universelle.

Gauss a procédé, essentiellement, comme l’avaient fait les disciples grecs de Pythagore et de Platon, pour le doublement de la ligne, le doublement du carré et le doublement du cube. Le standard de vérité ne peut être déterminé mathématiquement, il n’existe pas de vérité simple purement mathématique. Cependant, il y a une vérité dans les mathématiques qui est toujours démontrée dans les exemples de la Grèce classique, comme dans les cas particulièrement intéressants auxquels se rapporte le travail de Gauss.

Comme certains de ses prédécesseurs, dont Cues, Brunelleschi, Léonard de Vinci, Kepler, Huygens, etc., Gauss a fait revivre le savoir de la Grèce classique, oublié après une longue période de dégénérescence. Car l’opinion dominante et le savoir de l’Europe s’étaient dégradés après l’avènement de l’empire romain, époque pendant laquelle les idées classiques qui avaient persisté jusqu’en 200 avant notre ère, ou peut-être plus tard, furent broyées par la façon de penser des Romains. Puis, au XVème siècle, avec la Renaissance, on assista à une renaissance du savoir classique datant de la période de la Grèce classique.

A travers une approche scientifique moderne, des démonstrations et des termes modernes, Gauss a recréé les fondements pour le rétablissement du savoir classique, basé sur un principe de vérité platonicien.

Je me suis dit alors : « Voici un groupe de jeunes gens qui veulent arriver à quelque chose. Ils se tournent vers moi pour que je leur donne des repères sur la direction à emprunter. » Pour commencer, ils doivent être armés de ce principe de vérité, afin de faire le tri parmi toutes les bêtises qui circulent et de se forger un certain standard de savoir. Comment se faire une opinion indépendante compétente ? Il faut partir d’un principe de vérité - en sachant ce que l’on entend par « vérité », ce que la grande majorité des étudiants et des professeurs ne ne savent certainement pas aujourd’hui, sans parler des hommes politiques et des médias professionnels.

Si vous avez un principe de vérité et que vous savez ce que signifie une « vérité universelle », alors vous pouvez vous en servir, sous forme d’un dialogue platonicien, ou d’un dialogue socratique, pour vous attaquer à n’importe quel problème, avec une certaine idée de ce qui va constituer la vérité. Ensuite, en entreprenant un dialogue énergique sur toutes sortes de questions, vous pouvez commencer à séparer la vérité de la bêtise, de l’opinion populaire. Ensuite, vous pouvez discuter, avec confiance, de presque tout, si vous êtes prêt à suivre ce processus de dialogue avec tous ceux qui sont prêts à en faire autant.

Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’un standard de vérité afin de former des dirigeants dotés d’une plus grande force de caractère. Un caractère personnel, plus affirmé, qui se laisse guider par un principe de vérité et qui peut influencer les institutions, en particulier, celles dominées par la génération du baby boom, aux Etats-Unis et en Europe. Car les gens de cette génération ont subi le terrible changement culturel qui s’imposa à partir d’environ 1964, avec la « contreculture rock-drogue-sexe ». Ils ont ainsi perdu la notion de vérité qui prévalait auparavant. En général, pour les générations antérieures, du moins parmi les personnes responsables et morales, la vérité voulait dire que ce que l’on accomplit aujourd’hui va avoir un effet positif sur les deux générations à venir, plus ou moins. Elles étaient orientées vers l’avenir et ne pensaient pas en termes de la « now generation », la génération qui ne s’intéresse qu’au présent. Elles considéraient donc leurs enfants et leurs petits-enfants comme un point de référence pour le travail qu’elles accomplissaient.

Nous avons perdu ce sens.

Par conséquent, en ces temps de crise, alors que la génération du baby boom doit reconnaître que son idéologie était erronée, que son opinion était erronée, que son comportement était erroné, nous devons la confronter avec les preuves qu’il existe bel et bien une vérité. Car quiconque a la capacité de penser et éprouve une quelconque sensibilité sait que la génération de ses petits-enfants - c’est ce que ces jeunes gens représentent pour moi aujourd’hui - constitue son propre avenir. Le sens de ce que je fais réside dans ce qu’ils vont faire, étant mon avenir, et de ce que fera la génération qu’ils engendreront.

Face à cette évidence, tout le monde, même un baby boomer, peut répondre en disant : « Oui, notre génération a un avenir ». La génération du baby boom, aux Etats-Unis et en Europe, est convaincue qu’elle n’a pas d’avenir, et elle a raison, au regard de la guerre en Irak.

Mais lorsque la génération plus âgée voit que les jeunes bougent, cela les émeut. Ils sont émus parce qu’ils sont humains. Les gens sont émus par leurs enfants et leurs petits-enfants, ou par ceux qui auraient pu être leurs enfants et leurs petits-enfants.

C’est vrai, où que ce soit dans le monde. Les gens sont bouleversés lorsqu’ils vont en Afrique et voient la souffrance. Ils sont touchés par les enfants, par les jeunes qui n’ont pas d’avenir. Leur moralité est attisée par ce spectacle.

Par conséquent, un mouvement de jeunes qui soit capable de transmettre un sens de vérité, d’un principe universel de vérité comme celui reflété dans l’essai de Gauss, représente une force puissante. Nous n’avons jamais eu un mouvement de jeunes de ce type dans l’époque moderne. Moi, j’ai dit simplement : « Faisons-le. Pourquoi pas ? »

Suivant le standard de Gauss, la vérité a deux dimensions. L’une concerne l’esprit individuel agissant sur l’univers, c’est ce qu’on appelle d’habitude la « science physique ». L’autre est la façon dont la société, à l’aide de ses connaissances en science physique, est capable d’agir sur l’univers de manière sociale. La vérité ne se manifeste donc que deux façons : la relation individuelle à la nature et la relation sociale, qui est la relation entre les hommes. Le principe de vérité s’applique à l’une comme à l’autre.

Notre société doit définitivement bannir Kant, car c’est lui qui a fait le plus pour empoisonner l’Allemagne, après les existentialistes (c’est d’ailleurs lui qui a contribué à les créer), et adopter à la place un principe de vérité platonicien.

Voyons maintenant quelques exemples, du côté social, du poison qui détruit la société. Prenons la théorie des « petits hommes verts ». C’est celle qu’enseignent la plupart des économistes et des partisans du libre-échange. C’est leur opinion indépendante !

Sur quoi repose-t-elle ? En fait, elle est basée en grande partie sur l’empirisme. Pas celui de Hobbes, mais celui de John Locke, qui est plus pertinent pour notre préoccupation immédiate. Locke, que l’on prend pour un libéral, était un véritable fasciste en puissance. (On remarquera que les libéraux se transforment parfois en fascistes, comme Hjalmar Schacht, le physiocrate Quesnay, Adam Smith, Bernard Mandeville, et d’autres créatures de la Compagnie des Indes orientales, dont Jeremy Bentham.) Leur théorie à tous, c’est que l’univers est contrôlé en fin de compte par de petits hommes verts, agissant sous le plancher de la réalité. Avec leurs mains invisibles, ils jettent les désqui décideront que certains deviendront riches et puissants, et d’autres pauvres et misérables. Voilà la théorie du libre-échange. Elle n’est pas plus fouillée que cela. C’est ce que disaient Mandeville, Locke, Adam Smith, c’est ce que professait Quesnay, et regardez ce qu’il a fait à la France !

L’on nous dit : « Ayez une foi totale dans le libre-échange, sinon vous êtes contre la liberté ! » « Quelle liberté, répondons-nous, celle des petits hommes verts cachés sous le plancher, dont les mains sont invisibles ? »

L’on dit aussi : « Eh bien, il faut respecter l’opinion. » Pourtant, je sais que la plupart des opinions exprimées dans le monde, sur la plupart des sujets, sont idiotes. Dès lors, pourquoi me fierais-je à l’opinion plutôt qu’à la vérité ?

Raison contre perceptions sensorielles

Maintenant, je vais être un peu dur, car sur ce point, il est crucial de comprendre mon argument. L’humanité est différente de toute autre espèce. L’homme est la seule créaturedotéederaison. Comment raisonne-t-il ? Il se rend compte que ses sens le trompent.

Celui qui dit : « Je crois à ce que me disent mes sens », est une dupe. Il se comporte comme un singe. Prenons l’exemple du singe malaisien qui a fini sur la table du paysan. Lorsqu’il voulait manger du singe, ce paysan, qui était intelligent, prenait un grand flacon et déposait au fond une noix, de celles dont les singes sont particulièrement friands. Après avoir attaché le flacon avec une corde, il s’éloignait. Le singe arrive alors. Apercevant la noix, il plonge la patte dans le flacon pour s’en emparer, mais il ne peut plus la retirer tant qu’il tient la noix. Et comme le singe ne veut pas la lâcher, il reste là. Le paysan n’a plus qu’à l’attraper et à le ramener chez lui, avec la noix, pour son dîner.

Les animaux sont ainsi faits. Ils ont une certaine intuition, mais ne sont pas capables de résoudre le problème du piège à singe. N’importe quel chasseur peut vous le confirmer. Comment chasse-t-on un animal ? Non pas en le pourchassant, mais en connaissant ses instincts. On sait où l’animal va se trouver et on l’y attend avec les dispositifs nécessaires. Voilà comment on le piège. Tout animal peut être attrapé de cette façon, et beaucoup trop d’êtres humains aussi, s’ils choisissent de se comporter comme des bêtes !

L’animal prend ses perceptions sensorielles pour la réalité. Il est vrai qu’au contact de l’homme, le caractère de l’animal domestique change, parce qu’il est influencé par le comportement humain, et cet animal n’aura plus le même comportement qu’un membre de la même espèce évoluant dans la nature. Mais de manière générale, l’animal se laisse guider par ses sens et par ce qui paraît être sa détermination génétique.

En revanche, l’homme sait que la perception sensorielle est trompeuse, ou est amené à le reconnaître. Les sens ne révèlent que la réaction d’une certaine partie de ses processus biologiques à un stimulus venu du monde extérieur. C’est ce qu’on appelle les perceptions sensorielles. Par conséquent, vous ne verrez jamais le monde existant en dehors de vos sens. Il faut découvrir ce qui est vraiment là, dans l’univers, qui cause l’effet que vous ressentez. Et comment peut-on contrôler cet agent extérieur, afin d’en modifier l’effet ? Seuls les êtres humains, en tant qu’espèce, le peuvent.

L’homme découvre en effet des « principes physiques » de l’univers qui ne sont pas visibles. Un principe, on ne peut ni le sentir, ni le voir, ni le toucher. Il est reconnu par l’esprit, non par les sens. L’esprit le reconnaît en comprenant ce qui est faux au niveau des sens, puis il apprend à utiliser ce principe pour intervenir dans l’univers invisible, de façon à le changer dans le sens qu’il souhaite.

C’est le problème de la géométrie cartésienne ou euclidienne. Elle peut nous apprendre certaines choses, mais on ne doit pas la considérer comme acquise, surtout pas la cartésienne. Il n’existe pas de définitions, axiomes ou postulats qui soient a priori valables dans le monde réel. Gauss, et surtout Riemann, ont insisté sur ce point : il n’y a pas de principes abstraits a priori dans l’univers. Les seuls principes que nous connaissions ont été découverts. Ce sont des principes physiques efficients car, grâce à eux, nous pouvons provoquer des changements qui, autrement, ne se produiraient pas. Par conséquent, la seule vraie géométrie est basée sur des principes universels valables découverts. Toute autre géométrie est fausse, tout autre principe est faux.

Ceci est aussi la base de l’économie réelle, ou économie physique. Par exemple, comment l’humanité peut-elle augmenter volontairement son potentiel de densité démographique relative ? Si l’homme n’était qu’un singe évolué, dans les conditions qui régissent notre planète depuis deux millions d’années, la population humaine n’aurait jamais excédé quelques millions d’individus. Notre population mondiale atteint maintenant plus de six milliards d’habitants et nous pourrions en soutenir, aisément, 25 milliards si nous appliquions les technologies dont nous disposons. Il n’y a pas d’autre limite à cela.

Par conséquent, c’est grâce à sa volonté créatrice, grâce à son pouvoir de découvrir et d’appliquer des principes universels, que l’homme est capable de changer sa relation avec l’univers, d’améliorer la condition de l’humanité et d’augmenter son emprise sur l’univers.

Voilà le principe de l’économie physique. Cela exige d’adopter un certain type d’éducation comme norme de la société, et des conditions de vie permettant le développement des pouvoirs intellectuels des jeunes, ainsi que des emplois faisant appel à ces pouvoirs intellectuels. L’on doit transmettre ces principes à d’autres, ce qui veut dire les redécouvrir soi-même. Nous sommes dans une époque où, à condition de prendre la science comme locomotive, nous pouvons créer, grâce à ces principes, une situation nouvelle pour l’humanité sur terre.

Une génération au moins

Pour résumer, les améliorations que nous réalisons pour l’humanité sont toujours l’oeuvre d’au moins une génération. L’investissement fondamental de toute société doit être voué à l’épanouissement de chaque jeune, depuis sa naissance jusqu’à ce qu’il devienne un adulte accompli, prêt à contribuer activement à la vie économique et autre. Autrement dit, l’engagement de fournir le type d’éducation et les conditions de vie pour que chaque jeune puisse entrer avec de bonnes qualifications dans la vie professionnelle, représente un investissement d’un quart de siècle. Cela doit être la première priorité de la société, le premier niveau d’investissements capitalistiques.

Deuxièmement, il s’agit de l’infrastructure économique de base. On doit faire reverdir le désert, améliorer la gestion de l’eau, accélérer le reboisement - nous avons besoin de plus d’eau et de plus d’énergie. Ces investissements capitalistiques exigent aussi du temps. Pour développer un système de distribution d’eau à grande échelle, avec un fonctionnement optimal, il faut compter une bonne génération. La construction d’une centrale électrique peut prendre quatre ans, trois si nous avons de la chance. Le coût de ces projets peut être calculé sur une génération ou une demi-génération, en moyenne annuelle. Ils requièrent des investissements capitalistiques à long terme, environ un quart de siècle.

Par conséquent, c’est le capital physique qui compte. Le niveau et la qualité de l’éducation, le niveau de santé publique, le contrôle des maladies, les conditions d’hygiène, etc., tout cela est crucial.

Nous devons aussi aller dans l’espace pour explorer le système solaire, découvrir ce qui s’y trouve, afin de découvrir de nouveaux principes que nous pourrons appliquer ici, sur terre, pour le bien de l’homme, voilà notre but. C’est ce que l’économie doit faire.

Par conséquent, nous avons besoin d’un système de gestion de l’économie. Quel est le rôle du secteur privé ? La plupart des besoins de base de la société relèvent de dépenses publiques dans l’infrastructure, qui doivent être prises en charge par un organisme responsable de toute l’infrastructure, pour toute la population. Une entreprise privée, ou un groupe d’entreprises privées, ne pourront jamais assumer cette tâche. Alors, pourquoi avoir des entreprises privées ? Ah ! A cause de l’individu, c’est le pouvoir créateur de l’individu que nous défendons. Aussi l’encourageons-nous à s’engager dans des initiatives utiles, où il peut innover et mettre à contribution ces innovations pour accroître la productivité de la force de travail et en faire bénéficier toute la société.

Par conséquent, les Etats doivent protéger ce type d’investissements et d’entreprises afin de permettre aux individus d’apporter leur contribution. En Allemagne, c’est le rôle du Mittelstand (petites et moyennes industries), qui est un élément essentiel au succès de l’économie allemande. Nous soutenons les initiatives privées de ce type. Notre conception de l’homme repose sur le pouvoir créateur qui appartient à l’esprit humain souverain.

Il s’ensuit que l’économie publique et l’économie privée font partie du même processus. Elles ne sont pas concurrentes. Sans infrastructures, l’entreprise privée ne peut exister - sans eau, sans électricité, sans système sanitaire, le privé ne marche pas. Voilà le genre d’idées vers lequel nous devons nous tourner.

Aux Etats-Unis, nous avons conçu ce genre de système, dénommé « système américain d’économie politique ». Par contre, l’approche défectueuse de l’Europe repose sur le système dit « parlementaire » ;, qui cohabitait avec le système de banque centrale soi-disant indépendante.

Tout système de banque centrale est parasitaire. Il abrite une collection de financiers qui s’associent pour contrôler la banque centrale en vue de contrôler l’Etat. Et chaque fois qu’une crise éclate, comme c’est le cas aujourd’hui, ou dans les années 20 et 30, ces puissances financières installées à la tête du système de banque centrale tentent de remplacer le « gouvernement parlementaire » par une dictature, afin de sauver les intérêts et le pouvoir de la classe financière. C’est le rôle que joua Hitler.

Qui contrôle George Bush ?

Pour revenir à l’actualité, certains tentent d’expliquer qui est George W. Bush et ce qu’il fait. Eh bien, George Bush n’est rien. Je pense qu’il ne sait même pas qui il est lui-même. Il réagit seulement. C’est l’exemple même de l’alcoolique non guéri : il ne boit plus, mais n’est pas vraiment guéri. Il veut boire, mais il se retient.

En tout cas, Bush n’est pas l’auteur du problème, il n’est pas assez intelligent pour cela. Il n’agit pas, il réagit.

Qui contrôle Bush ? Cheney et Rumsfeld, pour commencer par une évidence. Mais derrière eux se cache un phénomène intéressant : l’école de Leo Strauss. Originaire d’Allemagne. formé par Castlereagh à l’université de Marbourg, il doit sa carrière internationale à Carl Schmitt, le juriste inspirateur des lois qui portèrent Hitler au pouvoir. Schmitt était un vrai fasciste.

Leo Strauss admirait Nietzsche et était proche de l’école de Francfort, notamment de Martin Heidegger, l’apologiste du nazisme. Mais il avait un problème : en tant que juif, il ne pouvait pas adhérer au parti nazi... Sur recommandation de Carl Schmitt, les Rockefeller l’envoyèrent donc aux Etats-Unis où il intégra les cercles de Bertrand Russell et de Hutchins. Ce dernier le fit entrer comme professeur à l’université de Chicago, où il enseigna le satanisme, pourrait-on dire.

Tout le noyau dur, formé par cette bande de fascistes autour du vice-président Cheney, qui est derrière cette guerre, sont des élèves de Strauss ou des élèves de ses élèves. Donc, si l’on s’attaque à Strauss, on s’attaque à une bande de laquais, comme ceux qui servaient jadis dans une cour féodale corrompue. Ces laquais contrôlent l’Etat, avec le soutien du monde financier. Ariel Sharon fait partie du même appareil ; il est financé et contrôlé, depuis les Etats-Unis, par les mêmes richissimes patrons de ces laquais.

Sont-ils les promoteurs de la guerre ? Non, ce sont de simples laquais. Prenons l’exemple d’Israël. Si elle continue sa politique actuelle, avec Sharon, elle s’autodétruira. Si elle fait la guerre au Proche-Orient, elle ne survivra pas. Comme une grenade qu’on lance, elle explosera en atteignant sa cible. Elle accomplit sa mission, puis se fragmente et disparaît.

Israël n’est pas à l’origine de la politique de guerre ; c’est une grenade lancée contre le monde arabe. George Bush non plus. Qui d’autre, alors ? Les gens que j’ai mentionnés en janvier 2001 : la clique profitant du système de banque centrale indépendante. Ce sont les descendants des intérêts financiers qui orchestrèrent le projet Hitler, lorsque le dirigeant de la Banque d’Angleterre, avec l’argent des Harriman et l’aide du grand-père de l’actuel président des Etats-Unis, organisa le financement et les pressions politiques pour qu’Hitler prenne le pouvoir le 30 janvier 1933. Ils tentent la même chose aujourd’hui.

Encore une fois, la situation offre deux aspects. D’une part, celui de la tragédie. Nous sommes tombés si bas, nous, les héritiers de la civilisation européenne, que nous sombrons désormais en pleine tragédie. Mais de l’autre côté, nous en sommes arrivés - comme cela se passe dans de nombreuses tragédies - au point où le sublime s’offre à nous. Face à la dérive fasciste venant des Etats-Unis, en particulier, une nouvelle unité se développe en Europe, les pays asiatiques aspirent à se défendre pour garantir leur sécurité et leur bénéfice mutuel, une coopération s’installe entre l’Europe occidentale et l’Asie, pour le partage des technologies à long terme, sur laquelle pourrait reposer la reprise économique et la prospérité future des différents partenaires. Voilà l’alternative positive.

Ce qui est nécessaire, comme je l’ai dit, c’est l’initiative de leadership, d’action, pour mettre en œuvre ce potentiel et donner au monde le sens que cette alternative positive est à portée de main, qu’elle peut résoudre les grands problèmes économiques et sociaux de la planète. Conjuguée à l’opinion publique hostile à la guerre, cette initiative deviendra efficace en mobilisant les forces, à l’intérieur et à l’extérieur du gouvernement, pour écraser ce processus fasciste. Cela exige une réelle qualité de dirigeant, non pas le pouvoir de l’opinion publique, mais un véritable leadership. Cela veut dire des personnes qui, à l’instar de Jeanne d’Arc, sont prêtes à risquer leur vie pour accomplir leur mission.

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