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Les écrits de Lyndon LaRouche

LaRouche : « Je suis au chevet d’un empire condamné »

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2009

Discours prononcé par Lyndon LaRouche le 14 février, à la conférence de l’Institut Schiller américain, près de Washington.

Comme je vous l’avais promis, ceci est une occasion vraiment capitale. C’est une occasion historique, et même plus que cela. Nous assistons à l’effondrement d’un empire qui vit le jour il y a près de 250 ans, entre 1755 et 1763, lorsque la victoire britannique sur la France, en particulier, mena à la transformation de la Compagnie britannique des Indes orientales en un empire, à l’image de l’Empire romain, constitué d’un groupe d’intérêts bancaires, principalement d’origine vénitienne.

A l’époque, cet empire britannique était dirigé par un homme qui n’avait pas encore trente ans, le futur marquis de Lansdowne, plus connu sous le nom de Lord Shelburne. Cet homme mit en place deux opérations, formant un tout, qui ont guidé le cours de l’histoire mondiale depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui.

L’objectif premier de Shelburne était de détruire les colonies anglophones d’Amérique du Nord, mission dont il confia la direction à certains agents, dont Adam Smith. Cette politique mena à la Révolution américaine et à l’émergence, pour l’Empire britannique, de la menace plus grave à ce jour : la Révolution américaine et l’adoption en 1789 de la Constitution fédérale des Etats-Unis.

En même temps, Shelburne et compagnie, par le biais d’agents comme Adam Smith et, plus spécialement, Jeremy Bentham, etc., organisèrent en France, autour de quelques disciples de Voltaire, la secte franc-maçonne des martinistes. Cette secte, comprenant des avoirs de Shelburne tels Jacques Necker, de Lausanne, et Philippe Egalité, orchestra la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, dans le but de stopper la dangereuse propagation de l’influence des Etats-Unis à travers le monde. A l’époque, en effet, Bailly et Lafayette tentaient d’introduire en France une réforme visant à instaurer une monarchie constitutionnelle, ouvrant alors la voie à un processus de développement économique semblable à celui adopté par les Etats-Unis avec leur Constitution.

L’histoire s’est développée ainsi. Les deux grandes forces anglophones du monde (les Etats-Unis représentant les meilleurs courants européens, les humanistes classiques, l’influence de Leibniz, la tradition du traité de Westphalie et l’héritage de la Renaissance du XVème siècle) allaient déjà droit vers l’affrontement. Dans les semaines et les mois à venir, cet affrontement atteindra un point décisif.

D’une manière ou d’une autre, c’est la fin du modèle libéral anglo-hollandais de gouvernement parlementaire et de son influence sur les Etats-Unis -pour le meilleur ou pour le pire, mais peut-être bien pire.

Il faut se rappeler que ce sont les martinistes - utilisés par Shelburne et téléguidés en grande partie depuis Londres par Bentham, en tant que chef du comité secret du Foreign Office créé par Shelburne - qui dirigèrent la Révolution française. Ils orchestrèrent la fameuse prise de la Bastille et la Terreur jacobine. Danton et Marat étaient des agents britanniques, formés à Londres, déployés depuis Londres et prononçant en France des discours rédigés à Londres, sous la direction de Bentham. La Terreur jacobine était dirigée depuis Londres.

Napoléon était une création de cette loge maçonnique martiniste. Puis, lorsqu’il eut détruit une bonne partie de l’Europe, les Britanniques décrétèrent : « Maintenant, on va se débarrasser de Napoléon ! » Ce sont les Allemands qui s’en chargèrent.

Ils organisèrent le Congrès de Vienne, où des comtesses et autres dames divertissaient les chefs d’Etat pendant que Castelreagh et ses complices en Autriche décidaient de l’ordre du jour. (...) Entre 1830-32 et 1848, Metternich allait disparaître. Il s’agissait d’une opération dirigée par le successeur de Bentham, Lord Palmerston, qui contrôlait Giuseppe Mazzini, le dirigeant de Jeune Europe, une organisation à laquelle appartenait Karl Marx. Toute l’opération de la Révolution de 1848 était dirigée par le renseignement britannique, dans le but d’en finir avec les Habsbourg et d’en faire des agents subalternes dans un empire contrôlé par la Grande-Bretagne.

Les Etats-Unis faillirent être détruits à de nombreuses reprises. L’intention de la Grande-Bretagne était effectivement de nous détruire. C’était sa politique constante vis-à-vis des Etats-Unis, mais aussi celle de principaux traîtres à l’intérieur même de notre pays, comme Gallatin, Aaron Burr et les dirigeants de différents partis politiques. Les contrôleurs des agents de l’ennemi, comme Andrew Jackson, Martin Van Buren, Polk, Pierce, Buchanan, étaient déterminés à détruire la république américaine.

Révolution et contre-Révolution

Face à ces tentatives, la tradition patriotique américaine resurgit autour de la tradition de Lafayette et de la personne de John Quincy Adams, qui avait recruté à sa cause un partisan de poids : le whig Abraham Lincoln. Celui-ci devint son porte-parole au Congrès pour dénoncer la présidence Polk et sa guerre contre le Mexique. Plus tard, le président Lincoln amènera les Etats-Unis à retrouver leur identité nationale. Après la guerre de Sécession, les Etats-Unis devinrent ainsi, économiquement, le premier Etat-nation de la planète. En 1876, les Britanniques avaient certes une puissance supérieure, avec leur empire, mais nous étions l’Etat le plus puissant, ainsi que l’économie la plus progressiste au monde. Ce fut l’œuvre de la révolution de Lincoln : nous étions redevenus nous-mêmes.

Mais déjà, les libéraux anglo-hollandais s’apprêtaient à nous subvertir, entre autres avec le président Andrew Johnson [1865-68, le successeur de Lincoln], qui était un désastre.

Plus tard, au début du XXème siècle, les mêmes intérêts commanditèrent l’assassinat du président McKinley, dans le but de mettre Teddy Roosevelt à la présidence. Ce Roosevelt se situait dans la tradition des Confédérés du Sud. Son oncle, Bullock, qui l’avait formé, guidé et avait planifié sa carrière, avait été chef du renseignement de la Confédération, opérant depuis Londres pendant la guerre de Sécession.

Avec sa « loi anti-trust », Teddy Roosevelt détruisit le système américain afin de donner l’hégémonie aux banques de New York, Londres, etc. Autrement dit, il retira tout pouvoir à l’industrie et à l’agriculture pour le transférer aux financiers. Son successeur, Woodrow Wilson, était un avocat passionnément engagé à faire renaître le Ku Klux Klan. C’est lui qui, depuis la Maison-Blanche, organisa publiquement et personnellement un mouvement de masse pour relancer ce mouvement.

La corruption s’installa chez nous, depuis l’assassinat de McKinley jusqu’à l’élection de Franklin Roosevelt. Celui-ci devint Président malgré son propre parti. En effet, le Parti démocrate fit tout son possible pour l’empêcher de devenir son candidat présidentiel officiel ! Là encore, on retrouve les mêmes banquiers véreux, dans la tradition de Teddy Roosevelt et Woodrow Wilson. Franklin Roosevelt sauva les Etats-Unis, d’une manière unique, grâce à son leadership. Cependant, bien avant sa mort, nous étions déjà en difficulté.

L’histoire de ce processus au XXème siècle est intéressante. La politique britannique - c’est-à-dire celle de la Compagnie britannique des Indes orientales et de ses alliés - consista toujours à fomenter des guerres sur le continent européen pour monter les nations l’une contre l’autre, de sorte qu’elles ne défient jamais la suprématie britannique à partir du Continent. C’était une caractéristique du XIXème siècle, qui se prolongea au siècle suivant.

Le projet fasciste

La Première Guerre mondiale avait été préparée par les Britanniques, principalement par un homme qui était déjà mort lorsqu’elle éclata. Il s’agit d’Edouard VII, qui inspira la création du système de la Réserve fédérale aux Etats-Unis par le biais de ses agents sur place, dont Teddy Roosevelt et Woodrow Wilson. A la fin de la Première Guerre mondiale, les Anglais décidèrent de créer une nouvelle forme d’empire mondial : le fascisme. C’était l’empire de l’internationale synarchiste, plus tard désigné par le terme de « fascisme », de 1922 à 1945. Derrière lui, se trouvent des banquiers, comme Lazard Frères en France, qui conspirèrent pour installer le fascisme sur le continent européen.

Certains de ces fascistes allèrent plus loin, avec Hitler. Leur idée de créer un empire mondial arriva à un point de crise en 1940, alors que ce qui restait du corps expéditionnaire britannique se trouvait embourbé dans les sables de Dunkerque, attendant que les blindés allemands les exterminent. Hitler retint ses blindés, en cet instant capital, car il pensait que l’establishment britannique se joindrait aux nazis pour partir à la conquête du monde, dont l’un des objectifs était la destruction des Etats-Unis. C’était le plan. Mais Churchill, alors ministre de la Défense britannique, s’opposa à ce plan, non par rejet du fascisme, mais parce qu’il pensait qu’il n’était pas dans l’intérêt de la Grande-Bretagne, ou des intérêts impériaux britanniques, de jouer ce jeu.

Ce plan fasciste - soutenu par certaines personnalités haut placées à Londres, qui ne furent jamais poursuivies pour ce qu’elles ont fait - consistait à rassembler les marines britannique, allemande, française, italienne et japonaise en une seule force qui, une fois l’Union soviétique rapidement détruite par cette alliance, se retournerait contre les Etats-Unis pour briser leur puissance. Cela n’eut pas lieu parce que la marine britannique refusa de s’allier aux nazis alors qu’Hitler était prêt à les accueillir à bras ouverts dans cette alliance. C’est la raison pour laquelle le corps expéditionnaire britannique ne fut pas anéanti à Dunkerque.

Churchill dut se dire : « Non, nous n’accepterons jamais que quelqu’un du continent européen - même si l’on apprécie sa perversité, comme Hitler - prenne le contrôle de l’empire britannique ! Par conséquent, nous acceptons de nous abaisser à faire appel à nos "cousins américains" - même celui que nous détestons le plus, Franklin Roosevelt - et à demander leur coopération pour battre les nazis. » Dans cette optique, un officier allemand, Wilhelm Canaris, qui n’était pas un homme d’Hitler, persuada Francisco Franco - un fasciste de la pire espèce dans la tradition de l’Inquisition - de ne pas occuper Gibraltar. En effet, si l’alliance s’était réalisée et que Gibraltar avait été occupé par les nazis (c’est-à-dire Franco), alors la Méditerranée serait devenue un lac fermé, totalement contrôlé par cette alliance. L’existence de la civilisation aurait alors été en péril. Canaris persuada Franco de refuser la demande d’Hitler de s’emparer de Gibraltar.

Churchill prévoyait donc que la flotte britannique s’installerait au Canada si l’Angleterre était envahie et qu’elle s’allierait aux Etats-Unis. Si cette décision n’empêcha pas la guerre, elle mit fin aux rêves de conquête mondiale d’Hitler. En 1944, les forces alliées, dirigées par Roosevelt, débarquaient en Normandie, rendant définitivement intenable la position de la Wehrmacht sur le continent européen. Les nazis ne restèrent au pouvoir que parce que le renseignement britannique les avait informés du complot pour la paix impliquant des généraux allemands, qui furent pendus en 1944.

Terreur nucléaire

Après [Roosevelt], la politique américaine changea. Les banquiers qui avaient soutenu Hitler, comme Harriman, Morgan, Mellon, DuPont, c’est-à-dire les mêmes que ceux qui avaient conspiré pour assassiner le Président des Etats-Unis en 1933-34 (...), renouèrent avec leurs anciennes méthodes. Ils prirent alors un virage à droite, optant pour une politique « utopiste » : le recours aux armes de destruction massive, par exemple l’arme nucléaire, que les Etats-Unis étaient en train d’expérimenter à l’époque, ainsi que la puissance aérienne, pour mener un nouveau type de guerre. Une guerre contre l’Union soviétique devait d’ailleurs servir de prétexte à la mise en oeuvre de cette politique. Autrement dit, ils entendaient revenir à la politique nazie qu’Hitler et ses alliés en France, en Italie et ailleurs, avaient suivie jusqu’en juin 1940 : faire la guerre à l’Union soviétique pour imposer cette politique.

Les Etats-Unis connurent un régime de terreur qui atteignit un paroxysme vers 1947. On l’appellera plus tard le « maccarthysme ». En fait, McCarthy était une méchante blague - le problème, c’était Truman. Mais tout le monde ici n’était pas dupe. Il existait, en 1947, un projet prévoyant que le général Eisenhower se présente à l’investiture présidentielle démocrate pour vider Truman, comme seule possibilité de sauver les Etats-Unis. Eisenhower refusa alors l’offre, mais se présenta plus tard à la présidence.

Par sa stupidité, son imprudence, ses penchants fascistes, Harry Truman nous engagea dans la guerre de Corée. Certains n’aiment peut-être pas ma description, mais c’est exactement cela, ne vous faites aucune illusion. C’était l’homme des banquiers. Et la guerre de Corée fut un gâchis. A la même époque, on apprit que l’Union soviétique nous avait devancés dans la mise au point d’une bombe thermonucléaire opérationnelle.

On raya donc du programme l’idée d’une guerre nucléaire préventive, s’appuyant sur la puissance aérienne. On pria Truman de ne pas solliciter un nouveau mandat présidentiel et Eisenhower prit sa place. Le désastre coréen fut, en quelque sorte, géré et le pays traversa relativement bien, tout compte fait, ces deux présidences.

Au moment de son départ, Eisenhower mit en garde - franchement, mais pas vraiment clairement — contre le danger de ce qu’il appelait le « complexe militaro-industriel ». Il entendait par là la politique de Bertrand Russell, de Winston Churchill et des soi-disant « utopistes » aux Etats-Unis, prévoyant l’utilisation de l’arme nucléaire et de la puissance aérienne comme moyen de terroriser le monde, afin d’obtenir qu’il se soumette à un gouvernement mondial, à une nouvelle forme d’empire, faisant écho à l’Empire romain, qui serait la continuation, sous une forme nouvelle, de l’Empire britannique.

C’est contre cette politique qu’Eisenhower mettait en garde, en parlant du « complexe militaro-industriel ». Ce n’était pas un ensemble d’industries et de militaires en tant que tel, mais l’engagement de ces cercles, dont les politiques sont aujourd’hui incarnées par Cheney, pour un gouvernement mondial, au moyen de la terreur nucléaire. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, nous avons vécu sous différentes formes de terreur nucléaire. C’est dans ce but que Truman décida de larguer, tout à fait inutilement, deux bombes atomiques sur le Japon, contre les populations civiles d’Hiroshima et de Nagasaki. C’étaient les deux dernières armes de ce type dont nous disposions- des prototypes expérimentaux. Par la suite, il fallut un certain temps avant de pouvoir produire des armes nucléaires pour ainsi dire « à la chaîne ». Nous avons été les premiers. La politique de Truman était celle de la guerre nucléaire préemptive, celle conçue par Bertrand Russell, un homme considéré comme un pacifiste. (Peut-être le fait de tuer tout le monde fait-il de vous un pacifiste : il n’y a plus personne pour réagir.)

C’est la politique qui régnait, jusqu’à ce que l’on apprît que l’Union soviétique avait mis au point un engin thermonucléaire opérationnel. Bertrand Russell ouvrit alors des négociations à Londres avec Krouchtchev, le successeur de Staline. Tous deux convinrent qu’il fallait négocier un système permanent de gouvernement mondial, reposant sur ce qu’on appellera plus tard la « destruction mutuelle assurée ».

Après le départ d’Eisenhower et sa mise en garde, la droite resurgit avec l’épisode d’Allen Dulles [le directeur de la CIA] et de la Baie des cochons. Elle se manifesta aussi dans la crise des missiles en 1962, un plan que Krouchtchev et Russell, entre autres, avaient concocté. Après l’assassinat de Kennedy, qui ouvrit la voie à la guerre d’Indochine, nous avons subi un changement fondamental, ce qui nous amène au sujet immédiat que nous devons examiner, dés maintenant, dans les semaines qui viennent. Nos nations devront, en fait, décider si la civilisation survivra sur cette planète. Je reviendrai sur ce problème, mais voyons d’abord ce changement.

Le drame des baby-boomers

Nous, les Américains, avons subi une transformation de notre caractère national qui peut s’avérer funeste. Le danger ne vient pas de l’extérieur, il vient de nous-mêmes. Il vient de ceux qui ont la soixantaine, ou un peu moins, à savoir la génération du baby-boom qui occupe aujourd’hui les postes clés au gouvernement, dans le monde des affaires et dans d’autres institutions. Voilà la source du danger. Cette génération a subi, au milieu des années 60, un changement de paradigme culturel, représenté par la contre-culture rock-drogue-sexe, se cumulant à ce qu’avait subi la génération de leurs parents - ma génération.

Il faut se rappeler que cette génération avait vécu le cauchemar Coolidge-Hoover-Mellon. Notre nation se faisait détruire. Je peux vous assurer, d’après ce que je me rappelle des années 20, que nous étions dégoûtants ! Ensuite, ce fut la grande dépression et nous sommes devenus timides, apeurés, inquiets.

Les gens avaient été opprimés. Notre caractère changea, en fait, au début du XXème siècle. Prenez la littérature, regardez ce qu’on considérait comme des loisirs populaires. La culture populaire au début du XXème siècle était dégoûtante ! C’était la période de « Jim Crow » ! [les ignobles lois racistes] ! Notre comportement était dégoûtant. (...) Nous étions plongés dans la dépression.

Dans un discours de campagne prononcé en Virginie occidentale, Roosevelt en appela aux « oubliés », ce qui réveilla la nation. Il fut en mesure de vaincre le Parti démocrate et de remporter l’investiture présidentielle. La nation fut enthousiasmée à l’idée que la reprise, et l’espoir, étaient possibles.

Malgré l’humiliation, nous reprenions espoir. On nous donnait la chance de surmonter tout cela. Nous étions inspirés. Et ce degré d’inspiration fut maintenu dans les forces armées américaines, aux Etats-Unis et à l’étranger, jusqu’à ce que les deux bombes soient larguées sur Hiroshima et Nagasaki.

Durant mon service militaire en Inde, alors que je me rendais dans le nord de la Birmanie, des GIs vinrent me trouver - on venait d’apprendre que Roosevelt était mort. Ils me demandèrent : « Nous voudrions vous parler ; est-ce que l’on peut se voir ce soir ? » Nous avons donc improvisé une réunion sur ce thème : que signifie pour nous la mort de Roosevelt ? Ma réponse fut simple : « Je ne sais pas. Mais je suis terriblement inquiet de voir un si grand président remplacé, à une époque comme celle-ci, par un homme si terriblement petit [Truman]. » Et j’avais raison.

La droite prit le pouvoir. J’ai vu des gens très courageux au combat, que je pensais avoir compris, qui, de retour à la vie civile, sont devenus de pauvres couards. C’est vrai de ma génération, de 95% de ma génération. Ce processus fut baptisé plus tard « maccarthysme ». Il aurait mieux valu l’appeler « trumanisme », parce que cela s’est passé sous sa direction, et celle de la clique Harriman, qui avait contribué à l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne. La droite avait pris le contrôle de l’Amérique.

Il y eut quand même une réaction, avec Eisenhower, une réaction contre la guerre de Corée. Puis, autour du président Kennedy, l’on assista à une faible tentative de reprendre la direction que nous avons suivie à l’époque de Roosevelt, mais celle-ci fut écrasée. On disait aux jeunes gens de ma génération, dont les parents étaient devenus des prostitués : « Ne dis rien, ne fais rien, ne pense rien qui puisse attirer des ennuis à notre famille. Pense à l’emploi de ton père ! Ne dis rien. Evite toute personne qui puisse te créer des difficultés, menacer l’emploi de ton père ou te marginaliser à l’école par une campagne de rumeurs. » Tout le monde était effrayé par le FBI, le grand épouvantail de l’Amérique.

On élevait les enfants en leur disant : « Sois prudent ! Sois optimiste ! Sois brillant ! Soit acceptable ! Apprends à faire ce qu’il faut pour ton avancement. Nage avec le courant ! » Et le courant, alors, c’était les droits civiques et les jeunes y ont beaucoup contribué. Puis le coup de massue est tombé : la crise des missiles - et les gens allaient dans les bars, à la recherche de Dieu. Des athées grimpaient soudainement sur un tonneau proclamant : « J’ai trouvé Dieu ! » Et pendant plusieurs années, notre pays était caractérisé par cela. J’y étais, je m’en souviens, je l’ai vu !

De ces différentes générations, j’en ai vu plus d’un devenir fou ! Ma génération, encore une fois, était folle, à cause de la peur d’une guerre en Indochine. Tout ce pour quoi ils avaient combattu ne valait plus rien.

Et leurs enfants étaient plus que fous, à cause de la contre-culture rock-drogue-sexe. Rappelez-vous dans quel milieu a pris pied cette contre-culture, déjà présente dans la « culture beatnik », au début des années 50. C’était chez les jeunes des universités d’élite (Ivy League) et autres, qui étaient boursiers ou dont la famille avait les moyens de payer les études, des jeunes censés maîtriser l’histoire, la science, une profession, etc. Que faisaient-ils ? Ils délaissaient les livres pour se réfugier, la nuit, dans la marijuana ou le vin, souvent les deux. On passait une nuit sous LSD ou dans des aventures sexuelles avec tout ce qui rampait, quitte à découvrir le sexe de la créature le lendemain matin. Le « battement » de la batterie devait réduire au silence toute pensée. Des plaisirs sauvages, le culte de Dionysos réactivé en Amérique !

Et cela a débuté avec la « crème » de la jeune génération - ceux qui entraient dans les universités, notamment les plus prestigieuses, au milieu des années 60. Ils rejetèrent la technologie : « La technologie est mauvaise ! Il faut arrêter la technologie. Retournons à la nature. » Et ils enlevèrent leurs vêtements comme pour le prouver.

Nous avons donc subi un changement de paradigme au cours des quarante dernières années, la génération entrant à l’université au milieu des années 60 et, de manière générale, ceux qui ont atteint l’échelon le plus haut étant de loin les pires, car ils représentent le fer de lance d’une tendance culturelle, d’une grande transformation culturelle. Voilà la principale source du danger.

Dans le passé, nous avons déjà traversé des crises économiques, des périodes d’irrationalité. Mais cette transformation a quelque chose de différent. Jamais auparavant, aux Etats-Unis, nous n’avons répudié, pendant presque toute une génération, la culture de la civilisation occidentale moderne. Et ce phénomène s’est aussi propagé en Europe et dans d’autres parties du monde. Auparavant, nous avions transgressé [les principes de cette culture], nous les avions violés, mais jamais nous ne les avions répudiés ! Depuis une quarantaine d’années, la génération qui occupe des positions de pouvoir aux Etats-Unis, en Europe et ailleurs, répudie la civilisation.

Aux Etats-Unis, nous sommes passés de l’état de première société productrice de biens agricoles et industriels au monde, leader en matière technologique, du temps de Kennedy, à celui de relique, de caricature de l’Empire romain.

Etrangler les pays pauvres

Qu’avons-nous fait à partir de 1971-72 ? Nous avons abandonné le système monétaire basé sur des taux de change fixes, que Roosevelt défendait et qui nous a permis de réaliser une véritable reprise après guerre. Nous avons opté pour un système de taux de change flottants, puis nous nous sommes tournés vers les pays pauvres en leur disant : « C’est nous qui allons déterminer la valeur de votre monnaie. » Nous avons envoyé le FMI et la Banque mondiale pour imposer ce système. Nous avons fait chuter des monnaies nationales à coups de ruées spéculatives, organisées sur le marché financier de Londres, puis nous avons dit aux gouvernements respectifs : « Faites appel au FMI, à la Banque mondiale, écoutez leurs conseils ». Et ceux-ci leur conseillaient de dévaluer leur monnaie.

Et les gouvernements terrifiés répondirent :

« D’accord, mais nous allons payer nos dettes dans notre devise.

- Non ! Vous ne payez plus avec votre monnaie ! Vous payez en dollars !

- Comment faire ?

- Nous allons vous donner une dette supplémentaire que vous n’aviez pas contractée. Nous vous l’imposons. Nous la créons et vous devez l’accepter. Cette dette correspond à la différence de valeur estimée de votre monnaie avant la dévaluation et après . »

C’est de là que vient la dette actuelle des pays d’Amérique centrale et du Sud. De manière générale, ces pays ne doivent rien à quiconque, y compris l’Argentine. Leur dette est entièrement artificielle.

Considérez le cas du Mexique, suite à ce qu’on lui a fait subir d’août à octobre 1982. On a ravagé l’économie mexicaine, puis on a décidé d’employer sa main d’œuvre à bon marché. Nous sommes allés vers les pays les plus pauvres au monde - ou ceux que nous avions appauvris - et nous leur avons dit : « Vous allez produire des biens bon marché, pour nous ! Et ils devront être vraiment bon marché, même si vous devez crever en les fabriquant ! »

Suivant ce raisonnement, comme nos produits venaient non pas de chez nous, mais étaient importés de pays étrangers, où la main d’œuvre ne coûtait pas cher, on a décidé de fermer nos usines. Nous avons opté pour la globalisation, pour l’Accord nord-américain de libre-échange. Aujourd’hui, nous saignons le monde. Nous faisons venir aux Etats-Unis des esclaves que nous appelons « immigrants illégaux ». Mais nous les faisons venir parce que nous voulons cette main d’œuvre, mais sans la payer suffisamment pour survivre ni pour élever une famille. Nous faisons la même chose dans l’ensemble de l’Amérique du Sud.

Nous perpétrons un génocide en Afrique. En 1974, Henry Kissinger et d’autres ont conçu une politique de génocide contre l’Afrique sub-saharienne, avec les arguments suivants : « Les matières premières africaines sont à nous ! On ne peut pas les laisser aux Africains. Si nous permettons à ces populations de s’accroître, elles vont les consommer elles-mêmes ! Et si nous laissons les Africains développer de la technologie, ils les consommeront encore plus rapidement. Nous devons faire quelque chose avec ces Africains et leur tendance vorace à survivre. Comment y parvenir ? En leur imposant un génocide ! »

Ce génocide se fait par divers moyens, par l’intervention d’intérêts financiers ou d’armées privées, organisées de la manière habituelle. L’affaire Iran-Contra aussi était organisée de cette manière.

Nous avons créé un monde qui ne peut plus se soutenir. L’Europe est en banqueroute, les Etats-Unis plus encore et le Japon, sur le plan financier, est la nation la plus ruinée au monde. A quoi est due cette faillite ? Au refinancement du dollar américain.

Dans le monde d’aujourd’hui, l’Europe et les Amériques ne peuvent pas survivre aux niveaux actuels de productivité. L’état de l’infrastructure aux Etats-Unis, en termes de production et de distribution d’énergie, ou de communications, est bien pire qu’au moment où Franklin Roosevelt fut élu Président.

Quelles sont les alternatives ? Si j’étais Président des Etats-Unis, ou si l’on m’accordait aujourd’hui l’investiture présidentielle, le problème du système monétaro-financier international serait sous contrôle. Parce que je sais, à partir de nos discussions avec des Européens et d’autres - et nous en avons eu un exemple hier, à la Chambre des députés italienne - que si les Etats-Unis faisaient certaines propositions politiques, alors la plupart des pays d’Europe continentale - et nombre de Britanniques aussi - les accepteraient. Il s’agit, essentiellement, d’un retour à la philosophie de l’accord original de Bretton Woods, consistant à mettre l’ensemble du système monétaro-financier actuel en redressement judiciaire, à garantir la stabilité et relancer une tendance à la croissance sur cette planète.

Aujourd’hui, nous pouvons adopter une politique qui fasse écho, philosophiquement, à ce que fit Roosevelt en 1933-34. Il faut une volonté politique ; il faut une initiative de la part du Président des Etats-Unis, ou de quelqu’un qui apparaît clairement comme le futur Président des Etats-Unis. Dans ces conditions, les grands pays d’Europe et d’ailleurs commenceront aussitôt à s’adapter à une telle proposition américaine. Ca, je peux le garantir, c’est ma tâche. Parce que je suis le seul Américain qui sache comment le faire et qui jouisse, au niveau international, de la crédibilité pour y parvenir.

L’irrationalité des Américains

Voilà un aspect du problème. Pourquoi cette décision n’est-t-elle pas prise ? Pourquoi les Américains sont-ils dénués de raison ? Pourquoi ne choisissent-ils pas un Président dont le rôle assurerait une solution au problème qui écrase le peuple des Etats-Unis, entre autres ? Pourquoi sont-ils fous à ce point ? Parce que nous sommes passés, dans la génération qui domine la vie politique, et qui domine la vie en général aux Etats-Unis, d’une société de production - mesurant les valeurs en termes de production et produisant en vue de subvenir aux besoins de l’humanité - à une société de plaisir de style romain.

Voyez l’esprit de la génération des cinquantenaires ou des soixantenaires. Regardez-les. Quelle est leur attitude ? Et quel est ce conflit, qui a émergé, surtout aux Etats-Unis, entre les jeunes de 18 à 30 ans et la génération de leurs parents ? D’après des études menées récemment par des institutions politiques aux Etats-Unis, nous avons assisté, il y a plusieurs années, à un changement fondamental des relations entre la génération des jeunes et celle de leurs parents - d’une friction tolérante, elles sont devenues hostiles. Les jeunes d’aujourd’hui, en Europe comme aux Etats-Unis, disent à la génération de leurs parents : « Vous nous avez donné une société "no future". Vous êtes l’ennemi dans la mesure où si vous réussissez à nous imposer cette société sans avenir, nous n’avons plus aucune chance ! »

Aujourd’hui, en raison de ce changement de paradigme, les gens n’ont plus aucunes valeurs productives, ils ne réfléchissent plus à ce qu’ils vont apporter à l’humanité - ils pensent au prochain plaisir, au prochain divertissement, qui rendent supportables les terribles erreurs et l’irréalité. Nous sommes une société de plaisir ! Regardez-nous ! Du divertissement ! Nous sommes une nation de joueurs de casino, pas de producteurs. Chacun cherche à faire de l’argent, à partir de rien, par le jeu.

Que faire dans les Etats qui ont des problèmes ? « Construisons des casinos ! » ou encore « Légalisons la drogue ! »

Nous sommes une société de divertissement, une culture de plaisirs, tout comme le fut Rome, avec le Colisée, le Circus Maximus, avec le massacre de Romains par des Romains, sous le règne d’empereurs comme Claudius, Néron, etc. Nous sommes devenus une culture malade. Nous sommes devenus, au cours de cette génération, une culture ayant perdu l’aptitude morale à survivre. Ils préféraient mourir que de changer leur style de vie. Ils préféraient mourir que de renoncer à leurs divertissements.

Ils diront, comme je l’ai écrit à diverses occasions : « J’ai volé cette cabine de luxe, honnêtement, et je ne vais pas l’abandonner même si le paquebot coule ! ».

C’est ça l’idée - « Je veux mon plaisir. Je veux mon style de vie. N’essayez pas de me rendre rationnel. Ne me demandez pas de me comporter en être rationnel. J’ai besoin de mes divertissements, sinon je craque. Sinon, si je suis obligé de regarder la réalité en face, je saurais que je ne suis qu’une crotte ! La seule chose qui m’empêche de me considérer comme une crotte, c’est le plaisir, mes divertissements ! »

Prenez l’exemple de nos mannequins écervelés. Si l’on prend un morceau de chiffon sale, qu’on le déchire en lambeaux et qu’on en affuble une fille maigrichonne et nue, cela devient un vêtement de haute couture. Voilà la société que nous sommes devenus !

C’est le même problème que j’ai soulevé dans mon discours à Talladegah (Alabama), en soulignant l’importance de Martin Luther King. Il avait un sens de l’immortalité que n’avaient pas les gens autour de lui, dont Jesse Jackson. Mais lorsque King fut assassiné (par les bons offices de J. Edgar Hoover [le directeur du FBI] ou suivant ses vœux), que se passa-t-il ? Le mouvement des droits civiques se fragmenta. Pourquoi ? Parce que les dirigeants n’avaient pas les mêmes valeurs que Martin Luther King. Comme je l’ai dit, il avait un sens d’immortalité, que la vie est un passage, de la naissance jusqu’à la mort, qu’il n’y a rien à quoi l’on puisse se raccrocher, si ce n’est la contribution qu’on apporte durant sa vie. C’est cela qui rend une personne immortelle.

Tout grand dirigeant l’est devenu précisément parce qu’en temps de crise, il a affronté cette réalité, non seulement parce qu’il avait le talent pour diriger, mais parce qu’il avait la détermination de dire : « Non, je ne me laisserai pas acheter, par personne. On ne peut pas me corrompre en jouant sur la peur de la mort. Au contraire, je serai un dirigeant . »

La société de plaisirs est l’ultime manifestation de personnes qui ne croient pas en l’avenir de leurs enfants. Les baby boomers n’y croient pas et leurs enfants l’expriment par leur hostilité : « Vous nous avez donné, délibérément, une société sans avenir. Vous nous demandez de vivre dans une cage dans laquelle les animaux ne sont pas nourris. Nous n’aimons pas cela, nous voulons que vous changiez. » Ils ne disent pas : « Nous voulons vous tuer. » Ils n’en sont pas encore là. Ils disent : « Nous voulons que vous changiez. » Voilà le conflit.

Si nous ne pouvons pas changer, si nous continuons à choisir notre Président et nos politiques, dans les semaines et les mois à venir, suivant les méthodes qui prévalent maintenant, cette nation ne survivra pas longtemps. En tout état de cause, le système qui fut consolidé en 1763 par le traité de Paris, proclamant la victoire et l’établissement de fait d’un Empire britannique mondial - délibérément calqué sur celui de la Rome antique mais basé sur la puissance financière à la place des légions - cet empire touche à sa fin. Il ne survivra pas. Soit nous lui donnons une fin miséricordieuse en relançant l’économie mondiale, en établissant une confédération d’Etats-nations parfaitement souverains, autour de principes du développement de la planète et de l’individu, au sein des cultures nationales respectives, soit nous ne survivrons pas.

Une nouvelle vision

Nous ne devrions pas considérer les précédents historiques comme des préceptes à suivre, mais parler des leçons de l’histoire, comme j’en ai évoqué un certain nombre ici, brièvement. Nous devons aussi faire un choix : décider d’en finir avec l’époque où l’humanité était soumise à ces expériences brutales.

Dans nos aspirations, et dans la fondation de notre république, nous avons établi le principe de l’Etat-nation souverain comme étant la forme de gouvernement la plus convenable pour un peuple. Nous avons aussi compris que tous les gens, qu’ils le reconnaissent ou non, ont intérêt à vivre sous un tel régime. Les principes de l’Etat souverain nous sont si universels que, bien que nos Etats soient distincts et souverains, nous avons tous un intérêt commun dans un système de relations entre Etats souverains qui reconnaisse le principe reflété dans notre Déclaration d’Indépendance et notre Constitution fédérale.

Le moment est venu d’adopter une nouvelle vision de leadership pour cette planète, de comprendre qu’il nous faut créer une alliance globale d’Etats-nations souverains, vouée à la relance économique et au principe de l’immortalité de l’être humain. Le sens de la vie individuelle ne réside pas seulement dans ce qui se passe entre la naissance et la mort - période de temps bien courte pour baser une politique - la moralité repose sur le sens de ce que nous, avec notre vie, avec nos talents, donnons aux générations futures et à la réalisation des intentions des générations nous précédant, intentions qui nous permettent, si nous les vivons, de mourir le sourire aux lèvres, sachant que nous avons accompli notre mission et qu’elle est bonne. Et nous sommes contents.

Pourquoi pensez-vous qu’une personne comme Jeanne d’Arc, sachant qu’elle serait brûlée vive si elle refusait le compromis, resta fidèle à sa mission ? Si elle l’avait reniée, le premier Etat-nation moderne, la France, n’aurait pas vu le jour peu après. La Papauté n’aurait pas été restaurée comme elle le fut. L’Etat-nation moderne n’aurait pas été créé et nous vivrions dans un genre d’abîme féodal.

Jeanne avait un sens de mission, comme tous les autres grands dirigeants de l’humanité, et ce sens de mission était plus fort que la peur de la mort.

Nous devons choisir, et encourager, ce type de leadership. Avec lui, et avec la perspicacité que nous donne l’étude de l’histoire, nous devrions comprendre que le moment est venu de changer : changer pour un système d’Etats-nations souverains unis par certains principes œcuméniques communs. Notre perspective ne sera pas la guerre. Il nous faudra maintenir la défense stratégique, mais ce sera dans un monde dans lequel la guerre, telle que nous l’avons connue dans le passé, n’est plus une condition nécessaire de l’humanité.

Si nous y parvenons, nous survivrons. Sinon, nous ne survivrons pas. Et nous pouvons nous attendre, dans un proche avenir, à un taux de mortalité massif sur cette planète, résultat d’une dynamique déjà enclenchée ; de plus de six milliards de personnes vivant aujourd’hui, la population mondiale se trouvera réduite, relativement rapidement, à moins d’un milliard.

Nous sommes sur le point d’être précipités dans un nouvel Age des ténèbres, plus terrible que tout ce que l’histoire connue nous a réservé.

Nous avons l’option d’en sortir par le haut. Si nous tirons les leçons des erreurs que nous avons commises et prenons des mesures pour qu’elles ne se reproduisent plus, alors nous pourrons nous rétablir.

Voilà mon message aujourd’hui. Nous devons faire ce choix dans les jours et les semaines à venir. Si nous ne changeons pas maintenant, c’en est fini. Nous avons intérêt à lancer, très vite, ce changement.

Discussion avec Lyndon LaRouche :
« Nous sommes les acteurs d’une tragédie bien réelle »

Parmi les nombreuses questions posées à Lyndon LaRouche après son discours à la conférence de l’Institut Schiller, le 14 février, nous en avons choisi quatre. Pour des raisons de place, les réponses ont été légèrement abrégées.

Malgré l’hostilité du Comité national démocrate, vous jouissez d’un soutien significatif parmi la base démocrate : législateurs locaux, conseillers municipaux et dirigeants syndicaux. Je propose qu’un groupe (...) de dirigeants démocrates, indépendants du DNC, organise une réunion de tous les candidats présidentiels démocrates, avec un public national, via Internet. Que pensez-vous de cette idée et seriez-vous prêt à participer à un tel débat ?

Bien entendu, j’y participerais. Mais il faut bien comprendre la nature du problème dont j’ai parlé aujourd’hui. Les gens pensent qu’il doit bien y avoir une solution et que tout finira par s’arranger. Mais rien ne le garantit. Des nations entières ont disparu de notre planète, des civilisations ont disparu et, comme j’ai voulu vous le transmettre aujourd’hui, cela peut nous arriver, à nous aussi, aujourd’hui !

(...) Si les Etats-Unis ne changent pas, il y a peu de chance en perspective que la civilisation continue d’exister. Par conséquent, le problème doit être résolu dès maintenant.

Cela exige un changement fondamental de notre politique. Si le Parti démocrate ne veut pas abandonner sa politique actuelle, il est condamné, et les Etats-Unis aussi (...). On ne changera pas ces dirigeants en étant gentil avec eux. Ils ne changeront que s’ils sont en présence d’une force écrasante.

S’il l’on organise une réunion comme celle que vous proposez, les dirigeants démocrates la rejetteront, la saboteront. A moins qu’un choc ne se produise. Or le seul qui semble probable, pour l’instant, c’est que l’euro franchisse la barre des 1,30 dollar et que le dollar continue de chuter. Alors, tout le système financier entrera dans un processus de désintégration hyper-inflationniste et déflationniste en même temps.

Les gens ne changeront que si leurs rêves, leurs fantaisies, sont brisés. Nous vivons dans une caricature de la culture décadente de Rome. Les gens sont assis dans l’amphithéâtre : ils lèvent le pouce ou le baissent, pour leur gladiateur favori (ou peut-être le lion) dans l’arène. Et bientôt, on va se tourner vers eux en leur disant : « A votre tour ! »

Nous n’en sommes pas encore là. Les gens vivent en pleine fantaisie - ils votent pour leur acteur de cinéma favori, leur boxeur favori, leur rock-star favorite. Ils ne votent pas sur des bases politiques, même s’ils sentent qu’il faut changer les choses. (...) Nos concitoyens, en général, ne vivent pas dans la réalité, ils sont dans le monde des divertissements. (...)

[Le vrai dirigeant] doit être dur avec eux. Il doit avoir le courage de dire : « Vous serez les prochains dans l’arène. Pour qui allez-vous voter aujourd’hui ? Et qui va voter pour vous ? » Les gens ne reprendront leurs esprits que s’ils sont terrifiés. Ce moment arrivera lorsque leur épargne, leur emploi, leur commune auront été balayés. Tout cela peut d’ailleurs se volatiliser très vite. (...) Par exemple, si l’euro continue de monter par rapport au dollar. Vous verrez alors Greenspan s’enfoncer de plus en plus dans sa baignoire pour tenter de fuir la réalité.

Nous nous trouvons au cœur d’une véritable tragédie ! Nous ne sommes pas des spectateurs, ni des commentateurs, qui allons décider par notre vote quel est l’acteur le plus populaire de cette tragédie. Nous y sommes ! C’est nous qui allons y passer !

Ce n’est que dans une crise, quand les fantaisies des gens disparaissent, quand ils n’ont plus de plaisir, plus rien, qu’ils se demandent comment changer.

Bien sûr, ils veulent que Bush parte. Mais veulent-ils se changer eux-mêmes ? Non ! Et c’est précisément là que se situe le problème.

Le principe de flanc

Vous dites qu’il faudrait une crise pour que la population réagisse, mais vous avez souvent dit aussi que John Ashcroft et ses amis étaient prêts à imposer ici un Etat policier. Comment traiter ce problème, si ces deux situations se produisent simultanément ?

C’est une question de pouvoir. J’ai tenté de bloquer la nomination d’Ashcroft comme ministre de la Justice. Certains démocrates aussi. Mais Al Gore et le Comité démocrate national sont intervenus pour empêcher l’enregistrement de notre protestation.

A cause de cela, j’ai pu prévoir qu’un événement comme celui du 11 septembre 2001 allait se produire, (...) que l’on tenterait d’orchestrer, aux Etats-Unis, l’équivalent de l’incendie du Reichstag pour pouvoir imposer une dictature. Ainsi, depuis le 11 septembre, il n’y a eu aucune enquête sérieuse sur ces attentats, car elle mènerait à des révélations fort embarrassantes pour les amis de Dick Cheney.

La question est de savoir si les Américains choisiront de soutenir une force incarnant un contre-pouvoir à ce qui va s’abattre sur eux J’ai déjà le pouvoir dans le sens où je sais ce qu’il faut faire. Mais si les Américains ne décident pas de me confier ce pouvoir, alors je ne pourrai pas agir et, apparemment, il n’y a personne d’autre qui le puisse. Voilà la réalité, voilà l’essence de la tragédie ! Si les gens avaient vraiment compris la tragédie grecque classique, et plus précisément la façon dont Platon aborde la question dans ses dialogues socratiques ; s’ils avaient compris Shakespeare ou Lessing, s’ils avaient compris Schiller, alors ils auraient compris cela. (...)

[L’important], c’est l’idée du sublime : que l’homme puisse dépasser les limites qu’il s’est imposées et faire des choses impensables ! C’est cela qui guide la société vers une solution à ce qui semble une crise insoluble. Nous sommes dans cette situation. Il n’existe pas de stratégie d’ensemble, il n’y a aucun schéma qui puisse garantir la survie de cette société, de cette civilisation. Nous sommes déjà trop corrompus. (...)

Reste à savoir si nous réussirons à convaincre, sous la pression de la crise. Le pourrons-nous ? Nous n’allons pas remporter une victoire frontale, mais nous pourrions réussir une excellente attaque de flanc. En exploitant une situation de flanc qui s’offre à nous, à condition d’avoir la volonté de la saisir, nous pourrons alors survivre. Voilà notre chance, notre seule chance.

Je suis confiant. Je suis optimiste, car je vois le développement de ce genre de situations. Je porte beaucoup d’attention à ce que je sais être des opportunités de flanc. Ne gaspillez pas vos efforts sur des objets inutiles. (...)

Je suis membre du Mouvement des jeunes en France. Nous nous amusons beaucoup en Europe, en aidant nos cousins américains. Ma question est la suivante : que pouvons-nous faire pour donner aux Européens le courage dont ils ont besoin pour faire ce qu’ils savent qu’ils doivent faire ?

Cette question a deux aspects. Pour celui qui est spécifique : chercher un flanc ! Ne perdez pas votre temps sur autre chose que les opportunités de flanc. Toute attaque frontale contre les bastions du pouvoir est vouée à l’échec. Nous le faisons très bien, il faut continuer.

L’autre est en nous-mêmes. Il réside dans notre développement moral et intellectuel, car la capacité de mener à bien une opération de flanc est fonction de notre développement moral. Notre sens d’identité doit être enraciné dans l’histoire. Nous devons nous considérer comme un instrument de l’histoire. (...)

Si vous vous considérez comme un instrument mortel, déployé dans un but immortel, votre motivation et votre intérêt seront définis par ce but et non par vos ressources mortelles. Vous aurez alors la capacité de mobiliser votre volonté dans ce but et d’y consacrer votre existence mortelle.

Mais on ne peut pas le faire sur la base d’une foi aveugle, car ce n’est pas une qualité durable. On ne peut le faire que si l’on a un sens profond de l’histoire. Or la plupart des Européens ignorent tout de la civilisation européenne. Ils ne savent pas qu’elle a son origine en Grèce, à l’ombre de la Grande Pyramide de Gizeh. C’est pourtant le début de notre connaissance de l’universalité, des principes universels découverts par l’astronomie, etc. (...) Cela a commencé avec les Pythagoriciens, Thalès, etc.

Vous devez voir votre action en termes historiques. Vous devez comprendre et revivre l’histoire. C’est justement pour cela que l’étude de la tragédie est si importante. Cette tragédie de la Grèce classique, vous devez la revivre, Shakespeare doit être vécu, comme une histoire vraie. L’on doit étudier la science du point de vue de l’histoire de la science. Vous la vivez !

Dès lors, vous aurez en vous la force de dire « je sais ». Non pas « je suppose », ni « je crois », mais « je sais ». Et lorsque vous savez ce que signifie l’immortalité, cela vous donne une force formidable et vous pouvez alors exploiter les opportunités qui se présentent à vous.

Bien sûr, le vieux Moltke donnerait sans doute une version différente de cette notion, Scharnhorst aussi, mais c’est toujours le principe de la défense stratégique : c’est le principe du flanc. Soyez attentifs à ce que les autres négligent. Ne restez pas dans le bocal, celui de l’opinion populaire. Ne soyez pas le poisson du bocal que l’on va vider dans les toilettes !

La croissance du LYM

L’idée d’une société basée sur la capacité humaine à découvrir des principes universels et d’un processus social répondant aux principes de la composition classique - même si nous n’avons pas encore complètement maîtrisé ce que cela veut dire - soulève beaucoup de questions. Je me demande, et d’autres m’ont demandé, comment faire la transition entre la société de consommation actuelle et une société qui permette et encourage les améliorations scientifiques, avec des travailleurs qualifiés capables de maîtriser de nouveaux principes dans leur propre travail. S’il semble possible d’éduquer les très jeunes, comment changer rapidement l’état d’esprit habituel de la majeure partie de la population, notamment de ceux qui ont plus de 25 ou 30 ans ?

Nous menons une guerre. Les grands changements institutionnels sont souvent opérés par d’anciens combattants de retour dans leur foyer. (...) La guerre que nous menons concerne toute l’humanité, et c’est le mouvement de jeunes qui la représente aujourd’hui. Certains demandent comment perfectionner ce mouvement. Je ne cherche pas à le perfectionner. Je travaille avec lui, et cela demande beaucoup de travail. Les gens obtiennent de moi un travail considérable.

Nous poursuivons simplement notre action, et nous le faisons dans le but de gagner la guerre. Au cours ce processus, en tentant de maîtriser tout ce qui est nécessaire pour mener cette guerre, vous créez une certaine culture, une culture du champ de bataille, qui servira de fondement pour la reconstruction de la société, une fois la guerre terminée.

Cela se fait automatiquement. Certains essaient de trouver des recettes. Ne cherchez pas de recettes. Il y a beaucoup de choses à apprendre. (...) On me pose beaucoup de questions, dont certaines vont directement au but : certains sont frustrés parce qu’ils sentent qu’ils ne maîtrisent pas suffisamment le sujet comme ils le devraient, alors ils continuent à poser des questions, espérant qu’à un certain point, je vais leur donner la réponse magique et leur dire ce qu’il faut faire. Mais il n’y a pas de réponse en tant que telle, la réponse réside dans le processus et non dans un remède spécifique ou un traitement quelconque.

Nous avançons très bien. Si vous considérez quelle serait l’alternative, sans l’existence de ce mouvement de jeunes, vous reconnaîtrez que nous ne sommes pas trop mal - certes pas assez bien pour nous satisfaire, mais pas mal. Sans nous, il y aurait peu d’espoir pour l’humanité. C’est un bon début.

Nous devons recruter, bâtir l’infrastructure afin d’assimiler plus de gens. Nous avons une grande capacité de recrutement au niveau international, mais pour l’instant, nous n’avons pas l’infrastructure permettant d’assimiler de nouveaux arrivants dans l’organisation. On pourrait très rapidement tripler l’adhésion des jeunes dans chaque pays, mais il nous manque l’infrastructure pour le faire.

Avec un bon niveau d’activité, les uns se chargeant du développement intellectuel des autres (ce qui est la caractéristique normale du processus de recrutement), alors le niveau d’activité intellectuelle s’élève et ce qu’on peut accomplir augmente aussi. Lorsque vous enseignez à d’autres, vous vous instruisez aussi vous-même et plus vous enseignez, plus vous relevez de défis, plus rapidement vous vous développez.

Les limites de notre mouvement de jeunes, c’est le manque d’infrastructure, (...) en Europe comme ici. Si nous n’avions pas à tenir compte des exigences logistiques, nous pourrions très rapidement doubler, voire tripler, les recrues.

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